‹ Assemblée de notablesChapitre 4 sur 33 · NE TOUCHEZ PAS A LA JOCONDE I · texte numérisé non relu

NE TOUCHEZ PAS A LA JOCONDE I

Le io be, or not to bCy n'est plus la question ; bien que le désir d'être et, par suite, de paraître, ne soit pas étranger à la nouvelle question posée par Tévénement que relate cet alinéa d'un grand journal, sous ce titre alléchant: « Les Amoureux de la Joconde. »

€ M°* X... vient d'avoir, envers un tableau universellement connu, une attention délicate, dont l'idée n'était venue jusqu'ici à aucun des innombrables admirateurs qui^ longuement, ont regardé la toile immortelle : elle s*e$t aperçue que la Joconde n'avait pas le cadre que méritait sa beauté, et qui fût propre à la mettre parfaitement en valeur. Et spontanément, M«» X... a ofTert au Louvre d'encadrer, par ses soins, la Joconde et de lui donner un ornement digne d'elle. — Elle se garda d'ailleurs d'annoncer, de tous côtés, sa générosité ; mais ce trait ne pouvait passer inaperçu ; un chroniqueur, qui Tapplaudissait, Ta révélé au public.

€ On a fait remarquer avec raison que les amateurs d'art, si passionnés fussent-ils pour certaines merveilles, ne se montrent attentifs et prodigues que pour les

œuvres qui leur appartiennent, et se mettent moins aisément en frais pour ce qui est le bien d*un Musée, M"« X... vient de prouver qu'à cette règle psychologique, il est d'heureuses et éclatantes exceptions.

« Certes, tous ceux qui aiment les belles choses, sont sensibles à des actes comme le sien ; mais plus particulièrement la reconnaissance de quelques inconnus est acquise à M"^® X... les amoureux de la Joconde lui sauront gré de Thommage qu'elle a rendu au cher objet de leur culte. >

Cet écrivain me semble aller un peu vite en besogne, et trancher d'un coup de plume, en même temps que d'un coup d'encensoir, une question qui pourrait bien demander plus d'examen et prêter à la controverse.

Entre crier: halte là 1 mettre le holà, ou chanter l'alléluia, il y a un milieu. Tâchons de nous y maintenir avec impartialité, mais non sans discernement, s'il est possible.

Et, tout d'abord, faut-il considérer comme louables, ou simplement admissibles, ces sortes à'at' tentions délicates à l'égard des « œuvres universellement connues » ; ou ne serait-il pas plus sage de tenir de telles attentions envers des raretés esthétiques, lorsqu'elles sont propriétés nationales, comme des attentats privés, constituant un danger public ; partant répréhensibles et plus justiciables de l'interdiction que proposés à la louange.

Que l'acte, en soi, puisse être bien intentionné, je ne refuse pas de le croire, modeste même, si l'on y tient beaucoup ; quoique la modestie ne

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