I.A (.ONSmiJAMi;. — 27 MAl'.S
sommes nécessaires au curage de son port, c'est de s'ériger en capitale du royaume d'Aquitaine et d'équiper une flotte dans la crique de Pérosse, sur la plage de laquelle on avait établi de fortes réductions que M. Treveneuc , — marchand de goudron du pays, — a eu bien de la peine à démolir.
Suite du budget, des travaux pubiios.
Très-bien! Ah! très-bien! très-bien! — M. Dezeimeris descendait do la trii)une, le front baigné de sueur, saluant, rougissant, fier et modeste à la fois. Cet orateur était la cause involontaire de l'émotion générale. Plusieurs de ses collègues se sont préci[)ités au-devant de lui, el chacun a remarqué la grandeur d'àme avec laquelle il supportait leurs félicitations. — .Vlors j'ai demandé ce que M. Dezeimeris avait bien pu dire pour mettre l'assemblée dans un état pareil. — On m'a répondu que M. Dezeimeris avait parlé cinq fois depuis le commencement de la séance, en faveur d'une famille de réductions dont il est le beau-père.
— N'est-ce que cela ? quelle o\ation réserve-t-on donc à M. Slourm, (jui ne cesse point de prendre la parole ?
— M. Stourm a obtenu le surnom d'invincible ; c'est sa récompense I ^ ous avez beaucoup perdu en arrivant si tard.
— Par quels exploits l'invincible Stourm s'est-il signalé?
— Par ses exploits d'hier. Il a fait du malheureuv I.acrosse sa Mclmie ; i! l'a accablé sous ses coups, et il lui a enlevé une portion notable de .son Imdget des travaux publics, sans a\oir seulement l'air de s'émouvoir.
— Cette conduite est digne d'éloges. Mais quelle a été l'attitude du malheureux Lacrosse?
^ Celle que vous lui vovez encore en ce moment : l'attitude d'tui commissairc-priseurdont personne ne couvre les enchères, et qui baisse la mise à prix a\ec une résignation el un organe soutenu dont il n'y a d'exemple que dans la salle de la rue des .leùneurs.
— Ouoi , personne ne dit mot?
— Tout le monde parle, au contraire; mais les diiïérents chapitres sont adjugés à des prix honteux.
— Il y a donc une coalititm '
— l ne coalition de brocanteurs. Les choses en .s)nt venues au point <|uc Deslongrais lui-même a surenchéri de cinq sols! > ous en voyez rassemblée encore altérée.
— Je ne supporterai pas ce spectacle na\ranl. Il faut que je .'^orlc
— Cardez- vons-en bien ; voici CuichanI (|ui élè\e la voix. C'est lui des
53S I.ASSKiMHI.KK .\ATIO.\AI.K CO.MIQl K
hommes les plus sérieux que nous possédions. Personne ne l'a jamais vu rire; il paraît qu'il a beaucoup souffert; mais la douleur ne l'a point engraissé comme Antony Thourel, qui resta si longtemps enfermé dans les prisons; c'est en plein air que les infortunes de Guichard ont eu lieu. On assure qu'il est resté debout sur une colonne pendant plusieurs années, qu'd a été solitaire dans la Tiiébaide, et que c'est lui qui, sous le nom de saint Sébastien, fut autrefois percé de flèches. Sa maigreur, sa barbe grise et l'austérité de son langage ne laissent aucun doute sur son martyr.
— L'infortuné ! sa tristesse m'afflige plus que je ne saurais dire ; souffrez que je m'en aille.
— (Juoi ! vous refusez d'entendre Aylies, dont les lunettes tombent: fillancourt, qui pousse des cris de paon, et l'aibre Maissiaf , ijui se prononce en faveur des irrigations sous le prétexte (jue ses racines sont échauffées ,' et qu'il faut pour les rafraîchir insinuer une eau abondante dans les entrailles de la terre?
— Ehl monsieur, si tous ces prés ont sdif , (ju'ils b()i\ent du coco; M. Daru vient d'ouvrir son robinet.
Vote de l'ensemble du budget des travaux publics.
L'invincible Slourm est sur la brèche ; ni le discours de M. Daru, relati\ement aux 88,700,000 du chapitre 17,. ni les petites moustaches à la motirhc par lesquelles cet orateur se range dans la classe des officiers de gendarmerie en tenue bourgeoise , n'ont effrayé l'invincible Stourm ; il a conservé son obstination douce et cet imperméable sang-froid doublé de caoutchouc qui le caractérise. L'éloquence de M. Stourm continue à tomber goutte à goutte sur le budget des travaux publics et le creuse incessamment.
Le courage du ministre Lacrosse égale la persévérance de son ennemi. Il s'est vu enlever le caillou de ses routes, l'eau de ses canaux , les quais de ses ports ; aujourd'hui ce sont les raUs de ses chemins de fer qu'il défend pied à pied. — Si vous ne laissez point achever les grandes lignes, s'écrie-t-il, la discussion en sera réduite aux anciens moyens de transport, et il vous faudra plus de six mois, du train dont nous allons , pour arriver à la lin du budget.
C'est à ce moment de la séance, — fort intéressante pour les assistants, qui se composaient en majeure partie du ministre Lacrosse et du rapporteur Stourm , — que le président du conseil est tout à coup monté à la tribune. >i'accnsons point cependant M. Odilon Barrot d'avoir voulu faire un coup de théâtre: jamais encore on ne lui avait \u autant de simplicité qu'en
LA CONSrm AM I.. — -29 MAUS. 539
celle cireonslance ; je ne crois pas qu'il puisse dire à l'huissier fie son cabinet l'heure à laquelle il rentrera d'un ton autre que celui a\ec lequel il a annoncé à l'assemblée la défaite de Charles-Albert par Radetski , et l'intenlion magnanime qu'a le gouvernement hançais de maintenir l'intégrité du Piémont. — Si M. Odilon Rarrol n'axait pas craint d'exalter les passions politiques et de s'engager un peu trop vis-à-vis de l'Kurope , peut-èlre aurait-il ajouté que le cabinet venait de prendre la résolution formelle do ne point souffrir qu'on démembrât la France. — Une semblable déclaration eût peut-être paru un peu vi\c; mais la circonstance autorisait, ce me semble, M. Odilon lîarrot à la faire. Quand on est résolu à maintenir autant que possible l'intégrité du Piémont, et qu'on ne craint pas de l'avouer, il n'y a plus rien qui coule!
A peine Odilon Harrot avait-il le dos tourné , que Taschcreau s'est approché d'un air innocent du ])ortefeuille rouge qu'il avait oublié à sa place, et nous l'axons vu introduire très-adroileuu'nl dedans par un des coins un papier plié en quatre. — Quelle surprise pour Thémis lorsqu'il trouvera ce placelrclrospcctif 1 — Personne d'ailleurs n'a troublé le manège du citoyen Taschereau, car l'assemblée entière, soit effet de l'émotion (ju'elle ressentait des nouvelles du Piémont, soit à cause de l'intérêt (juelle prenait aux plaintes de M. Lacrosse contre les réductions intentées aux derniers chapitres de son budget, s'était endormie profondément.
'20 murs.
l'KÉSlDEXCE I)K 11""" OCTAVE ( du \ audcvllle }.
Budéet du minislcre du commerce ei de l'agrioukure.
Iletenuc par les soins de sa iDilelIc, M""' Oclaxe (du ^aude^illc n'a pu arriver qu'à ileux heures; elle était accompagnée de la vice-présidente C.lary (du même théàtrci, et sui\ie de son Duponceau, ancien militaire, récemment encore général au ser\ice de Prusse, et qui a, nous dil-on, renoncé à S(m grade pour prendre l'emploi de chef des huissiers. — M""^ Octave a été accueillie a\ec les bonneuis dus à son rang; elle s'est d'abord placée dans une tribune de coté, mais comme elle ne s'y trou\ait point à .son aise , on lui a ou\ert la grande loge d'a\anl-scène <|ui fait face au pelit père Marrast, et elle y a installé son bureau. Le pelil père Marrast n'a cependant |ioiiil quitté le fauteuil; au contraire, dès (|u il a aperçu sa collègue, il a |iris des atlilutles, il a fail la roue, il a passé la main dans ses chexeux pour les faire ondiiyer, et culiu cumuie il comprenait que M"" OclaM' a\ail nalurellcmciil les \eii\ lixés sur lui, il a déployé celle
3iO L'ASSEMRLKE NATIOiNALK COMIQliE.
co'juetterie à la fois fière et chainianle de l'iioninic qui se sent contemplé par les dames; tenant ses doigts en l'air sous diiîérents prétextes pour les l'aire devenir hlanes, et se livrant à une infinité de minauderies parlementaires, reparties fines, sourires spirituels et impatiences adorables à l'aide desquelles on peut montrer ses dents. M"'° Octave n'est point restée insensible aux prévenances du petit père Marrast , elle a même témoigné, par plusieurs petits signes de tête , combien elle était flattée; ce qui l'a seulement un peu surprise, c'est qu'on n'ait pas eu la galanterie de lui apporter la sonnette. M'"' Octave aurait pu revêtir un uniforme de fantaisie, celui par exemple que met Louis Aapolcon pour passer les revues ; mais venant à l'assemblée, elle a cru qu'il était de bon goût de prendre un costume plus modeste, la simple tenue bourgeoise : cachemire long, capote jaune , l'œil assassin, doubles accroche-cœur et des gants irréprochables; enfin une toilette de Chantilly.
A peine la présidente a-t-elle été assise , que la séance a pris beaucoup d'animation. 11 faut dire que c'était jour de grandes courses, et que M. Buffet , ministre du connnercc, avait convoqué tous les orateurs riders sur le turf de son budget. M""" Octave ne pouvait pas se dispenser d'honorer de sa présence une pareille solennité. On a commencé par une partie liée dans laquelle le rapporteur Marcel Barthe s'est engagé contre Beaumont (de la Somme), Howyne-Trancbère et plusieurs autres qui se sont dérobés au premier tour. Mais un gros discours monté par le jockey Thouret , auquel on n'avait pas fait grande attention d'abord, s'est échauffé promptemcnt, a pris la corde et est arrivé premier d'une longueur de réduction. M. Buffet a réalisé du coup un million de gain. Ce succès l'a encouragé, il s'est mis de toutes les parties; biei) plus, il a couru lui-même. Mais comme il a beaucoup plutôt l'extérieur d'un jeune droguiste de la rue des Lombards que celui d'un gentleman , ce n'est point sans un certain étonnemenl que nous l'avons vu si fréquennnent en selle. Il est à craindre que M. Buffet, qui n'a pas une grande habitude de l'équitation, n'éprouve quelques difficultés pour s'asseoir en rentrant chez lui.
Un véritable écuyer c'est M. Laussat ! Tout le monde l'attendait a\ec une vive curiosité au chapitre des haras. Il y a longtemps déjà que nous ne l'avions vu; car il paraît qu'il était allé faire une tournée dans le Nord. L'entrée de M. Laussat a été brillante. Cet habile écuyer n'a rien perdu de son talent. On peut le considérer comme une des gloires de l'école française. Par un heureux mélange des deux systèmes qui divisent les amateurs, il réunit en sa personne lé centaure Baucher, et Laurent Franconi, notre vieux cavalcadour. L'écuyer Laussat grisonne un peu , mais il est encore tout pleiu de vigueur; il a l'affabilité noble du professeur, et
1,A CO.NSil II ANiK. — 30 .MAIiS. 5'»l
l'on reconnaît à son sourire l'iioinnie habitué à porter des bottes fortes et à présenter gracieusement le poing à îles amazones. — La cbosc qui surprend le plus de la part de M. Laussat , c est quil puisse parler à pied ; aussi, se disait-on que ses discours gagneraient inliniment à être prononcés au petit galop, sutout s il y avait au milieu de l'assemblée quelqu'un en chapeau à cornes et en grande livrée pour les exciter en faisant : llop ! hop !
In homme superbe, la chambrière en main , c'est M. Dampîerre ! M. Dampierre s'était fait inscrire aujourd'hui au slud-book; nous avions remarqué un jeune amendement de trois ans sorti de ses écuries qui piaiTait de façon à donner de grandes espérances ; mais au moment de monter à la tribune M. Dampierre a renoncé.
.Vinsi se sont terminées les courses; M""" Octave , préxoyant que le reste de la séance n'offrirait plus qu'un médiocre inléréi , s'en est allée malgré les efforts que le triste (îuichard a faits pour la retenir d'un regard sentimental. — M. (îuichard, déjà morne et aflligeant d'ordinaire, devient navrant lorsqu'il s'efforce de ressembler à Saint-Preux. — C'est l'image de la désolation ! — On croirait qu'il sort du radeau de la Méduse, et il est impossible de se représenter le maliieureux .Tob sous d'autres traits rjue les siens. Ce qui fait surtout ressortir la mélancolie profonde et l'imniobilité funèbre du représentant Ciuichard, c'est la vivacité féi)rile du petit Dezeimeris, cet écureuil blanchi dans les discussions , à coté duquel il est assis. ^1. Dezeimeris se glisse sous le Bujfet comme un rat, ronge un chapitre de budget, et s'en va sans (pion sache ])ar oii : on croiiait qu'il a peur d'être pris dans une souricière.
.\j)rés le départ des écuyers, ])lusieurs savants très-économes sont venus [iroposer la destruction des manufactures de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais. Parmi eux, nous avons surtout distingue l'orateur Alcan . qui nous a paru , par son heureuse conformation , aussi bien que |>ar .<(iu érudition, le \éritable type de l'homme-poisson , ancien professeur de ! Iniversilé , réduit à l'état de ])hoque en boîte, dont |)arle Eugène Sue dans tni de ses romans. — Honneur au ministre du commerce ! I ensemble de son budget a été voté à l'unanimilé!
.iO ni:iis.
InlP.rpTlUiionE sur les affaires dIt,>!iB.
M. Iiivio ot un charmant lionnnc , mais pourquoi apparlieiil-il au comité des affaires étrangères pui.<qu'il fait sa spécialité du jardinage? ce Il c^l pa>i s.in-: surprise que Ir corps dipl.iiualiipie la vu paniiire avec un
o'.2 l/ASSEiM15l>i:i-: NATIO.NAI.K CO.MlQI i:
mémoire sur la sjlualion du Piémoiil, et li' (iésaslie de \ovarre, tandis qu'd s'attendait à lui voir un arrosoir à la main. — M. Drouyn de Lhuis s'est accommodé de n'avoir affaire qu'à im horticulteur. D'ailleurs, il avait pris toutes les précautions imaginal)lcs pour plaire. C'est 31. Dandré, son chef de cabinet, dont le procès récent de 31. 3lortier a fait connaître le bon goût, qui lui avait mis sa cravate. 31. Drouyn de Iduiis était donc à peu près sûr d'être irrésistible. L'avocat Billault n'est point capable de lui faire perdre la bonne opinion qu'il a de sa diplomatie. 31. Billault , parlant de cette question italienne qu'on croirait assez émouvante pour faire monter l'âme au\ lèvres d'un orateur, 31. Billault, dis-je, a l'air d'un serrurier
qui vient ouvrir avec un crochet une porte dont la clef est perdue. — Interpellé sur ce Ion, le ministre a compris que c'était l'occasion ou jamais de mettre son ironie au service du Piémont, et de rassurer ainsi les codini qui jouent à la hausse. — L'Europe entière est donc avertie, par différents courriers qui lui ont été expédiés, que notre gouvernement a pris une énergique résolution : pour rien au monde il ne souffrira que la France soit démembrée I Aous conservons l'Alsace et la Lorraine ! Dans le cas où le vainqueur, entraîné un peu trop loin , voudrait mettre garnison dans l'une de nos places de guerre, on le lui permettrait , mais temporairement et à la condition expresse que cette garnison se retirerait dès que les traités de 1815 seraient ratifiés, cl que nous aurions pavé à l'Autriche une
LA co.NSTin ami:. — ;i() maiîs. oW
somme (l'arjifent dont elle parait avoir fj;raiul besoin. — Le Piémont ne peut se refuser à suivre notre exemple ; il s'en trouvera bien : — eaic'est avec une rare fermeté, une énergie croissante et des sentiments de vive sympalbie pour la Sainte-Alliance, que M. Drouyn de LImys se croit autorisé à dire que la France maintiendra par la douceur 1 intégrité du territoire piémontais, — à laquelle le vieux Hadetski lui-même est trop spirituel probablement pour vouloir porter atteinte. — Ce mémorandum, entremêlé de dépêcbes télégrapbiques et de correspondances ofiiciellcs où il est démontré que nos rapports avec l'Autricbe sont excellents, a causé tant de plaisir an ré\éreM(l Miiiilali'iiilicrl (^l au pasteur ('(M|uorcl,
qn il a fallu intern)tn|ire la séance pour leur donner le temps de presser M. F)rou\n de l.huis sur leur crein-. — L'ii\ali<>n aurait lermine la discus-
5ii L ASSEMBLÉE NATIOINALK COMIQUE.
sion, si Ledru-Rollin, jaloux sans doute du ministre, n'avait ten lé d'opposer à sa raillerie fine quelques accents de mâle éloquence. — Admirez la ruse de M. Drouyn de Lhuisl il a fait semblant de ne pas avoir entendu le tribun, et il a répondu une seconde fois à l'avocat Biliault. Pendant ce temps-là, Odilon Barrot dévorait silencieusement le dessert de son ancien banquet de Saint-Quentin , que Lcdru-llollin , avant de descendre de la tribune, venait de lui jeter à la figure. — Tout n'est pas dit encore, quoique M" Favre ait déjà répété avec sa facilité ordinaire le discours de Ledru-Rollin , et que le général Baragiiay d'Hilliers ait eu le courage — méconnu — de faire hommage à l'Autriche d'un ordre du jour pur et sim[)le. — M. Thiers demande laparolel — Attention, vous allez voir comment cet habile petit homme se démentira.
31 niîirs.
Suite d-s interpellations sur les affaires d'Italie. Discours de M. Thiers. Ordre du jourmotivé de M. Bixio.
Une des qualités les plus précieuses de M. Thiers , c'est la fausse modestie. Sous ce rapport il est académique. Personne ne s'excuse comme lui d'être enroué , d'avoir la poitrine délicate ; personne ne tousse mieux que lui d'une petite toux sèche et douloureuse ; personne ne proteste avec une plus orgueilleuse humilité de son insuffisance. C'est particulièrement à la montagne que le petit Thiers a adressé ses grâces, faisant la bouche en cœur, et jouant une comédie de politesse qui pouvait le faire passer pour un ancien mousquetaire gris. Enfin il a réussi à vaincre sa timidité et à commencer son discours du ton d'un orateur cfui ne le finira pas avant d'avoir répété dix fois la même chose en des termes différents pour justifier sa réputation de clarté, de facilité et de grand politique.
Cette harangue surprenante ne m'a point autant étonné que beaucoup d'autres enthousiastes, grâce à l'étude sérieuse que j'ai faite de nos contemporains. Je savais bien que M. Thiers ne terminerait pas sa carrière sans prononcer son discours d'aujourd'hui. Après avoir traité déjà de deux manières parfaitement distinctes et même absolument contraires pendant le cours de son existence parlementaire , la grande question — de la paix ou la guerre en général , — et relativement à l'Italie en particulier, — il ne pouvait pas se dispenser de l'envisager à un troisième et dernier point de vue qui complète son cours de variations politiques , historiques et littéraires. Le discours m'a donc offert l'attrait de la nouveauté sans celui de l'imprévu; mais on a toujours grand plaisir à suivre les paradoxes d'un esprit ingénieux qui substitue avec un art infini les subsfililés aux convictions. — Si M. Guizot avait assisté àla séance, il n'.iurait pas manqué