Josèphe, XV, h
2. Sur les relations de Cléopâtre et d'Hérode, voir Tappendice VI.
cœur et des sens n'ont rien d'énigmatique.
Pour Antoine, il semble bien qu'il avait oublié Cléopâtre. Non seulement pendant les trois ans où il était resté auprès d'Octavie à Athènes et à Rome, non seulement au retour de son expédition contre Anliochus de Commagène, il n'était pas venu une seule fois en Egypte, mais même en naviguant de Tarente à Laodicée, il n'avait pas pensé à relâcher quelques jours à Alexandrie, qui se trouvait presque sur sa route. Il cingla droit sur la Syrie. Mais, par un étrange retour, à peine Antoine eut-il posé le pied sur la rive d'Asie, qu'il sentit son amour se rallumer avec la dernière violence. Il établit ses quartiers à Laodicée et dépêcha incontinent son ami Fontéius Capito en Egypte pour en ramener Cléopâtre. La reine ravie ne pensa pas à retarder son départ, aiin de se faire désirer davantage, comme elle l'avait imaginé cinq ans auparavant. Elle s'embarqua en hâte et arriva à Laodicée, où elle fut reçue par son amant avec des transports
de joie. Pour lui témoigner autrement que par des baisers l'indicible bonheur qu'il avait à la revoir, il lui donna, non pas des joyaux, mais des royaumes : la Chalcide, la Phénicie, la Cœlésyrie, une grande partie de la Cilicie, le canton de Génésareth, en Judée, qui produit le baume, et l'Arabie Nabathéenne. Antoine n'avait aucunement le droit de disposer de ces territoires qui appartenaient au peuple romain; mais, fou d'orgueil autant que d'amour, il s'écriait « que la grandeur de Rome apparaissait bien moins dans ses conquêtes et ses possessions que dans les dons qu'il en faisait* ». Après quelques jours, il fallut encore se séparer, non toutefois sans s'être promis de se retrouver au printemps à Alexandrie.
Antoine prit avec son armée la route de l'Arménie. Cléopâtre revint en Egypte, en
1. Plularque, Aîiton.^ XXX VU. Cf. Porphyre, Fragm, Eût. Grœc.y UI, p. 725. — Antoine fit aussi don à Cléopâtre des 300 000 manuscrits de la bibliothèque de Pergarme, pour remplacer une partie des volumes brûlés à Alexandrie pendant la guerre de César.
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passant par Apamée, Damas et Pétra ; elle voulait régler avec les rois de Judée et d'Arabie le montant des tributs que ces dynastes devaient lui payer chaque année pour les portions de territoire qu'Antoine lui avait données. Le roi d'Arabie promit trois cents talents (seize cent soixante mille francs). Le tribut du roi des Juifs devait être plus élevé. C'était alors Hérode, que la protection d'Antoine avait porté au trône peu d'années auparavant. Il vint à la rencontre de Cléopâtre jusqu'à Damas. D'après Josèphe, Hérode qui était fort beau, repoussa les avances impudiques de la reine et voulut même la faire tuer, pendant qu'elle était en son pouvoir, afin de délivrer Antoine de cette femme fatale. Mais ses conseillers le dissuadèrent de ce crime, lui représentant que, dans le premier moment, il aurait à craindre une terrible vengeance du triumvir ^ Cléopâtre était de retour à Alexandrie depuis quelque temps seulement, lorsqu'elle