‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 109 sur 114 · ivril · texte numérisé non relu

ivril

Projet de loi sur l'orÊaniEaiion de la force publique. (Suite de la deuxième délifcôrauon.)

Le tjènèral f.amoricière est un orateur (jiii me ])laîl iunninienl; sa façon

rie moiilr-r a la Inbniir dcmnc uw jn^lr idi'r de la ^urne ipiil faisail

37fi I.ASSKMULKt: .\ A T lU.N A I. K CO.MIQIK.

on AIVl(iiio. Kamoncière est \il', brun, spirituel, ])roni|it à l'altacjue et à la repartie; il se précipite dans la discussion comme sur un douair arabe, sabrant les bommes, emportant les femmes en croupe, et trou\ant toujours au milieu même de la mêlée l'occasion de dire quelque bon mol passaliiement parisien et troubadour. Il y a dans l'éloquence de M. Lamoricière un certain côté de cette verve de marécbal-dcs-logis qui brille a\ec tant d'éclat cbez l'impétueux ('lément Thomas. L'babilude du commandement supérieur a singulièrement modifié le zouave ; mais cela ne nous empêche pas de craindre encore, chaque fois que nous le voyons prendre la parole, qu'il ne jette le verre d'eau sucrée au nez de ses contradicteurs. Heureusement le général Lamoricière se connaît; il a beaucoup d'empire sur luimême , et pour être sur que ses mains n'iront [)as plus vile et plus loin que sa volonté , il les met dans ses poches : — dans l'intimité , Lamoricière doit être terrible; l'on me dirait qu'il ne discute jamais sans renverser les encriers , sans écraser toutes les plumes et même sans briser quelquefois un peu les chaises, que je n'en serais pas étonné. C'est bien évidemment l'un de ces interlocuteurs^ auxquels la contrariété n'a pas le don de plaire, et qui ne prennent pas la peine de dissimuler leur impatience quand le respect humain ne leur en fait pas un rigoureux devoir. Ouelqu'un qui écoutait tout à l'heure attentivement le général, me disait : II doit être fort aimé des dames, mais aussi comme il doit les battre ! La réflexion était prise au figuré et toute littéraire ; mais elle n'en est pas moins juste. D'ailleurs ces orateurs violents sont les plus doux du monde; il suffit de savoir les prendre pour en faire des agneaux, — témoin le général Cavaignac, qui , pendant tout le temps qu'il est resté à la tête du gouvernement, n'a jamais manqué de calmer les plus grandes colères de son ministre de la guerre en lui disant a\ec un grand sérieux : — « Général , vous abusez vis-à-vis de moi de la supériorité de votre grade ; ce n'est pas généreux ! » Là-dessus Lamoricière partait d'un éclat de rire, et ^I. Dufaure , voyant qu'il n'y a^ait plus de danger, sortait de dessous la table où il était prudemment allé continuer la délibération jusqu'à la fin de l'accès de son collègue.

Pour en revenir au projet iVvr(jfinisahon ac l'année qui avait été dès hier le sujet d'un engagement assez vif, il est bon de dire que , fidèle à ses habitudes africaines, Lamoricière a passé la nuit sur le champ de la discussion. Avant appris dès le point de la séance par ses éclaireurs que l'ennemi faisait mine de vouloir prendre l'offensive , et qu'on apercevait déjà l'infanterie de la rue de Poitiers aux environs de l'article 32, où elle prenait une forte position , il a réuni à la hâte tous ses aides de camp autour de lui, et il leur a tenu un langage propre à les enflammer: — Vous,

l.V CONSTIÏl AN Ti:. — -25 WlilL. 577

(.liarras, qui avez une iigiire ollrayanlo, (ju'on ne peut rej^arder sans pâlir dans les comhals , el donl le nez prodigieux et martial suflil pour

iiiellrecn l'uile la eaNalerie ennemie , |iréripilez-\uusconniic un seul homme eonire Haragiiay-d'Hilliers , (jui semble nous narguer en jouant avec son lorgnon. Nous, de Ludre , prouvez par votre vaillance que vous êtes un ancien militaire; ce n'est pas Brunet qui vous résistera, je l'espère, i|uoiqu'il veuille nous brimer. Aous, Foy, parlez peu, car la tribune NOUS fait bien du fort, el prenez Sainte-Beuve sans mot dire. Cette brusque attaque réussira j)ar le silence. Qu'i'il i "us prisonniers d'hier, ne ^ous en inquiétez pas, je viens de m'cmparer du Peslel Deslongrais. qui espérait délivrer son camarade Besnard , et je les ai mis tous les deux sous la garde d'un oflicier qui m'en répond sur son honneur. Cet oflicier, nommé Tranchant, est l'ennemi personnel des Peslcl ; il a même été sur le point , il y a (jueUpie temps , de leur demander raison de «leux amendements qu'ils avaient [irésenlés de plus que lui ; el Idn a parlé d'un duel à bout jiorlant (|ui de\ail avoir lieu, avec deux |)ropositions, dont I une chaigée el l'autre pas. t. est IJaraguay-d'IIilliers (|ui aurait mesuré les pas. — il est donc impossible (|ueles l'esté! s'échappenl malgré les elTorlsde Deslongrais.— Ainsi encouragés par un premier avantage, suivez-moi comme des .soldats, libres, rentiers, propriétaires el \énlablement dignes du pcrtiliiin raslrensc, dont l'armée entière aura bientôt If bonheui' de joiiii si l'on adopte mon système!

\ >l\ bciiro l;i l'aiiiiMMadr se faisait l'uccirr eiilrnilre a>->e/ (lisluiclcim'iil .

578 l/ASSIiMBLKI': iXATIONALK <:OMIQLi:.

I'. S. — La Pairie «croit savoir » (juel)oiiinal a adressé une dcinaïKie en autorisation de poursuites contre M. Lcdru-Rollin.

Ce «croit savoir» est bien joli. ].(i Prt/ric étant, ainsi que personne ne l'ignore, le journal de Dorinval, c'est ahsolument comme si Dorinval avait dit lui-même : — Je crois savoir que j'ai adressé à la chambre une demande en autorisation de poursuites contre M. Ledru-RoUin. — On assure que ces scrupules de conscience et ces précautious de style se retrouvent même dans la conversation familière et intimé de Dorinval. Ainsi il ne dit jamais à son domestique : — Jean, j'ai besoin de mes bottes ; mais : — Jean, je crois savoir que j'ai besoin de mes bottes.

C'est pourtant un tel homme que M. Ledru-Uollin a calomnié!

Nous rroyonx savoir que l'assemblée a décidément repoussé la demande en aulorisalion de poursuites de Dorinval.

1C, avril.

Discuasion du budgei. d.j la marine.

— Oiidonc allez vous, cher Dcslongrais , dans ce costume de matelot?

— Jlille millions de sabords ! je m'en vas z-à bord du budget de la marine, fiston ; ohé ! de la gabarre , ohé 1

— Mais vous n'y pensez pas, mon bon ami, à votre âge, vous embarquer, vous, un ancien EUeviou; je vous assure que vous perdrez votre voix.

— De quoi, de quoi? écoutez un peu : Adieu mon beau navire aux grands mâts pnvo iiii ses... Est-ce pur?

— Ca [)ourrait l'être davantage.

— Hein, matelot? pare à virer, ou je tape!

— Prenez donc garde...

— Je tape partout, je ne connais rien, je suis le matelot bouleen-lrain... Ohé! de la gabarre, ohé! acoste ! lâche du fdin, garçon, lâche du fdin !

— Qu'entendez-vous par fdin?

— J'entends une réduction importante que je prétends oj)érer à bord du Trary : un joli bateau , mais il a trop de tirage.

— Vous voulez dire : tirant d'eau.

— Oui dà , Castor.

— Pourquoi m'appelez-vous Castor?

— C'est un terme de mépris (jue nous employons dans la marine.

— Ce langage me surprend, cher Deslongrais. mais je ne crois pas ((uc le |ielil M. de KcrdrcI (■(Uiseiite à le stijiporter.

LA (.ONSTII l A.NTi: — -iti AVIill. o7!)

Kii cllot , lo pclil M. (lo kerdrel , (|iii l'ait [tarlio du roniiti' do la luahno (Ml (jualilo d'ancien élève de l'Ecole des Charles, n'ent pas plus tôt enlendu prononcer le mol inconvenant de Caslur , qu'il saisit celle occasion de prouver à l'assemblée qu'il est de tous les orateurs celui qui conserve le mieux ses pantalons. Aucun de ses contradicteurs ne peut dire qu'il v ait une seule tache au pantalon jaune du petit M. de Kerdrel; et cependant il n'a pas cessé de le porter depuis le commenceinent de la session. C'est à l'Ecole des Charles seulement qu'on ap])rend à ^oii^ner ainsi ses vêtements et à empêcher que les mites ne s'y mettent. Il faudrait appeler l'Ecole des Chartes l'Ecole du Patchouli.

Le rapporteur du budget de la marine, à qui le petit M. de Kerdrel avait adressé assez vertement son observation , est un garçon fort distingué et dont je ne suis point fâché d'avoir ici l'occasion de faire l'éloge, à cause de certains souvenirs d'enfance d'un charme tout particulier pendant les séances ennuyeuses. — Du temps que nous étions encore au collège, Edouard Perrinon ne laissait déjà aucun doute sur sa vocation véritable , et sur le rang qu'il occuperait un jour dans le comité de la marine. Personne ne lui était comparable dans nos exercices de natation , et je crois pouvoir affirmer qu'il était le seul élève qui donnât convenablement une rirlhnc. — Victime est le terme de l'art. — Mais je consens à expliquer, en faveur des petits nageurs de second ordre, que Y>ar virtimcs on entend les télés renversées qui ofFrent l'occasion d'un si grand nondire de plalx venlrcs aux amateurs , dont les grandes cuvettes , qu'on a|ipelle à Paris écoles de natation , sont remplies tout l'été. — liien de ce qui intéresse la biographie des hommes destinés à jouer un rùle dans les affaires ne saurait être indififérent; c'est à cause décela que j'ai saisi le prétexte de raconter ces détails encore inédits sur le jeime rapporteur que je connais pour l'avoir vu en caleçon de bain à une époque où il possédait un peu moins d'end)onpoint (|u"aujourd'hui , mais on il n'était pas encore le meilleur officier de noire infanterie de marine, et l'tme des Cxipacités les plus réelles qu ait mises en lumière la ré\(dulion de février.

C.'est donc à bord du ra|)port de la conunission (pie le commandant Perrinon a hissé son [)a>illon et (|u'il fera la campagne du budget de la marine; nous croyons qu'il ramènera de bonnes prises; mais aujourd'hui il s'est malheureusement laissé entraîner — par une pnquisilion de n'-ducliiiiidu cadre de rétal-m.ijiir — jus(prà portée de Lamartine et de Diifaure, deux batteries de terre armées, comme on sait, de discours de (piaranti huit : et il a reçu plusieins boulets dans sa co(pie.

580 l.'ASSK.MliLKI': i\ATI(l.\M.I. CO.MIQIE.

Suite de la discussion du budget de la marin",.

Nous avons encore eu le plaisir de voir le Trary appareiller ; c'esl un fort beau spectacle, auquel les Parisiens ne sont point accoutumés, et dont la fameuse frégate en carton du quai d'Orsay ne leur avait di>nné sous l'ancienne monarchie qu'une idée imparfaite.

LcTracy est un \ieux bateau, mais la République ayant pris soin de le l'aire repeindre à neuf, il a beaucoup de tournure, et nous aimons à croire qu'il sera d'un bel elTet dans les promenades cliampétres que le gouvernement fait exécuter par notre flotte pour réjouir la \ ue des puissances étrangères et encourager la pèche des huîtres sur les bancs du littoral . Si le Tracy était destiné à soutenir un combat naval , peut-être aurions-nous quelques observations à faire sur son gréement; — nous le trouvons parfaitement digne, tel qu'il est, de tenir son rang dans une marine de luxe et de plaisance ; le beau temps et la présence au gouvernail d'Odilon Barrot , l'un des premiers canotiers de Bougival , suffisent d'ailleurs pour dissiper nos inquiétudes. Le Tracy a des canons à son bord, mais il ne les tirera qu'en l'honneur d'un amiral d'Autriche ou de jNaples. Le pis qui pût lui arriver ce serait d'attraper un coup de soleil dans l'Adriatique ; espérons que nos alliés voudront bien lui prêter un des parasols encore en usage dans leurs armées.

Le Tracy n'est point sorti sans difficulté de la passe du budget de la marine, et nous avons vu le moment où il allait s'engraver sur le chapitre 5, relatif à l'effectif des équipages, bien qu'il fût balé par des avocats du port, et qu'une habile manœuvre du lamaneur Dufaure leùt déjà écarté de la jetée des réductions ; heureusement l'assemblée a eu la bonne idée de jeter à la mer une partie de l'infanterie de marine, elle bateau s'est remis à flot. Avant six heures, il était arrivé en vue du chaiiitre 1(3, et il a jeté l'ancre sur un fond de sable oii il attendra la grande marée de demain.

Pendant tout le temps qu'a duré la séance, 31. le ministre de la marine est resté à son banc de quart, d'oii il n'a point cessé d'échanger des signaux a\oc la commission et a\ec d'autres orateurs qui agitaient leurs discours sur le quai de la discussion ; quand il a été en rade , nous l'avons vu prendre son porte-voix pour répondre aux citoyens Schœlcher et Baune, qui le hélaient du haut de la tribune. La rafale ne nous a pas permis d'entendre bien distinctement ce qu'il a dit, mais il nous a semblé que cela siguiliail (|ue ce n'élail pas au niiin^trc (i(> la maiint^ qu il l'allail s'en

LA (O.NSrm A.NTK. — iS AVI'.II.. 581

lucmhrilo I aecuiiplenioiil ilos iMutlamiiés poliliqucs avec les voleurs el les assassins du bagne de Brest. — Nous ne pouvons pas manquer d'obtenir à ee sujet-là des explications très-satisfaisantes de M. Léon Fauclier, que Félix Pyal se propose d'interpeller demain sur la collaborclion de la police dans les réunions électorales.

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