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leur famille, à la faible vogue de gentilles œuvres de pyrogravure ou de vernis-martin, de filet ou de broderie.
La présidence du congrès a été ofierte,parcorrespondance, et d'un commun accord^ à Daniel Lesueur, dont l'éclatante carrière poursuivie, associée à sa parfaite bonne grâce et à son esprit vif, continue de rallier tous les suffrages. Malheureusement^ le brillant auteur du Marquis de Valcor, retenu loin de Paris par Taccomplissement d'un nouveau roman^ s'est excusé, dans une lettre, d'ailleurs exquise, dont une rapporteuse donne lecture, et qui se termine par unpost-scriptum inattendu. Madame Henry Lapauze^ revenue, sinon des grandeurs humaines, du moins des sociales distinctions, et de plus en plus persuadée (comme certaines personnes non sans mérite) que la valeur des œuvres peut suffire seule, comme elle a suffi à Sapho, à la Marquise de Sévigné, à Madame de Staël et à George Sand, Taimable correspondante déclare donc que, si par hasard il se rencontre encore, parmi les membres du congrès féminin, une dame friande de décoration, elle ofljre la sienne, dans le cas où le Conseil de l'Ordre se prêterait à cette substitution volontaire.
Un murmure d'autant plus flatteur accueille cette déclaration, que, le matin mème^ un journal hoministe a publié un factum malséant, dû à la plume d'un satirique, plus rabâcheur que neuf, plus virulent que persuasif, et, cela va de soi, aigri par l'inattention des récompenses. L'article préludant «par ces phrases : € Le Corse aux che^
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veux plats n'avait pas prévu que son institution deviendrait à ce point, une chose poter dames. La Légion d'honneur fait désormais partie du comp^ toir des rubans, etc.. » Le tout, suivi de la sempiternelle question à jamais irrésolue : Qu'y a-til de vrai, ou de feint, dans la soi-disant surprise de la plupart des décorés qui, après s^être épuisés en démarches, s'écrient avec une si délicieuse candeur, au jour de leur proclamation par VOfficiel : € Etienne (ou tel autre nom de ministre) m'a fait cette bonne surprise ! » ou encore, dont un officieux entrefilet proclame qu^un tel n'a guère intrigué pour être décoré. — Car enfin, qu'est-ce que cela veut dire, si, comme on l'affirme, depuis le refus de Maupassant, nul ne peut être décoré sans en avoir fait la demande ? Cela non plus ne peut pas être tout à fait exact, puisque évidemment les prolétaires-iéros d'un sinistre minier, reçoivent l'écarlate distinction, sans l'avoir postulée. Il est vrai, qu'avec ceux-là, on ne risque pas de défaite.
Nos belles colombes lissent leurs plumes de légionnaires, sur ces souvenirs de mauvais goût, et décident un remerciement à Daniel Lesueur pour sa généreuse initiative. Et l'on passe au vote.
Comme il convient à Tillustre nom de celle qui le porte elle-même avec autant de prestige que d'affabilité, Madame Alphonse Daudet se voit la première sollicitée de se prononcer entre les babioles du concours. Elle est coififée en Elisabeth d'Autriche ; pas le moindre ruban rouge ne vient troubler la discrète élégance de sa toilette sonor-
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bre. Ignoré par rÂcadémie, le célèbre auteur des Rois en exil le lui rendit, et se contenta d'être l'un des Maîtres de son temps et de son art. Il semble que sa veuve en ait agi de même à l'égard du nœud de pourpre ambitionné par ses compagnes de lettres. Elle continue de signer de jolies œuvres en prose et en vers, et la signature qu'elle y appose lui paraît, non sans justesse, une décoration suffisante. Elle se prononce pourunbaguier qui, partiellement, échappe à la loi de laideur à laquelle ses voisins sont soumis. 11 est d'une céramique décorée dans le goût de la faïence d'Oyron ou de Saint-Porcbaire.
Madame Goyau succède. Sa robe est en homeS" pzm blanc. On sait que homespun veut dire: filé à la maison. Ce sage conseil est du goût de Vautho^ ress d'Ames païennes. Elle porte un boa de plumes mauves et une capote pailletée. Elle désigne un baguier orné dune vue d'Assise. Elle, nonplus> n'est pas décorée. Elle, aussi, est revenue des distinctions et des faveurs. Elle les a jugées de près, du temps deTElysée. Il lui suffit d'écrire de nobles livres. Elle y réussit ; elle y excelle.
Voici maintenant s'avancer Madame Bulteau, altière et condescendante. Elle est coiffée d'une toque en paillasson d'un noir mat, à grosses mailles un peu poudreuses de la route, et cabossé savamment. Entrée pour un instant, par bonté d'âme, envers « plus petit que soi », eUe n'a pas même pris le temps d'ôter ses lunettes de chauffeur, avec lesquelles contrastent assez étrangement quelques diamants de famille, peu volumineux, mais d'une
belle eau^ et à la monture ancienne. Elle est attendue au Figaro dont elle a, peu à peu, gagné toutes les colonnes. D'abord, comme on le sait, titulaire du premier-Paris, sous le pseudonyme de Fœmina, plusieurs fois par semaine, elle en a pris l'exercice quotidien, n'en déplaise à certains occupants indélogeables, tels que le Comte d'Haussonville, le Vicomte de Vogtié, M. Roujon et les trois Claretie.
Le supplément de chaque semaine ne cessant pas d'appartenir à cette conquérante, sous la signature, cette fois, de Jacques Vontade, d'autres incoguitos, d'ailleurs pareillement transparents, lui assurèrent assez vite la rubrique des théâtres et celle des tribunaux, sans oublier les beaux-arts et le sport, le marché financier et la correspondance étrangère. Tout cela rédigé avec une autorité un peu sèche et un éclat un peu brut, mais avec une telle conviction de sa nécessité, par certitude de charmer et d*instruire, et un si intarissable jaillissement, une si imperturbable assurance, que ce fut bientôt fait accompli, elle devint à soi seule tout le Figaro ; empressonsnous de l'ajouter, à l'entière satisfaction des abonnés de ce périodique dont le tirage, les actions et les actionnaires connurent des chiffres sans déclin et des jours sans nuages. Telle devient même, à regard de ce nouveau guide encyclopédique et coopératif, la confiance de ses lecteurs, qu'ils ne le lisent même plus ; la griffe leur suffit, la foi les sauve.
C'est alors que, bien entendu, sans renoncer à