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DAMES D'AUTOMNE

Certaines étoiles cessent de briller, bien avant de s'éteindre; certains oiseaux cessent de chanter, longtemps avant de mourir.

Cette double allégorie pourrait être celle de certaines fenunes^ assez heureuses, assez avisées pour renoncer volontairement au titre de jolie fenmie, avant de s'y voir contraintes par un regard moins admiratif.

La supériorité d'une beauté d'âme c'est de s'accroître avec les années. C'est assez dire, sans y insister davantage, l'infériorité de l'autre. Notez que cette infériorité résulte d'un malentendu. Il existe une beauté du grand âge. Seulement, personne n'en veut. On croit la remplacer par un prolongement de la précédente. Là réside l'erreur.

Je veux essayer de parler d'une Femme, qui fit comme les étoiles et comme les oiseaux que je disais, et qui, de ce fait, m'est déjà chère.

Aussi bien, n'est-ce pas la saison de rêver à celles dont le départ silencieux s'associe à celui des feuilles ? Pour cela, je veux les nommer d'un

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nom mélancolique et attendri ; je les appellerai: Dames (T Automne !

La Duchesse de Talleyrand qui vient de mourir peut être rangée parmi celles-là. — Combien elle fut belle, comment ne pas s'en souvenir ? — En ce qui me concerne, je lui sais gré de m'a voir présenté, dès mes jeunes ans, une des premières images de beauté qui aient frappé ma vue, agi sur mon esprit et sur mon cœur.

C'était, je m'en souviens bien, à l'une de ces réunions de patinage, si fort à la mode vers la fin du Second Empire. Je ne me vante pas en disant que j'étais enfant ; c'est, ma foi, me vieillir assez. Mais, mon regard, déjà curieux et admiratif, sut détailler la grâce impérieuse, la démarche de déesse, et bien spécialement de Diane, qui caractérisaient cette svelte et prestigieuse jeune fenune, au maintien altier, à la voix enchanteresse.

Cette initiale vision, je ne l'ai jamais oubliée. Plus tard, il me fut donné de connaître la grande Dame très exceptionnelle qui, vraiment, sinon presque seule, du moins, entre toutes, nous fit admirer un type de patricienne, aux audacieuses inspirations de toilettes, de réceptions et d'élégances.

Comme toutes les personnalités transcendantes, elle se vit exposée (d'ailleurs, sans y prendre garde) à l'appréciation timorée, et souvent envieuse, des médiocres. Pour les gens de cœur, et

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les gens de goût, elle fît, entre autres^ éclater deux qualités qoi loi valorent leur suflDrage.

D'abord, elle sut éveiller des amitiés ferventes; noble récompense de ceux qui savent eux-mêmes les ressentir. Puis, elle excellait à donner des fêtes; un art admirable, que croient, seuls, facile, ceux qui tiennent pour digne de ce nom, la première réunion venue, chez n'importe qui, dans un entresol étouffé, sous n'importe quel plafonnier, autour d'un numéro de € Beuglant », arrosé d'une citronnade.

Quant à moi, sauf de rares exceptions, presque toujours incomplètes sur quelque point, je n'ai jamais vu de fêtes proprement dites, que chez la Princesse de Sagan.

D'abord, elle habitait un palais, au jardin dessiné par Le Nôtre. Au f&cheux souper € par petites tables » qui s'y est substitué, avec son air de guinguette rentrée, elle sut préférer ces vastes décors de Véronèse réellement très semblables aux Noces de Cana, et parmi lesquels se déroulaient, en un faste inoubliable et non affecté, l'apparat nocturne des soupers qui suivaient ses bals. Le couvert était mis pour cent convives, qui s'y succédaient, chacun ayant à ses côtés pour le ser« vir exclusivement, un de ces vieux valets poudrés, aux pesantes livrées, lesquels ressemblent à nos grooms, comme ressemMent ànosautos^ les carrosses du Grand Trianon. Les victuailles de ces festins tenaient de Trimalcion et d'Apicius. C'étaient, sur de gigantesques plats d'argent, de géants poissons^ contournés par d'énormes fleurs ; et je ne

sais quels breuvages fumants dans des soupières historiques.

Au milieu du féerique va-et-vient de ces galas merveilleux, et, souvent, costumés, la Princesse, (car, c'est sous ce titre, seulement, qu'elle en ordonna de tels) recevait ses invités, parfois vêtue en sultane des Mille et une Nuits, ou sous le plumage ocellé d'un vrai paon, qui faisait la roue.

Ce plumage, entre tous, lui seyait, symJ)olisant avec assez d'exactitude sa splendeur et sa majesté, sa somptuosité et sa superbe.

Ses obsèques furent une dernière fête, pompeuse et froide, à laquelle ne manquèrent ni l'hermine, ni l'argent, ni les fleurs de l'arrière-saison, parmi les feuilles rouillées.

On l'y sentait étrangère. De cette suprême festi vite -là, elle n'avait ni régi, ni, d'ailleurs, renié le décor, s'en rapportant aux siens de l'honorer, comme ils l'ont fait, avec magnificence.

Elle intervint, dans une seule mesure, qui fut de ne pas souhaiter d'invitations. Peut-être une philosophie un peu revenue lui faisait se demander combien seraient à ne consulter que leur souvenir, pour le juger astreint à ce dernier hommage. — Ils furent nombreux et recueillis. — Ni l'humanité, ni même le monde ne sont aussi oublieux que, parfois, on se l'imagine. — Et les silencieuses larmes des serviteurs s'expriment éloquemment sur le fond du cœur de leurs maîtres.

Belles Dames d'Automne, comme elles s'effeuillent, sur le réseau, chaque jour, mis à nu, de la forêt des souvenirs 1 L'autan et l'âge soufflent.

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