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pire déclina après la mort de Théodora.
Donc, sans aller jusqu'à prétendre avec Brunet de Presles, ce maître es choses de Byzance, que Théodora « fût l'âme des conseils de l'empereur* », il faut néanmoins attribuer à cette femme une part importante dans l'œuvre de Justinien législateur, architecte et conquérant.
Théodora, peu clémente aux hommes, était connue pour sa sollicitude, sa miséricorde, sa faiblesse même envers les femmes 2. C'est ainsi qu'elle se mêlait volontiers des mariages et qu'elle intervenait dans les ménages désunis. C'est ainsi qu'elle contraignit Artaban, gouverneur d'une province d'Afrique, à vivre avec sa femme; qu'elle accueillit avec faveur les malheureuses filles d'Hildéric, roi des Vandales; qu'elle se montra trop indulgente pour Antonina, femme
1. Brunet de Presles, la Grèce depuis la conquête ronmnej p. 66.
2. Procope, de Belle Goth., m, xxxi. Hist. arcan., VJIÏ, IX, XVII ; et les notes d*Alen)anni.
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de Bélisaire *. Il semble donc que Théodora a inspiré à Justinien les nombreuses lois qu'il rendit en faveur des femmes : lois sur le divorce, l'hypothèque des femmes, la légitimation des enfants naturels, le rapt des religieuses, la répression du proxénétisme; lois libérant les comédiennes du servage perpétuel, autorisant les filles séduites à se faire épouser ou à exiger le quart des biens du séducteur, obligeant les dignitaires à constituer une dot à leur femme, réglant les droits des femmes dans les successions^.
Magnifique comme Tétait Théodora, on est assuré qu'elle ne chercha pas à arrêter Justinien dans ses immenses dépenses pour la reconstruction de la capitale détruite par les incendiaires. Loin de chercher à modérer chez l'empereur la passion de bâtisseur, elle faisait élever elle-même nombre d'édifices. On cite des forts, des églises, des or-
i. Procope, de Bello Goth., III, xxxi, de Bello Fonda/., H, IX, Hist, arcan,, I.
2. Codex, I, IV, 33, V, xvii, 2; Novelœ 4, 7, U, 15, 22, 51, 72, 117, 134, 140, etc.
phelinats, des crèches, des hôpitaux, construits d'après ses ordres exprès, ainsi que le fameux couvent du Bosphore pour les filles repenties*. Parfois, la charité de Théodora allait jusqu'à la tyrannie. La l^ende conte que quelques-unes des femmes qui, rachetées de la prostitution par l'impératrice, avaient été enfermées à la Métanoia, furent prises d'un tel désespoir qu'elles se jetèrent dans la mer*.
Ce n'était point seulement à Constantinople que s'élevaient les palais et les basiliques. Les frontières de la Perse, la Syrie, rÉgypte, la Cyrénaïque, la Numidie, l'Italie; témoignaient par leurs nouveaux édifices de la magnificence de Justinien. Tant de millions perdus I ou plutôt que d'or transmué, par la plus belle des métamorphoses, en monuments superbes, manifestations éclatantes du génie de l'homme I Dans la mo-
1. Procope, de édifie,, L, ix; V, m; Histor. aroan,, XVII; Théophane, p. 158 ; De antiquit. Comtantinop. (dans Banduri^ I, 3* partie, p. 47).
2, Procope, Hûtor, arcan.,, XVU.
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saîque de San-Vitale, à Ravenne, Théodora, le front nimbé, apparaît éblouissante de pierreries, de perles et de gemmes, comme une vierge byzantine sur le champ d'or d'un iconostase. Elle semble présider, sous les yeux de son époux, à la naissance d'un nouvel art grec qui durant de longs siècles va rayonner sur le monde.
Les deux grandes guerres de conquêtes de Justinien sont la guerre d'Afrique et la guerre d'Italie; du côté des Perses, il s'agissait plutôt de protéger les frontières que de les étendre. Les campagnes contre les Vandales et contre les Goths, qui devaient donner au règne de Justinien la gloire des armes et rendre à l'Empire presque tous les territoires qu'avait possédés l'ancienne Rome, Théodora, ambitieuse et hardie, contribua à les faire décider. L'esprit d'aventures, peut-être aussi la vanité de l'emporter sur les conseils pusillanimes de Jean de Cappadoce, qu'elle haïssait, et le désir de venger son protégé Hildéric, roi des Vandales, détrôné par Gélimer, l'engagèrent à pousser à
la guerre d'Afrique * . Pour l'expédition d'Italie, elle avait une autre raison. Ne pensait-elle pas que Rome soumise à ses 'armes, c'était le pape à sa discrétion, c'était le triomphe de ses opinions religieuses ? Les guerres engagées, on découvre souvent l'action toute-puissante de Théodora dans les ordres aux généraux et aux ambassadeurs, les rappels et les nominations, les envois de renforts, les négociations diplomatiques. On sent que les affaires sont menées par la petite main qui, au moment de la reprise des hostilités avec la Perse, signait cette lettre à Zaberganès : « Je suis convaincue, depuis la mission que tu as remplie auprès de nous, de l'intérêt que tu portes à nos intérêts. Tu réj)ondras à cette opinion en persuadant au roi Chosroës de prendre envers notre empire {iç f^fxsTépov rJjv icoXtT£{av) des dispositions pacifiques. Si tu y réussis, je te promets les plus magnifiques récom-
1. Procope, de Bell. Vandal., I, x. Hùlor, arcan.y II, XVII. Théophane, p. 15W60.
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penses de l'empereur, qui ne décide jamais rien sans me consulter*. »
Jalouse de son pouvoir et sûre de sa puissance, celte femme ne souffrait pas qu'on résistât à ses ordres, ni qu'on lui fit la moindre opposition. Priscus de Paphlagonie, devenu secrétaire intime de Justinien, s'était emparé de la confiance de son maître et affectait de ne considérer l'Augusta que comme la femme de l'empereur. Théodora chercha d'abord à le perdre dans l'esprit de Justinien par des paroles calomnieuses.
L'empereur ne les écoutant pas, l'impératrice fit une nuit saisir Priscus dans sa maison.
On l'embarqua incontinent pour l'Afrique, où, dès son arrivée, il reçut les ordres de prêtrise ; désormais, il ne pouvait plus exercer aucune fonction civile. Justinien, qui n'aimait point à récriminer, surtout contre sa femme, feignit d'ignorer cette insigne violence et ne tarda pas à oublier Priscus *.