‹ Assemblée de notablesChapitre 13 sur 33 · UN S^NAT DE FEMMES · texte numérisé non relu

UN S^NAT DE FEMMES

Enfin, deux autres Rîcards : le premier, une peinture, mystérieuse jeune femme voilée de crêpe, ajoutant à sa personnelle attraction celle de rappeler, de loin, quelques traits de la Marquise de Casa-Fuerte, d'inoubliable mémoire ; le second, une reproduction en manière noire, mais plus ensorcelante, s'il se peut, de la Madame de Calonne du Luxembourg. Et, pour conclure, une figurine de Ghassériau, dans les tons du Greco, danseuse espagnole, aux yeux brûlants, au teint brûlé, aux jambes renflées et fortes.

Puis, parmi les bustes, un Garpeaux ravissant, de gracieux Garriers-Belleuses, dont une Desclée qui fut chère à Dumas, et une Hortense Schneider au visage de coquetterie assurée, de vivacité spirituelle, le sourire aux lèvres, les roses au corsage; des roses qui ne passeront point, un sourire qui survivra ; enfin, une bien séduisante Jeanne Granier,au joli regard, par Saint- Vidal, un sculpteur bordelais qui, naguère, pria l'artiste de poser pour une figure de fontaine, et fit ce buste, lequel survit au sculpteur et fera durer son nom.

Beau Sénat de Femmes, dont je passe, et des meilleures, desquelles d'autres vous parleront, par qui vous ferai-je présider ; laquelle d'entre vous toutes mérite d'être la Sémiamira de votre assemblée aux doux yeux, aux mains diaphanes?

Sera-ce cette Impératrice Eugénie, par Holfeld, petite idole à l'air têtu et impassible, sous ses yeux bridés, ses bandeaux lisses, ses épaules tom-

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bantes, ses molles dentelles^ ses rubans lilas; ou cette divine Comtesse de Gastiglione (probablement par Cabanel), masque inachevé mais enchanteur, ensemble souriant et mélancolique, dans le nuage de tulle d'un bleu de pastel, piqué de deux roses? Mais, de ces deux figures, la première me semble bien distante, et la seconde, bien lointaine, pour répondre aux votes actuels de leurs sœurs et de leurs sujettes. Deux reproches qu'on ne saurait adresser au portrait de la Comtesse Edmond de PourtalèSjUn chef-d'œuvre deCarolus-Duran,une toile pleine d'autorité impérieuse et de vitalité inextinguible. Certes, voilà bien la présidente du magnifique Sénat féminin qui va siéger, deux mois durant, dans les salons du Comte d'Artois et de Richard Wallace. Je n'aime pas le fauteuil, noir et or, dénué de style, et peut-être bien, un peu, de goût, avec son application criarde, sur lequel est assise la noble dame, en une attitude à la fois arrogante et accueillante. Mais n'est-il pas bien présidentiel y ce fauteuil, comme il convient au siège de celle qui, après avoir régi les élégances d'hier, commande aux élégances d'aujourd'hui, et dont l'aigrette menace encore le ciel, comme son étoile n^apas cessé de rayonner sur le Globe.

Ce qu'il me plairait de rechercher, un instant, ce sont les questions que se mettrait à débattre ce Sénat féminin, si la parole lui était donnée.

Conseillerait-il, à l'ex-souveraine de Compiègne et de Saint-Cloud, de renoncer à ses revendica-

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tions sur nos châteaux et nos musées ; décideraitil la Princesse de Bois à ne pas mettre, pour sa rendre à Thôtel Drouot, un cliapeau, dirai-je, orné (?) de trois roses Solférino, si vastes que pourraient — et ce n'est pas peu dire — s y loger tous les microbes des salles de vente ; demanderait-il à Mademoiselle Bartet, collectionneuse d'autographes, vêtue d'une robe d'un rose cru (dans le tableautin, d'ailleurs aimable, de M. Courtois), communication de ses € affriolantes » lettres de Sophie Arnould à Terray, dont on nous donne des extraits étranges ; ou persuaderait-il (hélas !) à Madame de Noailles, de remplacer par une fleur aux tons moins discrets, l'hortensia bleu dont Ta parée Gandara, et qui semble s'évanouir à l'approche éblouissante de cette miroitante renommée,laquelle s'accommoderait mieux du coquelicot couleur de ruban ou du flamboyant géranium ?

Et, si les délibérations du gentil Sénat s'étendaient plus loin que les murs de l'Exposition, si elles revenaient aux discours d'attelages, ou de modes, dont lui donna Texemple l'historique Sénat féminin que j'ai cité, chicanerait il ses mules à Madame Réjane, leur donnerait-il le pas sur l'auto ; comme, aux bandeaux de Madame Paton, la préférence sur cette coiifure soufflée qui met des turbans de cheveux autour des têtes de nos élégantes, sans d'ailleurs les enlaidir toutes, et sans exiger qu'on l'adopte, puisque la Comtesse de Chevigné refuse de s'y prêter, sans cesser de dicter la mode ?

Quelques mots encore, quelques regrets.

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Pourquoi n'avoir pas obtenu, de M, Laszlô, son remarquable portrait de Madame de Metternich, une préparation résumant bien expressivement la personnalité de Celle qui, dans une époque marquante, sut donner le ton aux toilettes, la réplique aux gens d'esprit, et s'élever au niveau des précurseurs en faisant représenter Tannhœuser à Paris, plus de trente ans avant (ne l'oublions pas) qu'on se soit décidé à l'y admirer sans réserve ?

Comment n'avoir pas sollicité de M. Helleu (si fâcheusement absent de cette manifestation) un portrait de la Comtesse Greffulhe? — Peut-être, ce radieux modèle qui s'est, jusqu'à ce jour, obstinément refusé à laisser exposer de ses images, se serait-il enfin laissé fléchir en faveur du Sénat de Bagatelle. Car ces images, heureusement, elles existent, en assez grand nombre (pas autant qu'il se devrait), et ce n'est pas sans exactitude que j'ai pu écrire dans un de mes Essais: < J'aime à me représenter une salle, entre toutes notable, en un Louvre futur, où le visiteur captivé, sentira converger sur soi l'émouvante fascination des yeux impérissables. »

En résumé, le dernier mot du Sénat de Femmes, qui se tient aujourd'hui à Bagatelle, pourrait bien être, et fort exactement, celui-ci : qu'en dépit des lunettes de chauffeuses dont s'aveuglent nos dames, des fourrures d'Esquimau dont elles se couvrent et des nuages de pétrole dont elles s'entourent, le Quœre mulierem demeurera le mobile de bien des actes, et Vodor di femina restera le parfum du Monde*

Dames d'Automne

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