Dion, XLU, 35* Cf. Caesar, De Bello ctvt/t, III
Le lendemain, le peuple fut convoqué sur la place publique. César, accompagné de Ptolémée et de Cléopâtre, s'y rendit en grand appareil avec son escorte de licteurs.
Tous les Romains étaient sous les armes, prêts à réprimer la première tentative de sédition. César lut à haute voix le testament de Ptolémée Aulète et déclara solennellement, au nom du peuple romain, qu'il ferait respecter les dernières volontés du feu roi.
En conséquence, les deux aînés de ses enfants devaient régner ensemble sur TÉgyple. Quant aux deux autres enfants du roi, il leur faisait don, lui César, de l'île de Chypre et leur en déférait la souveraineté.
Cette scène imposa aux Alexandrins. César, pourtant, redoutait un soulèvement. Il s'empressa d'appeler à Alexandrie des légions nouvelles, qu'il avait formées en Asie Mineure avec les débris de celles de Pompée. Mais bien avant le temps où ces renforts pouvaient arriver, l'armée égyptienne de Péluse, sur des ordres envoyés secrètement par Pothin, entrait dans la ville pour chasser les
Romains. En même temps, la jeune sœur de Cléopàtre, Arsinoé, s'évadait du palais avec l'aide de Teunuque Ganymède, et au défaut de Ptolémée, toujours prisonnier de César, elle était acclamée comme fille des Lagides par l'armée et le peuple. Ck>mmandée par Akhillas, cette armée comptait dixhuit mille fantassins et deux mille cavaliers, et la population d'Alexandrie faisait cause commune avec elle contre l'étranger.
César n'avait que quatre mille hommes et les équipages de ses trirèmes. Il se trouvait dans un extrême péril. Occupant avec celte poignée d'hommes les palais du Bruchium, il était assiégé du côté de la ville par les soldats d' Akhillas et la plèbe en armes, et sa flotte, qui se trouvait à l'ancre dans le grand Port, y était comme prisonnière, puisque l'ennemi tenait les passes du Taureau et de l'Heptastade. Il redoutait même que cette flotte immobile ne tombât aux mains des Alexandrins, qui s'en seraient servis pour barrer la route de mer aux convois d'hommes et de vivres.
César conjura ce premier danger en faisant mettre le feu à ses vaisseaux. Cet immense incendie gagna les quais et détruisit nombre de maisons et d'édifices, entre autres l'Arsenal, la Bibliothèque et l'Entrepôt des blés. Les Égyptiens exaspérés se ruèrent à l'aitaque, mais les légionnaires, aussi bons terrassiers que soldats intrépides, avaient trans^ formé le Bruchium en un camp retranché inexpugnable. Partout c'étaient des levées de terre, des barricades, des lignes de palanques. Le théâtre était devenu une citadelle. Les Romains subirent vingt assauts sans perdre un pouce de terrain. César parvint même à s'emparer de Ttle de Pharos, position qui lui livrait l'entrée du grand Port *.
Les Égyptiens s'imaginèrent qu'ils seraient victorieux si, au lieu d'une femme comme Arsinoé, ils avaient Ptolémée à leur tôte. Ils firent dire à César qu'ils ne lui faisaient la guerre que parce qu'il retenait leur roi pri-
1. CaBsar, De Bello civili, III, 107-112; Plutarque, dBmr^ LV; Dion, XLIf, 35-40.
sonnier, et que dès qu'il lui aurait rendu la liberté, ils cesseraient les hostilités. César qui connaissait la mobilité d'esprit des Alexandrins, se laissa persuader. Il leur renvoya Ptolémée. Quant à son conseiller accoutumé, Pothin, César avait surpris des lettres de lui à Akhillas, et l'avait livré aux licteurs. Dès que Ptolémée eut rejoint l'armée égyptienne, la guerre, loin de s'arrêter, reprit avec une nouvelle vigueur. Mais vers ce temps -là, arriva par mer, à César, un premier renfort, la 3T légion. On combattit sans avantage marqué, jusqu'au commencement du printemps de l'année 47. On apprit alors que Péluse venait d'être emportée d'assaut par une armée qui s'avançait pour dégager César. Celait un corps auxiliaire que Mithridate le Pergaméen amenait de Syrie. Les Égyptiens menacés d'être pris entre deux ennemis, s'ils attendaient Mithridate dans Alexandrie, marchèrent à sa rencontre. Une première bataille, qui resta indécise, eut lieu près de Memphis. Mais, quelques jours plus tard. César qui avait
lui aussi quitté Alexandrie, opéra sa jonction avec le corps de Mithridate. Une seconde balailie s'engagea. Les Égyptiens furent enfoncés et taillés en pièces, le roi Ptolémée se noya dans le Nil. Après cette victoire, César rentra, à la tête de ses troupes, dans Alexandrie soumise. La plèbe turbulente de la grande ville, connaissant désormais le poids de l'épée romaine, reçut le consul avec des acclamations *.
Ainsi se termina la guerre d'Alexandrie qui devrait plutôt être appelée la guerre de Cléopdtre, puisque cette guerre, inutile à la renommée de César, nuisible à ses intérêts, indifférente à sa patrie, et où il faillit laisser et sa vie et sa gloire, il l'avait soutenue pour l'amour de Cléopâtre ^.
1. Hirtius, de Bello Alexand.; Plutarque, Ccesar, LV; Dion,XLn, 41-43.
2. ... XY) KXeoTtaxpa, r^a^:zp "evexa xa\ éireiroXeiirjxet, ... Dion Cassius, XLU^ 44.
Dix-huit ans avant ces événements, César étant édile, avait tenté de faire voter par un plébiscite Texéculion du testament d'Alexandre II qui léguait l'Egypte au peuple romain ^ Maintenant TÉgypte était soumise.
César n'avait qu'une parole à prononcer pour que cette vaste et riche contrée devînt province romaine. Mais en l'an 65, Cléopâtre était à peine née ; en Tan 60, César n'avait