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l'Elat, les seuls peut-être qui, après les révolutions, conservent la tradition gouvernementale, nous dirons que les huissiers nous ont paru à la hauteur de leurs nouvelles fonctions, qui ne dilTèrenl en rien des anciennes. Les huissiers ont conservé l'hahit noir et perdu la chaîne, il n'y a plus de chaîne depuis que le peuple est affranchi. Kn revanche, ils portent au hras un brassard tricolore qui permet de ne les point confondre avec les représentants. Le Gouvernement provisoire a pris la peine de dessiner un costume pour les représentants, le modèle en a même été fourni par M. Flocon. Le costume était simple : habit noir el
gilet blanc à revers. Ce costume est avantageusement représenté par les redingotes qui se promènent dans la salle. II y a bien quelques habits, et, sous ces habits, nous soupçonnons des gilets blancs taillés sur le patron officiel; mais une fausse honte retient les ailes de ces gilets courageux.
Onze iiei bes. — Les représentants entrent en foule ; nous citons au hasard: — Klienne Arago a déjà parcouru la salle du hauten bas; il court, cause, rit, comme un facteur. C'est à propos de cet aimable directeur des postes qu'on faisait tout à l'heure, dans la salle des l'as-perdus, un jeu de mot médiocre aujourd'hui, mais qui donnera plus taril une idé(! de notre gaîté révolulionuaire : Klienne Arago a pris les lettres et renoncé aux belles (lettres).
Voici les citoyens : Considérant, sans gilet blanc; — Perrée, le directeur du Siècle, avec la tenue magistrale que lui oui dimiiér déjà ses fondions de maire du troisième arrondissemi'ut ; — l'\.il, lèlc iinr ri
4 LASSICMBLÉK ^ATIO^ALli COMIQUE.
(l'iiii caractère charmant, lemie simple, et l'air sérieux qu'il a le soir de ses premiè.es représentations; — l'avoué Péan, en costume de référé;
— M. Auguste Avond, jeune homme de Sainl-Flour, qui a touché le cœur de ses compatj-iotes en leur prouvant qu'il n'a point perdu à l'aris l'accent auvergnat,
Béranger cherche sa place, M. Du|)in la lui indi(|ue; le chansonnier y voit mal avec ses lunettes hleues ; il se résigne timidement à rester debout, n'osant déranger M. Bonlay (de la Meurthe), qui dort déjà comme un just(!.
Lacordaire, eu costume de dominicain, traverse tout droit la foule, et monte au dernier hanc de la deuxième travée à gauche de la tribune. Lacordaire, dont le profil ascétique se détache en pleine lumière, s'est assis à côté d'un abbé à face réjouie, le portrait vivant du bon curé de campagne qui ramène sa servante en croupe, dans le dessin de Giraud.
Kmmannel Arago... ! il lève un œil attendri vers notre tribune : probablement il pense encore à la triste position de la ville de Lyon qu'il vient d'administrer.
Dans cette foule de revenants et de nouveaux venus, que d'inconnus, combien de masques plats, — et quel petit nombre de jeunes visages !
— L'âge mirr et la vieillesse triomphent.
Voilà le citoven Vaulabelle. On dit ce représentant dans un grand embarras. Vaulabelle est un pseudonyme, et il lui faut douiur à la questure son vrai nom de Taillefesse.
Nous ne disons mot des anciens députés; ils reviennent comme ils sont partis, et n'ont point fait de frais de toilette. La journée n'est pas à eux; nous verrons bien si l'avenir leur appartiendra.
lu costume complet, remarqué sur la place, se montre dans l'hémicycle : gilet blanc, habit, tricorne et ceinturon tricolore... Entin 1 — Ce n'est point un représentant, c'est un huissier...
Mini. — Les bancs se garnissent, chacun se case; s'il faut deviner l'opinion par les bancs et le voisinage, l'opinion qui prédomine est la confuse. Pourvu que ce ne soit point le chaos, ou ])curvu qu'un monde en sorte !
Au milieu du brouhaha, le bureau provisoire prend modestement j)lace : quatre secrétaires à gauche, quatre à droite. Ces huit messieurs sont les plus jeunes de l'Assemblée. Sauf M. Avond, qui a la fraîcheur d'un nouveau-né, tous ressemblent à de petits vieillards.
l NE iiF.iRR. — Le (it)uverneiiient jirovisoirc se montre vraiment ré-
LA CO.NSTULAlNTE. — i MAI. 5
publicain ; il n"a point la politesse des rois, qui est l'exactitude: il se l'ait attendre.
— En place! — Le président d'àj^e, M. Andry de Puyraveaii, monte
an fauteuil. Le silence se lait. — Émotion solennelle des huissiers, qui se rangent à la porte.
Le Gouvernement ne parait pas , mais une voix crie : « On n'entre pas à la (Ihambre en armes! Vous passerez plutôt sur mon corps! »
<;elte scène de mélodrame vient de M. (lliàteau-Henaud, ancien acteur du Cirque, qui a profilé de la Révolution pour mettre un uniforme de fantaisie et devenir gouverneur du palais. On l'appelle : Mon commandant! (^est un titre qu'il a mérité sur les champs de bataille de M. Dejean, en mettant bien souvent les Autrichiens en fuit(>. — On ne violait pas l'Assemblée; il s'agissait d'un officier (|ui voulait entrer sans avoir ôté: son sabre.
I,e canon tonne! le tambour bal, et le (iouveiueinenl arrive enlin !
fj LASSEMBI.KE NATIUNALK CO.MigLK.
Que les Goiiveriienients arrivent ou |)arlent , c'est toujours le niéiiio
bruit.
Voici sur tous les bancs les représentanls qui se lèvent à la l'ois, la main tendue comme au serment du Jeu de Paume, en criant : Vive la Hépublique! — On ne regarde jamais ce beau dessin sans un peu d'émotion.
Parfois, le hasard s'avise d'avoir une opinion politique, et il trouve moyen de l'exprimer; le hasard a poussé une petite porte qui ouvre la tribune réservée aux membres du Gouvernement, et quatre d'entre eux, Ledru-Uollin , Flocon, Albert et Louis Blanc, ont été complètement séparés de leurs collègues.
Le Gouvernement provisoire avait préparé un discours; ses occupations ne lui ont pas permis de le l'aire long; il serait trop court s'il n'était vide. C'est le vénérable Dupont (de l'Eure) qu'on a chargé de le lire. L'émotion du lecteur venait sans doute plutôt du grand âge, qui rend sa voix tremblant'', que des phrases qu'il prononçait. Dans ce discours il n'y a rien qui ressemble à l'autorité ou à l'éloquence, à la raison ou à la poésie, à la grandeur on à l'esprit. Pas de simplicité, et pas même d'emphase : ni la force, ni le bruit. — Allons, ce n'est point là un monument d'éloquence : c'est peut-être un mausolée; déposons au pied cette épitaphe philosophique : « Ouand on marche au milieu d'un peujile avec le si'gne du commandement, il faut dominer tout le monde, dùt-on monter sur des échasses. »
Aux acclamations que pousse l'Assemblée, on voit bien qu'elle n'a écouté que sa propre pensée. Les cris de Vive la République! sont entendus du dehors; la foule qui entoure le palais veut s'y mêler. Par un beau mouvement, — et sans doute aussi par le désir bien naturel de se faire voir, — les représentants sortent de la salle et viennent se giouper en masse sur le péristyle du quai d'Orsay, très-propre d'ailleurs à servir d'amphithéâtre de circonstance. — Tableau !
L'enthousiasme est au comble ; les babils se déboutonnent : la timidité des gilets blancs cesse; tous étalent leurs revers républicains ; eu ce moment la plupart des représentants du peuple ne regrettent qu'une chose, c'est de ne point avoir des bottes molles, des culottes collantes et la redingote à petit collet. 11 n'en est pas un qui, au fond du cœur, ne se croie Barnave, Vergniaud, Brissot ou Danton. Plusieurs font de grands efforts pour ressembler au beau Saiut-Jusl. — 0 passé, lu as tué le présent !
Entre l'Assemblée et le peuph; il n'y a plus que la grille ; on échange des poignées de mains à travers les barreaux. Les poignées de mains no
LA CONSriTLIA.ME. — 5 MAI. 7
sulfisont pas aux âmes lendres, cl nous voyons Etienne Arago faire do grands efforts pour presser sur son cœur un de ses concitoyens. — Ce concitoyen profite de l'embrassade pour solliciter un bureau de poste. — 0 nature !
Une fois rentrée chez ^le, l'Assemblée a passé la fin de la journée à vérifier les pouvoirs. — Ouarl d'heure de Uabolais.
5 mai.
Vénfiîatiin des pouvoirs. — Ele^tior. du président Buohez.
L'exaspération de l'auditoire ne connaît plus de bornes. Le principal avantage de la nouvelle salle s'est révélé; la salle est sourde comme
line boile. (iela révolte les hommes consciencieux ; l'un d'eux (jui siège sur les bancs du fond, et qui, fjtràce à sa position, est aussi bien instruit de ce qui se passe à la tribune que s'il habitait Asnières, se lève exaspéré; — L'architecte est un royaliste!... — Nous sommes ici par la volonté du peuple! ajoute une voix de basse. — In autre fait un petit discours en patois, tendant à prouver que ce serait manquera toutes les lois.de I égalité que de ne pas transporter la tribune à côté de lui. — Par un effet (1 acoustique assez remarquable, ces clameurs furieuses arrivent en murmure gracieux à l'oreille de M. Audry de Puyraveau , le président d âge, qui, croyant que les orateurs du fond lui demandent la parole, leur fait signe en souriant qu'ils parleront a leur tour.
8 I, .\SSl.MI5l.i:i-: NAI MINAI. I. COMIQI K.
La discussion conlinue. — Le ciloyeii Latiikm-, avec aulant de dignilc' que lorsfTu'il poiiait un chapeau à phimes el ses boUes par dessus son pantalon pourétonnerlesdépartennents : «Je puis paraître devant vous le front serein comme ancien commissaire, comme magistrat! On conteste mon élection !... 11 s'agit d'une pâture comiminalc. (Question grave à Privas ! Les paysans veulent se partager les bois...
Le citoyen Champamiet. — Je défends les populations ! (".'est le citoyen Laurent qui avait nu habit à revers rouges... Ah ! je commence à vous connaître !... »
Il y a des actes de naissance qui deviennent le sujet des plus graves embarras. Beaucoup de représentants n'ont pu se procurer les leurs. Il est vrai qu'ils excipent d'un demi-siècle de domicile dans la même localité. Cela ne prouve pas légalement qu'ils aient Tàge de majorité électorale, — vingt-cinq ans révolus. — A quoi un rapporteur spirituel, qu'on chicanait depuis une demi-heure, a répondu : « Si nous n'avons pas vu l'acte de naissance de M. un tel, nous avons vu sa figure ; regardez-le! « A ces mots, un petit vieux monsieur, assez semblable au bûcheron chargé d'années, se lève avec peine et tousse comme s'il allait rendre l'àme. 11 n'en a pas fallu moins pour comprendre que l'acte de naissance d(! ce représentant avait bien pu se perdre flans la nuit des temps.
Tne observation, en passant: avoir comment une partie de la Chambre s'agite, gesticule, marche, court, se démène d'une hiçou étrange, ou dirait que ces républicains se laissent aller aux surprises de quel(|ue rêve charmant et impossible. — Ce beau rêve (!st la réalité!... llàtez-vons donc, rêveurs éveillés, de fonder une république, si vous voulez, au n''vcil, trouver la France républicaine !
11 est convenu qu'on va nommer un [)résidenl d'un nn/is. L accent de bouillabaisse du marseillais Démosthène Olivier n'a point été sans influence sur cette détermination. On procède à l'appel nominal, que l'inexpérience des votants peut faire durer deux jours. Rien de plus amusant que de voir ces citoyens entrer en explications avec le bureau, et offrir leiu's bulletins au président, qui les refuse par délicatesse, en indiquant l'urne disposée pour les recevoir.
Le secrétaire a commencé par appeler Mo.NsiiirR un tel; sur l'observation d'une grosse voix, partie des environs du |)réfet Caussidière, il continue en disant citoven.
On nous dit qu'un léger lumet religieux et centre droit s'est exhalé du scrutin lors du dépouillement des votes. Cela s'explique par l'Iiabi- Inde qu'a depuis longtemps l'auteur de VJlislniie parleineiilaire de la lii-
LA CONSTITIAMK. — ti MAI. M
to/«n'oi( (le iiièliT (juelques gousses (le callinlicisiiic à son iiol-an-foii déiiinci'a(i(iiie.
Le président Buohei.
■ Le faux Sahmill. — oroviFoir-,
Il m.ii.
irs du. Gouvernement.
Voici .M. Bucliez, le présideiil du premier mois ! M. IJnclicz a l'air à la fois paterne et résolu, moitié clerc, moitié laïque, une physionomie de prêtre marié: au demeurant, bonne voix qui porte dans toute l'enceinte. — La sonnette croit qu'il lui vient un maître; elle a pris sur le bureau un air solennel et impartial.
C'est dans cette séance que nous avons entendu déclamer, pour la première fois, le citoyen Germain S.irrnt. — présentement montagnard.
l'I ci-devant aut(Mir de la Hloqraphie (le< liowmos du jour, où l'on trouve celle de Ions l('< républicains du... lendemain, l/orateur termine son i"a|)port |)ar un coup (]c poin^. (le n)onvenit>nl brusque a lieu de surprendre, venant d un Imninie qui ressemble, aniani que le citnven Sarrut, à un pédicure.
Mais Sclimitt, l'ampbibie, réclame lailention. 1,'bonorable citoyen Scbmill, représentant nommé par les électeursde la Seine, est un mythe.
Le citoyen Scbmitt est-il nn ouvriei'. on bien nu maître des requêtes?
10 I AssKMHi.Éi-; wrio.NAi.i; coMK.ni;
Si II' cilOM'ii Sclimill e;;! tm Scltmilt du consoil d'Khil, coinnicnl aiirail-il puèiie noinnié par les voix doniii'os à un Scliniill en blouse?
Enlin, le citoyen Schniill serait-il, par hasard, l'ancien Sciimill, cliel de la division des cultes, lequel fut révoqué de ses fonctions, sous le prétexte ])izarre qu'il avait figuré entre deux ours noirs, en costume d'ours blanc, dans le ballet de Gustave, li l'Opéra? Il est bon de faire observer d'ailleurs que Schmitt, l'ours blanc, est le niènie que Scbmilt, maître des requêtes et inspecteur des nioiuniieuts religieux. — à preuve que l'ours blanc, en perdant sa place de chef de division, obtint les autres à la recommandation des deux ours noirs, MM. Malitourne el Mérimée.
Quant à Schniill l'ouvrier, tout ce (|u'(in a pu Cdnn.iilrc de lui, c'esl qu'il est cordonnier, et qu'il ne veut pas qu'on confomle son lire-pied
avec rorliiographe de son homonyme. Prise entre les deux Schmitt, l'Assemblée ne sait auquel donner la palme; elle annule l'élection. Nonobstant, l'emploi des Schmitt est créé; les Schmitt resteront dans le nouveau répertoire électoral.
La séance, agréablement incidenlée par la comédie des Schmitt, s'esl terminée par une inéloj)ée. Tn peu de poésie ne saurait déplaire au milieu de celte prose doni les llols montent. Lamartine, qui est le barde
LA CONSTITL.V.M K. — C> MAI.
tle la iijvoliilioii de Février, prend sa lyre des iiiuins du véiiéiable Dupont (de lEiire) el chante... Il cliante la liberté, légalité, la IVaternilé, et toute l'épopée de rilètel-de-Ville! llchante... cl l'Assemblée , s'onveloppant avec lui dans les plis du discours qu'il agite, entonne en
X fi,,^ ' "
chuur la di'iiiien' stinplir de la caiilale. i'.r ((Hiccrl parail plaire nièuic à ceux f|iii nainicnl pas la niiisi(|iic.
F.c tribun succède au pnclc. Si l.rdiii-lt(dliii n avait pas de si larges «'■panles et sa grosse voix , nu ne rciil jamais <(iiiipaii' a l)aiil(Ui. (lest à s, i taille et a Sou oigaiw pcut-èlrc qu'il a du d cire un républicain delà veillf, i-l dr paxsi'i' |)iiur le <ao(|ucuiilaiui- du li-ndiinaiu Pauvre tribun,
12 LASSEMBLEK NATIONALE COMIQUE.
coiniiieoii Ta calomnié! Est-ce avec ('e cœur ouvert, ce regard IVaiic, celle bonne l'])j)C, ces joues roses et cette transpiration aboiulante qu'on peut être un méchant liomme? La violence île Ledru-Rollin ne m'a jamais inspiré qu'une crainte, celle de lui voir taire craquer son habit aux entournures en levant le bras. I^edru-Uollin est un orateur sanguin ,
point du loui uii politique sanguinaire; aux ellorls suiiialurels qu'il l'ait pour troncer le sourcil, je juge que ce personnage terrible a deux torts plus graves que ceux qu'on lui prête : la sensibilité et la faiblesse.
A côlé de Lamartine et de LedruUolliu les autres ministres ressemblent à des commis. M. Crémieux a eiïrayé irn vieux magistrat , qui nous tlit scntenticnsement : — Ce ministre de la justice... est trop juste !
Ouant à Louis Blanc, comme il a la taille et l'aspect de ces petits prodiges qui l'ont en public des tours de Force d'arithmétique, un garde national, près du(juel il passait, s'est écrié : — Ah! mon Dieu! c'est un enfant. — Oui, citoyen, l'eufanl terrible de la Hé])ubli(jue.
Que dirons-nous du citoyen Carnot, le ministre de l'iuslruclioii i)Ubli(|ue, — cette ligure de férule au bout d''un manche de marliuef? — Nayaut pas la victoire à sa disposition comme son père, il or(jaiiise l'ignorance.
Nous avons l'ailli appiciidu j'iiislnin' i|c |;i révolulum de Limoges.
'^mmm
LA CONSUTLAMi;
s MAI.
M. Bac — Mazaniello de celle ville — mnntail à la liibuiie. Un ajournement lui a coupé la parole. Mais nous savons déjà que Limoges avait songé à s'ériger en capitale de France; (jue M. Coralli voulait infliger à Paris un sous-commissaire; qu'il s'en est peu iallu que la République ne lui condamnée au régime des cliàlaigues, et que le blé ne passât à l'élal d'aristociatie. — M. de Pouneaujiiiac eùl ('té bien ven^é!
Suils des Discours du Gouvernement provisoire. Proposition Dornès.
Le aitoyen Earbès. —
Changement à vue! la tribune s*est détachée du mur aïKjnel elle était adossée, et s'avance vers la plaine. — Nous avons déjà la nioiitagiie et la plaine. — C'est un habitant de la plaine, grand ami des discours, qui disait hier dans son désespoir de ne rien entendre : « Troun dé diou ! la plaine, elle n'est pas d'humeur à se laisser faucher! <> — I,a plaine d'ailleurs prétend qu'elle a ses labounnirs jjour elle.
Un l'aible et doux murmure monte d'en bas. Toutes les ligures sont placides; les drapeaux de l'enceinte pendent d'un air débonnaire ; le vert des ban([uetles semble un pré fleuri ; va-t-on voler tout à Iheuie un chemin vicinal? Qu'est-ce que peut dire le président Uucliez aux
représentants ({ui l'entourenf.' — l'eut-élrc lui demande-l-on (|uel
est son Irailemeul. et sans doute il répond : » Huit mille francs par
mois comme pai' le passt' » — Il it'\ .1 jias di' loi ijui .dini;;i' les traileinenls. Heureux liaileuienis !
li i;assi:mbli:i, nvïio.nai.k coMiyn:.
C esl aujoiinl hiii ijuc le (ioiiVL'rneiiiL'nl j)io\isoiie acliévc sa conl'ession. M. Diiclerc, jeune Itomnie ihi Aalional, va paraître. .M. Diiclerc joint à une excellente tenue île banque, cheveux ras et iavoris imperceptibles, l'élégance commerciale d'un chef de rayon. Il a toute la gravité américaine qui convient pour V(,'nilre avantageusement aux (lames les cacbemires tarés. M. Duclerc jouit, ilans un âge encore bien tendre, des bonnenrs et des avantages que procure à un jeune homme la spécialité ib- rédacteur sérieux , lorsqu'il la pratique sans rire. M. Duclerc a fini par se convaincre lui-même , avec ses articles, (juil avait des connaissances particulières en finances; et Garnier-Pagès. qui n'eut point de rival pour le placement des savons, lorsqu'il était courtier à Montpellier, la confirmé dans cette opinion. M. Duclerc est à proprement parler le Mallac de la république blonde. Ou le choie, on le gâte, on le mariera; et, en attendant, on l'a fait secrétaire général du ministre des finances. C'est à lui que M. Garnier-Pagès , — cjui a ses nerfs, — a confié le soin filial de liie son discours,
V.n ce nuiment Barbes entre. Nous serions effrayés de son air sombre, si nous ne savions qu'il est à la fois triste et charmé de la révolution de février. Barbes s'était si bien accoutumé à être le héros et le martyr de la l'épublique, qu'il ne peut pas se faire à Tidée qu"il y ait maintenant en France d'autres répuldicaius que lui. Toute générosité a un fond d'égoïsme !
I.e plus noble visage du Gouvernement provisoire, c est à coup sûr celui de François Arago. L'habitude de méditer sur ce qui se passe dans la lune a rendu notre illustre astrouome très-calme, très-majestueux, et l'a mis au-dessus des événements terrestres; il a un peu 1 air d'un homme qui se serait trompé de ])lanète ; mais, à cela ])rès, ses calculs militaires ne peuvent manquer d'être aussi exacts que rassurants, puisqu'il a dû les établir à Faille des télesco|)es de l'observation!
On ne saurait j)as (|ue le citoyen Marie, présentement ministre des travaux publics, sort du Palais, i|ue son extéiieur le dirait suffisamment. Maître Marie est le type de l'avocat qui met sa totjue sur le coin de l'oreille. Propret, disert et froid, M. ^larie n'exprime ni une idée, ni un sentiment. D'ailleurs la politi(|ue l'a laissé dans sa spécialité. On peut dire que cet excellent avocat a l'ail du niinislè're des travaux publics le ministère des murs iiu'loijens.
Il fallait un l)0U(iuet au feu d'artifice : Lamartine prend feu. et son luinileste, couiiu ■ une immense ^eibe. monte, cclale el illumiin' de
I \ CONS II ir AM'Iv — s MAI. I,-,
SCS iiiillc jiisri's le S(jml)i'e luirizoïi. l/Âss(Mnl)lt''(> (Millioiisiasiiiei' vciil rtMidic liomiiiagt! à l{iij;gii;ri. cl docrèto, scaïu'c tenante, que le (îonvniieinrnl |ii«vis()ii'n a bien nuM'ité de la patrie!
|lc.-i(li'inenl, rciilhiiusiasiiit' (|iir I' \sscinlilei' cidoiivc |t(ini' l.aniardne esl sans liiiines. (/est à (|iii |iiinrra le pi-esser sur son cd'iir; nous vdVdii- Ir cildNcn Xavier Diinicn laii'e de gi-ands en'iuls |Hinr se glisser jns(|n'a lui |iai- (lésions les re|in-iiilanls (|ni rolisliiieni, et Ini liaiseï ii's mains. Aimé de la France, adoré de riùiro|ie, acclamé an dedans cl an dehors, dianlé snr l(! mode Ionien, par les jonrnalistes lycanlliropes de la n pnMi(|ni noii\i||c. i.aniarline leinplit en (c moment le
16 I.ASSKMI'.l.li; \ MION A I.K (.OM I Q U K.
vi''riliil)lf rôli' ri'S(M-vé aux poêles : iiii rôle (rarc-on-ciel ! Oiiel siijcl de wédilalion n'y n-t-il pas pour lui sur les sommels de ce Pinde révolutionnaire où il est monte la lyre on main et la prose tricolore aux lèvres/ Nous avons reniar([né qu'ofin d'entretenir son inspiration Lamartine, lorsqu'il est à la tribune, répudie l'eau sucrée des orateurs vulgaires, et se fait verser ])ar les huissiers attentifs le Bordeaux à plein verre; — si bien que la péroraison de ses discours, s'cmponrprant au divin jus de la (Gironde, semble se perdre dans les vapeurs idéales d'une ébriélé lucide. Sans doute que du baiil des nuages, cher arc-en-ciel, le monde vous apparaît comme un vaste concert dont l'Assemblée nationale est l'orchestre... — Mais quel horrible rouac a rom|)U tout à coup l'harmonie!... c'est le piston qui détonne!... ou plutôt c'est Barbes qui met la musiqiu^ en fuite. Décidément, ce Barbes est un homme qui ne supportera pas facilement les conséquences du suffrage universel. Barbes voudrait qu'il n"v eût que lui qui fût le représentant du peuple; il ne le dit pas. mais il le pense, et cette monomanie, dont le fond est peutêtre chevaleresque, le rend inquiet, irritable, et même tant soit peu arrogant. Le représentant Barbes ne parle pas à ses collègues d un anii'e ton que celui qu'il prenait à laChambre des pairs vis-à-vis de M. Pasquier. Si même il arrive que pour mettre fin aux discussions, comme cela a eu lieu plusieurs fois déjà, TAssemblée prenne le parti de crier : Vive
a République 1 ce bruit, qui devrait être le plus ilatteur du monde pour les oreilles de Barbes, semble lui causer des crispations. Il crie : Vive la République! mais d'une voix terrible, en roulant des yeux mena-
LA CONSTnUANTt:. — 8 MAI. (7
çanls; ses amis se croient obligés d'imiter son attitude, et ce : Vive la Ilépiiblique ! trcs-unaninie et très-touchant que les deux côtés delà Ciiambre poussent à la fois, ressemble singulièrement à une ironie et à un (léli que l'un adresserait à l'autre. — On imaginerait difficilement une unanimité plus irréconciliable. — Cependant chaque fois que le : Vive la République! part de quelque coin de l'Assemblée où se trouve l'un de ces représentants enthousiastes et agrestes qui se croient envoyés à Paris exprès pour faire ce bruit -là, M. Odilon Barrot ne manque jamais de répondre poliment à Tappel ; il forci; même ses voisins à se lever ; il tend le bras avec autant d'entraînement que M. de Larochejaquelein, et nous entendons d'ici ronfler ses notes basses. 11 faut que le citoyen Barbes soit bien difficile pour ne pas se contenter de cela. >'e fût-ce qu'en faveur de ce lendrc accord, le Goiiverneiuent provisoire aurait , ce nous semble, bien mérité de la pairie ; nous trouvons Barbes injuste de lui contester son laurier sons le prétexte qu'on a chargé M. Franck-Carre, magistrat de la veille, de l'enquête à faire sur l'émeute du lendemain qui a eu lieu à Rouen. — Mais à ce propos-là Barbes est tombé entre les mains d'im avocat normand ; il n'échappera pas avant deux iieures au moins au premier discours de M" Senard, orateur sensible, qui se ferait un crime de ne point mettre au service de sa cause tous les arguments qu'un homme seul peut tirer des cinq Codes,
L'Assemblée a donc le temps de songer à autre chose. Après avoir payé sa dette de reconnaissance au Gouvernement provisoire, elle avait un dernier hommage à lui rendre... le voilà supprimé! Par qui le rcmplacera-t-on ? Ici, combat. Le vacarme lient lieu d'éloquence et de règlement. Le président se couvre! Personne ne s'en aperçoit. Voyant son effet manqué, le pauvre Bûchez ôte son chapeau, et comme il est tout honteux du spectacle que son assemblée donne en public, il l'envoie dans ses bureaux nommer une commission chargée de faire un rapport sur la meilleure forme de gouvernement dans la meillcnrc des Bépuhliqucs possibles. 0 Pangloss! où êtes-vous?
Petit.e réflexion pendant la céanoe.
Messieurs les clubs de Paris se sont fait doiiiier aujourd'hui 1(> privilège d'une tribune particulière et réservée. Ce petit privilège viole la lii>erté et l'égalité : la liberté, en apportant au dedans la pression du ilehnrs : l'égalité, en confisquant au profit de quehjue.s-uns une partie du droit de tout le monde. Kusuite, si les clubs ohti(;nncnt un
18 i/assi:mi5LI':;i; nationali: comiqui:.
|)riviK''<;;e, est-ce que l'Asseml)I('e ne |)er(l paslesKMT ? Les clubs devieu-
iicnl l'Assemblée nationale, et c'est l'Assemblée nationale qui n'est plus qu'un club. — Combien il est difficile de s'entendre sur le droit commun iM la liberté de tout le monde !
Rapport de la oomrr.isEicn et Vote.
La commission conclut à la nomination directe par FAsscmblée, de neuf ministres, ornés d'un présidi'iit, responsables et révocables. — Le citoyen Vigncrte, cliez Iccjiicl nous nous affligeons dans l'intérêt de son avenii', de ne jtoiiit rencontrer 1 émotion inséparable d'un premier début, considère le lapport «comme un tissu de sophismes dicté par de bonnes intentions. » — Cette agréable appréciation allait être contreilile fort éloqnemment par M. de Brie, si l'orateur n'avait été interrompu par un accident d'éloquence vulgairement appelé cliat. Le rédacteur du Courrier français, Xavier Durrieu, voudrait prononcer h son lour un discours... qu'il faudra lire dans sou journal. Le ciloven Dur-
L\ CONSTITUAM i:. — 0 MAI
lieu se félicite lui-même de parlager l'avis du citoyen Vignorte , qui supplie le Gouvernement provisoire de rester à son poste. — Ouant au citoyen Saint-Gaudens, — trombonne du barreau de Pézenas, — il voudrait dissimuler plus longtemps son affection pour un Directoire de cinq ujembres, qu''il ne le pourrait pas; voulùt-il aussi dissimuler son accent qui le rendra célèbre, s'il s'en sert souvent, il n'y réussirait point davantage.
Ces discours naïfs auraient duré longtemps sans fixer précisément l'opinion de l'Assemblée. C'est alors que le parti des walois a cru pouvoir donner. Par le parti des matois, on entend l'ancienne gaudie dont
M. Odilon Barrot est le Rominagrobis. Le parti des matois s'est réuni sur les bancs de l'extrcmc droite, et c'est de là qu'il prête aux discussions uni! attention assez semblable à celle du cbat qui guette les souris. — Ou^lrc matois prennent successivement la parole : Lberbctlc, cbarmant orateur de gouttières; Cbaramaule, qu'un I de plus ajouté à son nom sulTil pour dépeindre (cbara miaule), — et dont on ferait facilemrnt un rébus (cbat-ral-miaule); Lasteyrie, véritable angora, et Odilon n.irrol, dont le ron ron majestueux est capable d'inspirer la crainte a toutes les souris du moulin. — Les quatre matois, sous prétexte de roinlre bominage à la souveraineté de r.\ssembléc, allaient certainement attirer les neuf minisli-res dans leur souricière, si Lamartine no. s'était dévoué pour enlever l'amorce. L'Assemblée émue de celte belle action, qu'elle n'a pas eu l'air de comprendre , s'est pronniu'éc pour une commission executive de cinq membres. — Mais avant le vote, (|ucls discours n'a t-il pas fallu siiliii? l'I le ciloven l'n'iléric Haslial. le
Voltaire du libre échange, qui tlemaiule à son pays do pratiquer une politiqr.' originale: et le dominicain Lacordaire, qui a prêché le respect des minorités, du ton dont les anciens moines invitaient leurs ouailles à ]>rei)drc part à la croisade contre les Albigeois ; et M. Lacaze, venu des Hautes-Pyrénées, — pour succéder à Barrère, disent ses concitoyens, — mais en réalité pour tenir école de pathos transcendant où l'Etat est comparé à un vaisseau, l'Assemblée à une ancre, et les lois à des câbles. M. Lacaze ne se compare lui-même à rien; nous savons pourtant bien avec qui il pourrait supporter la comparaison sans se faire de tort. W. Favre, l'aimable rédacteur des circulaires de Ledru-llollin , a parlé aussi pendant deux heures. C'est un avocat qui ne se taira pas souvent; nous le retrouverons. L'impression qu'il a produite aujourd'hui est assez heureuse. En regardant celte face blcme, cette bouche pendante d'où suinte une parole laiteuse, on sent un frisson courir dans ses veines, et l'on se dit involontairement : — Voilà un homme qui me condamnera peut-être à mort! — Quant à Barbes, il s'est trouvé d'accord avec M. Odilon Barrot. — Cela est bien flatteur pour le parti des matois.
Un mot d'explication. — H y a dans l'Assemblée trois partis : — Les républicains qui ne le sont pas; — les républicains qui le sont trop, — et les républicains de raison cl de sentiment. — Les premiers et les seconds se sont rencontrés au scrutin contre Ledru-Bollin, les uns avec l'arrière-pensée de l'expulser, les autres croyant peut-être le servir ; singulier accord de la frayeur et de l'imprudence. Le troisième parti, — la majorité, — oubliant rancunes, divisions, et logique même, n'a songé qu'à la République. H est instructif de tirer sur l'heure le sens de ce scrutin qui appartient à l'histoire : Odilon Barrot a voté avec le préjuijé, Barbes avec le principe, et Lamartine selon la circonstance.
lU mai
Nomination de la çommisEion executive. — Louis Blanc.
Il n'y a en ce moment qu'une seule curiosité à voir dans Paris, c'est l'Assemblée nationale. Je me suis rendu aujourd'hui à la séance, ma carte dans ma poche, mon provincial sous le bras. — Vous ne prenez pas d'armes? m'a-t-il demandé. — Comment, des armes! — Sans doute; moi j'ai des pistolets de poche. On ne sait pas ce ([iii peut arriver quand on doit traverser ces multitudes do
LA CONSTlTUAiME. - 10 MAI. 21
(l('iiicino<;iios l'iirii'iix qui cnloiirciil rcnceinle Je rAsseniblée nationale.
— Oïl prenez vous donc ces multitudes?
— Parbleu ! dans le journal de mon département.
l'endanl cet entretien, nous descendions de cabriolet devant la grille du pont de la Révolution. Deux lanciers de la garde nationale, endormis
sur la selle, montaient la g;irde comme autrefois sous l'arc de triomphe du Carrousel. Sur l'exhibition pure et simple de ma carte, un garçon à collet rouge nous ouvrit la grille au grand étonnement de mon compagnon, qui s'attendait à traverser un triple rang de baïonnettes, et à s'entendre demander le mot d'ordre par des sentinelles placées de distance en dislance.
Comme nous allions pénétrer dans la salle des l*as-l'erdus, un marchand nous arrêta pour nous vendre des cigares. — On fume donc ici? — Uegardez le citoyen Lesseps qui se dissimule dans l'embrasure de cette fenclrc pour déguster son havane. Il se console ainsi d'avoir été dégommé. Voyez ce fumeur qui traverse la salle en ce moment, avec quelle majesté il lance les bouffées. .\ son aplomb on reconnaît un représentant. — (]e doit être un démagogue ; il fume un bout coupé. ÎS'estce point par hasard IJarbès? — C'est le citoyen IJaroclie, membre de rex-centre gauche, bâtonnier de l'ordre des avocats. — l]t il fume des bouts coupés? — Que voulez-vous, les modérés une fois lancés vont
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loujoufs plus Idiri que les aulrcs. Le ciloyeii Ii;iroelie lerail bien pourtant cruiraycr, il est sur les Lords du cigare à paille.
ÎSous voici |)lacés! l'AsseniLlée nomme la commission executive. On procède par ra|)pel nominal. Un nom retentit, et fait lever les tètes : le citoyen Uonaparte! Tous les spectateurs se penclient et regardent avidement un jeune homme qui dépose en ce moment son bulletin dans l'urne. Le citoyen Bonaparte porte sa race écrite sur son visage : il a le profil des monnaies de l'empire : figure (ine et ferme, mélancolique et accentuée. Toute l'allure du citoyen Donapaile est d'une simplicité qui ne sent point l'affectation ; mais en même temps le représentant de la Corse porte en lui quelque chose de distingué et de sympathique; qui plaît et qui touche.
Alexandre Dumas vient d'entrel- dans la tribune des rédacteurs en chef, précisément en face de nous. 11 plonge un regard curieux dans l'hémicycle. Le spectacle de cette procession de votants qui défilent n'a rien cependant qui doive beaucoup étonner. Si Dumas est surpris, c'est peut-être d'être en loge au lieu d'être en scène. Comment les électeurs ont-ils été si injustes que de ne pas mêler au drame un autcuu' ({ui a tant fait pour le réperloiie?
On vole toujours avec un calme et une douceur exemplaires. Des poignées de main s'échangent entre gens qu'au dehors on dit prêts às'entretuer. — Il parait que nous aurons un Directoire de conciiialion pour mettre en pratique la politique de sentiment!
M. l'agnerre, qui a volé, monte familièrement à la présidence, et s'assied sur le... comptoir. Parlez-nous des libraires républicains pour être sans gène. On nous fait remarquer d'ailleurs que les grands airs du citoyen Pagnerre ne datent point de la révolution, et qu'on ne les saurait imputera son avènement politique. Le citoyen Pagnerre est assez hautain depuis qu'il n'est plus colporteur, et depuis qu'il est riche. Or, le citoyen Pagneire est riche depuis longtemps. La République lui avait donné la fortune avant le pouvoir. Le libraire Pagnerre est un républicain de la veille vraiment trop heureux. Pendant qu'on emprisonnait les auteurs (ju'il éditait, il s'enrichissait en les éditant. Ces auteurs, à vrai dire, sont aujourd'hui sortis de prison, mais ils en sont sortis pauvres, et ils sont sans j)laces pour la plupart. Ce qui doit consoler leur désintéressement patriotique, c'est la fortune, c'est la gloire du libraire Pagnerre. 11 en rejaillit quelque chose sur eux, puisqu'ils les ont faites.
Le scrutin se prolongeant, je redescendis avec mon provincial dans la salle des Pas-Perdus, lue foule nonibieuse se pressait autour de la |)orle qui donne sur le jardin réservé. Cet empressement était causé p.ir