IS RIVIÈRES
Elle sert de canal de transport et divise la ville en deux : la cité, qui a pour point central l’édifice en style féodal du nouvel hôtel de ville, est marquée par d anciens fossés enfermant un îlot sur la rive droite. La ville nouvelle, Friedertchrstcult, qui date du siècle dernier, et doit sa création et ses monuments à la dynastie des Frédérics, est bâtie sur la rive gauche. Elle a pour axe l’allée « Sous les Tilleuls » (Unter den Linden), belle avenue de 2 kilomètres dè longueur et de 50 mètres de largeur, plantée d’une quadruple rangée de tilleuls et de marronniers. Les Tilleuls vont de l’est à l’ouest, unissant le palais impérial avec la porte de Brandebourg, arc de triomphe en portique grec. L’allée mène à la promenade du Bois, au Thiergarten, et de là aux résidences de Charlottenbourg et de Potsdam qui sont les palais d’été : bordée par l’Opéra, le Musée, les principaux hôtels, les boutiques de luxe, celte voie centrale représente nos boulevards.
Au nord des Tilleuls et du Bois, au milieu des clairières, se construit le quartier industriel et populeux de Moabit. Au sud s’étend le quartier des affaires, la croisée de Berlin, tracée par les rues Friederick et Leipzig, qui se coupent à angle droit; la Banque, la Bourse, les grands magasins, les ministères sont ici. Puis, si l’on continue la promenade vers l’oui t, en longeant le Bois, on rencontre une sorte de West-End, un ensemble de « terraces » anglaises, villas occupées par les familles
Les rues. — Les rues sont larges, coupées avec monotonie à angle droit, généralement mal pavées, parce que les bons matériaux de chaussée, le caillou, le grès, le granit, appartiennent à des formations trop éloignées pour ne pas être coûteux. Il n’y a sur place que l’argile donnant les briques rouges et pâles, avec lesquelles on construit, parfois avec charme pour l’œil, des bâtiments de deux couleurs.
Le trottoir existe dans les rues fréquentées, même avec lar-
geur de 4”,50, mais il était séparé de la chaussée par des ruisseaux qui étaient des égouts à ciel ouvert, et qui, chargés de conduire à la Sprée ou à ses canaux les eaux pluviales et ménagères, atteignaient parfois 0”,80 de profondeur. Il fallait se garer pour n’y pas tomber. Eu outre, de distance en distance, des pompes de service public donnaient aux riverains l’eau de la nappe, eau peu profonde, salie par les filtrations de la boue des ruisseaux ou des fosses à vidanges des habitations. 1
Les maisons. — La population de 1200000 âmes qu’attire la capitale vient se presser dans 18000 maisons environ, ] habitées depuis les caves jusqu’aux combles de cinq étages. Les boutiques du rez-de-chaussec ont toutes, pour les logements! des familles de marchands, des caves en sous-sol. On y a plus : chaud l’hiver par un froid de 20”, et plus frais en été par une chaleur lourde de 25". Les appartements d’étages sont généralement grands, hauts, éclairés; maison éprouve une sorte de tristesse à rencontrer un poêle de faïence au lieu de la cheminée ouverte, si décorée, si gaie dans nos appariements. Il J y a nécessité de combiner avec do doubles fenêtres, l’effet du poêle constamment allumé l’hiver.
Dans les étages supérieurs, les chambres ont parfois des « schlafstelle », simples places louées pour dormir : c’est sou-J vent un lit dans une chambre déjà occupée par une famille.>| Enfin dans les combles on installe des dortoirs pour les dômes-1
Mortalité. — L’influence de ces conditions sur la mortalité J était déplorable. Quand on relevait la courbe des décès par étages, on lui trouvait deux maximums : l’un dans les caves, J l’autre dans les combles. Si l’on cherchait l’effet des saisons, on voyait apparaître en juillet une mortalité double de celle de décembre, preuve de l’infection qui par le soleil d’été sortait des ruisseaux et de la Sprée, et viciait profondément l’air respirable. j
La réforme. — On pareil régime appelait la réforme de l’assainissement. Les études, engagées dès 1862, furent poursuivies jusqu’en 1874 et traitées sous lous les aspects : météorologie du climat, nature du sous-sol, nappe souterraine, cours de la Sprée, système de vidanges, épuration par les réactifs chimiques, essais d’irrigation. Le rapport d’ensemble dû à un savant de réputation européenne, Virchow, concluait de la manière la plus formelle à la distribution d’eau pure, à l’établissement des water-closets, à l’écoulement total à l’égout, à l’épuration des eaux par l’irrigation, conformément aux projets de M. Hobrecht, qui eut mission de réaliser ses idées et obtint la satisfaction de les voir réussir.
Il s’agissait d’organiser la circulation sans arrêt pour aboutir à la restitution, pour reproduire ce qu’on a appelé avec justesse le « circulus de plus court rayon. »
L’eau pure devait monter d’elle-même aux logements, et y travailler avec abondance.
Le point d’appui de la salubrité de l'habitation devenait le water-closet; et le water-closet c’est la perte des eaux impures à l’égout, leur fuite immédiate vers la zonede culture qui est chargée de les dépouiller, de les revivifier au profit de l’alimentation du marché.
Mesures administratives. — Les mesures administratives qui régissent la canalisation furent fixées en 1874 et 1875, et réunies dans un formulaire.
Dès que la canalisation souterraine existe dans une rue et un quartier, tout propriétaire est tenu de joindre son immeuble à l’égout public par un drain de 0 m ,16. Ce drain doit servir à l’écoulement des eaux pluviales et ménagères comme à la perte des vidanges ; mais il est interdit aux débris solides, restes de cuisine, cendres de foyers, immondices. Les fosses à vidange sont supprimées, le water-closet devenant l’organe unique de l’habitation. Dans les rues, les écoulements à ciel ouvert, les
fossés profonds qu’on franchit sur des ponceaux de dalles, disparaissent ; le revers doit devenir un trottoir, arrêté par une bordure en granit contre le caniveau d’une chaussée à faible bombement.
Dans le délai de six semaines après notification, le propriéiaire est tenu de présenter le projet de drainage de son immeuble rédigé d’après une formule commune. Le tuyau de descente des eaux pluviales se terminera par un appareil à siphon pouvant arrêter les débris solides des toitures. L’évier de cuisine sera muni d’une grille ; le drain de l’habitation sera protégé contre le retour du mauvais air de l’égout par un siphon et un clapet, ' avec puisard de visite en avant.
L’abonnement aux eaux de la ville devient obligatoire. La demande doit se faire dans le délai de six semaines après notification. Si le propriétaire n’obéit pas, l’abonnement est imposé d’office, comme le drainage s’exécutera d’office, dès que les délais seront dépassés.
Enfin le partage des travaux et le mode de recouvrement des dépenses sont aussi réglés. Tandis que le propriétaire travaille! chez lui, à l’intérieur de l’immeuble, l’administration travaille sur la voie publique, et même se réserve le droit de poser, au delà du mur de façade, le siphon, le clapet, le puisard à établir comme garanties au départ du branchement sous la voie publique. Les agents ont d’ailleurs permission de pénétrer dans une habitation pour s’assurer que les prescriptions de l’autorité sont observées; les infractions peuvent entraîner l’amende et la prison.
Quant aux dépenses à recouvrer par la ville, elles sont de deux sortes. Les travaux faits pour le compte des particuliers sont réglés aux prix de tarifs approuvés ; les travaux de canalisation, construction et entretien, comportent une comptabilité spéciale; .] Le principe est que chaque immeuble rattaché à la canalisation doit une part proportionnelle de la dépense.
Par suite on établit le compte d’intérêt et d’amortissement
du capital : onajoule les frais d’entretien et l’on opère la ventilation par immeuble. Les tableaux de répartition sont affichés avant le 1 er janvier de l’exercice; l’acquittement se fait par trimestre, comme en matière de contributions publiques. En cas de réclamations, on a le recours devant le Conseil royal de Postdam.
Ainsi la distribution d’eau et le drainage sont obligatoires; nul propriétaire ne peut s’y soustraire, dès que la ville a établi dans un quartier la canalisation souterraine.
La taxe est, non pas fixe, mais proportionnelle. Elle doit couvrir tous les frais de l’opération, en répartissant les charges Sur l’ensemble des immeubles qui jouissent des avantages d’une salubrité supérieure.
C’est presque notre loi de dessèchement.
Voyons maintenant l’organisation des services publics de la distribution d’eau, du drainage, des irrigations.
Distribution d'eau. — L’administration voulait assurer à une population d’un million et demi d’habitants un approvisionnement de 85 000 mètres cubes par jour avec prévisions d’accroissement en cas de besoin. De telles quantités ne pouvaient se rencontrer que dans les rivières du voisinage, la Sprée et l’Havel.
La Sprée avait déjà un établissement; une compagnie anglaise avait monté à l’est, au bout de la vieille ville, le service des eaux de la rivière clarifiées par le filtrage sur des lits de gravier. 11 y a là une force de 1200 chevaux, 10 bassins filtrants et une conduite de 0 ra ,75 allant au réservoir de Muhlberg, point haut du nord de la ville. L’établissement a été exproprié, et il travaille en régie aujourd’hui, mais il ne donne pas la moitié du cube nécessaire. De plus, l’eau de la Sprée est tiède en été et salie par le mouvement des bateaux, par les écoulements des riverains.
L’approvisionnement important fut, d’après les études de
M. Vitmeyer, reporté à l’extrémité nord sur l’Havel ; on se décida à puiser dans la nappe qui circule sous les sables, emmagasinant les pluies du climat et s’écoulant lentement vers la vallée. On choisit les bords du lac du Tegel sous Spandau. Ce sont des solitudes entourées par des forêts de pins et des landes. La filtration naturelle dans les sables marins produit une eau limpide, ne contenant que 0 !r ,152 de carbonates calcaires et gardant une fraîcheur de 12 degrés. C’est par des puits que l’on capte ce que l'on appelle des sources : il y en a 23, qu’on épuise avec une force de 450 chevaux. Le produit est envoyé au réservoir de Charloltenbourg, placé 20 mètres plus haut que le Tegel. Là, comme il faut encore assurer 30 mètres de charge en sus à la distribution en ville, il y a un relai de 440 chevaux qui refoulent dans une colonne formant manomètre libre. L’usine de Charloltenbourg travaille de préférence à l’usine de la Sprée, à laquelle on demande seulement d’arriver en appoint.
L’eau dans les maisons est délivrée au compteur avec un minimum de concession de 80 mètres cubes par trimestre. Tous frais compris, elle coûte 40 centimes le mètre cube pour les usages domestiques, et la moitié, 20 centimes seulement, pour les usages industriels.
Résumons le service des eaux en disant qu’appuyé sur une force de 2100 chevaux, il a coûté 40 millions d’acquisition et de constructions neuves. L’effet ne se fait pas attendre : sur 18 000 maisons 14000 ont déjà des abonnements.
Ajoutons qu’en cas de besoin on répéterait à l’extrémité sud, au lac de Muggel, sur la Sprée supérieure, la solution des puits sources qui réussissent au nord, au lac du Tegel, sous la Sprée inférieure.
Drainage, projets. — Le réseau du drainage était l’œuvre difficile. Comment réaliser la perte directe des eaux imposée aux habitations privées? Comment supprimer sur les voies
publiques ces fossés qui portaient l’infection avec eux? Comment affranchir la Sprée qui devait cesser d’être le grand égout? Comment traiter une plaine de niveau où la nappe se tient à deux mètres au-dessous du sol ?
Or la pente naturelle qui fait défaut peut être suppléée par la pente artificielle des machines. Si sur un plan horizontal on sème des pompes d’épuisement, et si les points d’appel sont à la circonférence de l’agglomération au lieu d’être vers le diamètre occupé par la rivière, tout se passera comme si la ville était bâtie sur un plateau, versant au dehors par des pentes renversées, comme si elle couvrait une terrasse sillonnée par des ruisseaux ayant leur embouchure aux puits de ceinture; c’est ce que M. ITobrecht a appelé le système radial , parce que les affluents, au lieu d’arriver par étages parallèles vers la vallée, courent en rayonnant vers le cercle de ceinture.
A Berlin la superficie totale de 6000 hectares n’a que 2360 hectares de terrains bâtis : 1400 au nord sur la rive droite delà Sprée, 960 au midi sur la rive gauche. Ici sont les quartiers de luxe chargés d’habitants et de trafic. Aussi a-t-on formé de ce cote trois centres partiels avec usine et réseau distincts. Larive droite, moins encombrée, n’en a que deux. Quant au reste du territoire, il aura plus tard aussi son drainage et ses machines : l’essentiel était de travailler de suite pour l’agglomération existante, et d’assurer l’épuisement régulier d’un cube évalué avec les pluies ordinaires du climat à 100 000 mètres cubes par jour. La décharge, qui ne se fait plus à la rivière qu’en temps d’averses, s’obtient au moyen de domaines d’irrigation situés au loin dans la banlieue. Par prévoyance des besoins de l’avenir et pour devancer la hausse du prix des terrains, la ville a déjà acquis 5300 hectares pour 13 millions de francs, soit au prix de 2500 francs l’hectare.
Construction. —C’est en 1873 que les décisions, les projets, les autorisations de crédit permettaient d’engager les travaux.
Dix ans après, en 1883, les cinq usines des cinq arrondissements de dessèchement [travaillaient. Les deux tiers des habitations des quartiers riches étaient rattachés à la canalisation; les voies publiques de grande circulation avaient le profil normal; les usines envoyaient près de 80000 mètres cubes par jour sur 3000 hectares de terrains irrigués.
Donnons un coup d’œil aux détails :
La maison. — Le drainage de la maison consiste à relier les perles des cabinets de toilette, des éviers de cuisine, des sièges A de waler-closets avec le tuyau en grès de 0'",16 qui forme colleo-^ leur et débarrasse l’habitation. Des appareils à siphon, des grilles, un puisard avec clapet à la sortie de la maison, line pente de 2 pour 100 donnée au tuyau de 0”,16, combattent les obstructions et le mauvais air, en multipliant les fermetures! hydrauliques, en permettant des chasses et des vérifications. j
Sur la voie publique la solution consiste à reporter en sous-sol les lignes d’écoulement qui existent à ciel ouvert sur les revers et le long des chaussées. Des drains doubles et parallèles répondent aux alignements des rues, se joignent aux carrefours, vont se verser dans un égout qui rassemble leurs eaux pour les porter. au collecteur, affluent du puits des machines. 11. y a en réalité trois réseaux : 1° le réseau tertiaire formé par des tuyaux en poterie de 0“,22, circule en double voie par toutes les rues;
2* le reseau secondaire, constituant les rameaux, est formé par des tuyaux de grès de 0",45 ou des égouts de briques à type' ovoïde, ordinairement de 0”,80/1",20; 3° enfin les artères de, premier ordre; les collecteurs figurant les troncs, sont cmorJJ des galeries ovoïdes en briques au diamètre de 1",33/2",00 qui admettent la visite.
Aux changements d’alignement, aux croisements des drainages, il y a des regards permettant de surveiller les obstructions ; sur le parcours des lignes d’égout, des trous d’hommes avec plaques à jour établissent une ventilation. Les entrées d’eau se