I. LES EAUX ANCIENNES
« Les anciennes eaux de Paris, dit Belgrand, ne comptent pour ainsi dire plus dans la distribution actuelle.
« L’aqueduc Saint-Gervais est envahi par les exploitations plâlrières et à demi ruiné.
i L’aqueduc de Belleville, construit autrefois en pleine campagne, est recouvert aujourd’hui par la populeuse cité qui s’est étendue du sommet sablonneux où elle a pris naissance jusqu’aux anciens boulevards extérieurs. La source de Savie, qui allait au Temple, se perd a quelques cernâmes de moires du regard où les moines de Saint-Martin des Champs ont laissé une si pompeuse inscription. Les cloches de la Samaritaine ont cessé de faire entendre leur carillon, et la iorôt de pieux du pont Notre-Dame n’encombre plus le lit de la rivière. Les deux pompes à feu de Chaillot ont cédé la place à des machines plus puissantes, et les pompes du Gros-Caillou ne refoulent plus dans Paris l’eau la plus immonde de la Seine. »
Et pourtant il est bon de savoir quels essais et quels tâtonnements ont préparé notre époque ; là est souvent le germe des améliorations de l’avenir.
Dans l’origine, l’eau nécessaire aux usages domestiques provenait de la Seine et surtout des puits que l’on ouvrait facilement dans les graviers qui tapissent le fond du lit de la vallée. Leur faible profondeur de 4 à 10 mètres sur la rive droite
fut pour beaucoup dans les accroissements des quartiers du Nord, et la -ville d’affaires atteignit rapidement la ceinture actuelle des grands boulevards.
Sur la rive gauche, la profondeur pénétrait à 30 mètres dès qn’on montait la pente des quartiers de l’üniversité. Aussi, sous le règne de Louis XIII, la ville n’avait pas dépassé de ce côté l’enceinte de Philippe Auguste.
L’eau de ces puits était détestable, lourde et dure, parce que, chargée du sulfate de chaux que fournit la masse plâtrière, elle titrait à l’hydrotimètre souvent 200”, quand l’eau de Seine marque 18 à 22". Elle était en outre corrompue par les matières organiques qui filtraient hors des fosses à vidanges, ou qui provenaient des boues des rues, de ce que l’on appelait franchement jadis « la crotte ». Comme cette eau était d’ailleurs limpide et fraîche et qu’on la trouvait auprès de soi, les puits vécurent longtemps. Lors du siège de 1870, on en recensa 30 000 dans les vieux quartiers. Ils ont à peu près disparu aujourd’hui, par suite du développement de la distribution à domicile.