DÉRIVATION DE L’YVETTE
Au dix-huitième siècle, le développement de Paris dans les nouveaux faubourgs Saint-Antoine, Saint-Germain, Saint-Honoré, augmentait les besoins de la distribution, et pourtant les ressources diminuaient par les avaries des pompes en rivière. Les projets se multipliaient. On proposa de placer des machines dans une coupure faite à la hauteur de la Bastille. On eut même l’idée de remonter les prises jusqu’au Port-à-l’Anglais, au lieu où sont établies aujourd’hui les nouvelles pompes de la ville de Paris. On aurait installé des bateaux filtrants, et l’eau épurée par le passage à travers le sable eût^été mise en jarres cachetées, qu’on eût portées à domicile, comme on l’a fait depuis pour le lait.
Enfin un autre projet fut longtemps cher aux Parisiens, c’est celui de la dérivation de l’Yvette. A la suite de la visite qu’il fit en 1760 aux pompes Notre-Dame, Deparcieux, membre de l’Académie des sciences, fut frappé de l’état précaire du service et chercha avec persévérance et talent une solution procurant la sécurité. De 1762 à 1767, il lut à l’Académie des sciences, trois mémoires qui définissaient dans ses détails le tracé d’un canal maçonné pouvant porter au quartier de l’Observatoire les eaux de l’Yvette prises à Sainl-Remv lez Chevreuse. A la mort de Deparcieux, MM. de Prony et Chézy furent appelés à continuer son œuvre. Les deux illustres ingénieurs, acceptant toutes les idées de leur prédécesseur, se bornèrent à ajouter au tribut de l’Yvette le débit de la Bièvre qu’on rencontrait à la hauteur de
Palaiseau. L Yvette, avec un canal de 34 kilomètres, devait procurer 20 000 mètres cubes ; la Bièvre, avec une rigole de 5 kilomètres, ajoutait 8000 mètres cubes : c’était chaque jour 28000 mètres cubes, et la dépense ne devait être que de 8 millions.
Le bureau de la Ville gardait toute sa sympathie à la dérivation de l’Yvette, et attendait pour l’exécution qu’il fût sorti de ses embarras financiers; il n’admettait pas de projets contraires.
Vers 1784, M. de Fer, officier d’artillerie, prétendit corriger les dispositions en substituant au chenal maçonné un simple fossé en déblai; il offrit de prendre l’affaire à ses risques et périls, pourvu qu’on lui accordât la concession de la vente des eaux. Pressé par le ministre, le bureau de la Ville, à contrecœur, laissa faire, et les travaux commencèrent. Mais bientôt les réclamations s’élevèrent de la part des teinturiers, usagers de la Bièvre dans Paris. On plaida, la Bévolution survint, les préoccupations politiques dominèrent toutes les autres, et le projet fut abandonné.
La dérivation de l’Yvette, malgré la faveur dont elle jouit dans l’opinion, disparut du programme des améliorations, et l’on ne peut le regretter : réalisée, elle eût empêché la dérivation de la rivière d’Ourcq, la grande œuvre du siècle suivant. Des mécomptes seraient d’ailleurs survenus. Ces eaux, qui sortent pures des sables de Fontainebleau, se gâtent au passage des fermes, des usines, des lavoirs de la vallée. Au prix de grosses difficultés judiciaires, on aurait eu non des eaux de choix, pures, limpides, fraîches, mais des eaux douteuses, bonnes seulement pour les arrosages publics.
C’est à la faveur des discussions sur les eaux que vint se placer comme moyen provisoire l’établissement des machines à vapeur de Chaillot : c’était la naissance du service moderne.