Scoliaste de Platon, Menex» p
Telle Aspasie se présente à la mémoire, ou plutôt telle sa figure s'ébauche en lignes flottantes dans l'imagination. Si l'on veut préciser les traits de cette figure pour la faire passer du rêve dans la réalité, elle se décolore, s'efface, disparaît. Un portrait menteur cache l'idéale vision. En tant que personnage historique, Aspasie défie les recherches et fuit l'analyse. Elle reste dans le vague, et il faut l'y laisser, car c'est seulement ainsi qu'elle est recx)nnaissable.
Toute élude sur Aspasie où l'on s'évertuera à conter son existence d'une façon suivie, à définir son caractère, à exposer ses idées philosophiques et morales, sera fatalement contraire à la vérité. De même, il est impossible d'indiquer son genre de beauté. La tradition n'en dit rien, et les prétendues images d'Aspasie, bustes et pierres gravées, sont notoirement apocryphes*. Il est permis à chacun de se représenter la Milésienne comme la plus belle des canéphores du Parthénon ou comme la plus gracieuse des « femmes à l'éventail » de la nécropole de Tanagra.
Les témoignages que l'antiquité nous a laissés sur Aspasie sont tout à fait contradictoires. A entendre les Comiques et leurs scoliastes, et, en certains passages, Plutarque lui-même, Aspasie ne fut qu'une simple hétaïre, un peu plus intelligente, un peu plus instruite, un peu plus habile et un peu plus hypocrite que les autres hétaïres.