LES MIR0IB8 MALINS
rement ainsi, était fort avenant et très respectable. G'estcetteconsidération qui loe permet de m'exprimer de même, en face de Tenvoi de M. Rouveyre. J'ai naguère dit, et même écrit, oe que je pensais de ce groupe, et coomie c'est beaucoup de bien, je ne le répète pas. Le bonheur n'a pas d'histoire.
La contribution des étrangers à ce groupement parisien, quoique, ce me semble, assez incomplète, me paraît offrir de savants, de savoureux morceaux desquels d'autres vous parleront.
Je ne veux citer que deux feuillets, signés Cardona, un nom espagnol, je crois, lequel d'ailleurs ne figure pas au catalogue.il n'importe. Ces deux feuillets, dont je ne vois pas bien s'ils sont des originaux ou des tirages en couleurs, m'attirent et me retiennent par le goût de leur arrangement, le ragoût de leur facture et la séduction de leurs types.
Dans le premier de ces deux feuillets intitulé : Noctambules, un jeune fêtard, en evening^dress, l'œil fûté, sous son monocle, chemine béat, un peu gris et rien moins qu'à plaindre entre deux capiteuses compagnes qu'on dirait sorties d'un cadre de Boldini, pour cette nuit de haute noce. Elles portent, sous les plus pimpants chapeaux dont les plumes balaient d'un frisson de paradis l'épaule de l'habit noir, le haut carcan diamanté des colliers à la mode ; une rose sans feuillage comble de sa bouffette végétale l'entre-deux de leurs seins, et leurs lèvres fardées se découpent sur la blancheur de leurs dents, comme une blessure qui sourit»
330 AâSBMBLEB DE NOTA0LBS
L'autre feuillet^ intitulé ; Vapeurs de Champagney représente un gigolo galamment effondré sur un canapé voisin d'un bouquet. Sa compagne, elle, est assise à vrai dire au bord de la table, ce qui pourrait bien dénoter aussi un peu de griserie. Mais elle porte une robe de pékin frais, bien faite pour qu'on lui pardonne ce léger excès, et même pour qu'on admette de le voir se préciser.
Je le répète en finissant, je crois au très grand succès de l'Exposition des Humoristes. Elle fait mieux que de répondre à un besoin, elle donne satisfaction à une exigence ; et ce serait à s'ébahir qu'elle ait mis ce temps à se formuler, si l'habitude de voir se renouveler des manifestations sans motif, ne devait forcément avoir pour contre-partie le fait d'attendre parfois longtemps ce qui, au contraire, s'impose.
La réussite, pour le cas particulier, n'en sera que plus flagrante. Il est possible qu'elle aille jusqu'à dépasser les bornes. Il y eut un précédent à la même place. Quand on s'aperçut que le panorama militaire qui instruisit, et charma notre enfance, était le seul de ce nom à réaliser silencieusement des bénéfices que leur régularité rendait respectables, la terre se couvrit de panoramas dont le seulnomfait maintenant bâiller d 'ennui. En sera-t-il de même des Expositions humoristiques ? Je ne veux pas 1er prévoir. Quoi qu'il en soit, im avenir long et fructueux me parait en
UI9 MraOIBS MAUNfl 321
train de s'ouvrir pour elles, qui représenteront, auprès du salon où Ton s'ennuie, le Salon où l'on s'égaie. Des rétrospectives le compléteront où, à côté des Maîtres français qui se sont immortalisés dans cette branche, un Rowlandson,par exemple, suspendra des aquarelles comme celles que je voyais récemment et qui n'émerveillent pas moins par leur éclat, qu'elles n'avertissent par leur critique et ne divertissent par leur jovialité.
Telle qu'elle est, avant de la quitter, cette Exposition, et sans plus vous arrêter à son détail, contemplez-la d'en haut, de ce pourtour où s'exposent les dessins étrangers et d'où vous pouvez l'embrasser d'un coup d'œil. Son plan est significatii^ mieux encore, symbolique. Elle a la forme d'une roue, dont les jantes et les rayons s'appelleraient Forain, Willette, Garan d'Ache, Sem, Faivre, Guillaume, Métivet, Rouveyre et combien d'autres !
Gette roue me fait songer à celle de laGréation, dont le Poète a écrit qu' € elle ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ».
Ge n'est pas vrai de la roue dont je parle : elle n'écrase personne, bien qu'on puisse dire d'elle ; * Et pourtant elle tourne 1 »... comme de la Terre.
Mylord Chat