LA SAMARITAINE
Historique. — Le pont Neuf, qui date de Henri IV (1609) et qui reste l’un des beaux ponts de Paris, fut l’occasion d’un progrès dans les ressources de la distribution. Le roi y fit poser
par l’ingénieur flamand Lindaerl des pompes élevant l’eau de la Seine pour le service du Louvre et du jardin des Tuileries. La ville y gagnait le plein des sources du nord, grevées jusque-là de l’alimentation des palais, ce qui emportait le tiers du volume total. Le prévôt et les échevins réclamèrent pourtant contre des installations qui allaient gêner la navigation. Henri IV prescrivit à Sully de passer outre; les pompes furent exécutées et bientôt appréciées dans leur utilité. Un siècle après, assez mal entretenues, elles eurent des avaries si graves dans leurs pilotis de fondation et dans leur mécanisme qu’il fallut tout refaire (1715). On en profita pour donner une décoration au pavillon servant de château d’eau sur le pont. La coupe où se déversaient les eaux avant de se rendre au Louvre et aux Tuileries fut ornée d’un groupe en bronze représentant le Christ et la Samaritaine à la fontaine. De plus, un campanile couronnant l’édifice reçut une horloge à carillon. De là, la célébrité de la Samaritaine pour les nombreux passants du Pont-Neuf.
A la Révolution, les sections s’emparèrent de l’édifice et y mirent leurs bureaux et leur état-major. Les pompes négligées ne comptèrent plus, et sous l’Empire, en 1813, on démolit un ensemble qui n’était plus qu’un amas de ruines, gênant le mouvement de la navigation et détruisant la perspective des
La Samaritaine disparut dans l’indifférence générale, et pourtant elle méritait un souvenir de reconnaissance, car elle fut le premier modèle d’un service fait avec les eaux de la Seine, et ses dispositions furent longtemps copiées. Les voici :
Description des pompes. — Une double eslacade en pilotis a.ec coffrages en bois et pierre amenait le courant qui passe sous la deuxième arche de rive droite, jusqu’à une roue pendante au fil de l’eau et qui avait 2 m ,60 de diamètre. L’arbre de la roue était sur des tourillons fixés aux estacades; il avait
à ses extrémités deux manivelles, auxquelles s’attachaient par ,| e s tringles ou des fourches les bielles agissant sur les balanciers ou bascules des pompes. Qu’on se figure une machine à vapeur moderne, verticale et à volant, et on aura l’image de la machine hydraulique du pont Neuf. Seulement le mouvement était inverse, puisque c’était la roue qui menait le balancier. Quatre pompes aspirantes et foulantes travaillaient à près de trois coups par minute avec des pistons de 0 m ,24 de diamètre et de 1 mètre de course; elles montaient à une hauteur de 23™,40 tin volume d’eau qui, en bonne saison et en bon état d'entretien, allait à 700 mètres cubes par 24 heures, chiffre faible qui dépassait pourtant la moitié du rendement de l’aqueduc d’Arcueil.