‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 79 sur 105 · Plutarqne, Anton., XC · texte numérisé non relu

Plutarqne, Anton., XC

essayait de sourire à Octave*. — Lamentable scène de coquetterie que la malheureuse femme ne pouvait plus ni ne savait plus jouer.

A ses soupirs, à ses gémissements, l'empereur ne répondait rien, évitant même de la regarder et tenant ses yeux fixés à terre. Il prenait seulement la parole pour rétorquer un à un tous les arguments à Taide desquels la reine tentait de se justifier. Glacée par l'impassibilité de cet homme, qui sans être aucunement ému de ses malheurs et de ses tourments, discutait avec elle comme un magistrat instructeur, Cléopâtre comprit qu'elle n'avait aucune pitié à espérer. La mort lui apparut de nouveau comme la suprême libératrice. Alors elle arrêta ses plaintes et sécha ses larmes, et afin de tromper Octave sur sa résolution, elle affecta de se résigner à tout pourvu qu'on lui laissât la vie. Elle présenta à César

1. Plutarque, Anton,, XC, XCI. Cf. Dion, LI, H-13; Florus, IV, 11.

l'inventaire de ses trésors, et le supplia de lui permettre de conserver certaines parures afin qu'elle pût les offrir elle-même à Livie et à Octavie pour gagner leur protection.

< — Prends courage, ô femme! lui dit l'empereur en la quittant. Aie bon espoir, il ne te sera fait aucun mal K »

Abusé par la feinte résignation de Cléopâtre, Octave ne doutait plus de montrer à la populace romaine l'altière reine d'Egypte marchant enchaînée devant son char de triomphe. Il n'avait pas entendu, en partant, le dernier mot murmuré par Cléopâtre, ce mot que depuis la prise d'Alexandrie elle se répétait sans cesse:

a Oi 6pia|j.6eu70|i.at I Je ne servirai pas au triomphe* ! »

Quelques jours après cet entretien, un familier d'Octave, prenant en pitié une

1. Plutarquc, Anton., XC. Cf. Dion, LI, 12-13; Floinis IV, 11. — Voir Tappendice X.

2. Tite-Live, Fragm. (édition Leraaire, t. VIII, p. 379). — On ne saurait traduire en bon français l'énergie singulière de ce verbe au passif. Mot à mot : Je ne serai pas triomphée.

si grande infortune, révéla secrètement à Cléopâtre que le surlendemain on l'embarquerait pour l'Italie. Elle demanda à aller faire avec ses femmes des libations sur le tombeau d'Antoine. On l'y porta en litière, car elle était encore trop faible pour marcher. Elle répandit le vin, posa les couronnes, puis elle embrassa une dernière fois la pierre du sépulcre en disant : « cher Antoine, si tes Dieux ont quelque puissance — car les miens m'ont trahie — n'abandonne pas ta femme vivante. Ne souffre pas qu'on triomphe de toi en la faisant figurer à Rome au milieu d'une pompe fatale. Cache-moi avec toi sous cette terre d'Egypte*. »

A son retour, Cléopâtre se mit au bain.

Ses femmes la vêtirent de ses plus beaux habillements, la coiffèrent avec soin et ajustèrent sur sa tète la couronne royale. Cléopâtre avait commandé un repas magnifique. Sa toilette achevée, elle prit place à

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