III. LES IRRIGATIONS
La Seine. — Nous avons vu Paris débarrassé des eaux d’égout qui, réunies, tombent en Seineà Asnières et à Saint-Denis. Mais le progrès ne s’obtient qu’aux dépens de la banlieue : le fleuve est sali par un affluent de boue qui suit la rive de villégiature d’Épinay, de Croissy, et ne disparaît qu’à Mantes. Y a-t-il un remède au mal? peut-on exonérer la banlieue d’un pareil régime?
Vidanges. — D’un autre côté, les vidanges ont aggravé la situation. Il avait fallu renoncer au projet qui leur donnait une canalisation spéciale sous les banquettes des collecteurs: Le mouvement eût exigé des machines d’aspiration ou de refoulement jusqu’à des usines qui ne savent pas encore travailler les matières sans infecter l’air de leurs alentours.
Alors, pour diminuer les charges du propriétaire, on autorisa, par l’arrêté de 1867, l'écoulement des eaux-vannes a 1 egont public, dans toute maison qui aurait un abonnement aux eaux de la Ville, et qui serait pourvue d’un branchement d’égout. L’appareil diviseur dut être accepté par l’administration, qui perçoit un droit de 30 francs par chute. C’est le système des tinettes-filtres, adopté dans les constructions neuves en attendant la permission de la perte directe. Les égouts, d’ailçj leurs, reçoivent déjà les urines de la voie publique.
Engrais flamand. — A l’égard des voiries, des tentatives eurent lieu pour l’application directe à la culture des matières sortant des fosses, et expédiées du dépotoir sur Bondy.
La ferme de Vaujours, sur les bords du canal de l’Ourcq, dut servir de modèle. Dirigée par M. le professeur Moll, soutenue par une société subventionnée, elle recevait par bateau l’engrais liquide qui était distribué à la lance sur des terrains préparés en culture fourragère et céréale. — Vaujours fit des imitateurs, mais ne réussit pas.
On alla plus loin. Un constructeur de la Villelte, M. Gargan, eut un train de «agons-citerne» que la compagnie de l’Est lui permit de faire circuler sur le réseau de la Champagne, là où la craie est à nu et le sol sans engrais. Des réservoirs étaient établis dans les gares, et le cultivateur venait y remplir ses tonneaux d’arrosage. Mais le prix de 3 à 5 francs par mètre cube pour des matières portées à 200 kilomètres ne couvrait pas les frais. L’entreprise s’arrêta. On restait donc à Bondv avec la fabrication des engrais de poudrelte par la dessiccation des solides, et la production des sulfates d’ammoniaque par la distillation des liquides, procédés qui empoisonnent les environs.
Missions. — Pour savoir comment on pouvait utiliser les eaux d’égout, l’administration voulut connaître ce qui se faisait à l’étranger, et M. Mille reçut des missions successives pour l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne.
L’Angleterre. — L’Angleterre avait étudié avec passion la réforme do l’assainissement. Le conseil supérieur de salubrité, le Board of health, dirigé par l’esprit théorique et hardi de M. Chadwick, avait mis en lumière le principe d’une circulation comparable à celle du corps humain. L’eau pure devait traverser la maison, en emportant tous les débris susceptibles de vicier l’air qu’on respirait; elle devait fuir sans arrêt dans l’égout, puis se répandre en irrigations sur un sol cultivé, dont elle deviendrait la fumure et où elle serait revivifiée. Les environs d’Édimbourg fournissaient depuis un siècle une preuve à l’appui : des sables marins, stériles, avaient été arrosés avec les eaux
d’égout contenant les liquides des watcr-closets, et ils étaient devenus les Craigentinny meaclows, prairies qui donnent cinq coupes de nourriture verte aux vaches alimentant de lait et do crème les meilleures familles.
Mil n ii —En Italie, l’exemple datait du moyen âge. Les moines’ compagnons do saint Bernard avaient eu l’idée de dériver sur leurs terres de Chiaravalle (Clairvaux) les eaux de la VeLtabia, formées par les égouts de Milan. Les ingénieurs, les paysans lombards avaient amélioré le modèle des moines, et il en était résulté 1500 hectares de prés-mareites, admirablement' travaillés, rendant huit coupes par an, nourrissant trois têtes de bétail par hectare, et formant l’appui des grandes fermes qui,» dans le Milanais, fabriquent le fromage de Parmesan.
Valence. ■— En Espagne, on avait les irrigations célèbres de la Huerta de Valence. C’est une plaine de 10 000 hectares, comprise entre les montagnes d’où sort le Xucar, pris en entier par les arrosages, et la Méditerranée éclatante de soleil. Cette plaine, féconde parce qu’elle est aménagée avec perfection, se répartit entre sept syndicats. L’un d’eux, celui de Rusafa, a pu s’attribuer les eaux des égouts de Valence, et il est devenu lé plus riche; il n’a ni fumier ni guano à acheter; il produit sans autres frais que le travail, les fruits, les légumes, le chanvre, la soie.
Le projet de 1865. — M. Mille résuma les enseignements, rapportés de l’étranger par un projet de distribution des eaux d’égout, projet remis en 1865, et qu’il est curieux d’examiner parce qu’il ouvrit la voie.
On avait au barrage des îles do Neuilly une force motrice de 1400 chevaux qu’on pouvait utiliser au moyen des roues turbines de M. Girard. Des 2 mètres cubes par seconde, débit supposé du collecteur d’Asnières on pouvait faire deux parts :
1 mètrecube irait en service bas dans la plaine de Gennevilliers;
1 mètre cube, poussé en service haut, monterait au plateau de Pierrelaye. On avait donc, comme pour les lignes de Rouen et du Havre, la roule d’en bas par la vallée de la Seine, la route d’en haut par les plateaux normands. On rencontrait le terrain perméable des grèves d’alluvion et du calcaire grossier, en même temps qu’une région habituée aux boues de Paris, lesquelles seraient apportées à pied d’œuvre par les canaux d’arrosage.
La dépense allait à 10 millions; en regard, si l’on admettait que le tout à l’égout serait plus tard accepté à Paris comme il l’est à Londres, on avait 240000 chutes, payant chacune 30 francs, matière imposable capable de fournir de 4 à 7 millions par an, et de couvrir les frais de construction et d’exploitation.
Commision de 1866. — Une commission fut réunie sous la présidence de M. Dumas, le maître en chimie, alors président du conseil municipal. Dès le début, il y eut division : les représentants de l’agriculture acceptaient comme un bienfait l’irrigation, ressource si habilement employée dans le Midi et qui manque à la culture des environs de Paris. En sens inverse, les représentants de la propriété redoutaient les odeurs qui sortiraient des canaux et des rigoles. Cela n’aboulirait-il pas à déplacer l’infection, à l’enlever de la Seine pour l’étendre sur là plaine? M. Belgrand, contrarié qu’il y eût quelque chose à ajouter à ses grands travaux, niait qu’on pût compter sur une , clientèle d’arrosage. « La conduite de retour de Bondy, disait-il, contient des liquides autrement riches que les eaux d’égout; elle traverse 8 kilomètres de plaine, et pas un cultivateur n’y puise d’engrais. »
C’est alors que M. Lechàtelier, qui, au milieu de ses nombreuses occupations, avait secondé M. Sainte-Claire Deville dans la recherche de l’aluminium, proposa d’épurer les eaux d’égout par l’alumine. En Égypte, aux Indes, on clarifie les
eaux troubles en jetant de l’alun dans les jarres. Transporter ce procédé de ménage à des liquides noirs, à des quantités qui seraient de 2 à 300000 mètres cubes par jour, c’était une idée hardie. M. Lechâtelier, aidé de M. Léon Durand-Claye, prouva qu’on réussissait avec des quantités insignifiantes de réactif, 1/10000 de la masse des eaux. M. Dumas lui-même répéta l’expérience devant la commission, transforma de suite de l’eau noire des égouts en eau blonde et opaline. La commission en conclut qu’elle avait là un second moyen qui trouverait sa place, si l’irrigation, acceptée en été, était refusée en hiver. On pourrait alors épurer par l’alumine, garder les boues comme terres d’engrais, et écouler en Seine des eaux clarifiées et limpides. Mais, avant de se prononcer, il fallait des essais sur une échelle réelle, et Ton vola un crédit d’expérience de 100000 francs, destiné à la comparaison qui s’établirait entre les deux procédés de l’irrigation et de l’épuration, appliqués dans tous les temps, par toutes les saisons, pendant une année entière.
Essais de 1867 à 1869. — La direction des essais fut offerte à M. Belgrand, qui refusa parce qu’il ne croyait pas au succès. Elle fut confiée alors à MM. Mille et Durand-Claye, unis dans une même foi à l’égard de l’irrigation. 11 y avait d’abord à reconnaître quel était le régime des collecteurs, la masse et la composition de leurs eaux. Ces bases une fois déterminées avec certnuae, il fallait apprécier la valeur des deux procédés d’épuration, l’un agricole, l’autre chimique. Devait-on préférer l’un à l’autre, ou les combiner et les employer ensemble?
Collecteurs. — Des jaugeages furent répétés avec soin pendant les deux années de 1868 et 1869, et les observations constatèrent des vitesses variables, comme la marée, aux différentes heures de la journée, vitesse maxima vers midi, minima vers minuit, en raison des besoins divers des services public et privé.
On reconnut qu’il y avait en moyenne chaque jour 260 000 mètres cubes, dont 220000 à l’émissaire d’Asnières, et 40000 au collecteur de Saint-Denis ; c’est ce qui sortait en Seine, après que la distribution et la pluie avaient perdu près du tiers de leurs apports par l’évaporalion à l’air libre et les filtrations dans le sol. En un an, c’était un chiffre de 100 millions de mètres cubes à traiter. Chaque centime de frais au mètre cube prenait donc une valeur de premier ordre dans l’étude des charges d’exploitation.
Analyse des eaux. — Pourquoi ces eaux sont-elles troubles et noires? L’analyse faite sur des échantillons pris chaque jour et portés au laboratoire de l’école des ponts et chaussées l’indiqua. Chaque mètre cube d’eau de l’émissaire d’Asnières contient 2\50 de matières minérales et organiques, 1\50 en suspension, et 1 kilogramme en dissolution. Dans le collecteur de Saint-Denis, qui draine le quartier industriel de la Villette et reçoit le trop-plein des liquides de la voirie de Bondy, le titre est parfois de 5\50, dont 2 kilogrammes en suspension et 1 kilogramme en dissolution. Le mal d’infection y est au maximum. Les 100 millions de mètres cubes qui se précipitent en Seine renferment au moins l k ,25 par mètre en débris lourds : ils déposent en route, apportent dans le lit de la navigation 125000 tonnes de sables qu’il faut extraire à la drague, tandis que les vases légères, continuant à flotter dans le courant, maintiennent l’altération du fleuve au delà de Poissy jusqu’à Mantes.
Si l’on entre dans les détails d'analyse des matières minérales et organiques, on y trouve en forte proportion l’azote, les phosphates, les alcalis, la chaux, c’est-à-dire tous les éléments qui font la valeur du fumier de ferme en culture.
. Estimés au prix de commerce, l’azote et l’acide phosphorique seuls arrivent au chiffre de 15 millions.
' Si donc on enlève à la Seine les troubles qui salissent son courant et remblayent son lit, on devient maître d’offrir à la culture
pour 15 millions d’engrais. Au point de vue agricole, les eaux d’égout ont encore l’avantage d’une température plus égale; moins chaudes en été, elles ne gèlent pas en hiver, ne tombent pas au-dessous de 4°, et peuvent alors réchauffer la terre.
Champ d'essai de Clicliy. — Venons aux expériences qui devaient dire si l’irrigation peut développer la production sans infecter le pays, si l’épuration par l’alumine est facile et peu coûteuse.
Pour juger les opérations, il fallait les poursuivre pendant les quatre saisons d’une même année. C’est ce qui eut lieu en 1868.
On monta à la bouche de l’égout d’Asnières une petite usine. Dne locomotive de quatre chevaux actionnait des pompes centrifuges qui poussaient 500 mètres cubes par jour jusqu’à un champ d’essai d’un hectare et demi, placé à 700 mètres plus loin sur le quai de Clichy. Le terrain, rectangulaire, avait été partagé entre des bandes de 20 mètres destinées à la culture arrosée, et des bassins de 10 mètres de large destinés au travail de l’alumine. I/eau sortait comme une source en haut du rectangle ; elle allait par une rigole de ceinture mouiller les planches en passant au travers des plantes en végétation, à la façon des arrosages du Midi. La racine sc nourrissait sans que la feuille fût touchée.
Si la culture n’avait pas besoin d’eau, le courant était dirigé vers les bassins, après avoir reçu un filet d’alumine. Passant d’un étroit canal de 0 m ,30 à un large bassin de 10 mètres, il ne gardait plus qu’une très faible vitesse. Il laissait tomber au fond du bassin ses dépôts collés par la laque d’alumine, et sortait en cascades claires sur les déversoirs d’extrémité.
La petite usine éleva 120 000 mètres cubes dans l’année 1868; 40000 allèrent aux planches de culture, 80000 aux bassins de défécation, et pendant ces périodes de pluies ou de soleil, pas une plainte ne s’éleva du voisinage très habité de Clichy contre le champ d’essai. Le travail pouvait donc se pour-
. suivre sans porter atteinte à la santé publique : c’était déjà beaucoup.
' L’irrigation. — Les planches de culture donnèrent tous les légumes de saison, choux, choux-fleurs, artichauts, pois et haricots, pommes de terre, carottes et betteraves. Ou les traitait par arrosages de 0”“,10 de hauteur appliqués une ou deux fois par sëmaine. Il y eut. une couche totale de 6 mètres d’eau, reçue et dévorée par le sable d’alluvion, ce qui répondrait à l’énorme dosage de 60 000 mètres cubes par hectare et par an. Les produits, d’excellent aspect, de goût irréprochable, furent constatés en quantité et estimés aux prix de la Halle.
Comme il y eut double récolte pendant huit mois de pleine végétation, la moyenne du produit brut à l’hectare pour la culture maraîchère monta à 4400 francs. A ce taux, on pouvait espérer des clients.
L'épuration. —L’épuration marcha d’abord avec des pyrites alumineux de l’Aisne ; mais comme il s’y trouvait du fer qui donnait aux eaux clarifiées une teinte de rouille, on préféra les eaux mères de la fabrication des sulfates d’alumine, préparés dans une usine voisine. La teinte légèrement opaline des eaux no s’altérait plus, et quand on achevait l’épuration en irriguant, en ■Bouillant l’herbe d’une prairie, la limpidité devenait complète. Le prix d’ailleurs descendait à 0 r ,0125, bien près d’un centime par mètre cube.
: Le terreau qu’on obtenait en desséchant à l’air libre les fonds de bassins, était sans odeur, de couleur grise, léger comme du liège, et sensiblement identique à l’analyse aux dépôts de boue que contenaient les rigoles d’arrosage de la culture; il offrait même convenance aux colmatages, aux fumures d’automne ou de printemps. Le procédé agricole et le procédé industriel rentraient donc l’un dans l’autre, et cela tenait à la faible quantité d’alumine qui amenait la précipitation'par collage des matières
en suspension ; la filtration naturelle arrivait au même but, mais plus lenlement.
La plaine de Gennevilliers. — L’irrigation et l’épuration étaient reconnues pratiques. Mais le cultivateur des environs de Paris a tant de ressources dans les fumiers et les boues, il sait si bien s’en servir, qu’on n’était pas certain de rencontrer une clientèle acceptant l’eau d’égout pour les arrosages d’été, le terreau pour le colmatage d’hiver. Il restait cette dernière épreuve, indispensable, à faire. Cette fois la dépense était forte; on devait quitter le faubourg industriel de Clichy, traverser la Seine pour se jeter dans la presqu’île de Gennevilliers, dont les grèves assez arides ne portaient guère que des seigles et des pommes de terre.
Comme il s’agissait d’un devis de 800000 francs, la résistance fut grande à la Commission municipale, qu’on accusait de trop de condescendance aux idées de M. Ilaussmann. t Prenez garde, disait un membre, on vous propose un engrenage : si vous y mettez le doigt, le corps y passera ; vous engagez 10 millions. » — « Une grande ville, répondait avec autorité M. Dumas, doit payer sa salubrité comme elle paye sa sécurité. »
De guerre lasse, le crédit de 800 000 francs fut accordé au préfet, et l’on put grandir la petite usine de Clichy sans changer de système.
La machine de quatre chevaux fit place à deux locomobiles de vingt chevaux chacune, attelées à des pompés centrifuges. Celles-ci étaient capables de refouler 5 à 6000 mètres cubes par jour, à 2 kilomètres de distance, à travers les ponts de Clichy qu’on établissait alors et qui reçurent deux conduites dé 0”,60 sous leurs trottoirs.
Dans la plaine de Gennevilliers, près d’Asnières, on acheta chèrement 6 hectares, dont on dissimula le but, car le mot des eaux d’égout signifiait pour les propriétés voisines dépotoir et voirie. La bande de 6 hectares comprise entre la route de Saint-
Denis et la Seine fut répartie en trois : l’étendue de 4 hectares, dans le haut, fut morcelée en jardins de 1000 mètres carrés environ, qui furent livrés sans frais à ceux qui voulurent faire de l’irrigation à leurs risques et périls. Au milieu, une réserve d’un hectare devint une école de culture aux frais de la Ville. Au point bas, des bassins d’épuration de 40 mètres de longueur furent aménagés pour traiter par l’alumine les eaux que refuserait la culture. Ainsi les deux procédés devaient s’entr’aider. 11 y avait un service en route, ouvert aux irrigations dans le haut, et danslebas, un service d’extrémité, préparé pour l’épuration.
Les cultures. — La nouvelle usine travailla pendant toute l’année 1869, prit à l’égout d’Asnières 975 000 mètres cubes, près d’un million de mètres cubes. La culture en admit la plus forte part dans les circonstances suivantes.
Il se trouva une vingtaine de jardiniers ou d’anciens colons d'Algérie, que l’irrigation tenta, et qui vinrent en essayer les effets sur la culture maraîchère et les arbres fruitiers. Ils réussirent, firent double récolte, vendirent bien leurs produits à la Halle, exposèrent à la Société d’horticulture, qui s’intéressa à eux et leur donna des récompenses. Pendant la sécheresse d’été, leurs voisins, pour sauver leurs récoltes et ranimer leurs plantes, demandèrent aussi les eaux, transformant leurs habitudes, cultivant par planches, arrosant par rigoles. Dès la fin de 1869, il y avait 25 hectares qui, librement, pratiquaient l’irrigation. Et pour porter l’eau à des terrains éloignés, jusque-là stériles, on obtenait sans frais la servitude de passage d’une rigole, comme si les usages du Midi se créaient déjà par le besoin même de l'irrigation.
La curiosité s’éveillait, la colonie nouvelle s’appelait, non pas la voirie, mais le Jardin Modèle’, et le Préfet, s’intéressant A son œuvre, ne dédaignait pas d’y amener l’Empereur.
Épuration. — Les bassins d’épuration fonctionnaient comme
modérateurs : sur un cube de 975000 mètres cubes élevés par les machines, 660000 furent dévorés par le sol, et 315000 furent traités dans les bassins, absorbèrent 166 mètres cubes de réactif, et produisirent 600 tonnes de terreau qu’enlevèrent les
Résultats. — La comptabilité exacte des dépenses montra que le mètre cube d’eau élevé par les machines coûtait 1 centime, et que, lorsqu’on le faisait passer par l'épuration, il coûtait en plus encore 1 centime. L’épuration dépensait donc 2 centimes par mètre cube, et elle ne donnait qu’un terreau égal à celui des colmatages à l’eau trouble. Seulement elle agissait au moment précis où l’on avait besoin d’elle, avantage dont on pourrait profiler.
Situation en 1870. — Une clientèle d’arrosage était trouvée. La limite des quantités d’eau que chaque hectare pouvait dévorer en un an était connue et portée à 60000 mètres cubes. L’aide de l’épuration par l’alumine, la qualité de l’eau clarifiée, la proportion des vases susceptibles de constituer un terreau de colmatage, étaient aussi déterminées. On savait que chaque, mètre cube d’eau d’égout coûterait 1 centime à élever, 1 centime à épurer. On avait tons les éléments d’un projet de distribution des eaux, et l’on allait y .venir dans l’intérêt de l’assainissement de la Seine, quand éclata la guerre de 1870. Le génie militaire fit sauter les ponts de Clichy avec les conduites qui les traversaient ; l’usine, prise comme corps de garde, fut percée d’obus. La plaine de Gennevilliers, mise entre deux feux, fut abandonnée et ravagée. Quand la Commune fut maîtresse de Paris, l’armée de Versailles occupa la rive gauche de la presqu’île et y établit son front d’attaque. Il semblait que d’un tel désordre il ne sortirait que des ruines, et que tant d’efforts et de sacrifices consacrés à l’assainissement de la Seine périraient aussi. Mais n’avons-nous pas vu que, lorsque le canal de l’Ourcq fut arrêté brusquement
par les deux invasions de 1814 et de 1815, la Restauration, le gouvernement de Juillet achevèrent les pensées d’amélioration qui avaient préoccupé Colbert, Riquet et le premier Consul? De même, dès que l’ordre reparut, dès que la Ville fut rendue à elle-même, elle reprit la même route, elle poursuivit l’œuvre de salubrité dont une guerre fatale l’avait détournée. On songe involontairement à la devise des armoiries de la Cité : Fluctuât nec mergitur, le vaisseau roule, mais no s’abîme jamais.
CINQUIÈME PÉRIODE De 1870 à 1880.