‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 103 sur 114 · I. UOMMF. OIT A T.WT SOITI-KHT · texte numérisé non relu

I. UOMMF. OIT A T.WT SOITI-KHT

/| .nvril.

Vote de l'onscmblH du budjel de l'iriteneur.

F-e jeune et indomptable F,éon i'aucher voulait encore rompre quelques lances, mais Odilon Karrot , prenant le visage du sage \eslor, l'a retenu par rcs paroles : « 0 fils de Mallhus , vous avez assez combattu : reposezvous à l'ombre de celte séance et suspendez votre bouclier à côlé di' celui lie M. de Falloux. descendant des mis d'Ilhnipie . r|ni ^ i -l cniiiaré du car-

530 I.' ASSI^MIJI.KF. NATIONAI.i; COMIQLK.

quois de l>ûyoIa. Maintenant que nous possédons ces flèches exigées par les oracles , nous sommes sûrs de remporter la victoire ; la prochaine fois que Ledru-Rollin paraîtra sur les remparts de la Constitution , l'un de nous lui décochera un trait qui lui fera mordre la poussière. Mais aujourd'ui, restons auprès de nos tentes : amusons-nous à des jeux qui entretiennent la force du guerrier. Manions le disque , lançons le palet , et allons rendre visite à Briseis qui est nonchalamment étendue au milieu de ses prospectus électoraux dans le palais de la rue de Poitiers.

C'est ainsi que, dans mon temps, les héros fils des dieux faisaient trêve aux comhats et oignaient d'huiles odoriférantes leurs memhres fatigués. J'en ai vu bien des générations de (îrccs belliqueux s'élancer au plus fort de la mêlée ! j'ai vu les aventuriers de Thessalie , j'ai vu le petit Thiers lui-même ce nain qui fut l'orgueil des Scythes, j'ai vu le gros Duchàtcl , homme qui dévorait un bœuf, j'ai vu tous ceux qui , sous la conduite de Guizot l'ancien , affrontaient sans pâlir les plus cruels démentis ; mais je n'en ai point vu un seul , ô fils de Malthus, qui fût aussi bilieux et aussi insensible que vous à la douleur. On dirait que vous ne sentez pas les coups , et même que vous éprouvez quelque jouissance chaque fois que l'ennemi vous passe au fil de ses discours, ou vous écrase à coups d'interruptions. Sans doute que votre maigreur trompe les Troyens: leur épée ne perce jamais que votre habit , et vous êtes si mince , que la massue ellemême ne peut pas vous aplatir. Remerciez-en les dieux qui présidèrent à votre naissance, mais n'abusez pas de la faveur qu'ils vous ont faite, et goûtez aujourd'hui quelques instants de fraîcheur dans les grottes de votre budget.

— Sage de la Grèce , tes conseils sont des ordres , répondit le fils de Malthus : puisque vous êtes mon second père , je me garderai bien de vous désobéir, mais je vous feraiobserverque j'ai peine à retenir ma bouillante colère. Les Troyens nous ont enlevé hier d'opulentes dépouilles. Ils ont pénétré, à la faveur de la discussion, jusque dans l'asile le plus reculé du ministère, et là ils se sont livrés au pillage. Quand Dorinval, attiré par leurs discours, est arrivé à la tête des articles de la Putric qu'il rédige pour nous, il était trop tard. Les Troyens emportaient avec eux la pommade et le traitement de notre fidèle Bergamote.

Que vous dirai-je ! l'innocent Lava lui-même , mon inspecteur des théâtres , s'est aperçu qu'on lui avait pris ses chausses ! Soulfrions-nous donc que les lâches ravisseurs se fassent dans leurs montagnes un trophée de leur butin ? ]\on, seigneur, je veux emprunter au Théâtre-Français le glaive avec lequel les premiers rôles de tragédie jouent le personnage d'Achille ; je veux retrousser ma tunique , mettre mon manteau en bandoulière, romme im gendarme, et pnursui\re les Troyens au fond de

LA (.ONSin liAMK. — V AVl'.ll. 351

leurs relrai les inaccessibles. Si la force ne siillit pas, j'enipluierai la ruse; je déguiserai Failoux en cheval de bois , et je le remplirai de jésuites ; nous démolirons un pan de la tribunepour le faire entrer dans la discussion, el une fois qu'il y sera , des bataillons de Denjovs sortiront de son ventre et se précipiteront sur les républicains sans défense. On les nias^sacrera pendant leur sommeil: lUnioiiier sera immolé impitoyablement aux pieds du petit père Marrast. Onant à Ledru-Kollin, à Flocon et à l^tienne Arago, nous les emmènerons en captivité ; Flocon, réduit à l'esclavage, sera condamné à nous verser comme un garçon de café la bière écumantc dans des ebopes; pendant ce temps-là, il faudra qu'Etienne Arago nous improvise des quatrains, el nous ferons voir Ledru-Kollin, sous le titre de géant, aux Grecs avides de curiosités.

Telle est la vengeance que je prétends tirer de l'alTrunt que j'ai reçu hier! Je sais bien que Dorinval , dont les expressions poétiques sont audessus de tous les éloges, a invité ses amis à venir déposer leur obole (sic) en faveur de Cbangarnier; mais le fier capitaine refuse ce traitement par souscription : il a juré de n'accepter que les amendes donlnous frapperons

la presse ennemie, el de n(i\er dans les (luis ri Cau de (.ulnj^nr N> clernel ennemis de l'ordre et d'Agamemnon.

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\ ces mois, Odilon Hanot reprit son vérilablo \isage. — J'a\ais \oiiiii vous éprouver, dit-il à Léon Faucher, et c'est pour cela que je aue suis ])résenté à vous sous les traits de i\estor; je reconnais que vous êtes indomptable. Allez donc, je ne vous retiens plus! Aussi bien, puisque la séance d'aujourd'hui s'est terminée à notre insu par le vote de votre budj^ct, et qu'il ne reste pas vingt représentants dans la salie , l'instant est jilus l'avùrablc qu'hier ])our engager le combat. Vous êtes toujours sur de vaincre (|uand vous ne rencontrerez pas de résistance I

PudAei du ministère de l'inEtruGlion p'jb!iqu'-

Avez-vous remanjué combien M. Falloux, ministre de l'instruction publiipie , ressemble à Baroilhet, le regrettable chanteur de l'Opéra? M. Falloux n'est cependant pas un baryton; si l'on jouait le Hnrhicr de Sérille à l'Assemblée nationale , il serait obligé de remplir le rôle de Basile qui appartient à la basse ; le grand chapeau et le costume du jiersonnage lui conviendraient d'ailleurs à ravir. Il est impossible de contempler M. Falloux sans songer au bon effet qu'il produirait sous la robe des ignorantins; tous les petits polissons de la miihicllc se iiietiraient à ses trousses. — M. Falloux monte à la tribune comme un saint honnne qui vient V faire ses dévotions. A cause de ses favoris et des longs poils qui lui pendent sous le menton, on ne peut pas le prendre pour un clerc, tout en reconnaissant à son air de componction et à sa démarche de séminariste que ce n'est pas non plus un laïc. Souffrez qu'il dise le Ucncdinlc avant de commencer son discours. T.e voici qui s'arrête un instant sur les premières marches de l'escalier; c'est peut-être pour tremper ses doigts dans l'encrier des secrétaires et faire le signe de la croix. Où donc est le sacristain Montalemberl, et pourquoi n'ouvre-t-il pas le chœur à M. Falloux ? il sait bien pourtant que ce paroissien fait partie de la fabrique , et qu'il a un prie-dieu à l'année derrière le serpent. Dans les processions , c'est M. Falloux qui porte la bannière de saint Polycarpe; il avait même aujourd'hui gardé le baudrier. Personne ne rend le pain bénit avec plus de distinction que lui , et nous nous plaisons à reconnaître qu'il n'irait pas à confesse d'un autre air que celui qu'il a pris pour défendre le budget du ministère de l'instruction publique.

Comment peut-on bien avoir le courage de causer du cjiagrin à M. Falloux? A ])eine lui a\ail-on réduit son chapitre du personnel, (|u"il a

LA CONSTH l ami; — 0 AVIill. 533

toiulu liuilrejoue, en disant : « Réduisez, mes frères, donnez-\ous-cn à cœur jdie ; frappez-moi, traitez-moi conune le dernier des hommes, je l'ai mérité par mes péchés. Kyrie eleison I » Des païens eussent été désarmés par cette résignation touchante ; mais la commission est composée d'hommes plus insensihles que le huron sauvage : tous philosophes; le philosophe Corne, le philosophe Stourm, le philosophe Dubois, — voltairiens endurcis qui traitent les besoins du culte avec une coupable indifférence, et qui n'accorderaient pas seulement une légère augmenlalion de crédit en faveur de l'œuvre de hi rue de Poitiers.

Le petit Dezeimeris — surnonnué le rai nndot — est venu connue à l'ordmaire apporter son gague-pclit dans la tribune, en criant pendant un quart d'heure : « Remouler les traitements et les dépenses , remouler les ciseaux et les couteaux 1 » et il a si bien repassé tous les chapitres et les crédits qu'on lui a confiés qu'il n'en restait que le manche.

Il était temps que l'éUjquence méconnue de deux professeurs fil diversion au scepticisme et à l'incrédulité dont la constituante avait déjà donné trop de preuves depuis le commencement de la séance. Ces deux professeurs se devaient à eux-mêmes de justifier aux yeux du ministre de l'inslruclion |)ublique, par quelque adroite llatterie, la position qu'ils occupent. L'un de ces professeurs est Catien Arnould, — déjà nommé dans le cours de ces pages, et sur le compte duquel je ne m'apjiesantirai pas de nouveau. — (iatien .\rnould, favori de Clémence Isaure, revêtu du caractère indélébile de maître des jeux fioraux . continue d'appartenir à la faculté de Toulouse , et personne n'a été surpris des efforts qu'il a faits pour maintenir un budget auquel il prend part. Néanmoins, il obtiendra toujours plus de succès dans les couvents et pensionnats de demoiselles avec son cours de littérature à l'usage du beau sexe, que dans les réunions politiques.

L'autre professeur nous apparaissait pour la |)remière fois. C'est M. llippolyte Forloul , honnne jeune encore , un peu chauve , d'une fadeur agréable, décoré et soigné ainsi que doi>enl toujours l'être les Lo\elaces de ILniversilé qui passent pour savants parmi les gens du monde, et pour lionnues du monde parmi les savants. M. llippohte Fortoul était tout à fait propre à devenir recteur. Plaire par sa grâce et son aménité aux mères des élèves; embellir de sa présence les soirées de la préfecture; prêter quelque gravité aux jeux innocents en daignant y prendre part : mettre l'inébranlable indépendance de ses sentinients lilléraires au scrxice de Icius les g<»uvernements , telle était la vocation d'IlippoKte Forloul. — Nous l'avons connu à l'épnque de ses déiiuls , et il était déjà facile de |trévoir où le conduirait l'heureux mélange d'ennui et Ar fausse poe-^ie qui farncjénsenl ^.>n lal.nl. M. IlippoUir Forli.ul. ;d.M> «pid n'élail ( iumic

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que prosateur lycanthrope , — variété curieuse de Fauchers littéraires qui se produisit après la révolution de juillet , — Ilippolyte Fortoul , dis-je, ne savait que bien peu de chose , quoiqu'il se destinât par une compilation soutenue et des enthousiasmes successifs aux chaires bien rétribuées ; mais il est probable qu'il a appris depuis... à faire son chemin. Il a eu surtout le grand art de quitter Paris, où l'on brille difficilement, pour adopter une patrie qui manquât de grands hommes et put être fière de lui. On nous dit qu'il evisle une contrée éloignée de la capitale où l'on appelle familièrement Hippolyle Fortoul le Thiers des Basses-Alpes 1 — Celte gloire aurait dû, ce me semble , suffire au professeur, et le dispenser de rappeler par im discours ses articles que l'on avait oubliés.

7 uvrll.

Suite de la deuxième délibération sur le projet de l'organisation judiciaire.

Les représentants qui se respectent ont autre chose à faire le samedi saint que d'écouter des discours de fin de carême. C'est pourquoi la plupart s'étaient dirigés vers les Champs-Elysées dans la pensée romanesque de contempler la descente de Longchamps. Le bruit s'était répandu que notre célèbre Odilon Barrot avait fait mettre des roues à son piédestal, et qu'il se promenait dans la grande avenue avec ce galant équipage. La pluie a empêché le ministère de sortir, ainsi qu'il en avait le vif désir, et la foule, après une assez longue attente , a pris le parti de chercher un abri à l'Assemblée , où règne cependant une éloquence délétère à laquelle les meilleurs tempéraments résistent difficilement. Etonnez-vous des ravages qu'y fait le choléra, lorsqu'en moins d'une heure, Léon Faucher et M'' Favre prennent la parole l'un après l'autre ! Aux dernières phrases de Léon Faucher , l'Assemblée , justement alarmée , s'est empressée de chlore la discussion , et l'on a ouvert toutes les fenêtres afin de renouveler l'air ; malgré cela , il n'eût pas été prudent de rester exposé aux miasmes d'un pareil discours , et les représentants ont encore mieux aimé recevoir la pluie que d'écouter la suite de la deuxième délibération sur le projet de loi relatif à l'organisation judiciaire.

9 avril.

F.ejet des 40,000 fr. demandés pour frais d'installation du vije-president de la République. — Voie du budget de l'instruction publique; du budget dss cultes. — Suite de la discus- Eion du projet, d'organisation judiciaire.

La République a produit peu d'hommes égaux en embonpoint à notre gros Antonv Thouret. M. Boulav est un de ces hommes: mais jusqu'à pré-

i.A co.xstui A.\ïi:. — o wiui.. 555

sent il avail toujours vlé heureux. Surpris par les grandeurs au milieu de son sommeil , nommé vice-président sans avoir d'autre titre à celle importante fonction que celui de //; Meurthe, il semblait le favori de la fortune : et cependant il faudra dorénavant le ranger, lui aussi, dans la catégorie douloureuse de ceux qui ont tant souffert! — J'avais aperçu M. Boulay (de la Meurthe) dans les couloirs, il était complètement éveillé; cela me surprit : si je n'avais été reterm par le respect , je me serais approché (lu vice-président et je lui aurais dit : — Quoi I vous ne dormez pas , à cette heure du jour, quand tout vous dispose si favorablement à la sieste , le soleil , les hommes et les discours ? Quelle grave inquiétude peut donc vous préoccuper"? Serait-ce qu'on aurait supprimé votre baignoire, ou rembourré d'épines le siège sur lequel vous aviez l'habitude de vous asseoir?

Et si le vice-président m'avait répondu : — Je ne dcrs pas parce que je sollicite une augmentation annuelle de 40,000 fr. de traitement pour frais d'installation. — Arrêtez! monsieur Boulay de la Meurllie, me serais-je écrié; au nom de votre repos, ne poursuivez pas plus longtemps un projet que les ennemis seuls de votre sommeil ont pu vous suggérer. Savez-vous à quoi vous vous exposez? Cette Assemblée est remplie de gens qui ne peuvent pas supporter qu'on leur parle d'augmentation de traitement. Ils vont tous dire que vous avez cent mille livres de rente, que vous avez cinquante mille francs d'appointements, que vous êtes très-économe, qu'on ne vous connaît aucunes dépenses; que vous avez plusieurs fois donné à votre ancienne légion de la garde nationale des fêtes dans lesquelles on ne buvait que de l'eau sucrée. Que ne diront-ils pas encore? Ils diront que votre emploi, quoique très-glorieux, n'est pas précisément utile : ils se livreront à des recherclies de mauvais goùl pour découvrir à quoi un vice-président peut scr\ir ; on ajoutera à ces récriminations de fâcheuses plaisanteries; par exemple : qu'un vice-président est une quatrième roue à un tric\cle, et que vous pouviez bien vous dispenser d'éveiller la jalousie du petit père Marrast, (|ui se contente de 4,000 francs par mois! Tout cela vous empêchera de dormir pendant quoique temps, et je ne crois pas qu'il y ait d'appointements capables de remplacer pour \ous les douceurs du sommeil.

Tel est le langage que j'aurais tenu au \ ire-président , et conmie il a fait une longue étude de la sagesse antique au comité de lecture derodéon, en écoutant a\ec assiduité, pendant vingt ans, toutes les tragédies vénérables qui ont franchi la ^i^ière, sans doute qu'il eût prêté l'oreille à mes avertissements. .Maudit soit le respect qui m'a retenu ! Le patnre Boulav (de la Meurthe^ va passer une bien mau>aiM' nnil ' Il din'(|n'il ne s'est pas

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tromé parmi ceux qui l'approchent familièrement un ami pour l'empêcher de s'exposer à la déconvenue qui l'attendait ? — Certes , le vice-président est un homme qui sommeille avec l'extrême facilité que donne seule l'innocence ; mais le système nerveux tient quelque place dans son embonpoint, et nous lui connaissons une susceptibilité délicate que deux causes peuvent exciter : — laquestron de l'instruction primaire, sur laquelle il avait l'habitude de prononcer un discours tous les ans à l'ancienne chambre, et le refus d'augmentation de traitement qu'il a subi aujourd'hui.

Maintenant , si l'on examine au point de vue philosophique le résultat de la discussion, on conviendra que M. Boulay (de la Meurthe ) , pour peu qu'il fît abnégation d'amour-propre , devrait en être moins affecté que tout autre vice-président. En effet , à quoi destinait-on Tallocation refusée avec un empressement plus désagréable que le refus lui-même? à des frais d'installation : — c'est-à-dire qu'on prétendait que le viceprésident fût meublé , blanchi et couché aux frais du gouvernement. La perte n'est pas grande pour M. Boulay (de la Meurthe). Grâce à son heureux caractère , tout riche qu'il est, il n'a jamais eu que des meubles en noyer. Quant au blanchissage, son habitude de ne pas laisser voir ses cols de chemise lui évite de grandes dépenses; et comment s inquiéteraitil de la façon dont il est couché, puisqu'il dort partout?

P. S. Failfis un signe de croix! Après le vote sur l'ensemble du budget de l'instruction publique, la discussion du budget des cultes a duré moins de temps qu'une messe basse. M. Falloux avait mis son beau surplis. Ce n'était guère la peine ; on ne l'a pas laissé officier , tant on était pressé de consacrer une demi-heure au projet d'organisation judiciaire.

10 av

Lettre du vice-président Boulay. — Fin de la deuxième délibération Eur le projet d 'organisaiion judioiairs.

C'est une lettre qu'entre les mains du petit père jlarrast le vice-président Boulay de la Meurthe) avait dit de remettre ! — La lettre est courte , mais elle peut avantageusement tenir lieu d'un long poëme. M. Boulay a pris au sérieux le \ote d'hier; il ne veut pas demeurer en reste avec l'Assemblée, et il déclare que, pour aider sa patrie à entrer dans la voie toujours si désirable des économies, il renonce même à son traitement, qui lui deviendrait onéreux dès l'instant qu'il serait obligé de monter un palais et d'acheter un mobilier sur ses propres économies. Ciîlle lellre a exciié un allendrissemonl presque général. Il \ avait niic larme dans les yeux du

LA (.ONSTIIUAM !.. — 10 AVItll.. 357

petit jière Marras! , qui a failli tirer de sa |)oclic Sun dernier mois de traitement pour le déposer sur le bureau. Peut-être que s'il avait cédé à ce premier mouvement d'émotion , ses collègues auraient voulu faire assaut de générosité avec lui, et rendre tous à l'envi les vingt-cinq francs qu'ils n'ont acceptésjusqu'à présent que par pur respect humain. — La deuxième délibération du projet d'organisation judiciaire n'a pas permis à ce combat de générosité de s'engager. — D'ailleurs la position de 31 . Crémieux abientôt attiré toute l'attention de l'Assemblée: cet excellent orateur, en se pronienant à

travers les souvenirs de février, a eu le malheur de tomber dans un bénitier où il n'avait pas l'air d'être fort à son aise, car le sacristain Monlalembert \enailde le rem|)lir de magistrats inamo\ibles. Le citoyen Crémieux est, comme on sait, de Irés-pelitc taille; il a bientôt perdu pied; et bref, il n'a |iu se tirer duilaire (|u'à la nage. Comme il était tout mouillé en sortant, Idbligeant M' Favre a fait minede l'essuyer; mais il avait eu soin d apporter •lu linge trop chaud, — si bien que le pauvre Crémieux, voyant que son ami \oulait le rôtir, a mieux aimé grelotter jusqu'à la fin de la séance que de se confier à. ses bons soins. — Les serviettes de M" Kavre ont été employées il envelopper le projet d'organisation judiciaire, qu'on a pu ainsi enterrer — sans (jlTcnser la [nuleur du révérend Monlalembert — dans la fosse Commune réser\ée aux lois mortes axant la troisième délibération.

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11 avril.

InterpsUations de Ledm-Rollin sur l'intervention de la police dans les réunions éleotoraks. — Incident. — Soufflet donné par Raspail neveu à son collègue Point.

Accompagné seulement de deux ou trois commissaires habitués aux visites domiciliaires sous l'ancienne monarchie , et d'un détachement de sergents de ville, tous hommes d'élite, tous recrutés parmi les vieilles bandes dont le gourdin joua autrefois un si grand rôle rue des Prouvaires , tous habillés à neuf pour la circonstance, le jeune Léon Faucher n'a point hésité à forcer l'entrée des réunions électorales. — Ledru-Rollin s'est mis en devoir d'opposer une résistance héroïque à l'aide d'un grand nombre de textes de loi qu'il faisait pleuvoir sur les assaillants ; déjà même il avait écrasé plusieurs d'entre eux sous un article de la Constitution , et il paraissait disposé à soutenir un long siège après s'être fortement barricadé avec d'anciens arguments de M. Malleville, et avec d'énormes phrases qu'il avait tirées à grand'peine des anciens discours d'Odilon Barrot , où elles étaient enfouies , pour les rouler en travers de la porte. — Mais au plus fort de l'action les discours sont tout à coup tombés des mains des combattants... — la séance est interrompue; on se précipite en tumulte dans l'hémicycle... — Au bout d'un quart d'heure, réquisitoire du procureur-général Baroche , qui demande l'autorisation de poursuivre le représentant Eugène Raspail , pour le soufflet qu'il vient de donner dans l'enceinte législative , à son collègue Point. Eugène Raspail était condamné d'a\ance , — moins encore à cause du soufflet qu'à cause du nom de son oncle qu'il porte. — L'autorisation de poursuites une fois enlevée, — f ordre du jour pur et simple venait de lui-même clore les interpellations de Ledru-Rollin.

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