‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 17 sur 114 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

50 mai.

La q^jesuon de miser-. — Le fabricant, Sevaistre et l'ouvrier Pelletier. — Attributions de la commission executive.

.\vcc ce iiioi.-^. la présiclenco Icmporainulo M. Ikaliez expire. Le viceprésident ScnarJ s\>( (ravance emparé du lauleiiil. Depuis une demi-

heure qu'il y esl installé, il parle, il sCcoule. il s'inlcrrompl. el il se ré|)ond. Avec lui on se passerait d"Asscni])lée.

("esta M. Degouséc qu'on doit l'invention d'un petit pavillon construit celle nuit, cl dont le dôme s'élève ce matin au dessus du bureau cl de la tribune; il faut l'en féliciter. Cela ressemble tout à fait à une estrade de faiseur de tours; — une. . deux... trois... muscades disparaissez' —

66 L'ASSE.MBLKK NATIONALK CU.MIQlii:.

Re'vinlezle fond de la sonnette de M. Senard... Il a l'ait enire nn discours

dedans

Une plaie d'orage, qui bat la générale sur la toilnrc de zinc, coupe la narole au fabricant Sevaislie auquel le citoyen Joigneaux, défenseur des ouvriers, répondrait mieux s'il pleuvait moins. Entre deux ondées, Pelletier, le lyonnais, prétend qu'on ne sait pas ce que c'est que la misère quand on a cent mille livres de rentes! — Revenons vile à Aristote et à sa docte cabale -^ ils nous effrayent bien moins que ce terrible mot que nous venons d'entendre, et dont l'Assemblée a peut-être cru conjurer la menace en décrétant la réorganisation des ateliers nationaux; — comme si l'on organisait le cbômage et la faim ! — Parlez, Lamartine, parlez, citoyen Dufaure! personne du moins ne mourra de vos belles pbrases... car je vois bien que le pouvoir exécutif fait bon marcbé de ses attribn-

tiojjs, pourvu qu'il garde sa place. — L'Assemblée la lui laisse;

tout e'sl dit. Maintenant que les attributions du pouvoir sont réglées, pourriez-vous, s'il vous plaît, me dire où est l'autorité?

Iiilerpellations Durrieu sur les massacres de Naples. — Le conseil d'amirauté et le ministre Casy. — Demande en autorisation de poursuites contre LoutB Blanc.

Puisque le citoyen Xavier Durrieu était décidé à inter|)eller le gouvernement sur les massacres de Naples, il pouvait bien laisser dans son cabinet la polémique du Courrier fi-ançais, et dire simplement à Lamartine : « Vous nous avez promis la liberté de l'Italie, comment vengerez-vous les morts? — Ce bref discours eut dispensé l'orateur de parler du nez pendant longtemps... quoique avec de bonnes intentions Peut-être aussi Lamartine aurait-il répondu lui-même, et cela aurait décbargé monsieur Bastide d'une rude corvée d'éloquence. Jamais le ministre des affaires étrangères, avec sa redingote boutonnée jusqu'au menton, avec sa maigreur nerveuse, son faux-col de crinoline, sa moustache d'uniforme et sa mine renfrognée, n'avait autant ressemblé qu'aujourd'hui à un sergent-de-ville déguisé en bourgeois. L'Assemblée se met bien à la place du pauvre Bastide, elle sait que c'est un honnête homme qui s'exprime toujours difficilement ; et voyant qu'il n'a rien à dire, elle ne lui en demande pas davantage.

Après cela nous avons assisté à un engagement qui mérite de prendre place dans les annales de la marine fi'ançaise, sous le nom de romhal du Casy avec le Daln'rel.

LA COiNSTITUAiNTi:. — 51 MAI. (il

L'amiral Casy, luinistre de la marine, — Jean-Bart bourru du rf|)eiloire de rOpéra-Coinique, — a rencontré le Dahirel à la hauteur du conseil d'amirauté. Le Dahirel a lâché le premier une bordée d'interpellations que l'amiral a reçue dans ses hautes voiles. Mais Casy est un vieux loup de mer qui n'aime pas à brûler sa poudre; il monte tout de suite à l'ahordaj^e de la tribune, et quoique ses rhumatismes le gênent beaucoup dans la conversation : — « Mille millions de sabords! crie-t-il <l une voix goudronnée, s'il fallait s'inquiéter du comité de la marine, on ne tarderait pas à sombrer sous voiles! » — Ainsi pris de travere dans ses œuvres vives, le Lacrosse, gardecôle du comité, vire, accoste la tribune

et de cette bonne position d'embossage, enfile le Casy. Coijinie on pouvait craindre que l'intraitable amiral ne voulût se faire sauter, et que cet acte de courage ne mit ses voisins en danger, -M. Crémieux est venu en parlementaire entre les feux; il a dit à Casy, à Lacrosse et a Dahirel qu'ils étaient tous les trois des marins françés, et qu'ils étaient i)ieu laits pour s'embrasser. M. Crémieux est, comme on sait, l'un di' hommes les i)lus sensibles qu'il y ait au barreau de l'aris ; son dossier est toujours plein de larmes; il en a répandu quelques-unes pour obtenir de r.\ssemblée un ordre du jour, — (|u'clle a prononcé au moment m'i Dabirel revenait sur l'eau. — Ce Dahirel est un orateur sons marin ;

(18 l/ASSKMBLEK .NÂllOiSALK COMlU^K.

il a parlé doux l'ois sur la mi'me question, el il n'est pas noyé. Quelle respiration!

Ici lu séance se translij^ure. In silence j»lein d'anxiété se l'ail. Le vice-présidenl Senard, la pâleur sur le visage, d'une voix tremblante vient, an nom du procureur de la République, demander à l'Assemblée une autorisation de poursuites contre l'un de ses membres, contre Louis Blanc, complice de l'attentat du 1 ."J niai !

— Oui donc, s'écrie Louis Blanc, ose dire (|iie j'ai violé les convic-

tiens de toute ma vie wi encourageant la révolte à envahir cette Assemblée? que celui-là se montre, [)our que je lui dise : vous en avez menti!

Ces mots, jetés avec une incroyable énergie, ont fait battre les cœurs. Tremblant, indigné, et pourtant maître de lui-même, Louis Blanc continue sa défense.

Dans cette improvisation, prononcée sous le coup d'une surprise qui a dû être violente, — car le secret du réquisitoire avait été gardé jusqu'au dernier moment, — pas une parole qui manque de réserve, ou qui décèle le trouble. Pour se défendre, Louis Blanc pouvait peut-être accuser ; il s'est élevé au-dessus des préoccupations personnelles, il est devenu éloquent, il a dominé à la fois ses accusateurs el l'Assemblée.

Louis Blanc avait à peine cessé de parler que cent voix ont prolesté pour lui. Quelques-autres l'ont accusé, mais celles-là ont été étouffées sous de si énergiques démentis, qu'on a un instant cru que le réquisitoire allait être repoussé par un ordre du jour. Le ministre Crémieux a obtenu qu'il fût renvoyé à l'examen d'une commission.

Rapport de M'. Pavre. — Le Hochet de

2 juin.

mité de Clément Thomas.

La commission accorde l'autorisation de poursuites! C'est en vain qu'avec des précautions oratoires qui resseml)lenl à la plus cruelle perfidie, le rapporteur Jules Favre pare des (leurs de sa rlié-

lorique la victime qu'on immole. C'est en vain que le rapport prétend s'élever au-dessus des humaines passions; c'est eu vain qu'il va jus- ([u'à s'attendrir à l'cndroil de llionneur outragé de Louis Blanc. Le rapport est sinistre, et dès les premières lignes nous en avons lu la fatale conclusion, sur la pâle figure de l'homme cliargé- lie la triste besogne d'exécuter les hautes œvvres de la commission.

Ça été quelque chose de sombre et de menaçant (|ue denlcndre la lecture faite par cet homme de justice qu'on nomme .Iules Favre; que de contempler le masfjue impassible, terreux, cadasérique, de cet avocat, pendant que de sa bouche mielleuse, les considérants Inmbaienl comme des lames tranchantes, enguirlandr'-es de Heurs.

I<a dernière phrase e\|)ire au milieu diin sihuice glacial. — ^1. Favre descend de la tribune, et i'yat, I î montrant du doigt, dit à ses amis : Ilegarde/-le : c'est .Maral convcrii !

Li! rap|t(irl pèse sui' l'Assemblée et l'étiuille; à peine trouve-l-elle la force d<! balbutier (|U('lques mots. - .M. île Mornay , avec autant

70 L'ASSEMBLÉE NATIONALE COiMlQUE.

d'cfards (lue s'il parlait à un condamné en chapelle, demande à Louis Blanc ses dernières voloFilés : — N'a-t-il pas quelque chose à l'aire dire à sa famille? quand lui convient-il qu'on discute le rapport?— Je m'abstiens, répond noblement, et cette fois sans rhétorique aucune, le jeune montagnard. — Sur quoi l'on fixe la discussion à demain, après avoir ordonné l'impression du nouveau chef-d'oeuvre que nous devons à la plume du spirituel auteur des circulaires.

Vers la fin de cette séance, il est arrivé à ce pauvre Clément Thomas, général de la garde nationale, un accident auquel nous prenons bien part; il a eu le malheur de dire à la tribune que la croix-d'honneur n'était qu'un hochet de vanité. Ce mot imprudent a appelé l'attention sur le général Clément Thomas, el tout le monde a remarqué qu'il n'était pas décoré. C'est un oubli impardonnable.

■> juin.

Réfuà de l'autorisaucn de poursuites. — M« Favre. — M» Bac. ^-Me Dupont de Bussac.

La ville est inquiète et l'Assemblée indécise. Quel conseil la nuit a-telle porté? On serait bientôt d'accord si l'on voulait écouter le bon monsieur Larabit, orateur qui a eu le malheur de perdre ses dents de devant, et qui a le tort, puisqu'il conserve des prétentions à l'éloquence, de ne point les faire remplacer. Le bon Larabit est tout prêt à voter en faveur de Louis Blanc, mais à la condition que ce jeune homme ne refusera pas plus longtemps de s'associer aux travaux du comité du travail qui lui tend les bras. — Laurent (de l'Ardèche) est de la force du bon Larabit. Quand on est aussi honnête et aussi ridicule que ces deux citoyens bien intentionnés, on se tait et on vote. Car en France le ridicule tue. L'accusé est à son banc; nous croyons lire sur sa figurequ'il souffre plus aujourd'hui de l'amitié de ses défenseurs que de la hainede M.Favre.

Voici quelqu'un qui me fait observer que le mot haine est un peu fort; que les douceurs de ce temps où nous vivons sont loin des cruautés du temps passé; que le rapport est une véritable réclame; et que tout ambitieux pourrait avoir envie d'être poursuivi si tendrement.— Pauvre dupe, qui n'a pas vu la férocité froide et parée; les haines, l'envie, et toutes les mauvaises passions politiques d'un avenir prochain, sous le masque aussi bien que sous les phrases de l'avocat Favre! La Convention, elle aussi, a ri au nez de Vergnaud, la première fois qu'il compara la révolution à Saturne, disant que. comme lui, elle dévorerait ses enfants !

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