I.A CONSTITI ami:. — 10 MAI. iT
la viio (runc fomme qui, assise sur Therbe à l'ombre des arbres, fumait sa ligarello. — Los feuiuies, me demanda mon compagnon, ont donc le droit d'entrer ici? — Pas toutes, celle-ci seulement. — C'est sans doute quelque vésuviennc notable, ou tout au moins la présidente du club des l'emuics? — C'est George Sand !
.Mon compagnon se tut, puis il reprit après un moment de silence: — Kt ce Tytirc, ce berger au.v traits ouverts, au sourire bienveillant <iui paraît si beureux de fumer son cigarre à côté de George Sand, sitb le(pnii\r f(i(ji, comment le nommez-vous"?
— Ledru-Rollin; et voilà Lam:u-line qui passe à son côté. Derrière lui s'avance le citoyen Flocon, fumeur intrépide, qui n'a pas l'air seule-
ment de sedoulrr ([u il n est plus incmiire du gouvernement et qu'il va peut-être devenir ministre; plus loin regardez le vice-président de la commission du Luxembourg, l'ouvrier Albert, également étendu sur le gazon un cigarre à la boucbc. Les oiseaux cbantent, les fleurs embaument, les brises murmurent, les représentants fument, causent ou rêvent; (|ue dites-vous de ce décaméron parlementaire?
Mon [jrovincial cbercbait une réponse , mais il fallut remonter. On allait dépouiller le scrutin. Les députés regagnent leurs places, le président proclame à haute voix le résultat du vote qui crée une commission executive composée des citoyens -Vrago, Garnier-Pagès , Marie . Lamartine, Ledru-Hollin.
Étonnemcnl général de voir Lamartine lavaut-dernier sur la liste. ^lon compaguon surtout n'eu revenait pas.
— Ainsi vont les cboses, lui dis-je, les fédérés de la peur el de la niaiserie punissent aujourd'hui Lamartine d'avoir agi hier en brunnic prditi(|ue et en collègue sincère, ils voulaient le pousser au coup d'clat de la détection. Ou lui iiilliKe la minorité de la rancune. Convcnc/. ce-
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pciulaiil qu'il est impossible de renverser un gouvernement, et d'en fonder un nouveau avec plus de calme et de tranquillité.
Après ce vote, mon provincial voulait partir. — Quoi ! sans écouter le citoyen Wolowski, ancien polonais, qui vient déposer une pétition en faveur de la patrie à laquelle il n'appartient plus : jamais on ne va dîner avant d'avoir écoulé Wolowski ; c'est un orateur qui creuse; il remplace Tabsinlhe.
Mon provincial ne se serait d'ailleurs point pardonné de s'en être allé troji lot. M. Wolowski s'élant avisé de terminer sou allocution, en proposant à l'Assemblée de former dans son sein une commission du Luxemboug, les buissiers se sont empressés d'apporter un tabouret. Us avaient bien prévu que Louis Blanc n'entendrait pas quelqu'un parler de l'organisation du travail, sans prendre cela comme une personnalité.
En effet, à peine avait-on renvoyé la Pologne à lundi (15 mai), que Louis Blanc a grimpé agilement sur son escabeau. — Ainsi suspendu, comme une capote dans un carton de modiste, le petit orateur ressem- Llait très-bien à ces nains du moyen-;\ge, qu'on servait sur les tables féodales, dans un pâté, d'où ils sortaient tièrement loi'squ'on enlevait la croûte. M. Louis Blanc possède une voix qui est plus grosse que lui.
C'est cependant une voix de pliénomène, claire, tenue, et qui se renfle, dirait-on , par des crans dans l'intérieur de la mécanique, comme les
L\ constituantl:. — Il mai. -1^,
noies graves de la serinette. Tous les petits hommes ont le tort d'aimer !a pompe; Louis Blanc pins qu'aucun autre de sa taille. Que si jamais le sort du Corse qui prit de Talma des leçons de noblesse, lui était réservé. Louis Blanc ferait à cou|) sur venir M. Ligier pour apprendre a draper sa pourpre. 11 porte déjà naturellement ses périodes sur le l)ras gauche comme un confident de tragédie. Singulier mélange d'inspiration etde lieu commun, de rhétorique et de passion, ce petit homme vibrant et prétentieux qui cache une raison sèche sous un faux illuminisnie, ce petit homme qui preud sa tète pour son cœur, — de bonne foi peut-être, — et qui ne s'avoue pas à lui-même, par modestie sans doute, que son furieux amour du prochain est la rancune d'une ambition jalouse, ce petit homme peut devenir un orateur, un politique: il est déjà un danger. Chose remarquable! c'est que tous ces pasteurs d'hommes, qui vont depuis février prêchant la solidarité et l'abnégalion, sont ivres de leur personnalité. Folie qui les perd et nous sauve! Oue Louis Blanc parvienne à s'oublier, l'on pensera beaucoup à luil
Telle a été du moins l'opinion de mon provincial en entendant le jeune orateur demander la création dun ministère du travail après avoir p:ulé de lui-même, de sa tristesse et de ses ennemis, avec une incohérence qu'il était permis de piendre pour l'attendrissement inséparable d'une improvisalidii pénible.
Commissions des travailleurs et de la Constitution. — M. Vivien et '.e rèilemen'..
11 y a dans toutes les réunions un certain nombre de membres dont l'exactitude est tout le talent. Les voilà qui entourent M. Bûchez; le tremplain de la présidence est devenu un petit forum. Voulant répondre à tout le monde, M. Bûchez se met à genoux sur sou fauteuil et tourne le dos an reste de l'Assemblée. Combien ces familiarités d'alliliule doiveni réjouir les cœurs un peu trop démocrati([nes !
Rien de fort intéressant dans celte journée. David (d'Angers) éprouve le besoin de rendre un nouvel hommage au gouvernement provisoire : Cet hommage sérail une médaille. — Vous êtes orfèvre, M. Josse! — La médaille est coulée. — lu orateur timide fait un cahimbourg modeslc C'est au nom des jeunes soldats de la réserve qu'oti piéiciul séparer de leurs épouses : — Citoyens! s'im lie-l-il. respiulc/ de (rndrcs liens; un l'poux ne peut èlre wohilr !
"2G i.Assi;.Mi!i,i:i: naiionali-: co.miqui:.
Lu émoucliet se pose quelques instants à la trihnne. On nous dit qu'il s'appelle Bouvet. — Cet orateur, à profil d'oiseau de proie, laisse louibei de son bec une proposition qui vaut bien un fromage. Le citoyen liouvet vomirait qu'on nommât douze commissions d'un coup, afin qu'il n'en fùl plus ja^nais question ! — Et l)ien alors, qu'est-ce que l'Assemblée aurait à l'aire? Yignerle lui-même serait privé de l'occasion de s'écrier, d'une voix forte, que ses collègues n'ont point d opinion politique arrêtée ! ce serait vraiment dommage. — Plus de commissions! Autant dire à l'Assemblée de se taire, car voilà une demi-journée qu'elle passe dans la plus adorable confusion de discours et de votes pour se décider seulement à nommer deux commissions dans les bureaux, — celle des travailleurs cl celle de la constitution.
M"' Senard, avocat du barreau de Rouen, se croit obligé de plaider à l heure pour prouver qu'il ne le cède point à son confrère liaroclie, du barreau de Paris.
■ Un certain Durand de Romorantin vient encore embrouiller la discussion, On-lui résiste, il fait sa barricade. Germain Sarrut, auteur de la Biographie des hommes du jour en général et de celle de hi duchesse de Bcrry en particulier, se joint à l'insurrection de Romorantin. Sur quoi le président Rucbez lâche un sacredieu bien excusable, — car il faudrait être le président bon Dieu lui-même pour n'être point poussé à bout par l'orateur Sarrut et ses semblables.
11 n'y a pas moyen de vivre davantage sans règlemenl. — M. Bûchez suspend donc la séance jusqu'à ce que M. Vivien en apj)orte un.
M. Vivien est, comme on sait, un véritable ébéniste en règlements, il a dû sa réputation à des chefs-d'œuvre de ce genre dont les nombreux tiroirs et les incrustations sont l'honneur de l'industrie parlementaire. M. Vivien avoue qu'il a eu fort peu de temps; mais que néanmoins il est remonté dans ses recherches jusqu'à la plus haute antiquité où il a trouvé de fort bons éléments. M. Vivien ne dit pas précisément ()ue l'ancien règlement du -sénat romain et celui de l'aréopage d'Athènes lui ont servi de modèle, mais il le laisse supposer. Son projet d'ailleurs se ressent aussi des progrès de l'esjjrit moderne. Il est presque textuellement copié sur celui de la Chambre des députés, — sauf les attributions de général en chef qu'on avait oublié de donner à M. Sauzet.
La discussion du règlement laisse le temps de faire quelques bons mots dans les conversations intimes. — M. Bûchez, président de l'Assemblée (^sl uK'decin, M. Rccnrl. ministre île l'intérieur, est médecin. M. Tiélal, (les lravan\ publics. miMleciii aussi. — Il faudra, dit M. Du-