MYLORD CHAT
Trois fois le chat moucheté a miaulé.
Shakbspbarb.
Certaines questions se créent uniquement d^un antagonisme. Chaque jour nous en apporte une nouvelle preuve. Aujourd'hui j'en prendrai seulement pour exemple la question Chienne t-Chat, que certains concours de félins viennent de ressusciter avec grâce.
Sachant à qui je plais, connais ce que je vauxy la devise d'un chat de jadis est extensible à toute la gent. Mahomet^ Richelieu, Chateaubriand, pour ne citer que les plus éminents, en offrent une triple démonstration : le prophète découpant la manche de son vêtement, plutôt que de déranger le chat qui l'avait prise pour lit de repos ; ï Homme" Rouge, dont la figure diverse présente encore ce curieux aspect, qui nous le donne à voir environné de chats de trois mois (passé cet âge, il les répudiait) professeurs patte-pelus et patte-griffus de tours de force et de grâce ; le grand Malouin enfin, qui ne pouvait faire un plus bel éloge du quadrupède calomnié, que de le prendre pour point de comparaison avec soi-même, et qui, en
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réponse, et en récompense, mérita cet honneur singulier de se voir gratifier d'un chat par le pape Léon XII. De plus récents, mais non moins glorieux panégyristes des chats sont encore, et entre les plus émînents, Gautier qui s'en entourait, Baudelaire et Loti qui les ont célébrés.
Quant à Fontenelle, à Madame de La Sablière, ils représentent d'étranges convertis; elle, surtout, qui, de cartophile qu'elle était, devint philofèle. Excédée du souci de ses chiens, et pour s'assurer contre de nouvelles dilections, elle fit sa société de chats noirs, qu'elle haïssait; elle en raffola, et — c'est encore un titre à leur honneur — ne se détachait de leurs entretiens, que pour converser avec La Fontaine.
Le fameux, fen passe et des meilleurs^ s'applique à nombre d'amateurs de chats: Ronsard, qui, sous couleur de les exécrer, les illustrait ; Montaigne, leur apologiste ingénieux ; Hoffmann et Madame de Girardin qui, elle, transpose finement, du genre chien et du genre chat, deux types humains: le premier de sincérité intéressée et un peu fastidieuse; l'autre, d'indépendante et cajoleuse cautèle.
Pas un homme, quelque peu raffiné, qu'on ne retrouve lui-même ronronnant autour de quelque foyer, le thème original des strophes Baudelairiennes:
Eq ma cervelle se promène
Ainsi qu'en un appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant..
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Taine aligne des sonnets sur les chats; et le Lion de Saint-Gérôme ne fait s'étirer, au^deyant de son compagnon, qu'un félin plus ample.
Chez les petites gens, c'est en une contagion d'étrangeté que se résoud le mystère des chats, habituellement avoisiné, contemplé, on pourrait presque dire échangé, jusqu'à une sorte de transsubstantiation, et par un phénomène voisin de cette ressemblance graduelle des époux, qui se greffe parfois au cours de la cohabitation et du mariage.
Considérez plutôt ces exposants falots, qui semblent un humain dédoublement des félins exposés dans ces cages du Palmarium ; et, bien notamment, cette vieille proprette et matoise (peutêtre la sage-femme de la rue de TArbre-Sec, portée au catalogue) caricature, on dirait, émanée d'une aquarelle de GrandviUe, sous les plis plats de sa robe en cachemire vert-myrte, et les deux pointes superposées de son châle des Indes apocryphe, mais porté sans embarras, selon une formule déchue, léguée, par les épaules tombantes de Madame Firmiani, aux maigres omoplates de cette Mère Michel surannée.
On sent qu'elle s'est faite belle pour rendre visite à son chérie méconnaissant, boudeur contre l'inexplicable réclusion, et que ne saurait toucher un avantage aussi disproportionné que celui-ci ; € Une bicyclette de luxe décernée à la plus belle bête exposée, sans distinction de catégories. »
En vain, cent chatteries ^ révélatrices du cœur de vieille fille qui s'y ingénia, s'épuisent à distraire
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Texil: dodos de poupées, à la couver tare faite pour le matou, minuscules bourdalous fleuris, pantins suspendus, et jusqu'à des pupitres à musique, évocateurs d'une dignité antique. Parfois même, une photographie des maîtres absents I Je tiens ce détail délicat d'un autre catalogue éminent: Coppée.
Un instant diverti par ces amusettes, le prisonnier, jaloux de son indépendance, nostalgique surtout du décor familier, s'est vite et incurablement renfrogné. Dentelles lacérées, jouets mêlés aux brevets, (et à pis encore 1) tout un carnage domestique éparpille, en les souillant, tant de traces visibles de son dédain.
Mais Pambitieuse mattresse, qui n'ignore pas que le zèle éclairé doit savoir risquer, même de cruels malentendus, dans l'intérêt de l'ami, brave héroïquement jusqu'à la rancune de l'interné, pour la gloriole de voir reluire la consécration d'un premier prix sur la bestiole jalousée.
Aussi, quelles redoutables exécrations à toute apparence de passe-droit ! Les fiers mépris contre la disqualification d'un brevet jugé insuffisant!
De là, ces diplômes raturés, dès leur appension aux barreaux tordus de révolte ; étiquettes biffées, comme griffées d'un transversal refuséy reniant le chétif dédommagement de tant de risques, lesquels vont jusqu'au possible refroidissement de Minet ou de Minette.
Mais voici sonner l'heure du voilà nos gens rejoints. Et Iq remords de l'aventureuse patronne, et la rancune du lauréat victime, fondent, au coin
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du fea, dans le Fonronnement béat des habitudes reprises. — laoSensives amours^ ensemble maternelles et passionnelles, sans rien de Tinquiétante ardeur d'one Pasiphaé pour un Terre- Neuve géant, un monstrueux Samt-Bernard.
Même s'il s'agit de moins encombrants sujets^ qu'est-ce, pour opposera de si touchants ou glorieux exemples, que le lévrier de Lamartine, luimême ?
Je citerai encore l'histoire de cette Dame, un des plus éloc[uents témoins de Moncrif, laquelle ne pouvant, sans risquer des vapeurs, passer la nuit dans un appartement où il n'y avait pas de chat, se voyait réduite à en emprunter un, dans tous ses lieux de séjour, sous peine, lorsque ce concubin ne se rencontrait point^ de penser la nuit dans la campagne !
Ce ne serait pas non plus un témoignage irréfutable, en faveur de lasuréminence du chien, que certaines pensions alimentaires constituées, aux noms de tels ou tels molosses, par des testateurs subornés ; conditions d'ailleurs pleines de pièges et de troubles, pour les survivants, constamment perplexes, à l'inspection de ces singuliers légataires, lesquels, à chaque nouvelle visite, leur semblent l'objet de substitutions, de la part des gardes, intéressés à l'immortalité de leurs pensionnaires.
Au reste, des chats ont été Tobjet de plus tendres attentions posthumes ; et c'en est une historique, celle de cette sœur accusée de folie, par un frère processif et odieux, sous le prétexte
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qu'elle avait fait monter en bague la dent d'un chat mort.
Manet lait piétiner le crêpe de Chine de son Olympia, par un chat noir diabolique ; et, Stevens, frôler, par un chat tigré et caressant, Y algérienne de son Ophélie ; tandis qu*hirsute et rocailleux, le chat de Millet se frotte au sabot de sa baratteuse. — J'ai acheté, à la vente de Concourt, une gentille estampe représentant les chats de Madame Du Deffant. Entre Tâtre et Talcôve d'une chambrette au mobilier vieillot, deux angoras cravatés, l'un blanc^ l'autre foncé, se disputent amoureusement une friandise assiettée. — Un chat, plaisamment lutine par des marmots, se cisèle sur l'un des deux vases de marbre dit des Jeux d^Enfants, dans le parc de Versailles. — Une étrange veilleuse en porcelaine japonaise affecte la forme d'un chat ; ses yeux rougeoient et fulgurent au milieu de la nuit ; et certains losanges évidés,au milieu de sa fourrure peinte, laissent passage aux rayons qui les reproduisent, amplifiés, au centre du plafond obscur.
Le plus curieux chat qu'il me fut donné d'observer s'agrippait sur l'épaule d'un cordonnier africain, lequel Tavait rapporté de Cochinchine ; un chat de kakémono, ou de paravent, à peindre sur soie ou sur céramique. Adulte, et gros comme le poing; tricolore, à savoir blanc, truffe et orange, on eût dit un cobaye enragé, à la stridente et minuscule fureur d'un ouistiti frénétique.
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Mimi, ce nom simple et doux, difficile à porter dignement, fut encore celui d'un singe de ma connaissance, lequel sut donner une preuve de discernement non mentionnée par Darwin. Comme, l'hiver, on installait, dans le voisinage d'un fourneau de cuisine, la cage de l'animal, il imagina d'employer un des fétus de paille de sa litière, à puiser, au chalumeau, dans une petite casserole où on le préparait avec régularité, le chocolat de son maître. — Ce ne fut qu'en l'épiant avec soin, qu'on surprit le voleur, au bout de plusieurs jours, dans le flagrant délit de ce génial subterfuge.
Les jours marqués pour ses corrections, il fallait prendre grand soin, pour les lui administrer, en même temps qu'égarer son ressentiment, de nouer dans un torchon, le même susceptible macaque.
Un salut à la mémoire de Peyresc, l'inlarissable épistolier, l'éclectique importateur qui eut la gloire d'acclimater en France, outre le chat d'Angora, le papyrus d'Egypte, le laurier-rose et diverses espèces de jasmins, de lauriers et de vignes. J'y joins cette subtile définition du chat, par Mallarmé : € Le chat est la place même, le motif de la caresse ; et, il n'est pas jusqu'à l'arrière vibration de la flatterie, qui est la queue, à laquelle il ne s'offre. »
Aussi, de Mallarmé, ce quatrain inédit :
Lilith confie à votre soin Le rejeton qu'elle a fait naître Pour qu'assis, en un petit coin, Ainsi vous revoyiez son maître.
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Et, au-dessous d'un croquis de chaton :
J'aimerais que l'on attachât A notre sonnette, ce chat.
Mais je me surprends moi-même à plaider ce pour et ce contre^ sans autre équivalent dans aucun règne; car, si Ton oppose le loup à Tagneau, c'est pour de tout autres raisons ; et il ne se rencontre nul botaniste assez exclusif pour édicter une incompatibilité entre le goût du Ulas et la passion pour la tubéreuse. Aucun historien ne s'est avisé de prétendre que c'est, par amour pour l'œillet, qu'Anne d'Autriche tombait en syncope à la vue d'une rose. Et, si Heinsius a écrit l'éloge du pou, ce n'est point en haine de la punaise.
Résignons-nous donc à revêtir nos prédilections de formes moins batailleuses. Nous autres félinophiles, contentons-nous de faire ressortir les mérites de nos protégés ; et soyons certains qu'en dépit du lieu choisi pour ces spirituels concours de chats, longtemps souhaités de quelques-uns, toujours méprisés de la plupart, presque stérilisés dès le début par la susceptible et jalouse compétition des amours-propres engagés, aucune chance d'acclimatation, au foyer et dans le cœur de quelques-uns, ne menace l'animal cher à Phœbé et à Isis.
* C'est une trahison habituelle aux commentateurs
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de Maître Mitisque, sitôt après l'avoir gratifié du titre de dieu de musique^ dont Tantique Egypte rhoiu>ra, d'en faire paraître un étonnement sinon dubitatif, du moins incertain des causes déterminantes de cette distinction^ pourtant elles-mêmes assez claires — Et, ces exégètes, de rechercher assez naïvement si les soixante-trois miaow, qu'on réussit à différencier dans les intonations chatonnesques, ne seraient pas susceptibles d'avoir inspiré Guy d'Arezzo dans sa découverte célèbre.
Beaucoup de bruit pour rien, Messieurs les catullistes. Ni Elurus, dieu-musicien à tète de chat (que Moncrif rapproche indécemment de Crépitus, dont il donne une étrange image) ; ni les barbares orgues miauliques des Flamands, ou du Père Kircher, en lesquelles une torture organisée arrachait à des chats emprisonnés des plaintes périodiques, ne doivent faire attribuer à ses facultés d exécution la réelle et méritée divinisation du chat, dans le paradis de l'harmonie. Non. Seule, la délirante exaltation, tendre ou furieuse, en laquelle les plonge leur vibration réfractaire ou sympathique, mais jamais insensible, toujours impressionnée au plus haut degré par les ondes sonores, a pu, et dû faire élire le chat pour le symbole de la mélodie. Cette explication du mythe ancien, me paraît, je le répète, plus plausible que celle qui, pour s'y conformer, s'obstine à démêler des vocalises dans des miaulis, tout comme ce Marco Bettini, qui affirme avoir distingué dans le chant du rossignol, des onomato-
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pées dont Tassemblage produit des sonorités telles que quorror pipiy et même pipiquiL.
Ça vaut bien la peine d'être Philomèle 1 •
Elle est à Tappui de mon affirmation, Ffaistoire de la demoiselle Dupuy, harpiste hors de pair, laquelle tint à reconnaissant honneur de laisser à son chat toute la fortune qu'elle lui devait, ne s'étant à si haut degré perfectionnée, sur cet instrument, qu*en raison € des marques d'intérêt et d'attendrissement qu'elle avait remarquées en cet animal, à mesure que ce qu'elle exécutait avait plus ou moins de précision et d'harmonie. »
En foi de quoi, elle lui légua une maison de ville et une maison de campagne, des revenus appropriés, outre des rentes à des administrateurs distingués, pour veiller à la gestion du bien de l'angora, et lui tenir compagnie.
D'autres sujets éminents, cités par les anthologies chattières, sont encore, avec Muezza, le chat de Mahomet, Brimbelle, chatte de l'Hôtel de Guise, dont Moncrif détaille les convois et la descendance ; Menine, chatte de la duchesse de Lesdiguières;Marlamain,chat de la duchesse du Maine, ornée elle-même du somptueux et gracieux nom de Ludovise. Toute une littérature un peu mirlitonnesque, dédiée aux chats, s'enroule autour de leurs niches, de leurs tombeaux et de leurs autels. La bluette en quatre scènes, consacrée par Madame Deshoulières aux « singulières amours » de sa chatte Grisette avec Cochon, le chien du maréchal de Vivonne, ofiFre quelques traits assez plaisants et ne composerait pas un médiocre spectacle pour
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nn théâtre de salon, sous un vestiaire bigarré de peaux ; représentation, en - tout cas, moins fastidieuse qu'une millième reprise des Jurons de Cadillac ou de La Grammaire^ •
Seule, pourtant, hormis bien entendu toutes les chatteries de La Fontaine, TEpitaphe, par du Bellay, de son chat Belaud est un morceau tout à fait gracieux :
Maintenant le vivre me fâche ; Et afin, Magny, que tu sçaches Pourquoi je suis tant éperdu, Ce n'est pas pour avoir perdu Mes anneaux, mon argent, ma bourse ; Et pourquoi est-ce doncques ? pour ce Que j'ai perdu depuis trois jours Mon bien, mon plaisir, mes amours.
C'est Belaud, mon petit chat gris...
En voici le portrait charmant :
Petit museau, petites dents,
Yeux qui n'étaient point trop ardents
Mais desquels la prunelle perse
Imitait la couleur diverse
Qu'on voit en cet arc pluvieux
Qui se courbe au travers des cieux.
La tête à la taille pareille.
Le col grasset, courte, l'oreille.
Et, dessous, un né ébénin,
Un petit mufile lyonnin.
Autour duquel était plantée
Une barbelé tte argentée
Armant d'un petit poil follet
Son musequin damoiselet.
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Le chat Grimalkin est du bestiaire Shakespearien, à côté du crapaud Paddock, frère du crapaud Astarothy que le bestiaire de Balzac, associe à la poule Bibouche. Le calendrier des chats^ présentement en vigueur, ne se montre guère plus inventif qu'au xviii* siècle. Les deux fils de Brimbelle étaient baptisés : Rouroux et Blanblanc. Aujourd'hui, Mimi, Minou et Miminou se risquent parfois jusqu'à ce calembour : Mi-Août, On sait que Mie était le gentil nom de la chatte favorite d'Edmond de Concourt, laquelle lui survécut,
Zalmph est le nom d'un chat lettré, à la tunique d'étincelles.
Lord Griffard est un descendant de ce chat de Wittington, qui valut à son Maître le nom de MyloM Gat, en des circonstances historiques.
Car l'histoire est pleine de la gloire des matous. C'est l'antique Egypte vouant des enfants aux chats, comme nous les consacrons à la Vierge. Ce sont les prêtres du dieu Elurus^ vêtus de robes de lin, plante dont la fleur bleue a la douceur des prunelles de chattes. Ce sont les plus belles femmes de Bubaste,se rasant les sourcils, en signe de deuil, pour le trépas d'un de ces animaux, dont les meurtriers étaient punis de mort, et desquels les obsèques se célébraient à grand renfort de lamentations, de bandelettes et d'aromates, de momies et de cimetières de chats; toute une pompe funèbre royale, dont la dépense pouvait s'élever jusqu'à neuf mille marcs.
C'est la ville de Peluse, assiégée et prise par Cambyse, grâce à cette ruse d'avoir mis aux bras
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de chacun des assaillants^ on chat^ duquel le prestige empêcha les Egyptiens de tirer sur l'ennend.
C'est enfin ce titre de Père du CAaf, décerné par Mahomet à un sage épris de ce bestial, dans un temps qu'il était d'usage, au dire du rapporteur de cette anecdote, « d'être appelé le père de quelque chose qui eût relation à vos talents ». Et il ajoute: < C'aurait été sans doute un grand travers, à la Mecque et à Médine, d'être appelé le Père des Cochons, depuis que ces animaux avaient été proscrits par TAlcoran. >
La Légende ne se montre pas moins élogieuse pour le chat. C'en est une charmante que celle de ce chat Hindou, Patripatan, député par son maître, un saint pénitent, jusque dans le plus inaccessible des Ciels, pour en rapporter la fleur de l'arbre qui rend impérissable; et, les dieux, férus d'un tel amour pour ce légat fourré.qu'à la condition de le garder près d'eux trois cents ans, ils accordèrent le rameau attendu., ici-bas, par la cour du Roi des Indes. — < Enfin, ajoute gentiment Moncrif, ils attendirent les trois siècles entiers, sans autre inconvénient que l'impatience ; car le Pénitent, par le pouvoir de sa vertu, empêcha que personne ne vieillit. »
Mais la véritable apothéose du chat, c'est le conte de Fées.i> Chat Botté est un chef-d'œuvre.
« Pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat, et que je me serai fait faire un manchon de sa I peau, il faudra que je meure de faim. »
Ainsi parle tout d'abord le fils du meunier, le ~ Milord Chat de la minoterie. C'est un habile trait
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da conteur. Cette injustice du début concilie au Mattre-Ghat la sympathie du lecteur^ laquelle s'en renforce d'autant, à chaque nouvelle prouesse.
La réponse du chat méconnu a toute la grâce du mérite modeste, toute la force de la douceur. Il se « botte bravement» et commence ses miracles.
Le premier n'a Fair de rien, il est prodigieux. Je veux dire la création de toutes pièces de ce Marquisat de Garabas dont il affuble son Maître. La promptitude fait le génie de l'action, comme Timprovisation, celui du discours. Notez qu'il ne s^agit pas là d'un de ces marquisats tombés en ruines dans les limbes de d'Hozier, et qui se réveillent tout à coup, comme ces boulets enterrés auxquels Balzac comparait les éclats de rire retardés de M. de Bargeton. Ce serait trop facile. Le Tout-Paris de tous les jours en offre des cas plus foudroyants, moins indignes de l'empire des féeries. Non. Dans la stupéfiante création de son marquis, le Chat Botté, non moins que Jéhovah, crée de rien. Créai ex nihilo. L'instant d'avant, il n'y avait pas de marquis. L'instant d'après, il y a un marquis, déroutant pour le Père Anselme. Un marquis fabriqué tel qu'un canon, selon la formule célèbre : prenez un trou et mettez un bronze autour. Le Maître-Chat prend son meunier, met du trèfle autour, et dit simplement au Roi : « Voilà, sire, un lapin de garenne que Monsieur le Marquis de Carabas (c'était le nom qu'il lui prit générosité de donner à son Maître), m'a chargé de vous présenter de sa part. > — « Dis à ton Maître, répondit le Roi, que je le remercie et qu'il me faitplai-
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sir. > Le tour est joué^ pourrait être la traduction de ce fiât lux.
Ce qui suit est à Favenant, si tant est que rien se puisse maintenir à pareille hauteur. Le chat procède comme ces audacieux propriétaires anticipés, qui projettent de payer leurs entrepreneurs, sur le prix des premiers loyers rendus par un immeuble bâti sans ressources. Comme il avait tiré son marquisat du néant, le Chat Botté en fait jaillir, pour le marquis, un patrimoine chimérique^ lequel devient une réalité, quand, par un tour renouvelé de Torient, le chat ayant persuadé à l'ogre de se métamorphoser en rat, se jette dessus et le mange.
Le trait final est charmant : < Le chat devint grand seigneur, et ne courut plus après les souris que pour se divertir. > C'est la récompense honnête du serviteur devenu marquis^ à son tour, pour sa peine.
Mais ne me voilà-t-il pas bien plaisant à vous conter le Chat Botté — peut-être un peu oublié, après tout, pour des contes moins bien troussés, auxquels La Fontaine prendrait plaisir moins extrême.
Ainsi délibérément attardés, écoutons encore un peu Chatte Blanche. C^eW^-^i n'a rien du déblai quasi sublime d'un Perrault, chez qui le naturel enchaînement des enchantements, la grâce simple des phénomènes, sans aggravante explication, précipitent le début jusqu'à l'allure du vol des fées.
Le prestige de Madame d'Âulnoy, que Flaubert
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admirait^ et dont l'inventiony quant à la trame, n'est souvent qu'un calque oriental^ c'est l'assaisonnement d'un ragoût malin, d'un sel spirituel, d'un style daté^ pimpant et assorti aux creuses magnificences de la féerie. Autant en emporte le vent. Elle est la Se vigne de ce genre de contes. Par un point, elle est la fille de Perrault. Elle bavarde des escarboucles, elle papote des pierreries. Son épopée diatonique abonde en agréables fariboles. Je n'en retiendrai que deux points. Chatte Blanche, sollicitée de procurer un chien précieux s'en acquitte féeriquement. Elle n'oflfre pas un de ses chats. C'étaient des princes déguisés — là réside le mystérieux ensorcellement qu'ils exercent (qui sait?) peut-être encore. Enfin, le jeune prince, enfermé avec elle durant trois ans, ne se plaint pas de son célibat. Ce trait s'accorde avec la plénitude de passion dont nous voyons certains chats, ensemble, lares, compagnie et foyer, peupler des existences de solitaires.
Entre les historiographes du chat, Moncrif demeure leur inimitable historiogriffe^ élégant, érudit, badin. Champfleuri le développe avec diffusion, le répète avec moins de grâce.
De leurs iconographes (la principale contribution du travail de ce dernier) je citerai principalement Gottfried Mind, dit le Raphaël des chats, àe qui je possède cette miniature : une exquise chatte vue de dos, dans le retournement de tête d'une jolie femme, le museau rosé, les yeux de velours, drapée en sa fourrure, comme une princesse sous une forme d'emprunt, la tache tigrée de la queue
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et du dos imitant la traîne d'un manteau de cour, Tenveloppement d'une sortie de bal garnie de cygne •.
Un ex-libris de Rops, portant cette épigraphe: Arnica non serva^ représente une belle chatte, la patte tendue à une main de femme. Le support d'une bougie de piano symbolise et modernise discrètement la musique, toujours chère aux fils du dieu Elurus.
Un dernier témoignage zoologique : Texistence de rhomme-chien; on ne signale point d'hommeschats.
Je m'abstiendrai de conclure auquel des deux règnes ennemis profite cette similitude, ou cette dissemblance. — Mais je ne sais point de trait, à la louange du chat, qui se puisse comparer à celuici,pour la sagacité et Je discemement.Victor Hugo, s'il en a eu vent, en aura savouré la raffinée vengeance. Gustave Planche,le Zoïle d'01ympio,pose, un jour, son chapeau (et quel chapeau!) à l'entrée d'un bureau de rédaction. Et quand il vint pour récupérer son dégoûtant couvre-chef, l'objet avait disparu. On le retrouva, enterré au fond du jardin par le plus spirituel et le plus exécutoire des Grippeminauds, lequel, à Texemple du Belaud de du Bellay :
Avait bien cette honnesteté De cacher dessous de la cendre Ce qu'il était contraint de rendre.
* J'ai acquis, depuis, quatre autres œuvres de Mind, intéressantes et charmantes.
XXIU
Génovines
GENOVINES
POST-SCBIPTDM