‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 7 sur 105 · Cratinus, Fragm» Comte, Grœc,, édit. Bidot, p · texte numérisé non relu

Cratinus, Fragm» Comte, Grœc,, édit. Bidot, p

ASPASIE. ii

sacrifier le bien de l'État et le repos de la Grèce à des intérêts particuliers et à des inimitiés personnelles*.

Selon d'autres traditions, invoquées et amplifiées par de modernes apologistes d'Aspasie, celte femme célèbre réunit les plus rares mérites. Sa vertu est au-dessus de tout soupçon, et c'est seulement à cause de son origine étrangère qu'on la classe parmi les courtisanes. Elle n'a des Gnathène et des Laïs ni les mœurs ni les façons.

Elle est poète, philosophe, orateur, homme d'État. Elle est venue de Milet à Athènes tout exprès afin d'enseigner l'art de penser et l'art de bien dire. Aspasie fut pour Périclès moins une maîtresse qu'une maîtresse d'école. Elle lui apprit la politique et l'éloquence, de même qu'elle forma Socrate à la

1. Cf. Fragm. Comte. Grœc.y p. 47, 187, 282; Aristophane, Achan., v. 530-536 ; le Scoliaste, ibid., et Pax, v. 502 ; Plutarque, Pericl, XXIV, XXX, XXXII; Douris de Samos, cité par Harpocration, s. v.; Athéaée, XII, XIII ; Lucien, de Soitat.y Georges le Syncelle, p. 253; Suidas, s. t. 'A<x7ta<xta et *A(nca<xtai, Héyschius, s. v.

dialectique. Sans Tincomparable Milésienne, Socrate n'aurait pas su raisonner et Périclès n'aurait pu ni gouverner ni parler. La belle oraison funèbre des Athéniens tués à l'ennemi, prononcée par Périclès la deuxième année de la guerre du Péloponnèse, est l'œuvre d'Aspasie. A ces hautes qualités de l'homme, Aspasie joint toutes les vertus de la femme. Elle est sage, économe, active, ordonnée. Elle enseigne ses devoirs d'épouse à la femme de Xénophon, elle montre à la femme d'Iskomakhos comment il faut tenir une maison, elle a pour chaque visiteuse un bon conseil et une leçon morale, elle est un modèle pour les matrones d'Athènes*.

1. Cf. XéDophon, Memor,^ II, 6 ; Econom,f III; Platon, Menexen,^ p. 236, 237, 249; et le Scoliaste, ifctd.; Eschine le Socratique, cité par CicéroD, de Inv,^ I, 31 ; Qnintilien, V, 2; Themiste, OraL, XXVI.

Od remarquera que si, des témoignages contraires à Aspasie, plusieurs remontent à Tépoque où elle vivait, tous les témoignages qui lui sont favorables datent, sauf quelques lignes assez peu concluantes de Xénophon, de temps plus ou moins postérieurs. Le dialogue d'Eschine cité par Cicéron ne fut point composé avant le commencement du iv* siècle ; de même le Ménéxène, dont on a discuté souvent Tauthen-

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Manifestement, on exagère les choses de part et d'autre. Mais il y a un fond de vérité et dans les diatribes des Comiques et dans les panégyriques des disciples de Socrate. Aspasie peut être mise au rang des femmes philosophes, elle ne sort point pour cela de la classe des courtisanes.

ticité et où abondent les anachronismes. Dans ces dialogues d'ailleurs, Aspasie doit être regardée comme un type à peu près fictif, comme une entité philosophique, et non comme un personnage réel. 11 faut aussi tenir compte de Fironie socratique dont s'étaient imprégnés les disciples du philosophe. On ne saurait prendre à la lettre les paroles que Platon prête à Socrate dans le MénéxènCy que « c'est d'Aspasie qu'il a appris la rhétorique ». — Nous ne nions pas, cependant, qu'amie de Périclès et de Socrate, Aspasie n'eût laissé parmi les philosophes une réputation méritée de savoir et d'esprit, et peut-être même de moralité tardive.

Milet, où naquit Aspasie, d'un père nommé Axiokhos*, était une des villes les plus florissantes du littoral ionien. Son passé militaire faisait sa renommée; son industrie et son commerce faisaient sa

1. Plularque, PéricL, XXIV. Suidas, s. v. 'Aemaaîa. — Élien (XII, 1) parle longuement d'une autre Aspasie, qui est aussi mentionnée par Plutarque et par Suidas. Née à Phocée, en lonie, elle devint la maîtresse de Cyrus, puis d'Artaxercès. Elle s'appelait Milto; ce fut Cyrus qui lui donna le nom d'Aspasie, en souvenir, dit Plutarque, de la célèbre Aspasie dont la renommée était venue jusqu'à lui.

richesse; sa richesse faisait sa corruption.

Patrie de Thaïes, d'Anaximandre et d'Anaximène, cette ville n'était pas moins fameuse par le nombre de ses courtisanes que par celui de ses philosophes. C'était à la fois la Corinthe et l'Athènes de l'Ionie; c'était la meilleure des écoles pour Aspasie, l'hétaire philosophe. A Milet, Aspasie mena la vie d'une courtisane, mais d'une courtisane de conduite raisonnée et d'accès difficile. Prenant exemple sur la célèbre Tharçélia, qui eut quatorze amants, tous gouverneurs de villes, et qui mourut mariée à un tyran de Thessalie, elle ne se donnait qu'aux premiers d'entre les citoyens*.

Pour quel motif et dans quelle circonstance Aspasie vint-elle à Athènes? En quelle année et à quel âge y arriva-t-elle? Autant de questions sur quoi manquent les documents et que la critique ne saurait songer à résoudre. On peut affirmer seulement que la Milésienne était fixée à Athènes antérieu-

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