I. COMMISSIONS DIVERSES
Direction unique des travaux. — Aux débats sur l’assainissement de la Seine fixé par les rapports d’enquête de 1876, succèdent les discussions non moins ardentes sur l’assainissement de la maison, discussions qui ont pour conclusion les avis de la Commission technique de 1883.
La solution n’est complète que quand on a vu d’ensemble Paris et la campagne.
La mort de M. Belgrand conduisait à l’unité du service des travaux. Aux voies publiques et aux promenades, à l’éclairage et aux constructions d’architecture, s’ajoutaient les eaux, les égouts, les irrigations, tout ce qui avait fait le domaine d’un homme éminent. M. Alphand hésita un moment à prendre un pareil fardeau, arrivant en surcharge d’occupations toujours urgentes. Puis l’attrait même de ces questions nouvelles et la certitude de trouver comme agent d’exécution un personnel exercé et dévoué, fixèrent ses irrésolutions : il accepta 1 héritage de Belgrand et le poids de la direction unique : on verra comment il sut en user.
Circulaires de M. de Freycinet. — Dès 1878, M. de Freycinet, dans son passage au ministère des travaux publics, lança deux circulaires acceptées par ses successeurs : l’une concernant les voies de transport, et l’autre les eaux.
A l’égard des voies de transport, routes et chemins de fer, canaux, rivières et ports de mer, il fallait établir l’inventaire des lacunes ou des projets d’amélioration qui pouvaient assurer à la France un outillage en rapport avec les conditions modernes de l’exploitation. Un devis de 4 milliards n’effraya pas et fui engagé partout; peut-être eût-il mieux valu imiter la prudence de la Belgique qui, concentrant ses ressources sur un seul point, a fait d’Anvers un port rival de Liverpool et Marseille.
Commissims; l’aménagement des eaux. — A l’égard des eaux, il s’agissait de les étudier dans les montagnes et dans les
Ne peut-on pas, dans la montagne, emprisonner les, crues torrentielles, les emmagasiner, pour les rendre peu à peu aux besoins de la culture et de l’industrie, aux irrigations comme aux forces motrices des usines? C’est ce qu’une Commission spéciale a formulé par des avis qui sont aujourd’hui la règle de l’administration.
Dans les villes, l’eau pure des sources est nécessaire aux populations. L’eau sale des égouts ne doit tomber aux rivières que si elle est épurée, revivifiée. Cette dernière partie du problème fut déférée à une commission qui comprit MM. Haussmann et Dumas, et qui eut comme président M. Alphand.
On s’entendit pour reconnaître aux villes le droit d’exproprier les sources dont la population aurait besoin. On eut plus de peine à se mettre d’accord sur le terrain des eaux d’égout. Les partisans de la chimie voulaient isoler les vidanges, les réserver aux usines de sulfates d’ammoniaque et d’engrais. Afin d’écarter l’épuration par le sol, on proposait de brûler partiellement, d’oxyder les matières organiques, en jetant les
eaux sur des piles de fagots par le procédé employé dans l’Ouest pour retirer le sel des eaux de mer, dans le Nord, pour refroidir les eaux de condensation. Enfin les .idées simples l’emportèrent, et la Commission s’arrêta à des dispositions qu’un avis du Conseil d’État de 1880 a adoptées comme bases d’un règlement d’administration publique.
. Avis du Conseil d’Êtat. — « Il sera défendu de jeter dans les cours d’eau des matières encombrantes, des immondices pouvant porter obstacle au libre écoulement des eaux, ou susceptibles de rendre ces eaux insalubres et impropres aux usages domestiques.
« Les communes pourront autoriser le déversement dans les égouts du produit des fosses d’aisances, mais à la condition de justifier que les eaux de ces égouts ne seront écoulées dans les cours d’eau qu’après avoir été épurées.
t Les projets relatifs à l’épuration des eaux d’égout par le sol pourront être l’objet de déclarations d’utilité publique, autorisant l’expropriation des superficies nécessaires pour assurer la purification de ces eaux au point de vue de la salubrité. »
Comme dans la loi anglaise de 1874, nul ne pourra désormais porter atteinte à la pureté des eaux courantes, et pour permettre l’écoulement en rivière des eaux d’égout, on exigera qu’elles soient purifiées. On admettra qu’elles comprendront les vidanges, et on reconnaîtra aux villes le droit d’expropriation pour cause de salubrité publique.
Voilà les principes pour lesquels la ville de Paris va lutter à tous les degrés de juridiction. L’application commence par la plus grande commune de France se soumettant d’elle-même et d’avance à la loi.
La Note du Directeur (18 octobre 1879). — En 1879 le gouvernement et les chambres rentraient de Versailles à Paris.
Le Sénat devant reprendre ses séances au Luxembourg, la Préfecture de la Seine dut émigrer aux Tuileries, et s’installer provisoirement dans des baraquements au milieu des ruines, dans les murs vides du pavillon de Flore. Les constructions en charpente, le transport des bureaux sans arrêter d’un jour le service du public, la responsabilité d’incendie dont la menace atteignait de suite les chefs-d’œuvre des galeries du Louvre, tout cet immense détail mêlé aux commissions, aux audiences, aux expéditions d’affaires courantes, concernait la direction des Travaux. Et pourtant le 16 octobre 1879, quand le Conseil municipal ouvrit sa session, chaque membre trouvait devant lui la note du Directeur, étude complète de l’assainissement de Paris par l’eau et les égouts. Quelle était la situation et que fallait-il faire?
C’était la question posée par le Préfet de la Seine en 1854 dans son mémoire au Conseil, et les décisions avaient organisé la guerre de cette période contre l’insalubrité. Après vingt-cinq ans de lutte, il y avait à reprendre, à poursuivre, à grandir la transformation.
Les eaux en 1880. —Paris avait en moyenne 550000 mètres cubes d’eau à dépenser par jour; mais les ressources, en cas de sécheresse ou d’accidents, pouvaient tomber de 550 à 250000 mètres. Le service public du lavage des ruisseaux, de l’arrosage des rues et des squares, de la décoration des fontaines monumentales, prenait 250000 mètres. Il fallait au service privé 125000 mètres pour satisfaire à des abonnements de 90000 mètres, car les écoulements à robinet libre ou à la jauge gaspillaient l’eau. M. Belgrand, pour créer l’usage, admettait l’abus; le gaspillage, d’après ses idées, augmentait le bien-être du ménage et en définitive profitait au lavage des égouts. Nous sommes revenus de cette excessive libéralité : aujourd’hui le compteur sert de frein, et traduit en argent l’eau que l’on consomme.
Le Conseil municipal demandant 7000 bouches de plus comme sécurité contre l’incendie, les fontaines monumentales ne devant plus tarir en plein été, il fallait ajouter 90000 mètres à la dotation du service public. Le service privé en réclamait 60000, attendu qu’il n’y avait encore que 40000 maisons ayant un abonnement, qu’il en restait 30 000 à conquérir, et qu’en outre on allait rencontrer de nouvelles couches de consommateurs, si, imitant les Compagnies du gaz, on posait dans les escaliers des conduits arrivant à tous les paliers, et susceptibles d’envoyer un branchement dans chaque logement; l’eau et le gaz doivent monter ensemble à tous les. étages.
L’eau exigeait donc un supplément de 150000 mètres.
Les sources de la Dhuis et de la Vanne, qui apportent 120000 mètres, pouvaient, au moyen d’acquisitions nouvelles, être augmentées de 20000.
Dès lors, avec 140000 mètres d’approvisionnement, il y a moyen d’attribuer à chaque habitant 70 litres par jour en qualité supérieure; les besoins domestiques seront alors satisfaits.
Les eaux de rivière. — Les 130000 mètres à donner an service public peuvent se prendre en rivière en amont de Paris, là où la Seine n’est pas encore salie et où l’eau, d’assez bonne qualité, pourrait, un jour d’arrêt des sources, être livrée en attendant à l’abonné. La machine à vapeur sera l’organe de puisage et d’élévation, car elle ne connaît ni les glaces ni la sécheresse, comme les moteurs hydrauliques. Elle travaille plus chèrement, il est vrai, mais elle marche ou s arrête dès qu’il le faut; et comme elle est chargée de la réserve, elle a les qualités de sa fonction.
On adoptait un système de six machines égales à installer au port à l’Anglais, au-dessus du pont d’Ivry, dans la zone de défense, système déjà capable d’élever 80 000 mètres cubes
en vingt-quatre heures, aux réservoirs couverts du plateau d’Ivry à l’altitude de 85 mètres.
On assurait en outre l’approvisionnement en agrandissant de 80 000 mètres cubes la capacité des trois réservoirs de haut service, Gentilly, Charonne, Passy, et en coupant la canalisation dans Paris par un grand cercle et des diamètres en grosses conduites de 1“,10.
Machines, réservoirs, conduites allaient à 18 millions, et la Compagnie des eaux offrait de prêter la somme dont les intérêts et l’amortissement eussent été couverts par la plus-value annuelle de 520000 francs acquise aux recettes depuis quinze
Mais comme tout le monde était à peu près d’accord sur le chapitre des eaux, le Conseil trouva des ressources ailleurs. L’usine d’Ivry s’éleva et entra dès 1885 dans les apports de la distribution.
Les égouts. — Les égouts amenaient les grosses questions.
Quoique la longueur des voies publiques à Paris rie dépasse guère 800 kilomètres, il faut 1040 kilomètres de galeries pour établir l’ensemble du réseau souterrain, attendu que partout où existe la grande largeur, comme dans l’avenue de l’Opéra, la canalisation est double. Une galerie spéciale borde chaque maison sous le trottoir, de manière à raccourcir le plus possible les branchements de service privé. Du réseau utile de 1040 kilomètres, il n’y avait de construits que 620 kilomètres ; 420 kilomètres restaient en lacune, et coûteraient 50 millions en tenant compte des collecteurs à prolonger et des types anciens à changer.
Le plan financier du directeur fut celui de M. Belgrand en 1871, et il n’y en a peut-être pas d’autre, puisqu’on voit la même idée proposée dès le premier rapport de M. Mille sur l’irrigation.
C’est l’écoulement des vidanges aux égouts et la taxe obliga-
toire des chutes, en appuyant la salubrité du fleuve sur l’épuration agricole des eaux,
La vidange à l'égout. — Le régime des fosses fixes fut un progrès au seizième siècle, sous Henri II, parce qu il substituait des réservoirs étanches à des puits perdus infectant la nappe ; aujourd'hui il est barbare; il établit dans chaque maison un dépotoir en fermentation; il représente la guerre à l’eau; le propriétaire ne veut pas payer 8 francs par mètre cube de liquide à enlever, et le locataire qui n’a pas le droit de laver les cabinets est tenu de vivre dans l’ordure. Les nuits où le vidangeur travaille sont un supplice, et les voiries où il faut porter les matières, rendent l’air insupportable à respirer aux populations voisines.
Autrefois il n’y avait que la voirie de Bondy, et le mal était localisé. Depuis la liberté de l’industrie, les usines de distillation d’ammoniaque et de fabrication de poudrette entourent Paris d’un cercle d’odeurs que le vent rabat parfois sur tous les quartiers.
Écoulement à l’égout. — Au procédé barbare de l’enlèvement il faut substituer l’écoulement.
Si, dans l’état actuel de la canalisation, on redoute le « tout à'I’égout », pratiqué pourtant à Londres et à Bruxelles, on peut admettre le système diviseur.
Conseillés dès 1835 par les commissions dont Parent-Duchâtelet fut l’organe, les appareils diviseurs existent déjà dans bon nombre d’immeubles, et le décret de 1867 les a sanctionnés.
Tout propriétaire qui justifie d’un abonnement aux eaux de la ville peut installer chez lui des tinettes-filtres, perdre à l’égout les liquides, les 4/5 de la vidange, réduire les enlèvements au 1/5 au plus de solides, moyennant un droit de 30 francs par chute, perçu au profit de la ville. En 1879, déjà
14000 chutes rendaient 420000 francs. Comme il y a dans Paris 240 000 chutes, on peut prévoir de suite une rente de 4 millions. Avec ce revenu assuré on empruntera 100 millions, on exécutera pour 100 millions d’améliorations, l’achèvement de la canalisation mis en première ligne.
L’écoulement à l’égout va-t-il infecter l’air et les eaux? Les galeries deviendront-elles des foyers d’émanations au milieu desquelles les ouvriers ne pourront travailler? Des bouffées sortiront-elles par les bouches pour gâter l’air de la rue, ou remonteront-elles par les tuyaux de chutes, appelées par le tirage des foyers? Les germes de contagion vont-ils passer des déjections des malades jusque dans les voies respiratoires de la population valide? Bornons-nous à signaler ces objections; nous les reverrons plus tard discutées et éclaircies. Constatons seulement que la conséquence forcée de l’écoulement, c’est l’épuration parfaite des eaux d’égout.
Épuration des eaux d’égout. — Ici la lumière est faite par la commission d’enquête de 1876 et les belles recherches de son rapporteur M. Schlœsing. Le mal des eaux d’égout n’est pas dans les troubles des matières minérales, dans les sables qu’elles roulent et qui ne sont qu’encombrants. Il est dans les débris organiques, solubles ou insolubles, qui, sortant d’une combinaison organisée, tendent à rentrer dans le cycle de la vie.
A tout prix il leur faut de l’oxygène; s’ils n’en trouvent pas assez, leur combustion lente est incomplète et devient la putréfaction avec son infection et ses dangers. Si l’oxygène abonde, la combustion est complète et la réduction se fait sans la moindre atteinte à la salubrité.
La combustion lente qui s’opère à l’air libre est plus active que la combustion vive, car elle brûle non seulement le carbone, mais l’azote organique qu’elle nitrifie. De là vient qu’un sol perméable est encore le' meilleur épurateur connu : il retient comme filtre à la surface les matières minérales, et brûle
comme foyer, dans sa couche profonde, les matières organiques. Il reste une croûte légère qui se mêle au terrain de culture; il s écoule à la nappe une eau limpide, chimiquement pure de substances organiques, remplacées par des nitrates inoffensifs. Si le filtre, comme à Gennevilliers, consiste en graviers et sables perméables, laissant 2 mètres d’épaisseur de couche jusqu’à la nappe, on peut porter les dosages à 50000 mètres d’eau des égouts de Paris par hectare et par an. Mais on ne doit pas oublier que l’épuration pour être complète entraîne deux conditions : 1“ l’intermittence dans les arrosages, de manière à régler les rentrées d’air d’accord avec les entrées d’eau dans le filtre; 2° le drainage profond pour assurer le travail de la couche filtrante contre les oscillations de niveau de la nappe qui reçoit les eaux dépouillées.
Canal d'arrosage. — La commission d’enquête de 1876 a signalé avec force la différence qui sépare l’épuration de l’utilisation. Épurer, c’est perdre aux nappes souterraines, aux rivières, des eaux dépouillées et inoffensives. Utiliser, c’est tirer parti des ressources d’engrais que contiennent des eaux riches de tous les débris de l’alimentation. D’ailleurs le procédé d’application est des deux côtés l’irrigation, et dès qu’on commence à épurer on tend vers 1’utilisauon.
Les villes sont tenues d’épurer leurs eaux d’égout, car elles n’ont pas le droit d’envoyer à leurs voisins des liquides dont elles se débarrassent parce qu’ils constituent une gêne et un danger. Mais il appartient à l’État d’intervenir, lorsqu’il s’agit de réserver à la production du territoire des éléments de fertilité qui lui manquent. L’État doit aide et protection aux communes qui s’imposent des charges pour remplir un devoir public.
La ville de Paris va au-devant de ses obligations. Elle veut construire un canal d’arrosage qui, partant des machines de Clichy, traversera la presqu’île de Gennevilliers déjà acquise a
l’irrigation, franchira les territoires de Nanterre à Maisons, aujourd’hui hostiles aux branchements que certainement ils réclameront plus tard et aboutissant à un régulateur de 12 à 1400 hectares, pris dans les terrains domaniaux d’Achères, au bas de la forêt de Saint-Germain. La dépense des forces motrices et du canal de 12 kilomètres est de 10 millions; elle doit être augmentée de 3 millions pour la mise en valeur du domaine à défricher, à bâtir, à cultiver.
La Ville accepte donc une charge de 12 à 15 millions de construction, et chaque année l’exploitation entraînera un crédit d’environ 2 millions, car il y a 100 millions de mètres cubes à élever et à distribuer, et chaque mètre cube coûte près de 2 centimes.
La Ville, entreprenant dans un but d’utilité publique l’assainissement de la Seine, a bien qualité pour obtenir de l'État la cession à prix modique de 12 à 1400 hectares de terres désertes, nécessaires comme régulateurs des arrosages.
L’État d’ailleurs gardera le contrôle, soumettra l’opération à un règlement, et son action de surveillance sera la garantie des populations voisines contre le fantôme de dépotoir dont les menacent les adversaires du projet.
Plan d'ensemble. — « Le. problème de l’assainissement de Paris et des territoires qui l’entourent, dit en finissant le directeur, est donc complexe. La Ville a fait déjà de grands sacrifices pour le résoudre ; il faut qu’elle achève son œuvre en adoptant un plan d’ensemble réunissant tous les éléments nécessaires à la salubrité des grandes agglomérations. »
Conditions légales. — Les questions relatives aux eaux pures pouvaient se régler par des mesures d’intérieur prises par le 1 Conseil municipal dans sa liberté d’action; mais la taxe de 30 francs par chute applicable au projet de la Ville, dès que l’écoulement des vidanges à l’égout deviendrait obligatoire,
exige une loi; il faut encore une loi pour déclarer d’utilité publique le canal d arrosage avec les cessions des terrains domaniaux destinés à servir de régulateurs aux irrigations. Ce sont les deux questions que nous allons voir passer au Conseil municipal et au Conseil des ponts et chaussées, avant qu’elles soient portées aux Chambres.
Discussions au Conseil municipal (1881). — Au Conseil municipal l’affaire eut pour rapporteur M. Deligny, énergique et pénétré du devoir d’améliorer par l’eau et les égouts l’hygiène et la propreté des quartiers déshérités. S’appuyant sur la note du Directeur qui reste le tableau complet de la situation de l’assainissement en 1880, M. Deligny va droit au but. Chaque rue doit avoir un égout, et chaque maison doit, par un branchement, aborder la galerie publique. Dès lors à la surface, plus d’eaux ménagères et un nettoyage facile. Au-dessous les conduites d’eau circulent, envoyant dans chaque logement la part qui lui revient, pondant que les logements lavés à grande eau perdent de suite à la voie souterraine tous leurs liquides sales, toutes leurs vidanges. La maison est débarrassée de ces fosses qui sont des foyers d’immondices en fermentation. La propreté, l’air respirable existent. La Ville doit donc achever son réseau d’égouts en commençant même par les rues où les conduites d’eau ne coulent pas encore. La dépense de construction de 400 kilomètres coûtera de 40 à 50 millions. Mais la mesure porte en elle-même sa solution. Quand la Ville ouvre ses égouts à la maison, elle a le droit de réclamer une taxe représentant le service rendu, taxe payée jusqu’ici aux Compagnies de vidanges. Le droit d’ailleurs s’est développé de lui-même.
Il y a aujourd’hui 14000 chutes payant volontairement chacune à la Ville un impôt de 30 francs. Si les 270000 chutes que renferment les 70 000 maisons de Paris étaient soumises à la taxe, il y aurait une base de revenu de 7 millions, très suffisant pour achever en dix ans le réseau souterrain; et pour
construire le complément obligé de l’opération, le canal d’arrosage qui portera aux grèves des presqu’îles de la vallée de la Seine les eaux d’égouts à traiter par l’épuration du sol.
« Et ce n’est pas là une utopie ; la commission supérieure, nommée en 1874 pour étudier l’aménagement des eaux du territoire, a examiné la question sous toutes ses faces; elle a conclu par un avis que le Conseil d’État a converti en nn projet de règlement d’administration publique. Le droit à une taxe est reconnu aux villes qui ouvrent leurs égouts à l’écoulement des vidanges privées, et l’on accorde le bénéfice de la déclaration d’utilité publique aux projets étudiés pour revivifier par l’irrigation les eaux d’égout et rétablir la pureté des eaux courantes. »
L’opposition qui voulait sauver les compagnies de vidanges dont l’industrie était menacée, observait que le rapporteur allait plus loin que le Directeur lui-même. Aux tinettes-filtres n’écoulant que les 4/5 des vidanges, il substituait le « tout à l’égout », il établissait en faveur de la Ville un monopole qui, ruinant les compagnies, ne pouvait s’établir sans une indemnité préalable. Était-on bien sûr, d’ailleurs, qu’en recevant les solides dans les égouts, on n’allait pas porter atteinte à la santé publique? En allant trop vite on s’exposait à l’inconnu; mieux valait retarder, consulter, étudier encore.
Le Directeur répondit à ces arguments qu’il fallait dix ans pour construire le réseau, et que, dans ce délai, les compagnies auraient le temps d’user leur matériel, de faire leur liquidation et de se transformer. Quant à la santé publique, elle était sous la sauvegarde du Conseil de salubrité, auquel tout règlement serait d’abord soumis, Il y avait une grande mesure d'intérêt public à fixer : c’était l’assainissement de la Seine, infectée et salie jusqu’à Mantes, Il fallait avoir l’énergie de prendre les deux décisions qu’appelait la salubrité au dedans et au dehors, l’écoulement aux égouts avec la taxe obligatoire, l’épuration des eaux d’égout avec le canal d’arrosage. Paris, quoi