ES RIVIÈRES
font par des grilles à puisard où tombent les débris solides et d’où s’échappent par déversement les liquides.
Examinons l’exécution :
Quartier des Tilleuls. — La plus grande densité de la population est dans le plus petit des cinq arrondissements, dans Friedei'ickstadt, qui n’a que 240 hectares, mais qui renferme le boulevard des Tilleuls, les grandes rues Friederick et Leipzig, les hôtels, les magasins de luxe, les palais. C!est par ce riche îlot qu’on a commencé : les travaux y sont terminés, et l’exploitation marche depuis 1875, gagnant chaque jour de nouveaux branchements.
Les collecteurs descendant de la porte de Brandebourg et de la porte de Leipzig amènent le flot du drainage de l’arrondissement à une puissance de 360 chevaux, établie près la gare du midi, près la station du chemin de fer de Dresde.
En avant de la galerie d’aspiration, les eaux rencontrent un puits circulaire de 12 mètres de diamètre, séparé en deux par une claire-voie de filtrage : c’est une dernière précaution contre l’introduction des solides dans les conduites. Les machines sont horizontales; elles mènent des pompes à haute pression et à double effet, avec soupapes à clapets multiples. Elles refoulent à 13 kilomètres de distance et à 21 mètres de hauteur, et travaillent en service forcé à trois ou quatre atmosphères. La voie de refoulement est une double conduite en métal de 1“,00 et 0“,75 de diamètre destinée à porter au domaine d’Osdorf le tribut des trois usines de la rive gauche.
Sur la rive droite, mêmes dispositions ; les deux arrondissements ont chacun une usine et une conduite spéciale de 1",00 de diamètre, laquelle aborde par les deux extrémités le domaine de Falkenberg, à 13 kilomètres de distance et à 30 mètres de hauteur au-dessus du niveau d’aspiration ; de ce côté c’est un service à cinq atmosphères. Cinq usines de 500 chevaux environ vont donc s’attribuer les parts diverses d’un épuisement
qu’on évalue à 100 000 mèlres par jour, en y comprenant les pluies. Il faudra, en outre, sur les deux rives de la Sprée et au cœur de la capitale, deux usines de relai qui, ramassant au centre les eaux basses, les livreront aux véritables usines de trans- q mission placées sur la circonférence.
Berlin est traité comme un polder dont on fait le dessèche- 9 ment avec 2500 chevaux de force. L’opération était si nécessaire J que, malgré les charges qu’elle impose à la propriété, la j propriété s’y soumet. Tandis que la maison s’assainit par l’eau et la perle à l’égout, la rue est améliorée du jour au lendemain ; M aulieu d’être coupée par deux fossés profonds, elle gagne toute la | S sécurité, toute la largeur que lui assurent deux trottoirs francs, deux bordures en granit que les voitures peuvent côtoyer sans
Iirigatims. — La pente artificielle ne substitue à un plan horizontal un plan vallonné, et ne garantit un écoulement îjj constant que si les machines n’arrêtent pas.
Comme l’épuisement a pour réservoir de vide l’irrigation, 9 l’irrigation à son tour doit être continue ; c’est le dernier terme 1 du problème.
Le domaine d’Osdorf, acquis par la ville au prix moyen de 2200 francs l’hectare, se rencontre à 12 kilomètres sur la route de Dresde, laquelle partage presque également l’étendue ï totale de 824 hectares.
On est toujours sur le sable fin, dénué d’arbres et de maisons et peu mouvementé; on aperçoit à 4 kilomètres l’école des cadets de Lichterfeld; le chemin de Potsdam passe à côté, et les villas d’été commencent même à approcher.
Le centre de l’exploitation est une vieille ferme, à bâtiments ordinaires, écuries, étables, hangars qui enferment une grande j cour carrée, que surveille le pavillon du régisseur. Quant aux conduites de 1",00 et 0”,75 parties de Berlin, elles débouchent | par deux tuyaux debout, formant manomètre libre. Les bran-
chemenls s’en échappent portant des robinets vanne de 0”,50, par lesquels se fait l’alimentation des rigoles à ciel ouvert, des courants d’irrigation.
Pour répondre au service continu, les terres passent par deux états : on les colmate d’abord, puis lorsque la couche végétale est formée on la soumet aux façons de la culture irriguée ; on peut ainsi utiliser en colmatage les heures de nuit et les jours d’hiver, quand cessent les arrosages.
Un cube actuel de 20000 mètres cubes par jour se répand sur 432 hectares dont 63 sont livrés aux eaux de colmatage, et 364 appartiennent aux cultures diverses et aux prairies.
Les bassins ont environ 0",50 do hauteur d’eau sur des surfaces bien nivelées et encadrées par des banquettes. La perméabilité du sol rond la filtration rapide, et les froids d'hiver compriment les émanations.
Les champs de grande culture sont pour deux tiers en avoine, en colzas, en racines surtout et en gros légumes; le dernier tiers est en ray-grass. Tout est disposé par planches de 1 mètre environ, avec rigoles de 0 m ,30. Les plantes ont la plus belle végétation ; les produits se vendent au marché de Berlin. Les ray-grass, qu’on coupe quatre fois, alimentent une étable de vaches hollandaises dont le lait est pris. sur place pour la capitale.
La qualité des produits est donc hors de .doute. Reste à juger l’épuration. L’eau d’égout arrive noire, elle a reçu les vidanges et elle en a gardé légèrement Rôdeur. Ellè sort pourtant de dessous terre, limpide fraîche, pure. Le réactif vivant, l’un de nous, peut boire de l’eau, il n’y décéléra aucune trace de .matière organique.
Exploitation d’ensemble. — Aujourd’hui que les cinq usines travaillent, c’est sur 3150 hectares que marche l’irrigation de jour et de nuit et par toute .saison. Facile en été, elle n’est pas embarrassée par les glaces d’hiver, parce que les eaux d’égout
INISSEMENT.
sont lièdes ; mais elle devient difficile dans les nuits longues, froides, humides de novembre, quand le sol est détrempé. Pourtant le service y résiste et aucune plainte d’insalubrité n’a été sérieusement présentée.
Dans le dernier exercice d’avril 1883 à mai 1884, l’exploitation a épuisé en ville près de 32 millions de mètres cubes, et a dépensé 690000 francs; c’est 0fr.,022, un peu plus de 2 centimes par mètre cube envoyé aux bouches d’arrosage de la plaine. Dans les fermes en régie on calcule que la vente des produits couvre sensiblement les frais du faire valoir. ;
Conclusions. — On a donc pu en dix ans porter la salubrité : dans les maisons de Berlin, donner aux voies publiques la largeur, la sécurité, le progrès de viabilité que l’activité du trafic exige aujourd’hui, et affranchir la Sprée qui cesse d’être un égout ' au coeur même d’une cité de 1200000 âmes. Sans doute tout n’est pas parfait. Les appareils des maisons n’ont qu’incomplète- 1 ] ment les chasses de lavage des eaux, et le mouvement de la ventilation libre, comme dans le modèle de l’habitation anglaise. Le drainage des rues au moyen des tuyaux et des puisards ne vaut pas le nettoiement des voies publiques fait à Paris dans les galeries de la ville souterraine, galeries qui enferment tous les organes de la distribution, du drainage, du transport élec— ; trique, en affranchissant la chaussée de l’embarras des fouilles de branchement. Enfin des irrigations qui s’opèrent en régie siiii 3000 hectares aujourd’hui, et bientôt sur 5000, sont une lourde charge, que la culture libre porterait légèrement et avec bénéfice.
Mais le temps,est là pour amener les corrections. Pouvait-on faire mieux, en moins de temps et avec moins d’argent? Nous, ne le croyons pas, et l’on ne saurait hésiter à rendre justice à celle transformation dè Berlin, toute violente qu’elle nous paraisse. Des volontés intelligentes ont pris les décisions : des hommes de talent les ont exécutées.
L’opinion publique et la propriété ont compris le bien et se
sont soumis aux sacrifices. En dix ans, une ville qui était à l’état barbare est devenue une jeune capitale, entrant en lutte d’assainissement et de viabilité avec ses aînées, Londres et Paris.
Le résultat ne s’est pas fait attendre : la mortalité qui était de 41 pour 1000 en 1866, n’a été en 1883 que de 28. Ce n’est pas encore Paris qui est à 25, encore moins Londres qui est à 21, mais c’est une bien grande justification des travaux de M. Hobrecht.
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PLAN de PARIS