RIVIÈRES
La distribution et le drainage. — Ces progrès réalisés dans les habitudes domestiques, ont commencé avec le drainage. On profita d’abord des cours d’eau qui traversaient Londres pour y jeter les eaux pluviales et ménagères. Plus tard, on dalla, on murailla, on voûta ces fossés devenus des réceptacles de boues, mais pas encore de vidanges ; car on assujettissait les propriétaires à établir des fosses dont les maraîchers de la banlieue faisaient les extractions : on protégeait ainsi la nappe des
Dès la fin du siècle dernier, et surtout vers 1820, des compagnies industrielles se formèrent pour appliquer la machine à vapeur de Watt et Bolton à l’élévation des eaux de la Tamise ; elles introduisirent dans les ménages la distribution à domicile, et versèrent dans la consommation des quantités d’eau qui, déjà de 200000 mètres cubes vers 1850, sont de près de 650 000 aujourd’hui. L’usage du water-closet devint général; les prescriptions qui fermaient les égouts tombèrent à tel point que la fosse devint l’exception, et fut considérée comme une cause d’infection que les inspecteurs d’hygiène ne devaient plus tolérer.
Sous la pression de la distribution d’eau, le réseau du drainage se régularisa. Pour le représenter, il faut voir, sortant de chaque maison, un tuyau de grès de 0"‘,50, qui rassemble les eaux sales de la cuisine,.du cabinet de toilette, du water-closet, de la cour, et qui les conduit à l’égout de la rue, lequel est en briques, au profil ovoïde de 0”,80/l m ,20 ; celui-ci verse à l’affluent du fleuve, transformé en collecteur. Là, comme l’écoulement n’était possible dans la Tamise qu’à basse mer, il y avait un stationnement forcé des eaux pendant l’intervalle des marées. Les grandes artères devenaient des réservoirs d’ordures, avec les inconvénients de mauvaise odeur et d’inondation des rues par les bouches d’égout, lorsque arrivaient les averses. .
Les vices du système furent mis en lumière par les enquêtes qui suivirent le choléra de 1848.
L’Angleterre perdit en une seule année d’épidémie 70000
individus, dont 30 000 adultes; c’était plus que les guerres de 1800 à 1815 n’avaient consommé de soldats. L’insalubrité de la Tamise était prouvée.
Le Board of Health. — Un acte du Parlement créa en 1848 un comité supérieur d’hygiène qui, sous le nom de General Board of Health, eut mission d’examiner l’état sanitaire du pays, et de diriger les efforts des comités d’hygiène locale, qu’on créait en même temps. Le Board, composé d'hommes distingués par leurs etudes spéciales, se mit à l’œuvre sous l’impulsion de M. Chadwick, esprit infatigable, qui fut l’âme de la i! réforme (1851). On reconnut dès l’abord qu’il y avait deux] questions inséparables : les eaux et le drainage.
Les eaux. — A l’égard des eaux, les quantités distribuées à j Londres étaient bien suffisantes. Mais le service se faisait] en remplissant le malin dans chaque ménage un tonneau ou une cuvé en plomb. L’eau se couvrait de poussière et d’infusoires,; elle s’échauffait, devenait une détestable boisson et propageait ( les germes de contagion. Les réservoirs remplis en deux heures une fois par jour étaient mauvais; ils.devaient faire place à des robinets tirant librement sur une conduite maintenue en pression constante. En outre, l’eau puisée dans la Tamise aux points, salis par la marée était chargée de matières organiques, un peu dure et, par suite, contraire aux usages domestiques et industriels. La pureté, la limpidité, la fraîcheur, sont les qualités d’une bonne eau. La Métropole devait donc abandonner les eaux de rivières et chercher une alimentàtiéï ! nouvelle par les eaux de sources.
Le drainage. — L’examen des égouts portait plus loin. On avait jusque-là travaillé sans ensemble, en allant au plus pressé
sous les voies publiques, en établissant le drainage d’une maison sans se préoccuper de l’approvisionnement -d’eau en tête des drains. Les égouts sans eau devenaient des fosses de boues et de vidanges, et leurs grandes sections favorisaient les dépôts et la stagnation. Il semblait qu’on eût pris à tâche d’allonger les parcours, de perdre les avantages de la pente, d’exagérer les frais de construction et de curage.
Pour rentrer dans le vrai, il fallait assurer l’approvisionnement d’eau partout en tête, puis marcher avec la pente la plus forte et le moindre diamètre, de manière à garder un maximum de force vive pour les chasses de curage. Les tuyaux de grès d’ailleurs convenaient mieux que des égouts de briques à un lavage par des eaux forcées. Enfin, au bas des émissaires, le mouvement ne devait pas s’arrêter devant l’oscillation des marées. La machine à vapeur pouvait agir et manœuvrer des pompes d’épuisement, aux heures où le flot forme barrage.
Le sewage. — Mais que faire des eaux d’égout, du sewage, suivant le mot des Anglais? L’ordre naturel veut que le sewage retourne à la terre, car il contient les éléments des engrais, l’azote, les phosphates, la potasse, la chaux, les matières organiques : la dilution livre tout dans l’état le plus favorable à la nutrition des plantes. Deux procédés d’application se présentaient : ou l’irrigation ordinaire, employée depuis un siècle aux prairies d’Édimbourg; ou l’arrosage à la lance, tenté par des fermes à matériel perfectionné, permettant de faire la pluie au moment où la terre la demande.
Livré à la terre, le sewage s’y dépouillera, descendra purifié dans la nappe pour en sortir en sources vives, prêles à recommencer indéfiniment un service utile.
En résumé, l’eau la plus pure prise à robinet libre dans l’habitation, l’eau sale tombant de suite à l’égout, en emportant tous les résidus de la vie domestique et se revivifiant dans le sol qu’elle aurait traversé comme engrais, tels étaient les
principes du Board. On retrouvait ici la loi de circulation du corps humain; l’eau vive représentait le sang artériel qui part du cœur et nourrit les organes ; l’eau impure, c’était le sang veineux qui retourne au cœur et qui s’est brûlé, purifié, lorsqu’il a traversé le poumon, c’est-à-dire ici le' sol. Le sol rétablissait la pureté des eaux pour maintenir une circulation qui ne peut ni se ralentir ni s’arrêter sans amener les désordres de l’infection et de la maladie.
Au point de vue administratif, le Board proposait la fusion des services, l’expropriation des compagnies, et une autorité centrale gouvernant l’assainissement.
Décisions. — De grands intérêts se sentaient touchés. Le Parlement refusa les projets de fusion et de centralisation, mais il imposa aux compagnies des eaux l’obligation de reporter leurs prises en amont de la marée, ainsi que la prescription du filtrage. Il ne se prononça pas sur la préférence à donner aux sources par rapport aux rivières, ni sur les avanlages du drainage tubulaire par rapport aux galeries de grand type. Il se borna à autoriser les projets des villes qui, acceptant la théorie de la circulation continue, voulurent installer chez elles du. même coup la distribution à robinet libre, la perte complète à l’égout et l’irrigation par le sewage.
Les premières applications s’exécutèrent péniblement; les idées étaient trop absolues et les procédés mal assurés. Mais l’essentiel, l’ordre naturel était mis en lumière; les théories du Board frappèrent l’attention; elles furent portées dès 1851 au congres de Bruxelles, et exposées d’une manière brillante en français par M. Ward, collègue et ami de M. Chadwick. « Nous, apportons, disaient les novateurs, un principe aussi grand que celui de la circulation du sang. » Et en effet, au bout d’un demisiècle de luttes et d’efforts, la science a accepté comme vérités premières en hygiène, les lois de la circulation et de la resti-
Metropolitan Board of Works. — Les -vives attaques du Board of Health contre les vieux conseils de fabrique des paroisses, lesquels, chargés des égouts, construisaient sans la moindre idée d’ensemble, et dépensaient sans contrôle, amenèrent une mesure de réforme importante : c’est l’institution, en 1858, àa Metropolitan Board of Works, du bureau Métropolitain des travaux publics. C’est une sorte de parlement dont les membres, élus par les districts, ont seuls pouvoir d’ordonner les grands travaux de viabilité et d’assainissement. Au Board revient l’honneur d’avoir, par le talent de son ingénieur, M. Balzagetle, construit les collecteurs du drainage et les quais de la Tamise.
Les collecteurs. — Londres est assis sur les pentes éboulées d’une argile tertiaire enfermée dans un bassin de craie. La Tamise passe au travers, assez étroite et gracieuse en amont, audessus de la limite du flot, mais large, sinueuse, pleine de marais dans la partie maritime. Tant qu’on a considéré la rivière comme l'émissaire naturel des eaux d’égout, on a marché à l’aide de l’écoulement à mer basse. Pendant la mer haute, des clapets fermaient les affluents, qui se transformaient en véser-
En cas d’orage, les bas quartiers étaient inondés. De plus, les immondices, descendues an jusant, étaient reprises par le flot, puis repoussées et promenées jusqu’à six fois entre les ponts. Le projet d'amélioration devait par suite assurer un écoulement constant aux eaux d’égout, et leur donner un point de décharge tel que la marée ne pût rien rapporter entre les ponts. Des expériences de flotteur montrèrent que ce point était à Burking- Creek, à 25 kilomètres du pont de Londres. A Barking, en écoulant à mer étale, les matières pouvaient descendre à 45 kilomètres cl se perdre dans la baie.
11 y avait à préparer sur les deux rives des réservoirs capables de recevoir pendant les heures de haute mer le déhit des collecteurs. 11 fallait aussi travailler avec des machines, car
la penle allait manquer, pour une part importante de la rive gauche, qui est le vrai Londres, et en entier sur la rive droite, qui n’est qu’un faubourg industriel. C’était un véritable desséche-, ment comparable pour l’étendue au double de la mer de Harlem.
Sur la rive gauche, on enferma le périmètre de la Métropole. par une ligne de ceinture qui suit le pied des coteaux et doit recevoir les eaux extérieures. Au dedans, on détermina une 1 ligne de service moyen qui récolte les eaux intérieures d’un premier gradin. Puis, parallèlement au fleuve, on a placé la ligne de service bas, à travers les quartiers les plus chargés de maisons, de monde et de circulation. Là, quand la penle de . 0 m ,40 par kilomètre est épuisée, on la reconstitue en installant | des pompes à vapeur qui font franchir au courant des sauts de 6 à 7 mètres. Les galeries de grand type circulaire peuvent en cas d’orage se dégager par des déversoirs aboutissant à la j Tamise.
Les réservoirs de Barking couvrent près de 4 hectares et peuvent emmagasiner 190000 mètres cubes. Un émissaire! formé de trois gros tuyaux de briques de 3”,60 de diamètre leur. J apporte le produit des collecteurs des trois niveaux.
Sur la rive droite, les réservoirs de Cross-ness couvrent» deux hectares et demi et tiennent 100 000 mètres cubes.
440 kilomètres de galeries maîtresses, 2400 chevaux de force, un peu plus de 100 millions de dépense, résument ,: l’œuvre de l’assainissement de la Métropole (1865).
Ce n’est pas tout. Comme le terrain manquait entre le pont ; de Westminster et Saint-Paul, on a conquis 33 mètres de largeur sur les vagues de la Tamise.
Derrière des murs gigantesques, on a placé, en dessous, une branche du collecteur et le chemin de fer métropolitain, et audessus, de larges quais, qui manquaient à Londres, et dont un . artiste, Ch. Martins, avait le premier rêvé l’effet (1878).
Les lacunes d'utilisation. — Ces beaux travaux présentent .