INTRODUCTION
H Dix degrés de latitude séparent l’Espagne et l’Italie de l’Allemagne et de l’Angleterre : y a-t-il même écart dans les procédés . d’assainissement ? Nullement.
Au midi on recherche la fraîcheur dans l’habitation ; mais aussitôt que l’eau a coulé d’un jet presque toujours continu, il lui faut une voie d’échappement, un drainage, un égout. Alors, à la campagne où l’irrigation fait la production, on emploie par hasard et faute de mieux les eaux qui ont lavé les rues et les maisons. On voit avec surprise eu résulter les meilleurs marais de jardinage dans la huerta de Valence, les meilleures prairies, les prés marcites à Milan. Au nord, les besoins sont opposés; il faut d’abord se débarrasser de la pluie ; on l’envoie au cours d’eau voisin qui devient un égout, que l’on couvre, que l’on transforme en galerie quand la vie est menacée par le voisinage de l’infection. Puis, la machine à vapeur faisant pénétrer
l’eau dans les habitudes domestiques, le water-closet s'introduit, se généralise et force l’entrée des galeries qu’on lui avait interdites.
Mais alors la rivière n’a plus que des eaux troubles, souillées, insalubres. Que faire? Après avoir bien cherché, on ne découvre encore ici comme remède que l'irrigation.
N’est-on pas ramené au même cercle? N’est-ce pas toujours la loi de circulation et de restitution, représentée par les eaux, les égouts et les irrigations? Paris donnera même démonstration.
Les eaux d’égout sont en grande partie des eaux pures, gâtées par les usages domestiques et le lavage des rues. Elles tombent d’ordinaire au courant en entraînant les boues et les vidanges.
Les eaux, les égouts, les vidanges ont préoccupé toutes les administrations qui se sont succédé. Pour saisir le mouvement, le mieux est de le prendre dès l’origine de la cité et de le poursuivre jusqu’à nos jours. Il y a là d’ailleurs des périodes qni s’indiquent d’elles-mêmes.
Ainsi jusqu’à la Révolution les efforts dans chacune des trois branches de l’assainissement sont rares, confus. Au commencement du siècle, la création du canal de l’Ourcq et la distribution de ses eaux amènent un remaniement complet et des vues d’ensemble dont l’exécution va jusqu’en 1850.
Sous le second Empire, les chemins de fer apparaissent avec toutes leurs exigences de grande circulation. Le plan de Paris est refait, et la ville souterraine naît et répète la ville extérieure.
A la guerre de 1870, il semble que tout va périr, mais, aussitôt l’ordre rétabli et la République organisée, on reprend avec ardeur la marche en avant. L’exposition de 1878 montre encore Paris à son rang. Les solutions sont préparées, discutées, vérifiées; on approche de l’ensemble que veut réaliser notre époque.
L’histoire de l’assainissement se divise donc d’èlle-même en
périodes simples, marquées par les services des eaux el des égouts, avec leur cortège obligé des vidanges et des voiries. Mais les besoins de Paris ne peuvent être compris qu’à l’aide des données de la statistique.
Plan et enceintes. — Paris n’est pas comme Londres une juxtaposition de paroisses qui ont fini par se toucher el par se fondre les unes dans les autres. Londres d’ailleurs, depuis plusieurs siècles, n’a plus besoin de fortifications. Le fossé profond du détroit protège suffisamment l’Angleterre contre les invasions du dehors. La métropole a pu grandir librement, enrichie par sa prospérité commerciale, et en laissant toute satisfaction au sentiment naturel qui réclame une maison par famille; elle a débordé sur une surface de 53000 hectares avec un flot de 5 millions d’habitants.
Paris, au contraire, a toujours été une place forte qui s’est agrandie en renversant des murailles anciennes, mais en reportant ses remparts sur un périmètre enveloppant les faubourgs.
De là vint la nécessité de construire en hauteur, puisque la surface du plan était restreinte, et de placer cinq étages de logement les uns au-dessus des autres.
L’étendue actuelle est de 7800 hectares, le quart environ de la métropole an alaise: mais de ces exigences presque militaires sont sortis d’excellents tracés pour les voies de communication.
. La croisée de Paris existe dès Philippe Auguste, la rue de Rivoli et le boulevard de Sébastopol n’ont fait que la rajeunir; les . quais et les boulevards, c’est-à-dire les diamètres et les circonférences, sont de toutes les époques ; les rayons, les voies allant aux gares actuelles, simplifient encore le réseau. Paris est une ville géométrique que l’étranger connaît en vingt-quatre
Contenu dans l’île de la Cité au temps de Jules César, Paris s’est développé par zones concentriques. Sous Philippe Auguste (1225), c’est déjà une capitale qui a pour centre la basilique de
Notre-Dame, avec une enceinte encore marquée par le Iracé de la tour du Louvre. Sous Charles V (1380), seconde enceinte remaniée aux époques de Henri IV et de Louis XIII ; c’est la lignedes boulevards intérieurs, si animée, si originale, bien plus par la variété attrayante des habitations que par les monuments. Les remparts tombaient en ruine sous Louis XIV, et Vauban, inquiet d’une invasion possible, proposait au roi de les reconstruire, en ajoutant une seconde enceinte qu’on reporterait à 1200 toises sur les hauteurs, ce qui mettrait la ville à l’abri d’un bombardement. On se contenta de faire, sous Louis XV, le mur d’octroi que nous avons vu démolir et qui répond à l’enveloppe des boulevards extérieurs. Quand, à la chute du premier Empire, les craintes de Vauban se furent réalisées deux fois, on songea à fortifier Paris, et le gouvernement de Juillet fit en 1840 ce cercle de fortifications de 30 kilométrés de tour, devenu, depuis l’annexion de 1860, l’enceinte légale de Paris ; or, entre la cité de Philippe Auguste et la ville moderne, il y a l’écart de 250 à 7800 hectares.
Population. — La population a suivi même progression. Elle était déjà de 400 000 âmes au moyen âge. Sous Louis XIV, Vauban, discutant les conditions d’un siège, supposait 600000 habitants et 200000 réfugiés. 11 voulait des vivres pour 800000 âmes pendant un an. En 1851, le recensement indiquait 1050 000 habitants. En 1867, au moment de l’Exposition, le chiffre de 2 millions est atteint. En 1870, pendant le siège des Allemands, les calculs de rationnement s’établissent sur 2 millions et demi d’habitants, dont 500000 réfugiés de la banlieue; on est au triple des chiffres prévus par Vauban.
Aujourd’hui le chiffre officiel résultant du recensement de 1881 est de 2270000 habitants.
Cette immense population occupe 80000 maisons qu’elle se partage par étages et par appartements, plusieurs familles demeurant souvent sur le même palier. D’ailleurs, comme le
climat est tempéré et le ciel souvent clair, on vit beaucoup au dehors, on exige beaucoup des voies publiques et des façades qui les bordent. L’appariement a plus de goût, mais moins de confortable et moins de salubrilé que la maison anglaise, et nous verrons que le progrès à conquérir est là.