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UN SENAT DE FEMMES

Je lisais récemment que, ces dernières années, on s'était amusé devoir certain marchand de couleurs demander le brevet pour tel procédé de peinture*. • qui se trouve avoir été employé dans le plus loii\tain passé de rhistoire de l'Art. — Balzac affirmait ainsi qu'un jour où TOcéan se retirerait plus loin que de coutume, le flot mettrait peutêtre à nu les fragments préhistoriques d'un télégraphe et d'une chaudière. — Pourquoi pas d'une Silencieuse Singer ?

Ces diverses constatations du Nil novum sub sole ne sont pas plus éloquentes que celle dont les circonstances m'amènent à entretenir aujourd'hui les lecteurs du Figaro. Je veux parler d'une manifestation du Féminisme qui ne laisse pas que d'être du dernier bateau bien que datant des premiers siècles de notre ère.

Voici ce que je veux dire :

Héliogabale> au début de son règne, fit venir sa mère Sémiamira» et voulut que, sous le titre

de Clarissime, elle prît part aux délibérations du Sénat, honneur qui, jusqu'à ce jour, n'avait été accordé à aucune femme.

Je m'en voudrais si je permettais à cet épisode de me revenir à l'esprit quand j'apprends la nomination de la seule Madame Daniel Lesueur entre tous ces messieurs du Comité des Gens de Lettres. Non que je ne juge le titre de Clarissime au mieux approprié à cet écrivain brillant, mais parce que je supporte mal l'idée de voir comparer à une méchante Impératrice, un poète de race, un romancier de talent, une femme de goût, d'esprit et de cœur. Au reste, cet édit d'exception, rendu par Héliogabale, au profit de sa Mère, ne représente qu'une part de l'anticipation féministe qu'il me plaît de revendiquer à l'honneur de cette époque ensemble avancée et reculée.

Il y a mieux. C'est le même Prince qui institua, sur le Quirinal, un petit Sénat, ou Sénat de Femmes, dont, comme on va voir, les fonctions ne furent pas de peu d'importance, puisqu'elles consistèrent, d'abord, à délibérer sur les modes des femmes, puis à décider quel habit chacune d'elles porterait dans les rues de la ville ; quelle promeneuse devrait céder le pas à l'autre, ou attendre son salut ; à qui serait réservé le véhicule, à qui le cheval de selle ; laquelle devrait se contenter de Tânon. Puis, parmi celles ayant droit à la voiture, quelle pourrait y atteler des mules, ou se ferait traîner par des bœufs ; et, parmi les cavalières, quelle aurait un harnais de cuir, d os ou d'ivoire, d'or ou d'argent. Enfin, en ce qui

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