‹ Assainissement des villes par l'eau, les égouts, les irrigationsChapitre 33 sur 51 · II. LES ÉGOUTS · texte numérisé non relu

II. LES ÉGOUTS

Après la Révolution, quand Paris sous l’Empire devint la capitale de. l’Europe, les travaux d’assainissement reprirent leur cours. Le percement de la rue de Rivoli fit faire un égout à travers la place de la Concorde. Dans la rue Saint-Denis, une galerie d’espèce nouvelle prit non seulement les eaux sales, mais reçut, comme à la galerie des eaux d’Arcueil, les conduites destinées à la fontaine des Innocents; et cet exemple des conduites d’eau mises en égout fut depuis constamment répété, il est devenu un principe. Napoléon lui-même visita les travaux en 1810, tant il y attachait d’importance.

Et pourtant, si à la fin de cette période on cherche des chiffres de statistique, on est frappé de leur faiblesse.

En plein Louis XIY, il y avait 2 kilomètres d’égoüls couverts et 8 kilométrés d’égouts découverts. A la fin du dix-huitième siècle, on comptait 26 kilomètres dé galeries couvertes ; en 1824, Parent-Duchâtelet n’en trouvait encore que 37 kilomètres, confiés alors pour le curage à deux brigades de 12 hommes chacune se partageant les réseaux de chaque rive. Sur la rive gauche, les égouts découverts et même les puits perdus se rencontraient presque uniquement.

Situation en 1825. — Ce qu’était en 1825 le réseau souterrain, Parent-Duchâtelet nous l’apprend, après l’avoir courageusement étudié dans ses pénibles détails : « J’ai vu tout ce que je raconte », nous dit-il, au début du récit, avec le calme du dévouement.

Les galeries étaient à peine assez hautes pour qu’un homme se tînt debout. Le radier en pavés disjoints, les murs souvent en matériaux tendres; peu de regards, et fermés par des plaques pleines que l’air ne traversait pas; le méphitisme arrivait avec l’acide carbonique, l’ammoniaque, l’hydrogène sulfuré, avec l’odeur d’égout sui generis, fade et, tiède, avec l’odeur des vidanges, des œufs pourris, des pièces anatomiques en décomposition. Rien de comparable à l’infection de l’égout de ceinture quand on y lâchait le trop-plein de la voirie de Monlfaucon.

Presque partout une crasse épaisse garnissait les parois inférieures au niveau de l’eau ; les champignons poussaient audessus, les rats pullulaient au milieu des matières organiques. L’asphyxie menaçait les brigades du curage; il n’en résultait qu’un extrême dévouement des ouvriers les uns pour les autres. Leur travail consistait déjà dans l’extraction à la pioche des sables déposés sur les fonds, et dans la poussée au rabot des vases qui glissaient dans le courant, quand on avait pour aidé l’eau et la pente. Le danger d’asphyxie existait dès qu’on ouvrait, les « peaux de crapauds », espèce de ciel formé sur les dépôts, ou lorsqu’il fallait attaquer, à l’embouchure en Seine, les sables rejetés par les crues et agglutinés avec des vases d’égout.

Parent-Duchâtelet terminait son étude par l’exposé des améliorations qu’il voudrait voir réaliser. Il demandait des galeries où un ouvrier pût passer librement, dallées en radier imperméable, mtiraillées de matériaux durs en meulières, voûtées et aérées par des trappes à jour d’espacement régulier, enfin réglées comme pentes partielles et successives, et lavées par des chasses d’eau puissantes.

Il n’osait pas encore proposer un égout dans chaque rue ; il lui suffisait d’en obtenir un dan s chacune des voies de grande circulation : « Alors, disait-il, on ne verrait plus nos rues humides, même par la sécheresse, et nos courses de voitures ne seraient plus des sauts et des bonds continuels sur les ruisseaux. »

Les idées de l’illustre hygiéniste servirent de programme aux ingénieurs de l’assainissement de 1830.

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