Plutarque, Anton.j XCU
table. Un paysan entra qui portait un panier. Les soldats de garde ayant voulu voir ce que contenait ce panier, l'homme l'avait ouvert, avait montré des figues, et ceux-ci s'extasiant sur leur beauté il les avait invités à y goûter. Sa bonne humeur éloignant tout soupçon, on l'avait laissé passer. Cléopâtre prit le panier, fit porter à Octave une lettre que le matin elle avait écrite pour lui, puis elle resta seule avec Iras et Charmion. Elle ouvrit le panier et écarta les fruits. Elle espérait être piquée à l'improviste, mais le reptile dormait. Cléopâtre l'aperçut sous les figues. — « Le voilà donc ! » s'écria-t-elle, et elle se mit à l'exciter avec une épingle d'or. L'aspic la piqua au bras *•
Averti par la lettre de Cléopâtre, Octave fit courir à ses appartements. Les officiers de l'empereur trouvèrent les gardes à leur poste, ignorant ce qui venait de se passer,
1. Plutarque, Anton. j XCiïl; Horace, Carm. I, 37, Properce 11, XI; Velléius Paterculus, H, 87; Strabon, XVH, 11 ; Florus, IV, 11 ; Dion, II, 13-14. — Voir Pappendice XL
Ils forcèrent la porte et virent Cléopâtre vêtue de ses habillements royaux, couchée sans vie sur son lit d'or. Au pied du lit était le cadavre diras. Charmion respirait encore. Penchée sur Cléopâtre, elle lui arrangeait de ses mains défaillantes le diadème autour de la tète. Un soldat s'écria d'une voix courroucée : — « Voilà qui est beau, Charmion!» — «Oui, dit-elle en mourant, c^la est très beau et digne d'une reine issue de tant de rois*! »
Octave fit mettre à mort Césarion, le fils que l'Égyptienne avait eu de César, mais il se montra clément envers le cadavre de Cléopâtre. Selon la prière désolée que la reine lui en avait faite dans sa dernière lettre, il permit de l'enterrer à côté d'Antoine. Il acconia aussi une sépulture honorable aux deux fidèles esclaves, Charmion et Iras, qui avaient voulu accompagner leur maîtresse chez les ombres ^
1. Plutarque, Anton., XCUL — Cléopâtre mourut le 21 mésori (15 août, 30 av. J.-C).
2. Plutarque, Anton., XCIX. a. LXXXIX, XCXm, et Dion, LI, 15.
Par le suicide, Cléopâtre s'était soustraite au triomphe d'Octave. A défaut de sa personne, l'empereur eut son effigie.
On porta, à Rome, dans le cortège triomphal, la slatue de Cléopâtre avec un serpent enroulé autour du bras*. Mais ne semble-t-il pas que la statue de cette reine illustre, qui avait soumis le plus grand des Romains, qui avait fait trembler Rome et qui aimant mieux mourir qu'assistera son humiliation, avait par sa mort triomphé de son vainqueur, défiait encore le Sénat et le Peuple sur le chemin du Capitole ?
On représente volontiers Cléopâtre comme une grande reine, rivale de la fabuleuse Sémiramis et sœur aînée des Zénobie, des Isabelle, des Marie-Thérèse et des Catherine. La vérité, c'est qu'il n'y a de'grandes reines que celles qui ont les vertus viriles et qui mènent les peuples et préparent les événements comme le ferait un grand roi.
Cléopâtre était trop essentiellement femme