‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 10 sur 114 · LA CONSTITUA M F.. — -20 MAI · texte numérisé non relu

LA CONSTITUA M F.. — -20 MAI

rappellent vaguement le pas du châle dans l'opéra des citoyens Scribe et Âuber, le Dieu el la Bayadcrc. Le citoyen Taglioni-Dcgousée noue Fécharpc

autour de sa taille, puis il la passe en travers de ses épaules comme une espèce de buffleterie tricolore. Celte dernière figure obtient un succès d'enlbousiasme. C'en est fait, les représentants du peuple porteront l'écharpe en sautoir!

N'allez pas croire pour cela qu'ils abandonnent la roselle ; Técliarpe ne sera de mise ([ue dans les jours de grande cérémonie; les jours ordinaires, la rosette suffira, .l'ai vu des représentants qui la portaient liier soir sur les boulevards, cl qui cuiraient majestueusement avec dans un restaurant à quarante sous.

Il parait qu'il s'est formé un club de myslificalenrs spécialement dirigé contre les membres de TAssembléc nationale. Tout le monde a entendu cririr dans les rues la démission du citoyen \Volo\vski ; aujourd'bui même, le président IJuchez lisait à l'Assemblée une lettre annonçant la d('!mission du citoyen reprt'^sentant Dénisscl. Aussitôt une voix furieuse répond (lu fdiid de la salle: — C'est faux, c'est faux! — Cette voix était celle du citoyen Denissel lui-même, f|ui n'a jamais songé à renoncer à ses 23 francs. Le procunnr de la République s'est chargé de mettre un terme aux esiiiégleries.

L'impôt des quarante-cinq cenliuu!S, (dtjcl de tant de récriminations, a été de nouveau allarjui' par le citoyen Lavallée, qui s'est ex|)riuu' en percepteur capable de réjouir les contribuables.

:,(i LASSK.MBLKK .NAïlONAIJ; coMigii:.

La (in de la journée apparliont à un certain citoyen Daheaux, dont les premiers mots invitent au sommeil; — M. Senard, qui saisit toutes les occasions d'entretenir sa facilité personnelle, avait fait deux ou trois petits discours de président pour réclamer le silence en faveur de ce citoyen. M. Dabcaux a le don des précautions oratoires; dès ses premières phrases, toute attention trop vive est amortie; et nous voyons plusieurs auditeurs bercés par des songes ravissants au bruit flatteur, cadencé, et monotone du discours de M. Dabeaux.

('n grand appétit qui nous tenait éveillés nous a permis d'entendre l'excellent Dabeaux déclarer : qu'il était franc républicain, qu'il aimait le gouvernement provisoire, et qu'il ne connaissait pas de meilleur moyen de lui témoigner son affection, que de solliciter la révision de tous ses actes législatifs! — Y compris sans doute la proclamation de la République, citoyen Dabeaux?

L'ex-centre gauche a trouvé M. Dabcaux trop patriote, et ne l'a pas appuyé. La proposition pouvaitcepcndant mettre la République en question ; et cela n'était pas à dédaigner. Mais le Journal des Débals, toujours prudent, dit qu'il est trop tôt.

La fête de la Concorde. — Propositions diverses. — Le questeur Dejcujé^. — M. Desèz Quelques orateurs.

.lai suivi hier l'Assemblée jusque sur l'estrade du Champ-de-Mars d'où elle assistait k la fête de la Concorde, dont sa présence était l'un des principaux ornements; l'Assemblée faisait partie du programme, et je lui rends cette justice, qu'en ce qui la concerne, elle l'a fidèlement rempli. Les représentants étaient au complet. On n'est jamais fâché, quoique citoven, de paraître en public avec une écharpe en sautoir et une rosette à la boutonnière, surtout si l'on espère qu'il y aura des dames... La petite vanité très-naturelle et très-amusante de quelques-uns de nos ouvriers de la conslilulion m'explique comment il y a encore quelqu'un qui veuille être roi ou prince souverain, c'est-à-dire représentant tout seul. — Je dis d'ailleurs, ouvriers de la constitution comme on dit ouvriers de i iulelligence, en parlant des gens de lettres; ouvriers de radministralivn, en parlant des fonctionnaires; et enfin ouvriers rentiers, maintenant que tout le monde espère devenir aristocrate en niellant une blouse.

Il a fait grand faim sur l'eslradc Wrs deux heures on se serait cru

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sur le radeau de la Méduse. Nos législateurs perdaient petit à petit leur dignité pour reprendre les familiarités démocratiques d'hommes expii'ants d'inanition. L'un d'eux s'était emj)aré d'un pain et d'une bouteille.— Purl à deux ! crie une voix suppliante. — Oh! répond Tafi'amé avec l'érocilé, nous sommes déjà six pour béquiller le morceau ! — L'appétit lui avait fait revenir... le patois!

Le soleil et le peuple ont été les véritables ordonnateurs de la fête. La poussière soulevée, les cris, la multitude innombrable, les baïonnettes défilant par centaines de milliers, et tout l'indicible désordre qui fait les grands spectacles révolutionnaires, rien n'a manqué, — yuant aux toiles peintes, aux statues peintes, à la Liberté, à l'Egalité et à la Fraternité à la détrempe, aux lampions vides, aux feux d'artifice mouillés sous la monarchie, tout cela était plus triste et plus honteux que l'ancien mât de Cocagne, commençant par nn gendarme et terminé par nn jambon. Louis XIV commandait ses fêtes à Vigarani, à Lnlli, à Benserade et même à Molière. Pourquoi la souveraineté populaire ne demanderait-elle pas à des poêles et à des artistes plutôt qu'à des tapissiers de la veille et à des administrateurs du lendemain le programme des solennités de la République?

La fête de la Concorde a pourtant eu des détails imprévus et dune originalité saisissante. Ce sont d'abord les légions qui, passant par le

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ni ili'|)c)Milli' les arbres, nus les j)rancii('s vertes dans;

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les canons de leurs fusils, cl sont rcnlrées en ville, comme la forèl de Macbeth , chantant à l'nnisson l'hymne de Hougel de l'Isle. L'air, la terre, les maisons tremblaient; il fallait retenir son cœur à deux mains pour l'empêcher de sortir de la poitrine.

Des imprimeurs avaient appori<'' une presse au pied de cette grosse femme de plâtre que M. Clésinger appelle la statue de la République , et qui ressemble à un cordon hleu faisant sur ses genoux son compte de cuisine. — Pendant la journée entière, la presse a lire la Marseillaise à milliers. — U"el dommage, nous a dit un ouvrier qui regardait attentivement la besogne, qu'on ne puisse pas aussi bien imprimer en ce moment même des exemplaires de la Conslitution. — In mot profond , à coup sûr! • — Mais alors, si nous avions déjà la Conslitution,- que (enons-nous de TAssemblée nationale? — On pourrait toujours l'employer comme aujourd'hui à lire le procès-verbal de sa dernière séance; à recevoir les adresses de toutes les villes qui lui écrivent, — en style d'épopée municipale, — quelles sont prêtes à marcher comme un seul homme à son secours; à entendre des propositions saugrenues , et une motion d'ordre de M. Vivien qui devient im oracle ; à voler enlin un million pour les aleliers nationaux sur la demande du docteur Trélat, ministre des travaux publics, et orateur un peu humanitaire, qui s'adresse à l'Assemblée avec autant d'émotion qu'il en mettrait à làter le pouls d'un malade avant de lui couper la jambe. Le bistouri de M. Trélat doit être bien sentimental !

Nous avons eu un spectacle attendrissant, lu pauvre monsieur, rougeaud et chinchilla, que tout le monde encourageait à cause de sou âge, \oulait offrir un amendement. Sa timidité l'en a empêché. Ce pauvre monsieur s'appelle François, nom qui convient tout à fait à sa physionomie de vieux serviteur blanchi, de père en fils, au service de ses maîtres. Singulière remarque à faire, combien les noms peignent souvent les hommes! Par exemple M. Plaignard, orateur qui a pris la parole aujourd'hui... il n'y a qu'à le nommer... — M. Plaignard est comme M. François, un très-ancien jeune homme. Il est venu de Carpentras. On dirait que la révolution de février a déjà soixante ans en province. Après juillet, on demandait où étaient les carlistes... Je demande on sont les jeunes gens?

L'occasion est bonne d'oublier les orateurs qui parlent, pour jeter un coup-d'œil sur ceux qui se taisent. — 11 est impossible de ne pas apercevoir M. Degousée. 11 va, il \ient, il est partout : à la cuisine et à la tribune; il fait tout, même les verres d'eau sucrée. Ou"on lui

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