De Bello civUi, V
CLÉOPATRE. i05
Quintus Dellius, un des familiers d'Antoine, fut chargé de porter le message à Cleopâtre. Ce Dellius, intrigant sans scrupule et débauché aimable, avait tour à tour trahi tous les hommes et tous les partis. On l'appelait le coureur des guerres civiles : Desultor belloi'um civilium. Il devait mourir ami d'Horace qui lui dédia une ode, et ami d'Auguste qui l'enrichit. En attendant, il allait se servir de Cléopâtre pour entrer plus avant dans la faveur d'Antoine. A la première audience que lui donna la belle reine, il comprit la passion de César et pressentit celle d'Antoine. Assuré que Cléopâtre n'avait qu'à apparaître pour captiver le triumvir, il vit tout de suite le parti à tirer de la protection de l'Égyptienne dans un avenir très proche. D'envoyé d'Antoine, il se fit soudain courtisan de Cléopâtre, et d'ambassadeur, entremetteur. Il exhorta la reine à aller bien vite en Cilicie, l'assurant que malgré son aspect et ses façons de gladiateur, le rude soldat de Pharsale et de Philippes n'était pas si farouche qu'il en avait
l'air. « Jamais, dit-il, Antoine ne fera pleurer d'aussi beaux yeux, et loin de le causer la moindre peine, il comblera tous tes désirs. » Dellius persuada facilement Cléopâtre. Elle voyait luire dans ses paroles l'aurore d'une fortune nouvelle, égale à celle qu'elle avait rêvée comme maîtresse de César.
D'après une tradition peu certaine, Dellius aurait môme réussi à plus qu'à se faire écouter de Cléopâtre : il se serait fait aimer d'elle ^ Quoi qu'il en soit, la reine, docile à ses conseils, résolut de partir pour Tarse. Mais afin de donner plus de prix à cette démarche et de la rendre plus décisive, elle se garda de la précipiter. Sous divers prétextes, elle différa assez longtemps son départ, malgré les prières de Dellius et les messages de plus en plus pressants envoyés par Antoine ^,
Un jour que le triumvir, assis sur son tribunal, donnait audience publique au milieu de l'agora de Tarse, une grande ru-