‹ Aspects Atypiques de l'Acrodermatite Continue d'Hallopeau (volume 2)Chapitre 14 sur 25 · SN ER · texte numérisé non relu

SN ER

de la pustule ou de la nappe purulente se voit une petite surface où l’épiderme est aminci, rosé, luisant, mais nullement ulcéré. Sur les bords, les débris du couvercle épidermique se soulèvent, formant une collerette qui va se détacher sous forme de squames en lambaux. Cette période de desquamation va durer de quinze à vingt jours en moyenne.

Parfois les vésicules se dessèchent très rapidement, sans issue de liquide, laissant après elles une véritable croûte plutôt qu’une squame.

A la suite de plusieurs poussées successives séparées par de courts intervalles, des placards rouges finissent par persister et on peut y étudier des éléments d'âge différent : ces placards, d’étendue variable, à contours irréguliers, mais nettement délimités, sont recouverts de place en place par de minces squames groupées en collerettes; disséminées entre les squames, des pustules à des stades différents de leur évolution témoignent de poussées plus récentes. Parfois ces plaques se creusent de fissures douloureuses au niveau des plis.

Les phénomènes subjectifs qui accompagnent ces lésions sont d’ordinaire peu intenses; ils sont cependant constants. C’est avant tout le prurit, qui précède en général l’éruption et persiste pendant l’évolution des pustules jusqu’à leur rupture. Souvent aussi les malades accusent des sensations de brülure, de tension, de picotements, d’élancements. Habituellement ces douleurs sont strictement localisées au siège des lésions cutanées; elles ne présentent aucune irradia-

pé

Pig Feb tion. Dans un cas d’Audry, les douleurs étaient d’une violence intolérable et irradiaient le long des membres (Ann. de Dermatologie 1901 p. 913); dans deux cas de Gougerot, inédits, les douleurs étaient souvent violentes, empêchant le sommeil et revenant par crises. |

On ne note d’ailleurs aucun trouble objectif de la sensibilité, sinon une légère hyperesthésie au niveau des placards éruptifs. En tout cas, pas d’anesthésie.

De même, pas d’atrophie musculaire au voisinage des lésions.

Le laboratoire n’est d'aucun secours pour le diagnostic. On a vu ce qu’il fallait penser. des germes parfois trouvés dans les lésions cutanées : ces pyo0gènes ne sont que des microbes d'infection secondaire. Les examens du sang pratiqués par Bodin (1), Penet (2) ont montré une formule leucocytaire et une éosinophylie normales. La ponction lombaire faite par Chatellier (3) dans un cas a mis en évidence ure légère réaction méningée par l'existence d’une Iymphocytose, sans albuminose ni hypertension du liquide céphalo-rachidien.

L'évolution, caractère essentiel sur lequel il faut encore insister, se fait par poussées successives; la durée de chaque poussée est de quinze à vingt jours; ces poussées survenant tous les quinze jours, tous les

(1) Bodin. — Ann. de Derm. 1903, p. 691.

(2) Penet. — Ann. de Derm. 1918, p. 362.

(3) Chatellier. — Ann. de Derm. 1921, p. 131.

d'ITTAL El

At: DURE

huit jours et même tous les jours, on comprend que des lésions puissent être observées d’une façon permanente sur les régions atteintes.

La durée de l’affection est indéfinie. Traitée par les topiques locaux, on l’a vue se prolonger sur des dizaines d'années : quarante-cinq ans chez une malade de Stowers (British Journal of Dermatology 1® janv: 1896 p. 1). :

Au cours de cette longue évolution les doigts at- | teints finissent par subir des altérations nrofc"des et permanentes; les ongles s’épaississent, se strient longitudinalement, deviennent friables; ils se détachent et, à la longue, finissent par ne plus repousser. Ils laissent après leur chute un moignon déformé sur lequel se développeront des vésiculo-pustules au cours des poussées ultérieures.

Il est tout à fait exceptionnel que des poussées généralisées envahissent toute la surface du tégument (Hallopeau) (1); il s’agit soit d’une éruption pustuleuse, soit de simples placards érythémateux. La muqueuse buccale a été le siège de vésicules dans quelques cas.

Enfin, caractères négatifs importants, jamais cette dermatose, malgré son aspect pustuleux, ne donne lieu à des complications septiques locales (Iymphangite, adénopathie) ou viscérales; jamais, exception faite du seul cas mortel étudié par Frèche, Hallopeau

(1) Hallopeau. — Soc. de Derm. 1890, p. 39.

Page 1