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I£S MIROIRS MALINS

ries qui, mieux que Jean Veber, pouvait en tirer la conclusion, avec ses toiles non seulement pleines d'une folie ordonnée, mais d'un coloris si éblouissant qu'il fait parfois songer à celui de Bœklin ?

Pour ce qui est de Caran d'Ache, qui, nous apparaît, à l'Exposition des Champs-Elysées, sous Taspect nouveau et surprenant du créateur d'une humanité et d'une animalité découpées dans le bois, en la plus expressive des synthèses, ce serait une injustice que de le confiner dans la notation^ d'ailleurs intarissable, de l'imagerie souriante sans aigreur, débonnaire sans monotonie, que multiplient pour nous, depuis des années, ses amusants compartiments, lescpiels sont comme les tables de Pythagore de la Fantaisie.

Sa verve et sa veine ont d'autres registres. J'en veux pour preuve certain mémorable numéro de VAssiette au beurre, en lequel rougeoie et s'empourpre à jamais une satire d'une violence de conception, et d'une maîtrise d'exécution, qui font penser à des ïambes du trait, maniés par un dessinateur Archiloque.

C'est ce passage, assez peu connu, et d'ailleurs insolite dans la manière de Caran d'Ache, qui l'apparente, pour une fois, avec Willette, chez lequel î'âpreté s'exerce en une véhémence qu'accentue encore l'opposition entre le dessin fini, la grâce des compositions, l'élégance des^ formes, et l'épouvante des spectacles cpi'il leur donne à mettre en scène, des moralités qu'ils sont chargés de conclure. C'est une séance tout entière, et une longue

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séance^ que devront consacrer aux trois panneaux occupés par cet artiste, les visiteurs désireux de ressentir avec intensité, et avec ampleur, tout ce que peut faire éprouver ce chant alterné de la séduction et de Teffroi.

Le sourire leur reviendra vite, à la seule inspection de ce que leur donne à revoir des prestigieux Albums de Sem, la sélection qu'en a faite pour eux cet incomparable ménétrier de la Vie Parisienne, lequel, tandis que Forain continue de saccader la Danse macabre de notre temps, persiste à en faire trépigner le boston et le cakewalk.

Ce qui constitue l'étonnant mérite de Sem, en démontrant l'acuité de son observation de < détective » (comme l'a si finement dit Bataille au cours du magistral article qu'il lui a consacré dans le Figaro) et l'infaillibilité de son procédé, c'est que tout cela se passe de légendes. Les légendes, ne les sent-on pas errer dans les phylactères invisibles que, tout autour de tous ces bonshommes piqués, tels que des insectes, sur le liège de leur légèreté, tracent le méandre de leur geste vain, le circuit de leur folle ambition, le contour de leur pauvre rêve ?

Sous l'assaut des désirs ou le retrait des déceptions, des visages se gonflent de tuméfiantes fluxions, se marbrent de faisandés eczémas, s'écrasent comme des fruits blets ou s'aiguisent comme des engins meurtriers ; des chevelures se hérissent, telles que des piquants d'oursin, ou se ramènent désespérément ; des panses s'arrondissent.

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dès maigreurs s'efflanquent.Et comme pour accentuer l'alliage de naïveté et de rouerie qui se combine dans Tart de Sem, le trait chargé de nous représenter ces états d'âme s'assimile parfois à celui que traîne après soi Tinsecte qui a pris un bain dans un encrier, ou d'autres fois semble tracé avec la partie soyeuse de la plume, tandis que la teinte prend la délicatesse d*un lavis qui s'iriserait sur la pétale d'une fleur de mauve.

Et Mariéton que flatteusement on dénomme :

4c le Primoli de Paris », se découpe sur le mur d'un Orange absent, ainsi que, sur le fond d'un Golisée qui, lui aussi, fait défaut, devrait se profiler la silhouette de Primoli, non moins flatteusement dénommé : « Mariéton de Rome ».

Abel Faivre excelle à renchérir sur les données mêmes de l'art du caricaturiste, qui consiste à interpréter comiquement un sujet sérieux, ou même tragique. Et comme, à ce comique de l'interprétation il ajoute celui d'une irrésistible légende, tracée au-dessous d'un dessin expressif et soigné, il est impossible de se dérober au double courant de son action, fait de frisson et de fou rire. Quoi de plus douloureusement risible, je vous le demande, que, sur le parcours d'une route d'autos, ces deux mendiants qui s'interrogent entre eux ; Je crois que c'est pour ne rien donner quHls vont si vite I — Quand on trouve de ces mots-là, on n'est pas seulement un grand caricaturiste, on est un grand philosophe.

Albert Guillaume, lui, exclut l'horreur, de ses aimables planches. Certes, il y laisse parfois yo-

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lontairement pénétrer la laideur, mais une laideur bon enfant, faite pour servir de repoussoir à son contraire. Il ne veut pas de la chair de poule. La chair de poulette lui suffit, et celle-là se dévêt, ou lisse ses plumes complaisamment, au cours de ces jolis petits cadres. Celui qui les fait habiter par de gracieuses Callipyges ou des soupeuses aux belles joues, se montre fort expert à illustrer les profondes pensées de nos dames moralistes. Et quand elles se taisent, il fait jaillir de sa propre cervelle des penseurs inmioraux, dont il aggrave le texte avec une rieuse indécence.

Ces petites femmes de Guillaume ont, pour grandes sœurs, les femmes de Bac, avec leurs cheveux soufflés, leurs tailles souples et leurs élégantes toilettes que fourragent délicatement de beaux cavaliers sans pudeur.

Quant à Métivet, il nous promène à travers les âges et à travers le monde, au long des frises cosmopolites qu'il fait courir sur des façades de palais, parmi des cadres moyenâgeux, ou entre des ombres chinoises pleines d'illuminations sur des fonds bleu sombre. Il y mêle des ombres parisiennes, fait s'envoler vers les Amériques, sur des cheyaux ailés, des poètes rayonnants, ou leur permet, comme à d^s Jupiters pèlerins, de dissimuler leur flamboiement sous d'obscurs habits, pour se répandre parmi les foules.

« Voilà un chien de visage que j'ai vu quelque part I > s'écriait Madame de Se vigne* avec ce pittoresque d'expression qui lui est propre. Hâtons-nous d'ajouter que le visage qu'elle désignait familiè-

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