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UN S^NAT DB FEMMES

concerne la chaussure, qui pourrait y mettre des bijoux ?

Ce n'est pas que je n'apprécie à leur charmante valeur, entre tant de déploiements féminins, les réunions du prix Vie Heureuse, qui nous donnent à applaudir les intéressantes marionnettes de Madame Judith Gautier ou les strophes émouvantes de Madame Catulle Mendès, les interprétations de Madame Sarah Bernhardt et de Madame Berthe Bady ; mais le Sénat Sémiamirique ne m'en paraît pas moins difficile à distancer avec ses dissertations vestiaires et ses statuts de préséance.

Quelle que soit, en outre, la confiance que m'inspire justement, basée sur tant de preuves, l'Institut d'élégance que M. Manzi dispose dans l'Hôtel de Beauté dont l'inauguration est proche, je me demande si la rue de la Ville-l'Evéque saura se montrer à la hauteur du Quirinal, en matière de traction ou d'attraction.

Quoi qu'il en soit de ce délicieux Sénat de Femmes, il ressuscite, ce me semble, parmi nous, sous une forme d'art, grâce aux soins ingénieux et à la collaboration effective de MM. Bollet Baffaëlli, Besnard, Béraud, Gervex, et bien notamment de M. Dubufe, que son extraordinaire don d'ubiquité, associé à tant d'autres mérites, permet de considérer comme un Claretie de la peinture (ne trouvez-vous pas ?), mais un Claretie sympathique.

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Plus de deux cents portraits de femmes, choisis parmi ceux qui sont apparus à fleur de Salon, d'exposition et d*atelier, ces trente dernières années ; et ces effigies assemblées sous les ombrages de Bagatelle, comme un essaim de Galatées en fuite vers les saules de Lord Hertford, quel but de promenade et de rêverie, pour les nouveaunés ou les nouveaux venus d'aujourd'hui (si différents !) comme pour les derniers représentants d'une génération à fin de bail I

Malheureusement, il faut bien le dire, les beaux concepts ne sont jamais servis, autant qu'il se devrait, par les bonnes volontés ou les circonstances. Néanmoins, l'honneur d'avoir entrepris reste toujours sauf, et les morceaux demeurent toujours bons, des Victoires, même mutilées.

Le thème est si séduisant, de l'Exposition dont je traite, qu'ilfaudra s'y reprendre plusieurs ans de suite pour lui donner toute son ampleur; l'absence, parmi beaucoup de belles images, du portrait de Madame Strauss, par Delaunay, de Madame Sarah Bernhardt,par Bastien-Lepage, creuse, entre autres omissions, de bien regrettables lacunes. Mais, tel quel, le Sénat de femmes réuni dans les murs fleuris de Bagatelle, pour le printemps de 1907, mérite de nous intéresser, de nous enchanter, de nous faire sourire, ce qui est bien doux, de nous faire soupirer un peu, ce qui ne gâte rien.

Parcourons-le, en courant, ne fût-ce que pour faire croire, par cette allure, que nous ne datons pas encore tout à fait^ de Tépoque doijt il évoque les suprêmes jours. Époque brillante et superfi-

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cielle, incorrigible un peu, dont les derniers survivants, devenus bien rares, continuent de nous charmer par l'exercice de qualités légères, irréfléchies et imperturbables. Assistant, l'autre soir, à la représentation de la Salomé, de Strauss, en compagnie de l'un d'eux, j'eus le plaisir, plutôt que la surprise, de l'entendre demander si le compositeur de ce drame était le même que celui des Valses. Et, sur la réponse négative qui lui fut faite, je vis bien que mon aimable voisin s'attristait de ne pas voir s'azurer un reflet du Beau Donube bleu, parmi le flot rougeoyant épanché par la tête du Baptiste.

Parcourons, en courant, le Sénat de Femmes de Bagatelle, où rien ne manque d'intérêt, par suite de l'échange que font, de leurs prestiges divers, et souvent inégaux, peintres et modèles.

« Vous m'entendez vous toutes ! » faudrait-il dire cette fois ; vous. Mademoiselle Lel'evsrska (aujourd'hui Madame Henry Fouquier) par Ricard, avec cet air à la fois enfantin et profond, et cette belle main qui joue, pour se faire admirer, parmi les anneaux d'une cbatnette ; vous, Madame de Momy, par Winterhalter, avec Tattrait, toujours fascinant, d'un regard obscur, au-dessous d'un halo de blonde ; vous. Madame de Vallombrosa qui faites sourire, et ferez s'éterniser l'attrait d^un Léonard doré ou d'un Luini triste, avec des yeux d'eau, des chairs exsangues, où la goutte bleue d'une turquoise met son pleur azuré parmi la pâleur de l'ivoire ; vous, rayonnantes sœurs de Mailly, que Chaplin a faites cousines de celles de

Nattier, avec vos airs altiers, vos chairs de nacre, vos velours profonds et foncés, vos fourrures souples, vos satins miroitants, rattachés par des fils de perles.

Voici encore, et toujours cursivement, une contemporaine par Baudry,sur ce fond bleu clair et cristallin, avec ce délicat assemblage du ton des gants, de Técaille d'un éventail aux plumes ellesmêmes bistrées. Voici Madame Zola, quelques traits de pastel, par Manet, mais d'une fraîcheur de touche évoquant une fleur qui ne saurait se faner, ensemble éphémère et éternelle.

Voici, de Gervex, un portrait dont c'est un charme de plus que de nous apparaître conmie une variation sur un thème qui en permet, en promet d'autres, et d'incessants, pour d'autres expositions similaires.

Voici, de Besaard, une majestueuse Beauté au casque de cheveux bleus, aux chairs ensemble nacrées et ambrées, tout contre un bouquet de bôuies-de-neige qui lui prête encore des blancheurs ; de Boldini, une Altesse qui aime mieux être une Parisienne, une fille de Rois qui sait être une femme, et la femme la mieux habillée du monde ; de RaflFaëlli, une symphonie froide, une jeune fiUe tout en blanc, sur un fond blanc, un camaïeu de frimas et de candeur; deBéraud,Lady de Grey, elle, au contraire, toute dorée, toute parée, un camaïeu de lumière et de joyaux ; d'Aublet, une Comtesse de Martel plus grande que nature, une Gyp, moins fine que nature, mais assez ellemême pour garder de la grâce et en oflfrir.

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