I.A CONSTITI ANTK. — 'i Jl IN
o juin.
Attaques de NI" Pavre contre la Commission executive. — M. Sénard, président, — Démission Crémieux.
Le tambour bat une niarclie funèbre; M. Bucbez monte au fauteuil, et c'est pour la dernière fois. Les banquettes affligées et vides contemplent leur président. La lecture du procès-verbal clapote à la tribune et tombe goutte à goutte sur le tapis, l-a salle entière présente un spectacle plein de mélancolie. C'en est fait, le président du mois passé va mourir ! Déjà l'on apporte les urnes où sera déposée sa cendre. Profanalion! le générai Clément Tbomas ne respecte pas même la cérémonie funèbre, le voilà qui grimpe sur le cercueil du président, et d'une voix tonnante : — Je préférerais, s'écrie-l-il, que ma langue séchât dans ma bouche que d'offenser des braves!... — Si Clément Thomas a traité la croix d'honneur de hochet, c'est ([ii'il avait pour lui l'autorité de Napoléon, avec lequel il est heureux et lier de se rencontrer sur ce terrain comme sur tous les autres. — Ah! tant mieux! — L'incident permet à l'observateur de remarquer combien les militaires ont le don de plaire au beau sexe. Toutes les capotes jaunes frémissent et palpitent visiblement pendant le discours de Clément Thomas, — grand gardon bien découplé, qui porte la tète au vent, qui possède un organe de trompette, qui a toujours l'air de sortir de Saumur, et qui, d'ailleurs, est la bravoure même.
Revenons au scrutin d'hier. Trois démissions sont restées au fond de l'urne; celles des procureurs l'ortalis et Landrin, et celle de leur complice le sous-secrétaire d'Etal Favre.
Or, il faut savoir qu'il existe dans le sein de l'Assemblée nationale un certain citoven l'ayer (|ue la révolution de Février trouva occupé à empailler des oiseaux au jardin des IManles, et qui se crut obligé, parles devoirs de sa profession, de s'attacher à la personne de M. Lamartine en qualité de chef du cabinet. Le nommé i'ayei-, grâce à son dévouement palri()li(|ne que nous venons de révéler, est devenu représentant du peu- |)le. Depuis ce temps-la il n'a(|u'uue j)ré(i( cupation : celle d'obtenir une loi sévi're sur raflichage. On m; voit pas précisément quel rapport celle loi peul avoir avec l'arl d'empailler les animaux; mais on pardonne volontiers au citoyen Payer une innocente monomanie. Otie faveur de ses collègues a encouragé le naturaliste, et comme il s(! sent en outre Irès-forl des services (pi'il a rendus à Lamarline, — en fourrant du foin dans toutes ses «h'-pèches. en allani jusi|u'à lui propi>ser d'' mettre à sou
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manifeste des yeux de verre; — comme il se sent, dis-je, Irès-présenlable dans un muséum avec les poils de sa moustache gommés, avec sa tète gracieusement maintenue par un fil de fer intérieur, il n'iiésile pas à provoquer une explication extrêmement désobligeante entre les démissionnaires du parquet et le ministre Crémienx qui a voté contre leur réquisitoire.
l'ar la même occasion, M" Favre n'aurait point été i'àclié de l'aire couper la lête à ses amis du gouvernement, pour les punir de ne l'avoir point aidé à obtenir celle de Louis Blanc qu'il sollicitait. J'ai compris, d'aujourd'hui seulement, tontes les perfidies que l'on peut attendre du beau talent de M. Favre. Cet homme ne pardonnera jamais à personne le souffiet qu'a reçu sa plaidoierie : il porte au flanc un réquisitoire rentré. Aussi n'est-ce pas le politique, c'est un procureur (jui se venge ! 0 race implacable des Laubardemont et des Fouquicr-Tinville !
Pendant que M. Favre décochait sur la commission executive, en la quittant, un discours de Parthe, on dépouillait le scrutin présidentiel, et M. Senard changeait de visage... Le spectacle de son émotion n'a point tardé à attirer tous les regards. Alors M. Senard a mis la main sur son cœur, il a voulu parler... mais, pour la première fois, la parole lui a manqué, tant sa joie était apoplectique.
M. Senard est nommé président ! — Puis, comme il fallait une victime
pour apaiser M" Favre et les dieux infernaux, M. Crémienx a donné sa démission.