AQUEDUCS ROMAINS
Deux aqueducs furent construits à l’époque romaine, un sur
' Aqueduc de Ghaillot. — On mit à jour, en 1754, les ruines d’une conduite en poterie de 0”, 15 de diamètre, noyée dans un massif de béton de O" 1 ,30, et qui, partant des sources d’Auteuil dans l’argile plastique, arrivait à deux bassins situés vers l’extrémité actuelle du jardin du Palais-Royal, à l’entrée de la rue Yivienne. La conduite, avec sa pente de 5 mètres, sur une longueur de 5500 mètres, pouvait apporter 550 mètres cubes pur vingt-quatre heures, et servir à l’alimentation d’une cité de 5 à 6000 âmes : ce qui montre que la rive droite, en dehors de l’île, avait dès lors de nombreux habitants.
L’aqueduc, qui alimentait probablement des bains publics, disparut aux invasions des Normands.
Aqueduc des Thermes. — Sur la rive gauche, Constance Chlore avait élevé dans les premières années du quatrième siècle le palais des Thermes. Ses successeurs l’adoptèrent. Julien y fut proclamé empereur par ses soldats en 361 et y prit l’amour de sa chère Lutèce. C’est pour le service du palais que furent réunies les sources de Rungis et du plateau de Chilly, sources issues des marnes vertes, comme toutes les eaux qui arrosent les coteaux de la banlieue et qui expliquent d’ailleurs l’horizon des cultures maraîchères, des arbres fruitiers, des villages et des maisons de campagne qu’on rencontre partout.
Le groupe des sources amenées par des pierrées de 0”,25 en béton était rassemblé dans un regard établi pour remplir une rigole rectangulaire de 0 m ,30 sur 0”,60, également en épais murelins de béton. Le tracé suivait à l’air libre le flanc droit du vallon de la Bièvre. A Arcueil, point qui probablement doit son nom aux arcades romaines, un pont-aqueduc, le seul ouvrage de la ligne, franchissait la petite rivière, et l’emplacement était si bien choisi qu’il a été gardé par les ingénieurs de Marie de Médicis lors de la restauration des eaux d’Arcueil, et par Belgrand luimême pour la traversée de la Vanne. La rigole, portée sur la gauche du vallon, poursuivait sa route jusqu’au cloître Saint- Benoît près la Sorbonne, et devenait souterraine sous les murs du palais pour y alimenter les bains impériaux, les Thermes, dont nous gardons d’importants vestiges.
Les Thermes sont un modèle de la construction galloromaine. Les murs, évidés en arcades, ont l’appareil des assises de moellons carrés alternant avec des lits de briques plates. Les voûtes en berceau couvrent hardiment toutes les largeurs. La salle de 21-,25 sur 22”,65 avec 14“,50 de hauteur, était 1 e frigidarium, le bain froid. L’eau y pénétrait par trois tuyaux qu’on reconnaît encore dans les niches accouplées, et
elle pouvait s’élever à l'°,20. La même pièce comprend une annexe de 9",80 sur 4",90 avec radier enfoncé de 0”,80 : c’était la piscine de natation, et l’eau y prenait 2 mètres de profondeur. — Le bain chaud, le tepidarium, se trouvait plus loin dans une chambre en partie détruite, mais où l’on voit encore la place des baignoires et les traces du feu du foyer, de 1 ’hypoeauslum. Enfin des ouvertures livraient passage vers un égout qui tombait en Seine. L’empereur pouvait prendre à volonté un bain chaud, un bain froid ou même un bain de vapeur.
La rigole avait une pente de 6”,50 distribuée irrégulièrement sur sa longueur de 16 kilomètres; d’après les dépôts d’incrustation, elle était mouillée par un ruisseau de O™,28 pouvant amener 2000 mètres cubes par jour, et elle avait à desservir dans les Thermes la domesticité impériale, et au dehors le camp des soldats placé tout près, dans l’abbaye de Saint-Victor. Les arènes découvertes-rue Monge, un peu plus haut, montrent qu’il y avait là encore une population et des fontaines.
Les rois mérovingiens habitèrent aussi le palais des Thermes ; mais, n’ayant plus les besoins raffinés do la vie romaine, insensibles aux délices du bain, ils laissèrent sans entretien la rigole, qui s’obstrua peu à peu par les éboulis des glaises du coteau. Les eaux d’Arcueil disparurent jusqu’au jour où, sous Henri IV, leur souvenir revint à l’occasion du nouveau palais qui se construisait au Luxembourg pour Marie de Médicis.
Pendant le moyen âge, les sources du nord, les eaux de Saint- Gervais et de Belleville furent l’appui de la distribution aux fontaines publiques et aux hôtels royaux, pour les quartiers de rive droite qu’on appelait « la Ville », par rapport à la « Cité » enfermée dans Plie, et à « l’Université » qui s’étendait sur la montagne Sainte-Geneviève. On ne s’explique pas trop la faveur dont jouissaient ces sources, les soins administratifs dont les
entouraient le prévôt et les échevins, car elles n’avaient qu’un faible débit de 300 mètres cubes en moyenne, 200 pour les Prés- Saint-Gervais, 100 pour Belleville, et elles étaient, la première d’une qualité médiocre, puisqu’elle marquait 120' à l’hydrotimètre, la seconde tout à fait détestable, puisqu’elle marquait 250': c’étaient des eaux de puits très dures, mais sans matières organiques, fraîches et limpides.
Les sources du nord naissaient à l’affleurement des marnes Vertes, sur le plateau de Romainville. Elles ne représentaient que la partie la plus apparente des filets nombreux qui suintaient de la nappe.
C’est le prieuré de Saint-Lazare qui, placé en haut du faubourg Saint-Denis, fît capter les sources et les rassembla par des pierrées au regard des Prés-Saint-Gervais. Quand Philippe Augusle acheta au prieuré la foire Saint-Laurent et la transporta aux Halles qu’il établissait à la croisée de Paris, au carrefour des rues Saint-Denis et Saint-Honoré, il fit une dérivation pour alimenter la fontaine des Halles, devenue plus tard la fontaine des Innocents. Une aiitre source assez importante, celle de Savie, naissait dans le voisinage ; elle fut prise par les moines de Saint- Martin des Champs, qui se la partageaient avec les Templiers, et l’on eut les fontaines de. la rueSaint-Martin et du Temple. L’entretien se faisait à frais communs, et une inscription pompeuse signalait les restaurations entreprises jusqu’en 1722 par la riche abbaye devenue le Conservatoire des Arts et Métiers et par les successeurs des Templiers, les chevaliers de Saint-Jean et même, l’ordre de Malte.
Eaux de Saint-Genaù. — Les eaux de Saint-Gervais étaient drainées par des rigoles de 0”,25 de largeur en gros blocs à joints ouverts, système que nos drains modernes ont remplacé. Elles aboutissaient au bassin du regard des Moussins, édicule de 4 mètres carrés couvert par un dôme quadrangulaire ; là elles entiaienl dans une conduite en poterie, à laquelle on substitua
plus lard un tuyau de plomb de O",35. Après un parcours en pleine campagne, elles arrivaient au carrefour de la barrière de Pantin, d’où partait leur distribution aux fontaines et aux concessions. Les travaux de Saint-Gervais avaient été sagement combinés et mis en rapport avec la quantité d’eau rassemblée qui descendait en ville; mais à Belleville il en était autrement.
Eaux de Belleville. — On ne sait à qui attribuer la construction d’un véritable aqueduc, de section rectangulaire, ayant 1”,30 de hauteur, de façon qu’on y peut circuler en se courbant. L’eau de la nappe coulait dans une entaille de la dalle du radier; une dalle remplaçait aussi la voûte. La jonction des galeries se faisait au regard monumental de la Lanterne. Là était le rendez-vous des membres du bureau de la Ville, lors de la visite annuelle des eaux; la Ville faisant l’entretien était devenue propriétaire des sources, mais sous lé pouvoir éminent des rois de France. Aussi, après des années pluvieuses, quand les sources donnaient avec abondance, les rois accordaient des concessions, qu’ils annulaient ensuite brusquement dans les temps de disette sur les réclamations du public privé d’eau aux onze fontaines de la ville. Du regard de la Lanterne parlait une conduite en grès qui allait à la barrière de Ménilmontant, et se ramifiait dans l’intérieur par des tuyaux de plomb. La fontaine Maubuée, de la rue Saint-Martin, venait de là, él son nom de « mauvaise lessive » marquait la détestable qualité des eaux. C’était si bien reconnu que, en 1734, Tur’got, prévôt des marchands, prit les sources entières de Belleville pour les appliquer au lavage du grand égout, et fut universellement approuvé. Les sources de Saint-Gervais, plus abondantes et moins dures, furent gardées dans la distribution jusqu’en 1860.