‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 9 sur 114 · I.A (.ONSI m AM 1,. — IS MAI · texte numérisé non relu

I.A (.ONSI m AM 1,. — IS MAI

Concours de proolamaiion au peuple français. — M. Isamberl et les clubs.

Plus lie SL'iilinelles! On nrrivo tout droit aux grilles qui souvreul sans façon. — La belliqueuse garde de Meaux : infanterie, cavalerie, artillerie et pompiers, se contente de l'honneur de battre la caisse et de présenter les armes à l'entrée du président. C'est elle qui fait le service du Palais; et j'ose affirmer qu'elle ne le fait ])as sans se rafraîchir.

Il paraît <juc les tribunes, ébranlées par l'émeute, ont été consolidées, car elles regorgent aujourd'hui de spectateurs. Il y a beaucoup de daines en toilette. Les femmes, toujours avides d'émotions, semblent attendre quelque drame plein de péripéties. Si elles avaient lu l'aKicbe, c'est-à-dire l'ordre du jour, elles sauraient qu'on ne jouera (|ue de bien petites pièces.

Il va sans dire que mensieurs les clubs ont renoncé à leur privilège. La tribune, consacrée naguères à ces citoyens, appartient maintenant à la garde nationale! Les anciens occupants sont, pour la plupart, à Vincenncs. On ne saurait être partout à la fois.

Clément Thomas cause très-tranquillement avec le président Bûchez; nous voilà rassurés sur ht (;ompte des monlagnards qu'on disait réunis à la caserne Saint- Victor.

Louis Blanc entre ; sa présence est la preuve qu'un ne l'a point arrêté hier, et qu'il ne s'est pas enfui.

II s'agit d'une : proclamation de r Assemblée nationale an peuple Français. Deux auteurs ont concouru sur ce beau sujet : MM. Dornès et Bélard. L'un a fait une amplification, l'autre une brochure ; M. Bérard ne lit pas bien, mais M. Dornès lit mal. Voilà l'Assemblée embarrassée. L'élève Bérard a pour lui les professeurs de rhétorique : Barrot, Barochc et les autres; le doyen Dupin, dont les maîtres d'étude Flocon, Durrien et Lmmanuel Arago partagent l'avis, se prononce en faveur du jeune Dornès, et la distribution des prix est renvoyée à demain. Nous voyons le moment ou Bérard, qui est un petit rageur, va se vi'nger sur le pauvre grand Dornès, républicain studieux, mais lymphatique. Ilenreusemeiit, M. Flocon s'en aperçoit, et retient Bérard par l'oreille.

Mais voila M. Isamberl de retour. Lh ! mou Dieu oui : bonjour, citoyfMi Isamberl, comuinil \iiii> |)orle/-vous dipuis la Bépubli(juc? Llle a

4fi L'ASSIiMBLÉE iNATIONALE COMIQUE,

comblé tous vos vœux, celle bonne République; les nègres sonl affranchis ; d'où vous vienl cette mine renfrognée?

Laissez-moi, répond M. Isambert, je n'ai pas le temps de causer

avec vous; il faut que je monte à la tribune pour sauver la République.

— Diable! diable! auriez-vous par basard découvert quel était au juste le pompier du 15 mai? Voyons, de quoi s'agit-il?

Il s'agit tout simplement de supprimer le droit d'association, el de faire fermer tous les clubs indistinctement. Guerre aux clubopbiles! Le citoyen Isambert demande qu'on les transporte aux colonies, pour y

tenir l'emploi de nègres, vacant depuis le décret l^'affranchissement. Pendant que nous cherchons à deviner ce que les clubs ont pu faire au citoyen Isambert, l'Assemblée se lève en masse pour repousser sa proposition. Les représentants refusent de s'associer à l'acte de limorisme de l'ami des noirs. — Timorisme! ce mot nous plaît; presque toutes les grandes situations politiques sont caractérisées par un barbarisme. L'honneur d'avoir inventé celui-ci appartient au citoyen Caussidière. Ne crée j)as qui veut des substantifs en politique.

19 mai.

Adoption de la proclamation Dornés avec l'amendement, Montreuil. — L'orateur Durneu.

11 y aurait cependant quelque chose de bien utile à faire dans les bureaux, d'où les représentanls ne sortent plus qu'une heure on deux après

LA C0^ST1TUAM i:. — 19 MAI. i"

le commencement des séances. On nous dit que le président lîiichez y songe ; il est touché au vif des reproches que l'on adresse à son Assemblée, qui ne sait ni voter, ni écouter, et qui pèche absolument — il faut qu''on nous passe le mot — parla mise en scène; les discours sont mal sus ; les orateurs n'ont point le diapason de la salle; les répliques manquent, ou bien tout le monde parle à la fois; cela ne peut durer ainsi : un pareil spectacle finirait par lasser le public payant.

Il faut que le premier théâtre politique du monde, un théâtre subventionné, soit plus digue delà République et du budget. Le président Bûchez, qui a la responsabilité de la sonnette, sent bien qu'on attend quelque chose de lui. C'est pourquoi il aurait, sur l'avis éclairé de Félix Pyat et Etienne Arago, auteurs dramatiques d'un talent incontestable, pris un parti excellent : celui de faire répéter généralement dans les bureaux, la séance publique, — A la bonne heure, et si l'on veut que la répétition soit complète, qu'on mette de fortes amendes.

Certainement, citoyen Xavier Durrien, vous avez raison, l'orateur, pour se former, a besoin de franchir souvent les degrés de la tribune.

Francliis?pz-les sans cesse et les icfrancliisscz.

Mais franchement vous abusez de la permission. Ce n'est pas tout, citoyen Xavier, de monter souvent à la tribune; lorateur a encore d'autres études à faire. 11 faut qu'il assouplisse son organe et qu'il apprenne l'art difficile de se moucher. A votre place, je partirais pour le Havre, et là en face des flots courroucés de lOcéan, je mettrais des cailloux dans mon nez, et je me moucherais plus fort que la tempête. Cicéron recommande également à l'orateur enchiffrené, de prendre du tabac. L'élernument chasse l'éloquence enfouie dans les fosses nasales; allez trouver le citoyen Roosmalen, qui donnait des leçons de déclamation sous la monarchie, il doit enseigner la sternutalion oratoire sous la République. Cn orateur qui parle du nez ne peut servir d'organe auxoi)inious avancées. On finit par le i)rendre cn grippe et l'empêcher de parler. C'est ce qui vous est arrivé aujourd'hui; c'est ce qui vous arrivera souvent l'ucore, si voiis ne vous hâtez de rcKiurir au citoyen Roosmalen. Votre i'lo(|uence a besoin d'être éternuée. Sui\ez nos conseils, citoyen Xavier; en attendant, Dieu vous bénisse !

Ces réflexions nous sont suggérées i)ar les efforts que l'honorable préopinant a faits pour em|)êchor (|ue l'élève Rérard ne rcmporlàt le prix de procl.imaliiin.

is i;ass[;iMB1.i::I': .nationam: co.miqi i;

Orateur Durrieu, prenez exemple sur le ciloyen Moulreiiii, que personne ne connaît, qui a la fraîcheur des pèches, et qui vient d'obtenir un succès dont votre aaibilion se contenterait. Le citoyen Montrenil est venu il a lu un paragraphe additionnel d'iinio?* el de confiance, et l'Assemblée, sans lui donner le temps d'ajouter un mot, a adopté sa rédaction aux cris de : Vive la liépubliquc!

Quant au petit Dérard, il n'a obtenu qu'un accessit ; on s'est aperçu d'une faute énorme dans sa composition. Il avait fait du 13 maî le régime direct de la commission executive ! L'Assemblée a pensé que c'était là un solécisme très-grossier, el d'autant plus inexcusable, que ce n'est pas par inattention que l'ancienne gauche l'avait commis.

L'Assemblée, dans sa proclamation qui va être aftichée dans toutes les communes de France, appelle les envahisseurs du la mai une poignée de factieux! Un représentant s'est écrié, à ce passage : — Ne dites pas une poignée, j'en ai vu dix mille ! — tant la peur grossit les objets!

L'écharpe des représentants, el le questeur Degousee.

Mais voici à la tribune une bonne voix qui se fait entendre; c'est celle du représentant Cliarbonnel. Le représentant ('harbonnel est à coup sûr un ancien militaire; son discours a tout l'éclat du : Portez armes! présentez armes! On voit bien que M, Charbonnel a l'habilude de parler à un bataillon, et de peu varier ses formules.

M. Luneau déclare être très-commemora<('/'de la proposition Charbonnel, et il élève sa puissante yoix dans le débat. Sur quoi l'on persiste à réclamer l'ordre du jour. Et le vice-président Senard favorise cette opinion cruelle.

C'est une écliarpe qui a rempli presque toute la séance d'aujourd'hui. Les représentants ne pouvaient |)as se contenter, pour signe distinctif, de la simple rosette qu'ils ont adoptée. Le questeur Degouséc, spécialement préj)osé aux cérémonies, et qui apporte dans les petites choses la gravité du grand sénéchal de la princesse de Navarre, a imaginé de donner à ses collègues une écharpe qui les distinguât des autres hommes. La question était desavoir comment on porterait l'écharpe : en ceinture, ou en sautoir? Pour mieux faire juger l'effet de ces divers modes, le citoyen Degousée moule à la tribune, et là il exécute plusieurs poses qui nous

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