‹ Assainissement des villes par l'eau, les égouts, les irrigationsChapitre 48 sur 51 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

le point d'appel ; c’est là qu’on vient retrouver l’air, la lumière, la verdure, le bien-être, en quittant un bureau qu’on accepte étroit et renfermé, pourvu qu’il soit près du centre des affaires.

La Cité, espèce d’îlot au cœur du mouvement, est parcourue le jour par près d’un million d’individus et en garde à peine 100000 la nuit. Des transports rapides, multiples, économiques, concilient l’éloignement des demeures avec le rapprochement des personnes. Voyons comment fonctionnent les services de la distribution d’eau pure et d’expulsion des eaux sales, nous comprendrons mieux ce qu’est la maison. Tout est fait pour elle.

Distribution d’eau. — La Métropole est servie en eau de rivière, car les sources ne comptent guères, par le travail de huit compagnies indépendantes qui se partagent chacune un quartier. Le cube total est par jour en moyenne de 650000 mètres délivrés à 670 000 maisons, qui répondent à une population de 5 millions d’âmes.

L’eau est prise pour 12 pour 100 seulement aux sources limpides et fraîches, mais un peu dures, qui sortent des couches profondes de la craie.

A l’est de la Métropole la rivière de Lea fournit et compte pour 38 pour 100 dans l’alimentation totale. La forte part de 50 pour 100 est le tribut de la Tamise, qui fait le service des quartiers riches de l’Ouest. Ici, l’eau est dérivée dans la haute vallée au-dessus du flot de la marée, là où la rivière coulant entre des prairies, près des magnifiques ombrages d’Hampton- Côurt, borde des villas nombreuses et forme le bassin de course des canots de plaisance. L’eau sort de la craie et des terrains t< re elle est récoltée trouble, s’éclaircit dans des bassins de décantation et est ensuite jetée sur des filtres de sable, coquilles et graviers, lesquels la rendent sous leurs drains en sources claires. Elle peut alors être refoulée sur Londres au moyen de machines verticales agissant dans de hautes co*

lonnes manométriques, auxquelles on cherche de plus en plus â adjoindre des réservoirs couverts contenant la consommation d’un jour.

La limpidité est uniforme et satisfaisante, mais la température oscille, suivant les saisons, de 4° en hiver à 20* en été. Le titre àl’hydrotimètre n’est guère que de 21", assez rapproché du titre de l’eau de Seine. Ce qui inquiète le contrôle exercé chaque mois par des jugés de la valeur du colonel Bolton et du docteur Frankland, c’est la proportion toujours croissante des matières organiques.

Comparée à l’eau des forages profonds, l’eau de la Tamise et de la Lea contient deux et trois fois la même quantité d’impuretés organiques. Les sources ne deviendront-elles pas une nécessité? On a bien prescrit l’épuration des eaux d’égout dans la vallée haute; mais la lutte est difficile avec une région que les intérêts se disputent et où la vie s’étend.

Service privé. — Dans Londres, la distribution s’opère en grande partie comme il y a cent ans, au début du service inauguré par les machines de Watt et Bolton. Chaque maison a une citerne que la Compagnie remplit chaque jour en ouvrant pendant deux heures ses conduites d’alimentation.

Dès 1851, le Board of Health réclamait la suppression de Y abomination domestique des citernes, et l’installation du service à pression constante pour remplacer le service intermittent. Les compagnies aujourd’hui sont entraînées dans ce sens. Sur 670 000 maisons desservies, 260000 jouissent déjà de conduites toujours en charge. Mais il en résulte des taxes supplémentaires et arbitraires, s’ajoutant à la taxe basée surfes valeurs locatives. On voudrait un tarif qui ne fût plus à la discrétion des compagnies, et en définitive Londres poursuit des améliorations dont Paris est en pleine possession, les eaux de sources montant aux étages, jaillissant de Conduites en charge constante et livrées à prix fixe à l’abonnéi

Service public. — Le service public est très restreint à Londres; on n’arrose guère parce que la pluie est fréquente, et il y a peu de fontaines décoratives, le gris du ciel s’y opposant.

La part enlevée sur 650 000 mètres cubes à la distribution privée va de 15 à 20 pour 100 seulement ; c’est presque l’inverse à Paris, où la vie du dehors fait la grande distraction et où on exige que la voie publique, ses façades, ses monuments, ses jardins satisfassent l’œil et le goût : l’eau doit y couler partout.

Les collecteurs. — La Métropole, formée sur 35000 hectares d’étendue par des paroisses qui se sont rapprochées et soudées, fut livrée longtemps à l’administration indépendante des conseils locaux. Les désordres croissant avec le développement de la population et des intérêts, on chercha le remède dans une forte centralisation et on créa, en 1858, le « Metropolitan Bôard of Works », le bureau municipal des travaux publics, dont les membres, nommés à l’élection dans les districts, représentent un parlement municipal restreint.

C’est au Board que sont dues les grandes améliorations de Londres, les quais de la Tamise et les collecteurs du drainage, œuvres qui ont fait à l’ingénieur, M. Balzagette, une réputation méritée.

Londres, qui est avant tout port de mer, avait des écoulements en rivière dépendant de la 'marée. Pour empêcher la capitale du Royaume-Uni d’être salie et infectée par le mouvement sans cesse contrarié des eaux d’égout, il fallait établir de grandes lignes de collecteurs, coupant et interceptant les galeries d’égout avant qu’elles ne tombent à la rivière ; puis, une fois les eaux ramassées sur chaque rive, il y avait à les conduire assez bas dans la baie pour que les oscillations de la marée ne ramènent pas les immondices jusque sous les ponts, Enfin l’épuisement devait rester continu et permanent en ville, sans avoir à s’arrêter pendant les oscillations des marées.

C’est le problème résolu au moyen de plus de cent millions de dépense. Sur la rive droite, qui constitue la ville d’affaires et de gouvernement, trois collecteurs étagés en gradins se partagent le versant de la vallée de la Tamise, se protégeant les uns les autres, arrivant ensemble à l’usine d'Abbey-Mill où les eaux basses sont relevées de 11 mètres pour être, avec les eaux moyennes et les eaux hautes, jetées dans le triple émissaire qui mène toute la masse à l’usine maîtresse de Barking-Creek. Ici, nouvel épuisement.

Les pompes à vapeur relèvent de 5”,50 le volume qu’apportent les émissaires, le versent dans des réservoirs couverts qui emmagasinent aux heures de flot et se vident dans la baie à la marée descendante.

Sur la rive gauche, qu’on appelle le Bourg, et qui renferme la Ville industrielle, mêmes dispositions ; l’envoi du drainage se fait aux réservoirs de Depford, au delà de Greenwich.

Pour obtenir un écoulement facile, un drainage « selfacting » sans main-d’œuvre, les pentes sur ces longs parcours dans les collecteurs ne sont pas inférieures à 0“,30 par kilomètre, et quand elles ont consommé toute la différence de niveau dont on dispose, on la rétablit au moyen d’hn saut de 5”,50 que franchit le courant, soulevé par des pompes à vapeur.

Les types des sections sont ovoïdes ou circulaires; ovoïdes quand au drainage privé passant sur le radier doivent s’ajouter des averses qui peuvent alors remplir le corps supérieur; circulaires quand il s’agit d’émissaires qui auront à porter des quantités plus constantes.

Les machines élévatoires du type vertical sont capables d’envoyer chacune de leur côté environ 600 000 mètres cubes par jour, et le drainage de la Métropole est parfaitement assuré sous la protection de ces gigantesques travaux ; mais on a le droit de se demander si c’est là l’état normal et définitif.

Le chenal maritime s’obstrue par les îlots de boue qui se forment près des bouches des émissaires. Les bâtiments, les pê-

cheurs se plaignent d’avoir a remuer des vases infecte» • les riverains se croient menacés dans leur santé. La dernière commission de 1884 s’est émue de la situation, et a déclaré que la grande voie qui conduit les bâtiments au port de Londres ne pouvait plus longtemps rester en pareil état, qu’il était d’absolue nécessité de l’assainir. Elle indiquait des remèdes basés sur l’épuration des eaux d’égout, par la précipitation chimique et la filtration intermittente. — Nous allons donc entrer dans une nouvelle, série d’études, et les vrais principes les commanderont.

Voyons maintenant les rues et les maisons.

Les rues. — Les voies publiques de grand trafic, celles qui sont parallèles à la Tamise et vont de la Bourse au Palais du Parlement et au Parc, sont dallées en asphalte ou converties en pavages en bois. Elles ont ainsi moins de détritus et leur nettoyage s’exécute au tombereau. On ne pousse pas les boues aux égouts, et les bouches sont même munies d’un puisard qui retient les immondices solides apportées par la pluie aux ruis-

Le petit égout ovoïde, placé assez profondément sous la chaussée, ne reçoit donc de la rue que des vases liquides. De la maison lui viennent les eaux pluviales et ménagères et les vidanges, toutes matières noyées, susceptibles d’écoulement facile dès que la pente du radier et les chasses sont suffisantes.

Quant aux ordures ménagères et aux boues enlevées au tombereau, on essaye de les expédier par bateau et, à cause de la difficulté de placement à la campagne, on commence à les traiter par le feu.

Les fours à crémation brûlent les substances organiques, et convertissent les substances minérales en ciment avec les cendres du foyer.

Les maismis. — Entrons maintenant dans une habitation qui

puisse être considérée comme un type moyen, dans une de ces maisons de 12 à 1400 francs de loyer qui s’élèvent aujourd’hui par milliers dans les nouveaux quartiers, et qu’un entrepreneur bâtit par blocs d’un seul et même modèle. Au rez-de-chaussée, salon et salle à manger, cuisine et buanderie; aux étages, des chambres avec salle de bain, cabinet de toilette ou « lavatory »

L’eau. — « Déjà la salle de bains, dit M. Couche, est un trait caractéristique ; elle n’existe à Paris que dans l’appartement de luxe; à Londres, elle est un élément essentiel de l’habitation bourgeoise.

« Descendons même d’un degré : chez l’artisan aisé nous la retrouverons encore, parfaitement installée d’ailleurs et toujours prête.

« En pénétrant dans la cuisine on voit sur la pierre d’évier deux robinets, l’un d’eau froide, l’autre d’eau chaude. On demande d’où vient cette eau chaude? — D’un réservoir placé au premier étage, au-dessus de la baignoire, et qui contient environ 200 litres. — Comment y arrive-t-elle? — Par un tuyau qui la fait passer à très faible vitesse dans un réchauffeur placé au fond du foyer de la cuisine. — Et ce chauffage coûte? — A peu près rien : il utilise l’action de la flamme et de l’air chaud qui s’échappent par la cheminée. En fait, on trouve toujours de l’eau chaude, non seulement pour les bains, mais pour la lessive et les besoins domestiques : les habitudes de propreté intérieure ont là leur appui. »

Le lavatory et le water-closet méritent même mention; ils sont souvent réunis dans la même pièce bien éclairée, dallée avec soin, revêtue en faïence émaillée. Les larges cuvettes de lavabo ont l’entrée et la sortie d’eau immédiates. Le water-closet dépense de 6 à 9 litres par chaque coup du levier de tirage ; le lavage s’obtient par une chasse puissante des matières noyées. La propreté y est excessive, même dans les locations à la semaine.

Drainage. — Mais l’eau sale qui va sortir de l'évier de cuisine, de la buanderie, du water-closet, et qu’on perdra à l’égout, comment l’empêcher de s’arrêter en route, de déposer des matières stagnantes qui fermenteront et dont l’infection montera dans les appartements habités, sous l’appel des foyers, des lumières, de la chaleur de la vie? comment se garantir des retours du mauvais air des égouts? comment avoir une maison salubre?

C’est ce qu’ont effectué des progrès récents, dus en partie à M. Griffith, et qui ont pour moyen les conduites de petit diamètre, les chasses d’eau intermittentes, et la libre communication de l’air des tuyaux avec l’atmosphère.

Dans les tuyaux réduits de diamètre, les eaux sont forcées : elles jaillissent avec une vitesse torrentielle qui emporte tout. En outre, sous chaque perte et en tête du branchement, il faut un siphon formé par la courbure du branchement lui-même pour assurer une fermeture hydraulique. En cas d’obstruction, un opercule ménagé de côté permet la

• ''Une maison doit avoir des tuyaux de chute distincts pour les eaux pluviales, ménagères et de vidanges, tuyaux auxquels on ne donne aujourd’hui que 0 m ,12 de diamètre et qui, se réunissant sur une ligne maîtresse de 0 m ,15, vont à l’égout tous ensemble après avoir traversé un dernier siphon en avant de l’embouchure.

Le tuyau de vidanges est lavé par les chasses de 6 à 9 litres d’eau que procure l’appareil chaque fois que le levier à main vide la cuvette.

Le tuyau des eaux de cuisine, sali souvent par des corps gras, exige des chasses par réservoirs d’intermittence; ce sont des cuves auxquelles on attribue une dépense régulière d’eau par jour, et qui se vident d’un coup, dès que le niveau supérieur de remplissage est atteint,

Enfin le tuyau de descente des eaux pluviales offre une

ressource de plus qui arrive par les temps d’averses et fait le curage de l’émissaire d’écoulement.

Ventilation. — Quant à la ventilation, aussi utile que les chasses, on la maintient libre en faisant déboucher les tuyaux de chute au-dessus des toitures par en haut, et en ouvrant par en bas des ventouses, là où la ligne rencontre l’atmosphère de la cour et de la rue. Dès que l’air reste libre, sans pression, sans confinement, il n’a nulle tendance à traverser les siphons, et il se purifie par le mouvement même de l’atmosphère à laquelle il se mêle.

Ces principes appliqués dans les résidences aristocratiques, telles que Claremont, et dans les maisons à loyers réduits, telles . que les Peabody-Buildings, ont produit la salubrité intérieure sans la moindre atteinte à l’air du dehors.

Salubrité. — La perte des vidanges aux égouts, pratiquée sur la vaste échelle de la Métropole, et coïncidant comme à Bruxelles avec l’abaissement du chiffre de la mortalité, montre combien l’hygiène de la maison doit passer en première ligne, et s’appuyer sur la meilleure distribution d’eau, la plus libre circulation d’air.

La machine à vapeur. — On ne peut quitter Londres sans constater les bienfaits de la machine à vapeur envers la grande ville. Il y a un siècle, les premières machines sorties des ateliers de Watt et Bolton essayaient l’élévation des eaux de la Tamise. Le service de la distribution à domicile commençait et réussissait. Dès lors Londres pouvait grandir, dépasser les grèves de la. rivière, où les forages des puits sont possibles, et déborder sur la formation épaisse de l’argile plastique qui lui fournit les matériaux de construction, les briques.

Aujourd’hui, 16 000 chevaux de force travaillent pour fournir

l’eau en abondance aux maisons occupées par 5 millions d’habitants, tandis que 4000 chevaux épuisent les eaux sales et la pluie, rétablissant la pente quand elle manque, dominant les marées qui barrent le courant. Si l’on songe que la machine à vapeur a fait aussi Manchester et par conséquent Liverpool on comprend les services rendus par Walt à l’Angleterre, à l’hygiène, à l’industrie et à la civilisation.

Abordons maintenant les discussions qu’avaient éclairées les voyages à Bruxelles, Amsterdam et Londres, et rentrons à Paris.

Visites diverses à Paris. — La Commission tint, du mois de décembre 1882 au mois de juillet 1883, soixante-quatre séances, dont cinquante-sept par les sections. Elle y ajouta des visites par délégation là où il y avait des faits à constater ou des procédés à essayer.

Les fosses fixes. — Les maisons anciennes qui gardent la fosse fixe sont épuisées aujourd'hui par des tonnes métalliques où le vide d’aspiration se fait par des pompes à vapeur ; mais il y reste un rachèvement à exécuter au seau.

Dans les casernes et les camps, le génie militaire emploie avec succès les fosses sèches, où les matières, tombant dans un lit de paille hachée, sont absorbées et converties en fumier d’engrais; il faut ici être assuré de la régularité des enlèvements.

Les tinettes filtres et 'appareils divers. —Dans les maisons neuves on a introduit les tinettes filtres qui laissent échapper les liquides et réduisent la vidange au cinquième. Pour supprimer tout enlèvement, M. Mouras a imaginé la vidange automatique. C’est un réservoir fermé hermétiquement, et qui reçoit avec les déjections les eaux ménagères et pluviales de l’habitation. Le . liquide se brasse de lui-même et s’écoule par un tuyau de tropplein quand le niveau normal est dépassé. M. Amoudru avait installé aux Magasins du Louvre la vidange hydraulique, comme

à Genève ; il envoie avec un tuyau à incendie un jet violent dans une fosse réduite de capacité ; l’eau emporte avec elle à l’égout les matières qu’elle a attaquées et mises en bouillie.

La Commission n’a vu dans ces derniers procédés qui veulent simplifier les fosses fixes"que « l’hypocrisie du tout à l’égout », ses inconvénients sans ses avantages. On ne soustrait rien à l’écoulement souterrain, et en fin de compte, on n’évite pas 'es vidanges de fosses.

Système Berlier. — A la caserne de la Pépinière, M. Berlier a monté avec soin son système pneumatique.

Les seize sièges des soldats communiquent avec des récipients métalliques munis de paniers-grilles, et qui peuvent être aspirés par un réservoir de quartier soumis directement au vide d’un réservoir central.

Le mouvement s’opère bien, sans mauvaise odeur, et depuis plus d’un an d’exploitation, aucun accident n’a été signalé; mais le résultat est incomplet : les matières sont rejetées dans le collecteur d’Asnières, tandis qu’elles devraient aboutir aux foyers d’une usine assez bien agencée pour travailler sans incommoder de ses fumées le voisinage.

M. Berlier visait au monopole ; il a obtenu simplement la permission de développer à ses risques et périls le système pneumatique dans le quartier du boulevard Malesherbes.

Système de Memphis. — Enfin on a proposé pour les maisons de Paris le système Waring, le drainage de Memphis. Memphis, ville de l’Amérique du Sud, dans le district malsain de la culture du coton, avait été ravagée par la fièvre jaune. Pour l’assainir rapidement et économiquement, on a séparé les eaux pluviales, qu’on a abandonnées au ruisseau, d’avec les eaux ménagères et les vidanges des habitations. Ces der-. nières eaux, sont seules amenées à un réseau souterrain formé par des tuyaux de petit diamètre, lesquels, partant de 0 m ,12

dans les rues, grossissent peu à peu jusqu’à un collecteur de 0 m ,50 qui verse au Mississipi. Les conduits, posés de façon à assurer la pente la plus forte, unie à la section la plus petite, procurent un maximum de force vive aux chasses qui viennent de chaque point haut par des réservoirs d’intermittence. Dans les maisons, les branchements sont munis de siphons; les tuyaux de chute montent jusqu’au niveau des toits et débouchent librement dans l’atmosphère par en haut, tandis que par en bas ils prennent un orifice de ventilation dès qu’ils rencontrent la voie publique. On reconnaît ici l’aménagement de la maison anglaise assainie.

Les résultats ont été excellents à Memphis, et la ville se déloppe avec 40000 âmes de population aujourd’hui.

La Commission rendit justice au système Waring de Memphis, et demanda qu’il fût appliqué partout où les galeries anciennes manqueraient de pente et d’eau.

La Seine. — La Seine fut parcourue depuis Corbeil jusqu’à Manies, dans toute l’étendue du département de Seine-et-Oise, et l’on constata combien d’écoulements d’égouts communaux et d’usines venaient corrompre l’eau que les machines élévatoires aspiraient et délivraient aux populations. En face de 20 prises qui ne devraient puiser que de l’eau pure, il y a 131 émissaires d’égouts publics ou industriels, et 21 voiries !

On voit combien le règlement qui protégera la pureté des rivières est urgent à appliquer.

Les discussions. — C’est au milieu de ces voyages et de ces visites de lieux que marchaient les discursions.

Préparées dans le sein des sections, les résolutions étaient portées par leur président et défendues par lui à la Commission plénière.

L’intérêt étaient grand, et peu de questions ont été traitées avec plus d’ardeur que le problème de 1 assainissement de

Paris, posé à des membres jusque-là étrangers les uns aux autres. — Trois noms méritent d’être mis en relief, MSI. Alphand, Fauvel et Bouley.

M. Alphand, qui présidait, éclairait les solutions par l’ordre, la lumière, le brillant de son esprit. M. Fauvel arrivait avec la ferme puissance de son expérience sur les maladies contagieuses de l’Orient. SI. Bouley plongeait dans les merveilles de l’inflniment petit et parlait avec une éloquence entraînante.

Propositions des sections. — La Commission, réunie en assemblée générale, avait à juger d’ensemble les propositions qui avaient pour objet d’améliorer la maison infectée par le mauvais air, de corriger les égouts dans leurs vices de curage, et de purifier la Seine, salie dans toute la traversée des départements de Seine et de Seine-et-Oise.

Maisons. — Pour la maison, le modèle de Londres avait fait des convictions. On voulait un cabinet d’aisances par logement, et on le voulait muni d’une assez large quantité d’eau pour assurer un lavage de 10 litres par personne chaque jour.

Puis vint le détail des appareils. Sous la cuvette, en tête du branchement d’évacuation, un siphon empêchera les retours d'odeurs. Le tuyau de chute de petit diamètre (0",12) fera conduite forcée pour les chasses d’eau et débouchera librement dans l’atmosphère, au-dessus du toit, en même temps que par le bas il recevra une prise d’air sur la voie publique.

Il n’y aura donc jamais de cantonnement, de compression d’air. Comme garantie de lavage, on mettra à la partie supérieure du tuyau de chute un réservoir d’intermittence, se vidant de lui-même une ou deux fois par vingt-quatre heures et entraînant, avec le flot qui part, une trombe d’air.

Pas un embranchement sans siphon, sans fermeture hydraulique.

Mêmes précautions à l’égard des eaux ménagères sortant de

la cuisine, de la buanderie, du cabinet de toilette, de la salle de bains. Elles doivent avoir, comme les vidanges, leur chute spéciale, avec siphons de fermeture et réservoir de chasse. Enfin la conduite des eaux pluviales, traitée dans le même esprit, doit arriver comme dernier secours.

Les trois lignes se réuniront en un tronc commun en avant du siphon principal qui couvre la sortie en égout et empêche les retours d’air.

Les chasses profiteront de toutes les eaux que la maison a reçues et qui travaillent sous la plus forte pression, avec la vitesse la plus grande entraînant de puissants courants d’air.

Voilà l’état normal.

Quand l’eau et les égouts manquent, on tolérera la fosse fixe, en recommandant d’appliquer à la vidange les procédés perfectionnés de l’épuisement atmosphérique. Quant aux appareils séparateurs et dilueurs, ayant pour but de perdre les liquides et de garder les solides, on les proscrit, parce qu’ils ne sont qu’un mode imparfait de la vidange à l’égout.

Les égouts. — Les eaux une fois sorties de la maison, que vont-elles devenir? Les égouts ne peuvent les recevoir que s’ils sont abondamment fournis d’eau courante, s’ils sont libres de dépôts, si les matières peuvent sans arrêt, comme d’un’ bond, être emportées aux collecteurs. Un intervalle de vingt-quatre heures est un maximum, et aujourd’hui, avec le lent mais économique curage des bateaux-vannes, les sables mettent quinze jours à franchir les distances, depuis les galeries des rues jusqu’à la sortie en Seine de l’émissaire d’Asnières.

Sur les radiers, les dépôts formant barrage contre les eaux sont fréquents, parce que les cantonniers envoient aux bouches d’égouts les boucs de la voie publique, pour dégager de suite la chaussée, tandis que clandestinement les particuliers y jettent les ordures dont ils veulent se débarrasser.

La première mesure est d’enlever au curage les embarras des

solides. On y parvient d’abord en recueillant les immondices et les détritus dans des paniers à claire-voie posés aux bouches, et surtout en substituant aux chaussées macadamisées, qui donnent une énorme quantité de sable en temps de pluie, les pavages en bois, qui s’usent peu.

On sait avec quelle rapidité celte transformation heureuse s’accomplit.

Dès lors on n’a plus à traiter que des vases légères susceptibles de rouler dans un torrent, et ce torrent on le crée avec des réservoirs de chasse espacés de 250 mètres et conservant 10 mètres cubes d’eau, lesquels se peuvent vider d’eux-mêmes une ou deux fois par jour, ou s’ouvrir à la main des ouvriers du curage.

Ici, comme pour les lavages de la maison, il faut passer du courant continu qui se perd par sa faiblesse, au courant de chasse qui utilise la même quantité d’eau avec toute la puissance de la masse et de la vitesse.

Pour compléter la solution, il y a des améliorations à apporter au réseau souterrain. Il lui manque des collecteurs de service moyen, interceptant les eaux qui vont encombrer les collecteurs de service bas, tandis qu’ils pourraient par la pente naturelle gagner la plaine d’arrosage et y couler sans frais en irrigation.

Service en temps de crue. — Ce qui est essentiel, c’est d’assurer l’écoulement de tous les collecteurs en temps de crue. Paris alors a ses débouchés barrés, comme Londres trouve les siens fermés aux heures de marée. Le procédé d’affranchissement est encore l’épuisement par machines aux embouchures. Ici, l’installation est toute prête.

L’usine de Clichy, chargée d’élever les eaux d’égout pour les envoyer aux plaines d’arrosage, peut alors réduire à moitié la hauteur à franchir, doubler par suite le cube à puiser aux collecteurs, et dominer ainsi l’apport des pluies qui accompagnent presque toujours les crues.

On protégera la surface de Paris contre les inondations partielles qui subsistent encore, et on laissera au service intérieur public et privé toute sa liberté d’action.

En dehors de la question d’hygiène à laquelle nous ne touchons pas encore, l’écoulement des vidanges était reconnu possible dans çe qu’on appelait Yêgout de l’avenir.

La Seine .—Ces premières propositions furent votées presque à l’unanimité. On avait à cœur de donner au ménage parisien le luxe de propreté et de salubrité qu’on voyait avec envie dans un intérieur belge ou anglais; on sentait combien il importait pour l’air respiré dans la rue ou dans la maison, que les galeries d’égout fussent lavées, nettoyées avec autant de soin et de régularité que les voies de circulation. D’un commun accord on cherchait les meilleurs moyens.

Mais dès qu’il s’agissait de la pollution des eaux du fleuve, les divergences de principes se montraient, et aVec elles les discussions vives et les hésitations au moment du vote.

Les eaux d’égout reçoivent déjà les liquides des urinoirs publics et des tinettes-filtres, les vidanges des grands établissements publics, les projections clandestines.

Sont-elles dans l’état actuel, lorsqu’on les applique à l’irrigation, un danger pour la santé publique? Et ce danger croîtrat-il d’autant le jour où on leur ajoutera ce qui manque au total, les vidanges des fosses fixes?

Premier avis. — Dès la première séance de 1882, M. Bouley avait ramené la question de la Seine et réclamé un avis.

« On ne pouvait pas condamner plus longtemps la vallée et la banlieue à boire les déjections de Paris, »

Un mois après, M. Fauvel, avec les calmes convictions du médecin qui avait organisé la défense de l’Europe contre le choléra d’Orient, apportait cette résolution de la section qu’il présidait :

d’égout de la ville de Paris, prises dans leur étal

actuel, c’est-à-dire contenant une forte proportion de matières excrémentielles, peuvent être soumises au procédé d’épuration par le sol sans danger pour la santé publique. »

M. Brouardel, qui avait été l’un des rapporteurs dans la Commission des odeurs de Paris, combattit M. Fauvel : « Si les eaux d’égout exemptes de matières de vidanges peuvent sans inconvénient être répandues sur les terrains d’Achères, il n’en est plus de même lorsqu’elles sont chargées de matières.

i En présence des faits révélés par M. Pasteur, on ne peut plus considérer comme inoffensif le procédé d’épuration appliqué dans de pareilles conditions. L’administration demande aux médecins si l’épandage sur le sol des eaux d’égout, additionnées de matières fécales, est sans danger. Cette question comprend une foule d’inconnues. Depuis quelques années les problèmes ■que l’on croyait résolus doivent être remis à l’étude. En disant que la solution est acquise dès maintenant, nous assumons une lourde responsabilité, nous dégageons l’administration, mais nous risquons de la tromper. »

« Je serai moins timoré que M. Brouardel, répondit M. Bouley. Je crois à l’innocuité complète des irrigations par l’eau d’égout, plus ou moins chargée de matières fécales. Et cette opinion je la fonde, non sur une présomption, mais sur des faits d’expérience pour ainsi dire séculaire. Des irrigations d’eau d’égout s’effectuent dans le voisinage de grands centres de population. A-t-on constaté que, soit par l’air ambiant,. soit par l’influence de l’alimentation, elles aient exercé une action nuisible sur la santé des territoires arrosés ?

« La contagion est fonction d’un élément vivant, et cet élément est détruit par l’oxygène de l’air. Depuis que Cérès a enseigné l’agriculture aux mortels, le sol de nos campagnes est infecté par le fumier et les engrais humains. Les populations rurales sont-elles donc plus exposées aux maladies que les habitants des villes?

« Le plus grand, le meilleur argument à oppposer à M. Pasteur, c’est M. Pasteur lui-même. L’air atténue tous les virus ; M. Pasteur l’a démontré par ces admirables expériences qui sont la gloire scientifique du siècle. S’emparant de l’action de l’air, il a fait des virus dangereux des virus moins nuisibles, et de ces virus atténués, des virus utiles. Quand la science a fait ce pas immense, peut-on dire que nous sommes insuffisamment éclairés? — Les eaux d’égout mélangées de matières ne sauraient offrir un danger plus grand que les fumiers répandus dans nos champs. Et, en supposant qu’il en fût autrement, ne serait-ce pas un devoir impérieux d’en affranchir la Seine où, transportées par le courant, elles sèment des éléments contagieux sur tout le parcours du fleuve, depuis Paris jusqu’à Mantes? »

Affranchir la Seine, c’était pour M. Bouley, et avec un mot qui lui appartient, le * delenda Carthago j . — Sa brillante improvisation remua l’assemblée, et la résolution, telle que M. Fauvel l’avait rédigée, fut votée.

On y ajouta d’un commun accord cette clause additionnelle :

« Le gouvernement est sollicité de prendre les mesures nécessaires pour interdire la projection des eaux impures dans la Seine, la Marne, dans la traversée des deux départements de Seine et Seine-et-Oise. »

Avis définitif. — Le tout h l’égout. — Ce premier avis était important; mais il n’était que partiel, il se bornait à déclarer que les eaux d'égout étaient, actuellement, inoffensives et qu’il y avait urgence à opérer sur les terrains d’Achères, l’épuration tentée sur une échelle restreinte à Gennevilliers. Il laissait à décider si les eaux d’égout sortiraient de Paris en emportant, au lieu de la moitié ou du tiers, la totalité des vidanges; on n’avait pu s’entendre sur l’exacte proportion, C’était la discussion de couronnement, et elle eut lieu à la séance du 28 juin 1883.

M. Fauvel. — M. Fauvel parla le premier, et posa les bases de son opinion :

i Aucun principe contagieux ne résiste à l’action de l’air atmosphérique, c’est-à-dire de l’oxygène. Au contraire, ces mêmes principes confinés à l’abri du contact de l’air, conservent pour ainsi dire indéfiniment leurs propriétés contagieuses.

t La putréfaction des matières animales, et en particulier des matières fécales, y détruit les germes spécifiques des maladies contagieuses ; en revanche, la fermentation putride y donne naissance à des gaz délétères qui sont la cause d’accidents toxiques particuliers.

« Est-il besoin de rappeler que pendant bien longtemps, l’aération, ou comme on disait, « la sereine, ou la mise à l’dtient », fut le seul moyen appliqué dans les Imarets à la destruction des germes de contagion? L’air libre est le grand purificateur qui détruit toutes les causes d’insalubrité.

« Au point de vue des matières fécales, l’air libre détruit non seulement les mauvaises odeurs qui s’en dégagent, mais aussi les germes contagieux qui peuvent s’y trouver contenus. Les irrigations entreprises en Angleterre et à Gennevilliers le prouvent, comme les épandages d’engrais humain dans les Flan-

« A l’égard de la destruction des germes contagieux par la putréfaction, on peut citer le dicton d’observation populaire : « Morte la bête, mort le venin. »

« Ces effets de la putréfaction sont applicables aux matières fécales, mais en faisant une distinction de première importance. Les matières fraîches, telles qu’elles sont projetées immédiatement à l’égout ou dans un cours d’eau, ne ressemblent pas à celles qui ont séjourné dans une fosse ou dans un dépotoir : les premières peuvent conserver des germes contagieux que l’action oxydante de l’air n’a pas encore détruits; les secondes subissent par le repos une décomposition putride qui amène un dégage^ tnent de gaz sulfureux et ammoniacaux toxiques. Les matières

putréfiées sont devenues méphitiques, elles ne peuvent plus donner de maladies spécifiques.

« Les fosses et les dépotoirs doivent donc être condamnés comme sources de principes toxiques, et le méphitisme dominerait dans l’air des égouts, si l’on y pratiquait l’écoulement des matières fécales sans de larges améliorations dans le mouvement des eaux courantes et dans la ventilation. Les galeries de Paris ne sont pas, comme à Bruxelles et à Londres, de simples passages pour le drainage des rues et des habitations ; elles contiennent les organes de beaucoup de services publics; elles sont fréquentées par de nombreux ouvriers : elles doivent être salubres.

M. Brouardel. — M. Brouardel intervint pour dire qu’il ne saurait partager l’opinion de M. Fauvel sur la destruction des germes, dans la forme absolue sous laquelle cette opinion était formulée.

On ne peut pas considérer comme un fait acquis et démontré que tous les germes sans exception sont détruits par l’oxygène de l’air, puisque d’après les opérations 'de M. Pasteur des animaux charbonneux, après qu’ils avaient été enfouis, avaient au bout de plusieurs années manifesté une grande virulence.

« L’oxydation ne détruit donc pas tous les germes connus ; elle n’agit qu’avec une extrême lenteur, et la putréfaction ne détruit pas le virus plus certainement ou plus rapidement. »

M. Bouley. —• M. Bouley, au milieu de ce débat élevé de science médicale, prit alors la parole ;

t Quand les virus sont à l’état de mycélium, c'est-à-dire Constitués par des filaments ou des bâtonnets tels que la bactéridie du charbon, ils n’ont pas en eux une grande force de résistance à l’action de l’air qui atténue graduellement leur énergie et finit par l’éteindre. Mais le mycélium de l’agent d’une virulence peut se transformer en spores qui se présentent à l’état de corpuscules en lesquels réside le t devenir » de 1 es-

pèce; et la nature, trop prévoyante, hélas! si nous considérons que ces spores sont les moyens de la propagation dans l’espace et dans le temps de certaines maladies contagieuses, la nature, dis-je, les a dotés d’une telle force de résistance à l’action de l’air qu’on les retrouve vivaces encore et doués de toute leur activité de pullulation après plus de douze ans.

t Mais lorsque l’élément d’une virulence a été modifié, atténué dans son énergie par l’action de l’air, s’il se trouve ensuite dans les conditions favorables pour qu’il se transforme en spores, ces spores, nées de lui, ne possèdent plus que justement le degré d’énergie affaibli que l’air avait inspiré au mycélium dont elles procèdent; et si ces spores se transforment à leur tour en bactéridies, ces bactéridies n’auront elles-mêmes que le degré d’énergie laissé à leurs spores originelles ; en sorte que la science a résolu le problème de constituer dans une espèce virulente des races atténuées qui ne donnent lieu, quand on les ensemence dans un organisme susceptible, qu’à des maladies atténuées comme elles.

« C’est sur la connaissance de ce fait expérimental qu’est fondée la grande découverte de la vaccination nouvelle contre les maladies contagieuses.

« Maintenant une question peut être posée ici : le gaz hydrogène sulfuré, qui est un produit de la décomposition des matières organiques, ne seran-il pas lui-même un agent de l’assainissement des matières excrémentielles, à l’endroit des éléments de virulence qui peuvent leur être attribués ? Des expériences récentes paraissent l’indiquer. Prenez un groupe de douze souris, par exemple, et inoculez à tous les animaux qui le composent un virus mortel, celui de la septicémie. Placez six de ces animaux sous une cloche où vous leur ferez respirer une dose tolérable pour la vie de gaz sulfhydrique mélangé à l’air ; laissez l’autre moitié dans une atmosphère normale. Sur celles-ci la septicémie inoculée suivra son cours et entraînera la mort; sur l’autre, elle demeurera sans effet.

« Quel grand progrès accompli, si les recherches expérimentales conduisent à la découverte de moyens propres à mettre les organismes en état de défense contre les contagions !

« D’Italie nous vient déjà l’affirmation qu’une préparation arsenicale peut protéger contre la malaria !

i La contagion est fonction d’un élément vivant, car dans toutes les maladies contagieuses la virulence est inhérente a des particules solides, qu’il suffit d’ensemencer dans un milieu propre à leur culture pour qu’elles sé multiplient à l’infini et que des milliards de particules semblables, procédant dd la particule primitive, puissent être démontrées dans l’organisme !

« Quelle autre force que celle de la vie peut produire un pareil résultat?

« Les développements dans lesquels nous sommes entrés, M. Fauvel et moi, disait en finissant M. Bouley, n’auront pas été inutiles, s’ils ont contribué à bien établir dans les esprits que les éléments vivants des maladies contagieuses qui peuvent se mêler aux matières excrémentielles, trouvent les conditions de leur destruction rapide dans l’action de l’air, dans celle de la chaleur et, suivant les probabilités que l’on peut déduire de l’expérimentation, dans les gaz qui sont le produit de la putréfaction des matières organiques.

« Il n’y a qu’à l’état de spores que les virus sont résistants ; mais, autant que l’on peut en juger par ce qu’on sait maintenant, cet état est exceptionnel. »

La Commission, après ces analyses profondes, que l’Académie de médecine eût pu entendre, voyait l’accord de l’expérience des siècles avec les théories les plus avancées de la science moderne. Elle jugea qu’il était temps d’arrêter sa dé-

Le président, M. Alphand, posa la question qui remplaçait toutes les autres : « L’écoulement total des matières excrémentielles a l’égout peut-il être autorisé dans les égouts constam-

ment et largement alimentés en eau courante et ne laissant pas s’accumuler de sables ? »

On demanda l’appel nominal : vingt et un membres répondirent oui, sept répondirent non ; deux s’abstinrent.

C’était accepter lè « tout à l’égout », à la condition que l’eau fût partout, que l’air libre agît partout.

Application. — Les progrès conseillés par la Commission ont déjà conquis leur place sur plusieurs points.

Le « tout à l’égout» est installé à l’Hôtel de Ville, au Théâtre- Italien, dans les écoles, et Ton peut le juger à la nouvelle caserne de la garde municipale du quai Morland. Au lieu des hideuses latrines qu’on rencontre trop souvent dans les établissements militaires, on a ici des cabinets isolés, faïencés en émail blanc sur toute la hauteur, éclairés, ventilés. Le siège est lavé par des réservoirs d’intermittence ; des siphons interceptent les retours d’air; le tuyau de chute, du diamètre de 0“,15, monte au-dessus des toitures, et il est ouvert à l’air libre en haut et'en bas. Les urinoirs sont, non plus en ardoises, mais en faïence blanche, et toujours lavés par des chasses d’intermittence.

La salubrité est absolue ; les hommes respectent la propreté et la font respecter. Il semble qu’on ait augmenté leur dignité.

A l’égard des égouts, la récolte des solides à la bouche, et les réservoirs de chasses fonctionnent dans le quartier de l’Opéra, où les pavages en bois, de plus en plus substitués au macadam, diminuent les sables qui embarrassent le curage.

A Clichy, les machines sont prêtes à épuiser la ville souterraine en temps de crue.

A l’amont de Paris, les projets sont étudiés et approuvés pour rassembler les eaux qui salissent la Seine, et qui s’épureront dans les terrains de Créteil destinés à répéter les champs arrosés de Gennevilliers.

Dans cette prompte application des avis de la Commission il y a une large part à faire à M. Durand-Claye, qui, chef actuel

des irrigations de Gennevilliers, a partagé avec M. Mille les luttes, les jours pénibles de la création. Convaincu qu’aujourd’hui les travaux de l’ingénieur doivent venir en aide à l’hygiène du médecin, il s’est fait le champion du « tout à l’égout », l’a réalisé hardiment dans Paris, l’a prêché avec talent dans les conférences, les congrès, les commissions, rappelant que le dévouement à l’hygiène lui vint au cœur lorsque, simple élève de l’École polytechnique il distribuait les secours d’argent de ses camarades parmi les pauvres ménages de la Montagne Sainte-Geneviève.

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