SOUVERAINES D'OUTRE-MER
Je récrivais, hier, à une aimable Américaine qui, se trouvant à New-York^ lors de mon récent séjour, honora de sa compréhensive assiduité la série de mes conférences : « Votre souvenir m'apporte comme l'écho d'un passé récent, très vibrant en moi. Vous fûtes témoin, témoin sensible et réceptif de ces heures, heureuses et fortes, où mon moi multiplié partant d'auditeurs attentifs, me revenait comme agrandi. Puissante émotion qui me laisse désormais indifférent à des commotions moindres. Je vous salue, en ce retour de mémoire et cette nostalgie d'orgueil. Votre aimable amitié se réjouira d'apprendre que des traces de ce passage sont relevées là-bas et s'accusent dans certains esprits, comme dans bien des cœurs. Elles me reviennent en désirs exprimés, en souhaits de retour, avec une fidélité qui me récompense et une ajrdeur qui me réconforte. >
D'un article qui me fut demandé à New- York, et parut, en anglais, dans le Commercial Adver^
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tiser, vers la fia de mon séjour, qu'on me permette d'extraire ce passage :« Depuis mon arrivée en ces régions, on requiert mon avis, verbalement, ou par écrit, sur beaucoup de questions. Je le donne, quand je puis le faire avec modestie, avec décence et sans trop d'incompétence. Or, cet avis est particulièrement sollicité sur le propos de la société, des salons, du monde. On me fait l'honneur — et, il me paraît, sans invraisemblance, — de penser que je dois pouvoir m'exprimer làdessus. C'est vrai ; mais ce qui est non moins vrai, c'est que, — sans omettre l'inconvenance qu'il y aurait à parler, à la légère, d'un grave sujet, imparfaitement étudié — je ne puis avoir qu'un avis, à l'égard de la Société de New-York ; et, cet avis, c'est celui de la gratitude, puisque les plus gracieuses et les plus éminentes dames, qui la composent, ont bien voulu honorer de leur patronage prestigieux, mes causeries de littérature et d'art. Cette confiance m'est trop chère pour que je l'oublie jamais ; j'ai fait de mon mieux pour prouver que je la méritais et j'espère y avoir réussi dans une mesure. >
— € Que pensent les Américaines ? » s'était écrié, à ce propos, dans une chronique sans bonne foi, un chroniqueur sans bonne grâce. Et, dans la réponse que je lui fis, laquelle fut d'ailleurs étrangement escamotée,] e répliquais ainsi : € Elles se montrent plus qu'indulgentes. Et comme, même, et surtout, lorsqu'on parle au nom des nombres, il faut bien des chifires pour appuyer des preuves, c'en est une, n'est-ce pas ?
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que ces gracieux et glorieux comités de patronage, qui égrènent les noms des plus élégantes dames de ces deux cités, en tète de mes programmes de New- York et de Philadelphie. >
Si je cite ces deux passages c'est qu'ils font moins mon éloge que celui des ingénieuses et charmantes femmes qui, tandis que leurs compagnons érigent et multiplient pour elles, et autour d'elles, toutes les royautés métalliques, s'emploient elles-mêmes gracieusement à seconder ceux dont le diadème ne sera fait que de lumière pure, selon l'expression de l'un d'eux.
Ces grandes villes d'Amérique sont de vastes ruches. Il n'est jusqu'aux innombrables et réguliers alvéoles^ en lesquels nous apparaissent divisées leurs maisons de trente-deux étages, qui ne permettent cette comparaison et ne la justifient. Ce sera donc la poursuivre avec exactitude que d'ajouter : chacune de ces ruches a sa reine. Reine dont la royauté apparaît d'autant plus prestigieuse et estimable qu'elle procède, moins de ce diabolique droit qu^est souvent la fortune, que de ce droit divin qui est la grâce.
Qu'on m'excuse maintenant de citer des noms.
Ils sont nécessaires. Au reste, notre Presse parisienne nous énumère, chaque matin, celles de nos Reines de Paris, dont le dtner fut le plus savoureux, la toilette la mieux venue. Et, d'autre part,
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les libertés prises par la Presse américaine à l'égard mémo de ses reines les plus incontestées^ les rendra indulgentes pour mes citations et pour mes remarques.
La Reine de New-York, est, sans conteste, Madame Astor. Et la suprématie de cette respectable Dame, sur toutes les modalités et mondanités locales, se voit reconnue, avec une unanimité d'autant plus touchante, que l'esprit de dénigrement de la yellow-presse se voit lui-même contraint d'abdiquer devant la dignité de Tâge et celle des manières.
Il y a quelque chose de filial, et de volontairement assujetti, dans la complaisance fière avec laquelle les feuilles relatent, chaque matin, les séjours € honorés parles pas, éclairés par les yeux » de lasouveraineNew-Yorkaise;les toilettes qu'elle portait à rOpéra, aux bals, aux dîners, atours parisiens (comme tous ceux de là-bas), et rehaussés de l'historique et authentique éclat des plus célèbres joyaux de notre Couronne.
Mais c'est par un noble et plus personnel éclat qu'une telle maîtresse de maison mérite la vénération et les hommages. Il n'est pas rare de rencontrer, à quelque devanture de Broadway, certains travaux de perles ou de broderie que l'industrie locale vient d'y réinventer et qui furent en vogue, chez nous, il y a des années. N'en pourrait-on pas dire autant de ce que j'appelais tout à l'heure : les manières ? Elles aussi furent un de nos privilèges, et tendent de plus en plus, hélas 1 à disparaître. On les remplace par je ne sais quel détes-
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table sans-gêne qtfon appelle américain (je ne sais pas davantage pourquoi), non sans injustice. Car, de même que certains ingénieux travaux de canevas, disparus de chez nous, refleurissent aux bords de THudson, de même, certaines grâces d'antan, pratiquées par nos aïeules, et pareillement disparues de chez nous, refleurissent en des salons outremarins, par la vertu de certaines femmes.
Madame Astor est de celles-là. Pas de détail de civilité, d'attention et de politesse qui lui échappe. La grâce est moins méritoire. Elle s'exerce en vertu d'un don. Mais Tt/rôam^^, mot digne et charmant, comme la qualité qu'il représente, requiert une constante vigilance, qui n'est plus à la portée de beaucoup, et dont les futures générations ne comprendraient plus guère le sens, si Puvis de Chavannes n'en avait tracé le plus séduisant des portraits dans un médaillon allégorique.
Les places à donner à table, les égards dus aux visiteurs, surtout aux étrangers, et tant d'autres soins, trop souvent négligés dans nos pays mêmes, tels sont les offices pratiqués excellemment par la vraie maîtresse de maison, type qui se fait de plus en plus rare, et bien notamment par la noble Américaine dont je parle. Aucun de ses hôtes de passage n'aura, si j'en juge par moimême, perdu le souvenir de cet accueil affable et parfait, comme empreint d'une grâce antique.
Au reste. Madame Astor, comme il arrive à beaucoup d'Américaines, — et c'est peut-être leur grand secret — est une Parisienne accomplie.
Elles prennent de Paris ce qu'il a de meilleur ;
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elles remportent pour racclimater là-bas, et souvent y réussissent, tandis que nous n'en gardons que les travers et les vices.
Le salon de la Reine de New- York n^est pas moins brillant ni recherché aux Champs-Elysées, que dans la Cinquième Avenue.
La Reine de Chicago est Madame Potter Palmer, Encore une autre Américaine Parisienne.Sa beauté, sa grâce, son goût raffiné, qui se manifeste aussi bien dans le choix de ses parures que dans celui de ses tableaux et de ses amis, ont fait d'elle un des types les plus remarquables et les plus accomplis de la société universelle.
Boston a sa Reine ; et Ton pourrait énumérer de même, sans risque de se tromper, pour chacune des autres cités d'Amérique, celle de ses filles qui la régit de l'autorité de son prestige. Pour moi, je ne veux plus parler que de la Reine de Philadelphie. Une grâce, non moins qu'une gratitude particulières, me rendent dévot à ce souvenir.
En effet, au cours de mon exode là-bas, j'appris avec reconnaissance que Madame Moore Robinson s'était plu, sans me connaître, autrement que de nom et par mes ouvrages, à s'employer chaleureusement pour moi dans la capitale Pensylvanienne. Malheureusement certaines circonstances s'opposèrent à notre rencontre, et je gardai, de lettres échangées à cette occasion, Imipression que la sereine philosophie de ma correspondante devait
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s'allier avec la maturité de Tâge. Aussi, grande fut ma surprise charmée, quand, l'autre jour, icimême, je vis apparaître, à Tune des fêtes du Pavillon des Muses, ma collaboratrice, disons-le, ma bienfaitrice de là-bas, sous l'aspect de la plus belle et de la plus blonde des Fées.
Mais ces Reines ne sont pas seules. Chacune d elles voit briller, dans son entourage, des figures d'éclat divers. C'est à New- York, seulement, qu'il m'a été donné d'en observer de près un assez grand nombre. J'en veux mentionner quelquesunes.
Près de Madame Âstor, il est naturel, comme il est juste, de citer sa belle-fille. Madame John- Jacob Astor, née WilUng, de Philadelphie. C'est la sœur de Madame Lawrance, encore une vraie Parisienne, celle-là, alliée à de nos meilleures familles françaises, et que les plus délicates affinités de cœur et d'esprit attachent à notre pays et à nos arts.
Madame J .-J . Astor représente, à Ne w- York, avec autant de prestige qu'on le peut imaginer, ce qu'on appelle, à Londres, une beauté professionnelle. EUe y associe une culture de choix. Je me souviens des reliures rares, trouvées par elle pour quelques-uns de nos auteurs, dont les œuvres ornaient sa table ; une table toute parée de roses, tout odorante de lis, parmi lesquels ceux de son teint l'emportaient d'éclat, suivant la plus ancienne, la plus banale, mais toujours là plus séduisante de nos comparaisons poétiques.
J'ai pourtant conservé d'elle une vision plus
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radieuse. Ce fut un soir de grand dtner, où elle recevait^ non plus dans son boudoir^ mais dans un salon de cérémonie. Elle se tenait debout en robe d'apparat, sur un tapis de la Savonnerie, dont le décor se composait de quatre paons géants, qui faisaient la roue. Et les plumes ocellées de l'oiseau superbe semblaient se prolonger autour de la Beauté, dans tout le légitime orgueil de rayonner en tel voisinage.
Madame Ogden Goelet, c'est, elle, la Reine de Newport. Nul ne conteste à son palais du bord des eaux, de renfermer les plus beaux objets, les meubles les plus précieux et les plus rares, parmi lesquels sa grâce simple, son goût sûr, son esprit distingué et fin charment les visiteurs, retiennent les amis, et laissent aux passants un souvenir inoubliable.
Je disais tout à Theure, de Madame Astor,qu*elle représente, dans la société Américaine actuelle, une manière d'être delà maîtresse de maison, telle qu'elle fut chez nous jadis, mais qui ne tend que trop à disparaître. On pourrait dire de même de Madame Cadwalader Jones, qu'elle représente une manière d'être, pareillement ancienne, de lafemme d'esprit d'avant la bicyclette et l'automobile. Finesse et sûreté de jugement, grave et gracieuse ironie, ton légèrement docte, mais sans pédante* rie, savoir réel, affabilité un peu rigide, le tout s'exprimant en un français qui ferait envie à nos
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glossâteurSy avec une diction digne de nos conservatoires.
Madame Edmund Baylies me semble tenir le milieu entre la femme du monde et la femme de lettres, par Télégance de sa situation personnelle et de ses relations qui^ d'une part, rattachent aux meilleures familles, et à la plus brillante société de New-York, pendant que la compréhension de son esprit et Tacuité de son jugement font d'elle une autorité en matière d'art, une femme vraiment supérieure.
La grâce de Madame Stuyvesant Fish (une grâce que j'apprécie fort), c'est précisément de représenter une personne sans affectation ; de ne se donner aucune pose, ni aucun genre. Assez indifférente aux productions de la littérature et de Tart, elle n'en fait pas mystère, et je lui en sais gré. En revanche, c'est avec une autorité savante et une très brillante fantaisie qu'elle improvise les réceptions de son palais et les dirige. Il n'est pas rare de lui voir offrir, par petites tables, un dîner de cent couverts, dans sa belle salle à manger, tendue d'applications anciennes en soie pouge et jaune. Un fier portrait de l'amiral Stuyvesant préside à ces solennités bachiques. La dame du logis ne touche pas un mets. Elle est bien trop préoccupée de veiller à ce que le service s'accomplisse ponctuellement, et elle y réussit, chose rare. Après le repas, on gagne la salle de bal, où, dans des arbres improvisés, se suspendent de minuscules cages d'oiseaux chanteurs, gentils musiciens emplumés qui devancent la
symphonie. Puis, voici Mister Douley en personne^ sous son costume de Chinois burlesque ; les chœurs endiablés de la Chinese Honeymoun lui succèdent et, quand on a balle et soupe, l'orchestre entonne un home, sweet home pacifique, invitant les invités à regagner leur logis et à laisser se reposer une hôtesse si prévoyante.
Voilà, je le répète, des types bien différents de maîtresses de maison, intéressants et caractéristiques à des points de vue différents et à des degrés divers. C'est que, ces Américaines-là, ce sont les parentes et les amies, restées fidèles à leur pays, de celles que nous nous faisons gloire d'avoir vu se fixer dans le nôtre : la regrettée Vicomtesse de Courval, la Marquise de Ganay, la Marquise de Breteuil, la Marquise de Talleyrand. Madame Ridgway, Madame Arthur Paget, la Baronne Seillière, Madame Albert Robin, la Baronne d'Estournelles de Constant. J'en passe et des meilleures.
Comme des hirondelles, ces brillantes voyageuses viennent, chaque printemps, revoir leurs sœurs dlci, caqueter chez Ritz, lisser leurs plumages chez Reboux et chez Worth. Puis, elles s'en retournent vers Newport, avec des cris plus joyeux, des froufrous plus soyeux. Et les royales émeraudes d'une des plus aimables, parmi elles. Madame Perry Belmont, méritent de porter la couleur de Tespérance, quand elles parlent de retour.
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J'ai gardé, pour la fin^ deux portraits qui me sont chers. Je les ai tracés dans celle de mes conférences qui porte pour titre ; le Voyage. € J*eus le bonheur de connaître et de visiter^ dans ce même Versailles^ deux charmantes dames de votre pays. Elles y étaient bien plus chez elles que n'importé lequel d'entre nous, se rendant à Paris en voiture, ou nous indiquant des trains plus commodes et nouveaux, dont elles usaient pour se rendre rue de la Paix, commander le chapeau seyant, essayer la robe réussie. Mais ce qu'elles essayaient surtout, c'étaient leurs âmes, dans notre pays, ces âmes difiérentes des nôtres et, par conséquent, curieuses de notre civilisation, comme de notre atmosphère, de nos usages comme de nos mœurs ; ce qu'elles se plaisaient à réaliser, c'était, par rapport à notre antique Europe, la possibilité, contrairement à l'affirmation de TEcriture, de verser du vin nouveau dans de vieilles outres.
« Des privilégiés, des intimes, tous triés par le tact délicat de ces hôtesses averties, entre les femmes de goût et les hommes d'esprit, les penseurs forts et les causeurs fins, se faisaient une joie de rencontrer, en ce lieu élu, ces deux Parisiennes étrangères. Car, j'ai eu l^occasîon de le noter, ce titre de Parisienne n'est aucunement distinctif des dames de Paris^ à l'exclusion des autres. Je sais des dames natives et habitantes de Paris, qui n'ont jamais eu et n'auront jamais rien de parisien; tandis que certaines étrangères, et bien notamment, des Américaines, qui peut-
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être finiront leur vie sans avoir effleuré Paris, sont essentiellement Parisiennes. Oui, je le répète, ce dit Parisianisme y dans la bonne acception du mot, étant destiné à qualifier une manière d'être raffinée de Télégance sans affectation, de la distinction dans le choix des formes et des couleurs, des goûts et des paroles, des sentiments et des idées, il est aisé de comprendre qu'une telle fleur puisse éclore sur n'importe quel terrain ; qu'une semblable manière d'être sache être indépendante de la ville qui se glorifie de l'avoir vue naître, en lui donnant son nom, comme à une Cypris née des flots soyeux des robes de Worth, roulant les roses de Lespiaut, et pleurant les perles de Vever ou de Lalique.
« Revenons à nos deux Américaines Parisien^ nés, dont le souvenir me sourit et la présence me réconforte. Elles recevaient dans leur joli jardin, duquel, j'en suis bien certain, le charme était précisément, pour elles, de leur offrir, dans un enclos plein de vétusté et de passé vécu, un peu d'ime atmosphère dans laquelle les siècles avaient souri et pleuré, un pan du ciel qu'avait regardé Marie-Antoinette.
« Aussi, lorsqu'un importun, ou un important, (il y a partout de ces deux fléaux, à Paris, et près de Paris, autant, et, je pense bien, plus qu'ailleurs), lorsque, dis-je, un tel être se faufilait en cette oasis fermée, nos deux amies le regardaient avec indulgence, sachant qu'il ne faisait qu'accroître, par une comparaison à l'avantage de tout le reste, le charme du lieu, l'autorité des prêtres.
la gr&ce des bergers, la beauté des nymphes.
< Oui, ce me fut un spectacle instructif auquel je me reporte souvent, celui qui me vint de vos deux compatriotes, réalisant et réunissant cet essai d'acclimatation de leurs âmes nouvelles, au milieu de nos souvenirs invétérés. Celles-là n'allaient pas, le dimanche, voir au Palais, le Napoléon mourant de Vêla, ni le Quatorze Juillet de Roll. Non ; seulement, des mots physionomiques et datés, tels que ceux de : bocages^ boulingrins, bosquets, jeux d^eaux, parterres d'eaux, théâtres d'eaux j impressionnaient leurs natures rares ; et elles se laissaient pénétrer de récurrences par l'effluve immanent qui s'immobilise et circule, plane et se fixe en ce lieu unique, lequel, seul, nous peut donner Favant-goût de ce lieu promis à nos afflictions par les campagnes de l'au-delà : « Un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. »
« Or, les âmes de nos deux voyageuses, momentanément fixées, se trouvaient à Taise, pour la première fois, hors de leur vie brillante et bruyante, en ces espaces lénitifs, où l'atmosphère pleine de passé semble avoir des bouches, comme les rameaux paraissent avoir des mains. C'est qu'elles s'y sentaient chez elles, mieux que chez elles. C'est que, je vous le disais tout à l'heure, il suffit d'être une femme de vraie élégance (chose rare 1) pour être une vraie Parisienne.
€ On peut ajouter de même, et avec plus d'éloge ï il suffit d'avoir une âme haute, un cœur distingué et pensif, pour s'approprier ce qu'il y a de
plus noble dans le spectacle le plus élevé, Tœu* vre d'art la plus pure, >
Je suis heureux d'écrire^ au-dessous de ces deux portraits, deux noms véritables : celui de Miss Elizabeth Marbury et celui de Miss Elsie de Wolfe. La première, le représentant autorisé, et si intelligemment combatif, de nos auteurs dramatiques^ en Amérique ; l'autre^ la brillante comédienne qui vient de faire, de sa dernière création de Cynthia, une figure si touchante et si vive. Ce que j'aurais peine à dire c'est le zèle intelligent et infatigable avec lequel ces deux amies ont ouvert, pour moi, sur une terre nouvelle, des chemins nouveaux dont elles fleurissaient les méandres et disposaient les ombrages.
Je termine par le sonnet suivant qui ne dit qu^une part de ma gratitude :
Patronne
A Miss Elizàhelh Marbury.
Ma chère Elizabeth, votre patronne est douce, Son histoire est connue, et fleurie à jamais ; Sous son manteau royal elle apporte des mets A rindigent qui souffre, au malade qui tousse.
Son époux impieux que la bonté courrouce, La rencontre en chemin et Tinterroge ; mais, O Dieu des charités chrétiennes, tu permets Que sa fureur s'arrête, à cette heure, et rebrousse 1
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Alors la Reine entr'ouvre un pan de ses habits Dont un flot odorant de vivaces rubis Roule : les aliments se sont changés en roses 1
Vous, notre Élizabeth, en ce siècle moqueur, Vous changez en parfums l'amertume des choses, Amie ; et vous avez des roses plein le cœurl
Réjane à Vol d'Oiseau