PluUrque, Anton. y XXVIL Cf. Diofi, XLVIf, Î
Antoine à souper. Le Romain n'eut garde de décliner l'invitation. 11 se rendit à l'heure convenue dans le palais que Cléopâtre avait fait préparer en secret, depuis quelques jours, et qui était d'une magnificence extrême. La salle du festin, somptueusement ornée, resplendissait à l'éclat des lustres, des torcheras et de la multitude innombrable des appliques, disposées symétriquement en cercles et en losanges. Le repas, digne du décor, abondait en vins nectaréens, servis dans des cratères d'or massif, et en mets rares et compliqués, accommodés par un maître. Antoine, grand gourmand, qui, trois mois auparavant, avait donné pour un bon plat une maison à son cuisinier, aurait donné une ville entière au cuisinier de Cléopâtre. Quant à la belle Égyptienne, le triumvir était déjà prêt à lui donner le monde. Le lendemain, Antoine rendit son souper à la reine. Il se flattait de surpasser, à force d'argent, la magnificence de sa réception. Mais, tout le premier, il reconnut son impuissance à lutter comme amphitryon, et, en homme d'esprit qui'l
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était S il railla gaiement devant Cléopâtre sa mesquinerie et son goût grossier. Vraisemblablement, pendant ces deux repas, il fut peu question des griefs réels ou prétendus queRome avait contre Cléopâtre. Antoine ne pensait plus à faire venir la reine d'Egypte devant son tribunal, dans l'attitude d'une suppliante. Le suppliant aurait été Antoine lui-même, si Cléopâtre eût voulu se refuser à lui. Désormais, c'était la reine qui commandait. Le tout-puissant triumvir était devenu* l'esclave de l'Égyptienne », selon l'expression indignée de Dion Cassius ^.
Cléopâtre profita d'abord de son pouvoir pour faire reconnaître le fils qu'elle avait eu de César, Ptolémée-Césarion, comme héritier
1. 11 ne faut pas juger Antoine uniquement sur les attaques passionnées de Cicéron. Plutarque cite de cet intré* pide et excellent homme de guerre nombre de spirituelles reparties ; et dans un autre ordre d'idées, sa lettre à Octave et à Hirtius, dont on trouve de longs fragments dans la Troisième Philippigtiey est l'œuvre d'un habile politique en môme temps qu'un modèle de raillerie.
2. Plutarque, Anton. , XVHI; Dion, XLVIU, 24. Cf. Appien, V, 1, 8, 9.
CLÉOPÀTRË. lli
légitime de la couronne d'Egypte. Le décret d'Antoine fut, à sa demande, aussitôt ratifié par ses collègues, Octave et Lépide. Antoine donnait comme prétexte à cette faveur les services rendus aux Romains par Cléopàtre pendant la guerre civile. Après avoir satisfait l'ambition de l'Égyptienne, Antoine se fit sans plus de difficulté l'exécuteur de ses vengeances. Comme la plupart des femmes, la belle reine était vindicative et, comme naguère Denys le Tyran, elle poussait la prudence jusqu'au crime. Sa sœur Arsinoé s'était évadée de Rome, où elle avait figuré dans le triomphe de César; elle habitait alors Milet. Cléopàtre, soit qu'elle craignît que, ambitieuse et intrigante comme elle s'était déjà dévoilée lors de la guerre d'Alexandrie, cette femme ne suscitât un jour quelque trouble en Egypte, ou soit tout simplement pour se venger de sa conduite passée, demanda à Antoine de la faire tuer. Un crime de plus ou de moins pesait peu à la conscience du proscripteur de Tan 711. La malheureuse Arsinoé fut égorgée dans le
m CLÉOPATRB.
temple d'Artémis Leucophryne, où elle s'était réfugiée pour échapper aux sicaires d'Antoine. Un Égyptien, réfugié en Asie Mineure, qui se faisait passer pour Ptolémée XII, noyé comme on sait dans le Nil, fut également supplicié. Cléopâtre en voulait enfin, on ne sait pour quelle cause, au Mégabyse du grand temple d'Éphèse.
Antoine l'avait fait arrêter. Il ne dut la vie qu'à l'intervention des magistrats de la cité, parlant au nom du peuple ameuté pour le délivrer. Dans le même temps, Sarapion, l'ancien commandant de l'escadre égyptienne de Cypre> eut la tête tranchée par les ordres d'Antoine. Ce supplice vengeait Cléopâtre de la défection du navarque et vengeait Antoine des secours qu'il avait donnés à Cassius *.
Lorsque Cléopâtre arriva à Tarse, dans l'été de 41, Antoine se préparait à marcher contre les Parthes. Au bout d'un mois la concentration des troupes était
1. Cf. Appien, V, 9; Josèphe, XV, 4; Dion, XLVU, 31 ; XLVUl, 24.
opérée, les convois étaient prêts. Rien ne retardait plus le départ de l'armée. Mais ce mois, Antoine l'avait passé avec Cléopâtre, et il l'avait trouvé bien court. N'écoutant que sa passion, il ajourna l'expédition au printemps et suivit la reine en Egypte ^
Alors commença cette folie vie do plaisirs et de débauches, cette longue et somptueuse orgie qui, au troisième siècle de notre ère, après les Néron et les Héliogabale, était encore citée dans le monde romain, cependant asservi à toutes les corruptions et blasé sur toutes les magnificences, comme un modèle inimitable. 01 *A[xi[XY)To6(ot : ceux dont la vie est inimitable^ c'était là, d'ailleurs, le nom qu'avaient pris Cléopâtre et Antoine et les familiers associés à leurs plaisirs 2. Plutarque et Dion rapportent que les fêtes suc-