‹ Assainissement des villes par l'eau, les égouts, les irrigationsChapitre 26 sur 51 · LES POMPES DU PONT NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

LES POMPES DU PONT NOTRE-DAME

Historique. — Les années de 1667 à 1669 amenèrent une sécheresse persistante. Les sources tombèrent au plus bas: les Prés-Saint-Gervais donnaient 180 mètres cubes, Belleville presque rien, et Arcueilétait exlrêment réduit 1 . A la suite d’une visite officielle aux sources du nord, dirigée par le prévôt des marchands lui-même, en septembre 1669, on se résolut à discuter les projets du sieur Jolly, ingénieur du roi pour les pompes du pont Neuf. Jolly proposait de placer sous la deuxième arche du pont Notre-Dame une roue pendante et un système mécanique capable de fournir de 700 à 800 mètres cubes par24heures. Peu de temps après, M. de Marnes, gendre de Riquet, demanda à établir une autre roue sous la troisième arche; où la vitesse du courant était plus grande et où l’on pouvait espérer un rendement de 1000 mètres cubes chaque jour. Les autorisations furent données pour les deux installations, qu’on désigna sous les noms du Petit et du Grand-Moulin.

Le service commença en 1672. Il y eut des mécomptes qui allèrent toujours én augmentant. En septembre 1690, le Grand-

Moulin rendait 700 mètres cubes et le Petit 300. En 1699, toujours à l’époque d’étiage du fleuve, le Grand-Moulin ne comptait plus et le Petit ne livrait que 200 mètres cubes. On appela Rennequin, le charpentier liégeois qui venait en 1680 de créer la machine de Marly, le système des 200 pompes, qui, réparties sur quatre étages, portaient l’eau de Seine à 150 mètres cubes de hauteur dans l’aqueduc de Marly.

Rennequin jugea que tout était à refaire, et il rétablit sur un même modèle les deux usines d’élévation d’eau du pont Nolre r Dame. Le résultat parut si satisfaisant que le prévôt et les échevins décidèrent qu’une inscription gravée sur une plaque de marbre garderait le souvenir de la restauration. Pourtant, en 1734, Turgot, prévôt des marchands, était obligé d’appeler Bélidor et lui confiait la mission de revoir les machines et de prescrire de nouvelles réparations. Bélidor indiqua quelques travaux de reprise, mais ne toucha en rien au système de Rennequin, qu’il a décrit dans son Architecture hydraulique.

Vers 1760, après une sécheresse accompagnée d’une nouvelle disette d’eau de Seine, une commission de l’Académie des sciences fut appelée à revoir encore une fois la question; c’est alors que Deparcieux, l’un des trois membres de la commission, frappé de la détérioration rapide des machines, en vint à l’idée de la dérivation de l’Yvette. 11 s’agissait de prendre l’Yvette à Saint-Remy, dans la vallée de Chevreuse, pour amener à Paris, à l’emplacement actuel de la gare de Sceaux, nn cube de 10000 mètres par jour; nous verrons plus tard ce que devint ce projet.

Les machines du pont Notre-Dame traversèrent la Révolution,, mais réduites à une-seule. Le Petit-Moulin disparut, le Grand Moulin survécut jusqu’en 1858. Les mécanismes de Rennequin, confiés à cette époque à un personnel soigneux, rendaient encore de 1000 à 1200 mètres cubes dans les neuf mois des eaux moyennes. Lorsqu’on reconstruisit le pont Notre-Dame et qu’on voulut assurer à la circulation une voie plus large, on

supprima les forêts de pieux et les estacades qui n’étaient plus guère qu’un obstacle au libre cours du fleuve et à la navigation.

La pompe Notre-Dame laissait encore moins de souvenirs que la Samaritaine.

Description des pompes. — Les machines de Rennequin méritent attention parce qu’elles constatent le progrès qui s’est fait dans la mécanique entre le commencement et la fin du dix-septième siècle.

On se rappelle qu’à la Samaritaine la roue motrice menait directement les pompes au moyen d’une manivelle, d’une bielle et d’un lourd balancier. Les pistons ne battaient qu’un nombre de.coups égal au nombre de tours de la roue pendante. La rapidité manquait, et chaque fois que la vitesse ascensionnelle s’arrêtait dans la pompe, la colonne liquide de refoulement retombait lourdement sur le clapet. Dn faible rendement et des avaries fréquentes venaient à la suite. Dans les appareils de Rennequin il y a plus de science. La roue motrice est armée d’un rouet qui engrène avec deux lanternes pour faire marcher les bascules des équipages de pompes, c’est-à-dire qu’il y a déjà le pignon et les roues d’angle.de nos transmissions modernes; bien plus, on y trouve l’essieu coudé en tiers point pour conduire les pompes dans un va-et-vient successif. Les équipages de pompes, très remarquables, se composent de corps doubles menés par la même tige de piston. Le corps du bas aspire et remplit la bâche dans laquelle puise le corps du haut chargé du .refoulement. La bâche forme manomètre libre et amortit les coups de bélier. De plus, les trois pompes du même équipage se trouvant tiercées, la colonne ascensionnelle monte d’un mouvement presque continu et sans à-coups. De là la durée des mécanismes.

L’organe vicieux ici, c’était la roue pendante, soumise tantôt à la vitesse torrentielle des grandes eaux, tantôt à la vitesse presque nulle des courants d’ëtiage. Il eût fallu le harrage à

niveau constant, ce qui n’élait possible que dans le bief de Marly, où l’on est revenu après deux cents ans aux roues hydrauliques, en corrigeant les dispositions de Rennequin.

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