‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 22 sur 114 · I.,\ (.ONSTITl ANTi:. — -22 JlIN. / | «K · texte numérisé non relu

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ses collègues a|)|)c'laieiil Miraheaii-Jocrij-se. Cet e.rceiUric l'ut rnn îles |)asse-lemjts les plus agréai)les du liaiil paileinent de la dernière moiiairliie; la l'aciillé en leconiniaiidail Tiisage aux cacochymes du Luxom- Louig. comme irnii evcilaiil propre à iouetter le sang, à ineltre les humeurs en mouvcmenl et à déterminer l'expectoration chez les calarrheux. — L'ancien diancelier Pasqnier a peut-être dû à ses luttes avec M. do Boissy, cl aux violents exercices de sonnette auxquels ce pair de France le contraignait, de conserver, dans ou âge aussi avancé que le sien, une remarijiuible l'acililé de digestion. Autrement personne n'avait jamais j)ris M. de Boissy an sérieux. Ceux qui ne racccjttaieut point cemme nu original, — les i)airs de France à ihiimatismc, par e.\em|)le. gens moroses et quiiiteux, — le considéraient comme un maître fou (|n'il eût iallu iiivtiyer en ambassade à Ciiarenton. Car VexcetUric Itoissy a en de tout temps une marotte, celle d'entrer dans la diplomatie. Ihel, on l'avait classé j)armi ces politiques sans emploi et remplis damhition, qui posent au coin des cheminées et à la tribune comme hommes d'Ltat iuc(im|iris.

Dès que la révolution de lévrier l'ut accomplie, M. de Boissy se dit que le temps d'un personnage comme lui était arrivé; il courut chez Lamartine, qui alors était à la l'ois poêle, gouveriiemenl provisoire, ministre des affaires étrangères et drapeau tricolore. L'antirhambre était remplie d'une foule bizarre de solliciteurs de toute espèce : femmes de lettres en chapeaux-calèche, j)orlant leurs œuvres dans des cabas, et venant solliciter des consulats pour de grands dadais par qui elles se faisaient accompagner; marchands de contre-manine se donnant pour des auteurs tragiques parce qu'ils ne laissaient pas voir leur linge; gentilshommes de Baccaial; des nuéi^s de rimeurs de province tous munis d'autographes dans les(jnels le |»oëte les traite de confrères el se dit modestement leur inférieur, en les remerciant de la dédicace de leurs Soupirs à la Lune, Méditaliotts d une IHvhe, \'olc(in du Cœur, et aiities l'ecueils à couverture jaune. Il y avait aussi des pianistes j)hilanthropes, des pédicures, des mouchards, et même de triîs-honnètes gens ; bref, une société mêlée (|ui faisait {|ueu(! pour obtenir une place, un sourire, une promesse, une apostille, ou bien à la rigueur nu encouragement de dix écus, voire nu-ine de cinq francs, de la main du grand, du ménnuablo, du sublime Lamartine, — le(|uel n'a jamais su distinguer un homme di; mérite d'un intrigant, une capacité modeste et (ière, delà vantardise de tant de plats drôles à la lilouterie blasonnée de merlettes et dalcrions; faux utdiles, militaires de table d'hôte, aventuriers, bolitMuiens el saltimbanques, Nalclaille insolente on bassement flagorneucs, (|ui l'ail

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sa proie cU's hommes l'aiblcs et vaniteux à qui l;i nature a accordé

le rare filent et reliisé le caractère!

In personnage nommé M. de Boissy est toujours connu des huissiers de service; notre excenlric entra donc toul droit chez le poëte, dont la sensibilité avait atteint son paroxisme, et qui le reçut dans ses bras... ouverts ce jour-là à tout le monde. — Ami, s'écria M. de Boissy, quelle ambassade me donnez-vous? — Celle que vous voudrez, répondit Lamartine , transporté sans doute du généreux espoir de voir l'union l'raternelle des pairs de France et des marchands de peaux de lapin devenir une réalité. — M. de Boissy n'eu demanda pas davantage, et s'en alla immédiatement faire ses malles sur lesquelles il écrivit: ambassade Irançaise à Turin, — pensant que le mari de la Guiccioli ne pouvait pas choisir sa résidence diplomatique ailleurs qu'en Italie. Fort de la l)romesse de Lamartine, M. de Boissy avait aussi fait l'emplette d'un secrétaire qui devait obtenir de grands succès dans les cours étrangères, puisqu'il a tenu très-avantageusement l'emploi des jeunes premiers à Taris. C'était ^i. Thibaudenu. dit Milon, ancien acteur de l'Odéon. —

Donc l'ambassadeur Boissy et son secrétaire Milon étaient prêts à partir et n'attendaient plus que leurs lettres de créance. Par un malheureux hasard, le poëte Lamartine commet une erreur involontaire, les donne à d'autres, et voilà MM. de Boissy et Milon retenus à Paris. Notez que l'Odéon était fermé. La position de nos diplomates dans la cai)italc devc-

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liait insoiileiiahlo ; personne ne les rencoiilrail plus sans leur dire : — liU bien! vims n'èles pas encore partis? Miloii lit alors remarquer à M. Hoissy qu'un lioinme comme Ini ne pouvait pas supporter plus longtemps un pareil alTront, et qu'il {'allait que moii.sc/gineKr s'expliquât avec le ministre des aflaires étrangères. — M. de Boissy, accompagné du secrétaire Milon, qui avait approjirié à son nouvel emploi un de ses anciens costumes de théâtre, se rend à l'Iiàtel des Capucines, et il y trouve ^\. Basiide dans Tancien cabinet de M. de Lamartine. — M. Bastide voyant le secrétaire Milon, qu'il rccoiinaîl |)our l'avoir apjdaudi an théâtre, s'empresse de dire, avec celte facilité (jM'il a dans la conversation et qu'il perd malheiirensemeiil à la tribune, il s'empresse de dire à M. de Boissy qu'il est bien fâché de ne pas pouvoir être utile à son protégé, mais que les théâtres ne le regardent nullement et sont du ressort du ministre de l'intérieur. M. IJoissy veut expliquer qu'il ne sollicite ])as d'engagement pour Milon, mais qu'il réclame l'ambassade que Lamartine lui a promise. — On lui répond que M. de Lamartine en a promis bien d'autres, qu'il avait même également promis sept cent Ircnte-lrois prélectures qu'il a été impossible de donner à ceux qui les avaient obtenues de lui ; que la seule chose que .M. Recurl ait pu faire pour se venger des apostilles inconsidérées de M. de Lamartine c'a été de nommer préfet de Saôue-ct-i-oire un certain Cerfbeerr, recommandé d'une façon loiile particulière par le poète, et (|ui, grâce à ses engagements avec M. (iiii/ot, ne man(|uerapas d'enlever à son protecteur, aux élections prochaines, toutes les voix de son déparlemciil.

Là-dessus, M. de Boissy sort furieux. — Milon hésitait à quitter son uniformi!; .M. de Boissv 1 invite à ne point porter plus longtemps la livrée d un gouvernement méprisable, et à l'accompagner en habit bourgeois jus(|u';iux bur(!aux du Conalilnlionnel , ]0{i\nA toujours dispose à accueillir les réclamations d(!S anciens pairs de l'iancc.

Il va sans dire que M. Véron, (|ui se croit aussi un homme d'I^tal méconnu, tendit les mains à .NL de Boissv, et que .Merruau, le rédacteur en chef, lui offrit avec empressement l'encrier, le pajiier et les plumes, — en un mol lotit ce doiil un journal peut disposer pour tenir lieu dune ambassade. On lit luéme au secrétaire Milon la politesse de le prier de s'asseoir dans l'anlichambre. M. de Boissy n'avait plus de ménagemenls à garder ; il écrivit incontinent celte fameuse lettre i|ui prouve (|ue la diplomatie française a eu grand tort de se passer de lui. l-a hîllre fait scandale depuis hier malin. Comme ce citoyen Boissv a été |tair de France, presque ambassadeur, et (|ue tout le monde ne sait pas cpi'il est il peu pr(;s fou, on s'est demande s'il elail bien vrai, ainsi (|u'il laf-

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vaincue... mais à quel prix!... des milliers de morts... l'aris en étal de siège... la liberté de la presse suspendue...

27 juin.

Funérailles des viotimes. — Décret de trariEporlati n.

Il faut songer aux furiérailles. L'Assemblée aura, elle aussi, ses cadavres dans le convoi! — Le brave Négrier, tombé l'un des [)remiers, ne s'est pas relevé. Dornès est mourant. Bedeau, Duvivier, Uixio, Clément Thomas ont été frappés. On craint pour les jours des trois premiers. Le représentant Cbarbonnel, que j'ai vu rapporter avant-liier sur un brancard, de la barricade Poissonnière, et qui tout le long du boulevard saluait encore du cri de : Vive la République! la foule, respectueusement

Cavaignac entre; son récit ne laisse ])lns (le doute sur la gravité iinincnsc île l'insurrection; rAsscmbléc se déclare en permanence, au cri de vive la Republique, poussé par I^agrango. — Les représentants Bedeau, Dorncs, Bixio sont blessés; c'est M. G. Pages qui en apporte la nouvelle. Le questeur Degousée, fort ému, demande la suspension des journaus dangereux. — Le gouvernement aura de l'énergie, mais ne fera pas de coup d'Etat, répond fort noblement M. Duclerc. A minuit la séance est suspendue, j— le bureau veille.

21 Jus, huit heures du matin. — La nuit n'avait point terminé la lutte qui devenait, au contraire, le sainedi malin, plus terrible d'beure en heure. — Sur la proposition de M. Sénard, l'adoption des veuves el des orplielinspar la pairie fut décrétée. C'est à la suite de ce vote que le citoyen Pascal Duprat, organe d'une conspiration parlementaire ourdie dans les couloirs contre la commission executive, que son courage personnel h l'heure du danger n'excusait pas aux veux de la majoiilé de ses fautes administratives , vint proposer la mise en état do siège de Paris el la concentration des pouvoirs dans la main du général Cavaignac. — Le représentant Bauchard et l'avocat Favre, incapable d'oublier sa haine, vcmiaient qu'on fit à la commission executive l'injure d'une deslitution formelle. — Ne votez pas une rancune après une mesure de salut publie, dit M. Duclerc. Il fut entendu. Une demi-heure après, la commission executive envoyait sa démission .T l'Assemblée , et Lamartine cbercbaii à se faire tuer devant la barricade du Faubourg du Temple. Il y eut une voix qui protesta encore contre l'état de siège, même après le décret rendu, celle de Lagrange ; pour la faire (aire, il fallut suspendre la séance ; on la reprit h nue heure; mais l'Assemblée ne rlélibérait jilus. De ce momcnl. et pendant la journée du diniambe 25, que le combat dura avec toute sa violence; que la ville fut remplie d'angoisses et de tumulte, l'arliUerie tonnant, les morts et les blessés encombrant les chemins, les régimerils, les innombrables légions de gardes nationales accourant avec des clameurs de tous les points de la France, comme pour une croisade nouvelle ; à partir, dis-je, du samedi à trois heures, le palais de la Constituante, encombré d'allants et venants, de généraux d'ordonnance, de batadlnus qui défilaient, de mobiles qui apporlaieni les drapeaux pris sur les barricades, devint l'état-m.ajor de cet immense Paris .à qui l'iusurrcclion donnaii l'assaut. — 11 n'y avait plus d'autre souveraineté que l'épée <lo Cavaignac ; c'est le dictateur qui rédigeait et signait les proclamations ,el le décret conire les iournanx, repoussé la veille par l'Assemblée, il l'avait mis à exécution de par le droit terrible de l'étal de siège.

26 Juin. — Le lundi h 8 heures, l'Assemblée sortait de son trouble. Les représentants, qui depuis deux jours avaient piis place au feu comme des soldats, siégèrent en législateurs. Une commission d'enquête fut nommée, et le décret de Iransportation présenté. • — C'est à la reprise de la séance que le président Sénard s'élance au fauteuil avec un cri de joie : «Gagné! gagné!» l.a lulie élail terminée , le fiiubourg Sainl-Aulo ne vcnail de se lendre.

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