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LA ROSETTE DBS ROSES

excès de grandeur, plutôt clochette. Une mince couronne de lilas blanc, très frais, sans feuillage, le contourne printanièrement. L'auteur de tant de fines et fortes satires s'avance avec ingénuité; un air de distribution de prix ; mais moins pour en donner, que pour en recevoir. Il y a en lui, en elle, par un amalgame naturel et entre tous surprenant, de la moquerie du Gavroche, de l'aristocratie de la dame et de Taménité de la nonne ; tout cela sincère et réel, séparément exercé, mélangé harmonieusement.

Madame de Martel arrive d'un concert payant, qui se donne (ou plutôt se vend) dans la Salle Byzantine de la Comtesse René de Béarn : — 4C Non, vraiment, jamais elle ne se serait représenté Byzance comme ça l... » — Tout le monde Pécoute avec stupeur.

Gyp se prononce pour un baguier en forme de sifflet, décoré de fleurs de lys et de violettes, contournant un petit panorama de Jérusalem.

La piquante Comtesse cède la place à Madame Delarue-Mardrus, en costume de voyage, leggins, burnous, casquette de toile au bavolet protecteur. L'auteur d'Occident arrive d'Orient. Il n'est pas décoré, n'en a cure, poursuit sa carrière de splendeur sombre, de tendresse amère,de douloureuse douceur. Son suffrage note un plateau glauque, où sont imités des vagues avec leur écume, des algues et des alcyons.

On allait oublier Judith Gautier, occupée à rêver et à se souvenir, dans un coin obscur de la salle brillante. Quelqu'un rappelle, la presse de

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faire un choix. Elle s'avance avec simplicité^ avec grftce, avec majesté. Elle porte une robe d'étoffe japonaise, un chapeau garni de fleurs de prunier et de feuilles de bambous. Elle n'est pas décorée. Elle a écrit le Collier des Jours. Cela suffit à parer pour jamais. Elle souhaite une récompense pour un vide-poche en forme de jonque où sont peints des mandarins en train de fumer leurs pipettes et prenant du thé.

Séverine embotte le pas. Elle ressemble à une Madame Roland qui se serait faite religieuse. Elle n'est pas décorée. Elle se console en songeant que Vallès ne Ta pas été, et que rien ne vaut que de bien écrire et de faire le bien. Son choix se pose sur un vide-poche en fqrme de revolver, dans le canon duquel on a planté une rose.

La Comtesse Greffulhe en porte une sur son chapeau, toujours seyant à sa beauté sans atteinte. Elle vient d'être décorée pour son infatigable dévouement aux œuvres d'art ;et,chose charmante, elle a piqué sa décoration dans le cœur de la rose. Elle honore de son regard un vide-poche en forme de lyre où il y a des médaillons de Berlioz, de Fauré et de Gunzbourg.

La porte se rouvre ; entre un coup de vent, tumultueux, harmonieux, doré et souriant. C'est Sarah Bernhardt. Elle arrive d'une tournée en Océanie, et repart pour la Terre de Feu. Elle n'est pas décorée. Le Conseil de l'Ordre qui, depuis tant d'années, se fait tirer une oreille, laquelle probablement pour cela, se fait tous les jours plus longue, demande « à prendre un supplément d'in-

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fol^mation » (sic). Il ne sait rien de Phèdre, il ne veut pas entendre parler de Dona Sol. Le génie ne le regarde pas ; il regarde, lui, sa montre, qui retarde. 11 demande à réfléchir. 11 se souvient que Tartiste a joué le Passant. Elle repassera, tenant un laurier de plus, dont on recomptera les feuilles. En attendant , elle choisit un pauvre petit videl poche, bien modeste, qu'elle sait être fabriqué par une besogneuse et courageuse fillette. Elle l'achète cinq cents francs, le paye comptant, l'emporte ; et quand elle s'éloigne, le Conseil d'un Ordre plus haut lui met une étoile au front, laquelle vaut bien l'autre.

La séance continue, à vrai dire un peu détendue, un peu distraite. Les vide-poches semblent ne plus offrir qu'un médiocre intérêt. On y dépose les candidatures de quelques dames postulantes au ruban moiré, qui fait maintenant le fond de ces baguiers et de quelques ambitions contenues. Le sympathique auteur de Lande Fleurie vient de publier un nouveau poème, les Aboyeuses^ emprunté à une pieuse légende des environs de Josselin, œuvre d'une inspiration très sonore et d'une extrême variété d'intonations, réalisant ce tour de force d'associer le trille de Philomèle à la clameur de Cerbère. Le grand chancelier se montre très favorable à cet ouvrage ; et ce n'est que justice. On s'attend à « une bonne surprise » de ce côté, et, d'avance, tout le monde y applaudit.

Quelques-unes des arbitres du sort des videpoches prennent congé. Par la porte ouverte, sur les corridors de la rédaction, l'on voit passer

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Maurice Barrés. Plusieurs dames s'élancent vers lui. Il feint de croire que c'est pour lui demander son avis^ et s'éloigne^ courtoisement inabordable :• « Je me récuse^ fait-il en désignant sa boutonnière vierge, je me récuse, je suis en infériorité évidente !... » Il se retire, discourant avec Gyp.

A ce moment le cabinet directorial s'entr'ouvre et donne passage à Jean Richepin. surprise I le revers du veston de l'auteur des Caresser s'éclaire doucement d'un ruban violet 1 Le chantre des Gueux vient de recevoir les palmes académiques. Un nouveau murmure flatteur souligne cette distinction qui, pour être peu dans le ton de celui qu'elle distingue tardivement, n'en est pas moins jugée opportune et judicieusement attribuée.

La Bortie s'effectue, un peu lasse, en même temps qu'un peu tumultueuse. Au moment de remonter dans sa voiture, une dame que nous n'avons pas nommée, bouscule assez rudement un homme d'aspect fruste qu'elle prend pour un ouvreur de portières. Tout d'un coup, illuminée par un souvenir de journal illustré, elle le reconnaît. C'est Némyy le porion Némy^ décoré pour sa belle conduite, lors de la catastrophe de Courrières ! // ne porte pas sa décoration ; mais la dame le reconnaît, elle en est sûre ; elle a vu son portrait, il y a huit ans^ dans la Vie au Grand Airj elle ne l'oubliera jamais I

Elle s'approche de l'homme, et, bien gentiment, lui demande de l'appuyer, auprès du Conseil de rOrdre.

Le Balzac de l'Enfance

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