‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 102 sur 114 · I.A CU.NSin UAMK. — 31 MAHS. 5V · texte numérisé non relu

I.A CU.NSin UAMK. — 31 MAHS. 5V

il'ètre fort agréablement surpris de ce nouveau discours de M. Thiers. — Gi'àce à la faculté qu'il a d'envisager les mêmes questions d'un point de vue entièrement opposé , suivant les exigences de sa position personnelle, M. Thiers n'est jamais embarrassé de démontrer à ses adversaires combien ils ont tort d'être de l'avis dont il n'est plus lui-même ; il les bat avec les arguments dont il connaît mieux que personne la véritable valeur pour les avoir autrefois détruits; il excelle enfin à railler et à attaquer le patriotisme des autres, parce que dans le fond de l'àine il ne croit pas au sien. Les tours de force oratoires de M. Thiers n'ont rien, suivant moi, qui doive exciter sérieusement l'indignation de ceux qui les écoutent; il me semble qu'on peut y prendre le même plaisir qu'à voir le prestidigitateur Philippe briser une montre en mille miettes, bien certain qu'on est de la retrouver entière au fond d'un cha|)eau ; et je ne comprends pas que des montagnards naïfs aient eu la faiblesse de fournir à M. Thiers, parleurs interruptions, le prétexte de quitter le genre badin où il est toujours agréable , pour se poser en orateur ofTensé. — Caïus Gracchus lUnignioi', Cnéius Pompéius Joly, Airginius Ueville , Décius Pelletier, Ovidius Leroux et Mucius (iio|)pn n'oni d'anlre excuse de leur impatience (jue le titre de

citoyens romains qu'ils viennent de rece>oir de Mazzini.

Le petit Thiers s'élfiil fort échaufTé en parlant: il a fallu lui .hiniirr ii-

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(eii'ps (1 îillor iiietire un paletot. Au bout d'un (juart d'heure il est revenu eu\elo[)|)é jusqu'au nez, et il a fuit signe qu'il était prêt à recevoir une réponse. — t. est Ledru-Rolliu qui est monté à la tribune. — Comme il parlait d'Iionneur, et que sa voix tonnait pour porter jusque par delà les Alpes, à la triste Italie , le vœu de la France révolutionnaire , MM. Mole , Duvergier , Malleville et Coquerel , assis à côté l'ini de l'autre, ont cru du meilleur goût de faire semblant de dormir. — Cependant notre célèbre Udilon Harrot n'a pas supporté plus longtemps, dans l'intérêt de sa gloire , qu'on vînt répandre en France le bruit qu'il existe une Italie. Il a donc donné à cette assertion un démenti formel ; et se sentant poussé à bout , il a par la même occasion rendu tous les diners de la liefuriiie, banquets de Saint- Oueiitin, discours et professions de foi (|u'on lui reproche depuis deux jours. — i'elati\enu'nl à l'Ilalie. l'niraîué par sa verve, il était sur le point

(le (lire tout ce qu'il jiensc de la ié\(iluliiin de février lorsqu'en vous

ra|![;ela)it(iue .^ans cette révolution que vousu'a^ez ni désirée ni faite, et qui est le [liusgrandcrimedeLedru-RolIin, vous ne seriez pas premier ministre, vous vous êtes arrêté à temps , — ô solennel Bertrand ! — Recevez-en notre compliment sincère. Tant de réserve vous rend digne de l'ordre du jour — à jieine moti\é et peu belliqueux — que vous avez obtenu.

Le généial ('u\aignac aurait pu être éloquent en se taisant; je m'étonne qu'il ne se soit pas délié davantage, lui d'ordinaire si prudent, de l'empressement avec lequel l'habile petit Thiers lui avait cédé la parole pour s'CTpli(juer sur la politi(jue étrangère de l'ex-pouvoir exécutif.

Eud^ri du minisLêre de Fi.T.éneur. — Incident. — Le.- préfets s. oenifijvus.

C'était jour de lessive. Pour se conformer au précepte de Napoléon l'ancien) , M. Léon Faucher est venu laver en famille le linge sale du budget de l'intérieur. Toutes les réductions ont d'abord été votées avec enthousiasme; et enfin au chapitre 3, — reliaitc des employé!^ de l'adinimslratw)i ccnlrule, — un certain citoyen Brard, provincial naïf, s'est avisé de demander à quel titre dix-huit préfets , révoqués par la République , iivaient obtenu des pensions. — A litre d'invalides , réplique vertement Léon Faucher. — Conuuent ces malheureux furent-ils blessés ? reprend M. Brard avec intérêt. — Par la révolution ! — -Les règlements ne donnent droit à la pension que pour infirmités contractées dans l'exercice même des fonctions ! — J'ai les certificats des médecins !

Excellents certificats! — Ce ne sont (pie : sciatiques dynastiques, paralysies subites de traitement et rhumatismes orléanistes, déterminés jsar les

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coups d'air de février. — Le conseil d'Etal eût été bien difficile s'il ne s'en était pas contenté. Il paraît même qu'on avait un instant songé à créer un hôpital d'anciens préfets. — Là-dessus, Louis Perrée de s'écrier de sa ])lus belle voix : Expliquez-nous donc , monsieur Faucher, pourquoi vous avez remis tout récemment en activité de service [)lusieurs de ces inlirmes qui , d après leurs certiiicats , ne doivent pas pouvoir marcher sans béquilles? — Parce que mon entrée au ministère les a subitement guéris!

Léon Faucher qui fait des miracles ! voyez-voits l'étonnement de l'Assemblée. On s'empresse autour du ministre; c'est à qui louchera dévotement le pan de son habit ; quelques incrédules sollicitent une enquête. — Ici, Léon Faucher tire un grand parti de sa maigreur, de son teint bilieux, et de ce nez solennel qui l'a constitué écrivain sérieux en naissant , et jilus tard homme d'l"ltat. Les économistes maigres à long nez forment une classe à part. .Moins on les lit, plus leur réputation augmente. Lors(]ue les ré\olutions arri^ent, l'habit noir et la cra\iile blanche qu'ils ne (|uilliMit jamais attirent l'attention sur cu\ ; on les nomme représculanls par la même raison qui les ferai! choisir pour aller offrir les clefs de la \iile au général ennemi le jour oii elle se rendrait. — (!ar tout porte à croire (|u'ils ont le plat d'argent chez eux. — Médiocrité et costume présentable, \oil;i les deux passe- piirls qui permettent à nos Léon Faucher de s'introduire paitout : à la (|ualriènie page des journaux, sous la monarchie: et en temps de ri''pul)li(|ii(' , au niiuislcre de l'intérieur, lors(|u'(in \cu\ \ |iiacer (juelqu un d'une iiiipnilauce Idul a lait secondaire, (pidn puissi; renvoyer aussi facilemenl (|u'i)ii l'a lail \cnir, et sans (|ue cela dllVe h; moindre embai'ras sérieux dans les di\erses condnnaisons polilii|ues (|ui ^e |)réparenl. Ces ministres tiennent les bureaux propres; leur mise décente satisfait le public, et l'dn n'a point peur, grâce à l'éducation hbéraic rlont ils sont i)our\us, qu'ils emportent les canifs en s'en allant.

Il n'y a\ail cerlainemcnl dans aMciiii parli un li(iminc de \aI('Mr (|ui eût acccjité la responsabilité des actes (|ui' le jcuiu' Lénri laucher evécule avec une elfronteric dont il faudrait être bien ingrat pour ne pas lui lenir compte. M. Denjuv lui-même n'oserait pcut-êtie pas aller aussi loin, (/est au point que, dans cette belle (lueslion des préfets, notre célèbre Uarrot, que ses \ertus end)arrassent cba(|ue join- da\antage, a rougi à .son insu , et (pi'il a été obligé, |iour dissimuler son indignation involontaire, de se plonger dans un pailios au(|uel les auditcins les plus attentifs n'ont rien compris, — sinon (|ue le vénérable (►dilon Harrot a un fond d'honnêteté qui dément la révoltanie théorie (|u'il s'ol cru obligé de dé\elo|)per en ;nalière de probité polili(|ne. — Léon Faucher devient vert, mais il ne rougit ianiai<. On a pu craindre qu il ne fût sai>i d'une attacpie de cbo-

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léra. Il avait l'écume aux lèvres, une sueur visqueuse sur sa face hlème , l'œil hébété , et dans touic sa personne un tremblement qui trahissait encore plus de maladie que de colère. — Son élat a surtout inspiré de vives inquiétudes , quand on s'est aperçu qu'il avait marché sur M° Favre et qu'il avait été piqué. La plaie n'a point tardé à s'envenimer. — On se disposait déjà à l'amputation du chapitre; — heureusement le docteur Carbonnela apporté un cataplasme de renvoi pur et simple à la commission du budget — auquel le ministre de l'intérieur doit son portefeuille. — Malgré l'adoption du cataplasme, à onze voix de majorité, nous craignons que notre intéressant malade ne demeure perclus de trois préfets. Il ne s'en consolerait probablement pas , car ce sont ces préfets-là qui , lorsqu'il les a replacés pour les récompenser d'avoir produit de faux certificats, lui ont promis de le recommander ])lus tard à la bienveillance de M. Duchàtel , leur ancien protecteur.

3 iiviil.

Suite de la discussion du budget du ministérs de rinleneur

Malheureuse France 1 malheureuse garde nationale ! Quoi ! plus de respect pour les militaires ! Y aurez-vous réfléchi, cruels? Lui supprimer ses parfums , les eaux de Portugal , le savon à la rose , le cosmétique de madame Ma, les pâtes indiennes et les ingrédients de senteur indispensables à sa toilette? Comment voulez- vous (ju'il embaume désormais, et qu'il endosse son grand uniforme, et qu'il place dans ses fontes deux llacons d'eau de Cologne les jours de revue? Est-ce ainsi qu'on le récompense d'avoir si bien respecté le somm.eil du petit père Marrast "? Ah I si je m'appelais Bergamote, si j'avais été récemment peint par Cham avec tous mes attributs et notamment avec le toupet dont la frisure seule exige pour son entretien les soins assidus de trois coiffeurs; si j'étais le Bergamote du 29 janvier, et qu'on se permît de me retrancher un traitement d'autant plus légitime aux yeux des amis véritables de l'égalité et des principes républicains — dont MM. Thiers , Denjoy etTaschereau , nos trois Suisses, sont les fidèles représentants, — d'autant plus légitime, dis-je, qu'il viole ouvertement la Constitution , je ne consentirais pas à conserver un instant de plus mes pommades de général en chef, et je viendrais déposer mon fard et ma patte de lièvre sur l'autel de la rue de Poitiers !

Dorinval, le grand politique, a bien apprécié le coup d'Ftat devant lequel la constituante n'a point reculé. « Oui, s'écrie-t-il dans sa feuille , ils n'ont pas voulu laisser à notre Bergamote les moyens de proléger la société ! » — Dorimal , relie e\cIamatiou est digne

de vous! J'y vois, ô Dorin\all la peinture fidèle de votre noble caractère. Point d'argent, point de Suisse I Vous êtes de la doctrine de Petit- Jean, et je me plais à reconnaître que vous raisonnez comme si l'tin vous avait fait venir d'Amiens pour être concierge. Ouest-ce que la gloire? La gloire est un traitement plus ou moins élevé. Ou'esl-ce que l'honneur? L'honneur est une réunion de gros sols. Pourquoi aspire-t-on aux honneurs et à la gloire? Afin de toucher des apj)oinlonienls avantageux. — L'attendrissement que \ous cause, généreux l)orin\al , le vote de l'Assemblée nous indi({ue suflisamment la magnanimité des |)alrioles dont vous êtes l'organe — par souscri|)tion, — cher Dorinval, • — inec escompte, change de place et frais de ports de lettres, — ô lianquier, publiciste de la haute banque, ô Dorinval que vous êtes !

(les réflexions ne peuvent malheureusement pas remplacer les 50,000 francs enlevés à lîergamole (".hangarnier. — Et dire qu il a suffi à Fa-ou Faucher de présenter la demande d'allocation pour obtenir un pareil résultat! Ce ministre fait à chaque instant des progrès nouveaux dans la faveur de l'Assemblée. Notre excellent Barrot a voulu le laisser aujourd'hui livré à lui-même pour qu'il se rendît bien compte par expérience de l'autorité personnelle dont il jouit. Le discours de M. Léon Faucher a (lissi])é tous les doutes dans l'esprit de ceux auxquels il en restait encore; à peine a-l-il annoncé (|u'il faisait du traitement une affaire personnelle, (pi'on l'a immédiatement sup|)rimé.

F, appui sympathique d'une majoiilé déxouée promet de sui\re le ministre de l'intérieur jusqu'au bout de sa carrière. Afin de lui prouver le gré (|u'(m lui sait de ses tentatives de rétablissement de la censure dramatique dans ces derniers tem|)s, on n'a point hésité à rejeter le crédit de 2."), 000 fr. (|u'il demandait en fa\eiu- des inspecteurs chargés de faire sur les manuscrits des ratures à l'encre rouge. — F.n revanche, 100,000 fr. de sid)venlion à l'Odéon, à la condition (ju'il jouera le nouveau drame d'Antouy Thouret, — six actes en vers, sous le litre de :

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