I-A CONSTITL'ANTi:. —1' JUILLET
llicr csl-ii déjà si loin d'anjonrd'luii'? allous-iions sitôt (!ii revenir aux rhéteurs et aux discussions oiseuses?
M. Senard a souvent eu le tort des avocats qui improvisent ; il n beaucoup parlé, mais combien de ses trop fréquents discours ont été rachetés par ses dernières paroles ! M. Senard s'est ému sincèrement , et pour cette émotion du cœur, il faut excuser la prolixité de l'avocat. M® Marie parlera peu: on voit bien que la facilité lui manque; dès aujourd'hui il n'a fait que quelques phrases; elles sont sèches, banales, et la rhétorique y tient lieu de sentiment.
La fin de la séance s'est inspirée du début. Cinq heures de discours, et point une parole louchante, point une idée élevée ; pas un acte ; des mots, rien que des mots, qui ont abouti à un décret transitoire sur le renouvellement des conseils municipaux, qu'on pouvait expliquer et voter en vingt minutes. Sans doute il faut que les beaux esprits s'exercent; nous avons retrouvé à la tribune nos orateurs du 22 février. La guerre civile ne leur a point fait perdre le fil d'une seule de leurs phrases, si bien qu'il leur semble naturel de profiler de ce que le canon s'est tu |»our achever de les débiter.
I" jnillrl.
Lfs pétitionnaires peints par çux-m4m3r. — Rapptirt'd'; ?it,-v.'en Bîbaud.
M* Marie est décidément le pins cnnipassc et le |)lns magistral des hommes. I.a sonnette, qui fut une massue dans les mains de M. Senard, semble être dans les siennes la cloche du couvent qui appcHe les moines au dortoir. Le nouveau président en tire des sons nobles et réguliers qui invitent au sommeil.
L'orateur auquel M'^ Marie, avec une affabilité majestueuse, venait fie donner la parole, n'était point l'ail pour égayer la discussion. I.e ci- (oven Habaud-Laribièie est un représentant dont la voix résonne cornmc la trompetl(î du jugement dernier. La nature la doué d'un instrument métallique dont Sax, le facteur, ne saurait trop éliidicr les notes surlininaincs. Kn outre, l'orateur Babaïul possède une cerlaine figure méridionale accentuée, crépue, deux yeux flamboyants au milieu d'une barbe noire et sinistre, en un mot, une tète assez semblable à celle que les peintres ilalii-ns i)rètcnt au mauvais ange l(!rrassi'; par saint Michel.
LCrateur Babaud avaitdéja tiré de son instrument un i.a retentissant, et nous nous apprêtions à frémir .. Oui l'aurait cru? cette musique de cuerre. rr rinfnrz'nitlo fies cuivres, n'était f|iu' raccnnipagnenienl d'un
108 I.ASSKMlîl.l- i; NATIONALi: COMIOIF.
pot-ixiiini dont Cliam riiuaiorislc l'ora tout un |)oonit\ — Cela s a|(
ppllera . \os Pétitiotuiaires pehtis par eti.r-mèmex.
Sons jnélcxlo âc pétillons, tont ànc bâté en la Icio rlc qui survionl niif idée saugrenue, les fous de Cliarcnton, sans distinction de sexe, les fonctionnaires sans emploi, les vieilles filles sans mari, et tons les son- Ke-creux , et tous les importants, et les importuns, qui de Paris, qui des 86 départements, se croient permis d'adresser leurs billevesées à TAssemblée nationale? Que ne les force-t-on d'alfrancbir leurs envois? Mais non, il faut que la sottise publique ait son libre cours.
A coup sûr on ne me croirait pas si le Moniteur véridique nélait là pour rendre témoignage. Devinez à qui l'oralcnr Baband et dix autres après lui ont fait aujourd'hui les honneurs de leur éloquence?
0 — In certain prisonnier Poulet demande qu'on élargisse tous les détenus dans le plus bref délai. »
« —Le nommé Néry, domicilié à Paris, sollicite un décret qui défende aux représentants de se battre en duel |)endant la session. »
« — Le citoyen Hoche, de Toulouse, (>xige le réiablissenirni du calendrier républicain. »
'( — M. Bart, parisien, éprouve le besoin de voir auliuiscr ht pol\gamie. Son mémoire détaillé prouve que la pluralité des l'cuimes ferai! le bonheur du genre bnuiaiu. »
« — Lnfin. un [M'Illionnairc pins hardi que les autres, enjoini à
i.\ coNS I lïi \.\ii;. - :. ji I i.i.Ki. loi)
l'Assemblée nalionale de nieltre Louis BoiiMparle à la lèle du <;ouvernemenl avec le titre de premier consul. »
Jusqu'à cinq heures du soir, ces impertinents coqs-à-ràne ont occupé la séance; et six rapporteurs, prescjuc aussi éloquents que M. Babaud, ont gravement discouru à leur propos, au nom de cinq comités.
L'Assemblée s'apercevani qu'il lui faudrait lever la séance bientôt, cl qu'il re.siait encore cinquante pétitions dans le sac, a renvové la suite i\ demain, afin d'avoir le temps de causerpendant dixminules du décret d'organisation communale avant daller dîm>r Hon appétit, citovens!
5 juillet.
Dissolution des ateliers nationaux. — rysièmc de M. Gcudchaux , Iç ruc.oçfseur d" I.î. Duolerc aux Finances.
M ravaiijnac, le président du conseil, n'es! point linmmeà abuser de
I allenlion ijn nn jm y\i\i' ; il parir pm , en termes simples . comme
110 I, asskmhiim: \ ationali'. (.omiqi'K.
<(iiol(jirim qui, saclianl bien (jii'il a (|iiclqiie chose (rintércssant a ilirc . ne \ise point à Tcffet . et le trouve naturellement. Ensuite un grand mérite de M. Cavaignac , c'est d'être un général très-résolu et de s'cx- |)rimer pourtant en citoyen. Son langage n'a rien du commandemeiil, ni du tribun; M. Cavaignac parle pour dire la vérité ; il ne lui semble pas que cela nécessite beaucoup de phrases. En trois mots il est venu annoncer à l'Assemblée la dissolution des ateliers nationaux, l^n politique de profession n'aurait pas manqué à ce propos d'incriminer ses prédécesseurs ; M. Cavaignac s'est contenté de les justilier en déclarant qu'ils avaient tenté sincèrement de faire avant ce qu'il venait d'accomplir après le combat. Le gouvernement, d'ailleurs, n entend dissoudre les ateliers, qui sont un danger et une menace, qu'ià la condition (le donner du pain et du travail aux ouvriers (|ui les composent. M. (iondchaux, le ministre des finances, afin de ne point laisser d'illusions sur les moyens de résoudre le problème, s'est chargé de formuler en chif- Ires la déclaration de M. Cavaignac.
Si ce pauvre M. Diiclerc s'était avisé de venir demander les cinq millions qu'on a failli donner sans discussion à son successeur, quelle mine on lui eût faite! Il n'y a point à en douter, le désir qu'avait l'Assemblée de déplaire à M. Duclerc est pour moitié dans le bel accueil qu'elle a fait à M. Goudcbaux. Croyez-vous pour cela que l'Assemblée fasse une grande différence entre le système de l'un et celui de l'autre? non pas. Le premier l'effrayait, tandis que le second la rassure. Toute l'histoire dn crédit est là: refuser un petit écu à un véritable millionnaire sur sa mauvaise mine, et jeter sa fortune à la tète d'un agioteur en réputation.
Ce n'est pas que nous veuillons établir une telle comparaison entre les deux ministres; mais le fait est que nous ne comprenons pas qu'on ait jamais eu l'espoir de faire accepter M. Duclerc comme le représentant du trésor de la République. C.o fut là une des grandes fautes de l'ex-co m mission executive.
Onoi ! ce jeune homme maigre, à l'extérieur de quaker, rogne, rèche. qui fit des livres et n'en tint jamais, vous l'avez affublé en ministre des finances!... Voyez donc M. Goiulcliaux, à la bonne heure! voilà l'emi)onpoint de la spécialité, voilà le ministre véritable! C'est un préjugé peut-éire. mais on gouverne les peuples avec des préjugés ;' le préjugé veut qu'un financier ait du ventre, ([u'il ait l'affabilité méthodique de I escompteur haliitué à éconduire les \alenrs douteuses, qu'il ait surtout le grand art de grouper les cliiffres.
Onoi (le |)Ims nllravanl ([ue M. (ioudchaux'.' — ton modeste, extérieur
LA CONSriïlAMK. — i JUILLET. III
d'un grand-livre de bonne maison, mansuétude de caissier, qui ne s'irrite pas parce qu'il sait que les chiffres ne doivent jamais s'émou- Yoir; — il j)arle posément, doucereusement, et avec tant d'aritliméticiuc que les soustractions deviendront des multiplications dans ses discours.
Avec une réserve dont on ne sanrait trop le féliciter, M. Goudchaux, sans avoir l'air de vouloir faire injure à M. Duclerc, n'a proposé aujourd'hui que cinq petits décrets, dont le moindre démolit de fond en comble tous les travaux, systèmes, projets et inventions adorablement algébriques de son prédécesseur. Oh ! par exemple, M. Gondcbaux est trop poli pour contester à M. Duclerc les principes et la beauté de la théorie : il ne lui conteste que l'application; — rien que cela.
La Bourse a dit son opinion sur le discours de M. Goudchaux. Le cin(| pour cent montait dé trois Francs. Qu'est-ce que cela prouve? sinon que M. Duclerc a\ait des idées |)eut être, et que M. Goudchaux a du crédit. Hélas ! il n'y a que le crédit qui sauve de la baïujueroute.
Après le discours de Cavaignac et 1 exposé de M Goudchaux, la journée était terminée. On a continué la discussion du décret sur les élections municipales. Pendant ce temps-là M. Duclerc, très ému. achevait des calculs qui seront cruels, à ce qu'il assure, pour sou suecessecr.
l juiirel, IJominalion du questeur Lebreton. — Crédit de cinq millions ouvert aux travailleurs.
Justice à tous les orateurs! le scrutin seul a parlé. Néanmoins la discussion a été tiès-vive au fond de l'urne.
Il n'a pas fallu moins de trois tours pour nommer un questeur eu remplacement du général Négrier. I^a place vacante du général mort a lini par échoir à M. I.,ebrelon, général vivant. Trois heures de scrutin, deux voles et un ballotage n'avancent pas autant qu'on le désirerait la fin de l'état de siège. Ouoi qu'il en soit, l'Assemblée, qui sent encore le besoin de s'appuyer de la force des armes, a sous la main un sabre de |)lus.
Après l'élection, il est resté tout jurle assez de lem])s pour entendre un ])rojel de décret présenté par M. (^orhon au protit des associations de travailleurs, et pour voler un crédit demandé hier en laveur de l'iiulus- Irie du bâtiment. — Ne nous plaignons donc point du temps perdu au commencetneut de la séance, si c'est pour le regagner que l'Assemblée a généreusement concédé au travail cinq inillious. sans perinelire fiu'au run polit esprit eu retint l'escdnqilc.
112 LASSKMHLKi: NATIONALK COMIQH;.
.•; juillet.
La rancune d3 M. Pavre. — Violation du domicile du représentant Raynal.
M'' Favre est, à coup sur, un modèle de rancune. Comme il faut se défierde ces pâles visages, masques impassibles, au sourire iigé dans le coin de la lèvre! Le doucerjiux M" Favre est homme à liaïr les gens même lorsqu'ils sont morts, surtout s'il a eu des torts envers eux. Aujourd'hui que les ateliers nationaux sont dissous, AP Favre est venu, de cet air innocent (ju'on lui connaît, demander la suite du rapport de I\I. de Falloux interrompu par l'insurrection. L'n fleuve de sang a coulé , dans lequel l'ex-commission executive est tombée à côté des morts, et W Fa- \re, dont le cœur est trop plein de fiel pour qu'une généreuse pensée y trouve place, était prêt à s'acharner sur le cadavre du pouvoir déchu. Que M" Favre y prenne garde cependant; il est bien pâle, mais peutêtre parmi ces morts a--t-il quelque ancien ami, qui, le joui' oîi il se dressera eu l'ace de lui, le fera pâlir encore. L'Assemblée d'ailleurs n'a point eu de goût pour M'' Favre, (die a passé à l'ordre du jour. L'avocat en est pour une méchanceté rentrée.
Il est convenu qu'on ne discutera point les projets de M Goudcliaux , sans doute parce qu'ils sont excellents. C'est peut-être un |)eu aussi parce que l'on sent involontairement que l'état de siège qui bâillonne les écrivains ne laisse à la parole que la moitié de sa liberté. A voir comment le décret d'emprunt de 150 millions a été enlevé et volé, on se serait cru au sénat dans le bon temps de l'empire. M. Goudchaux, comme un >'apoléon, a même trouvé quelques llatteurs consommés qui ont feint de le combattre juste autant qu'il le fallait pour donner plus d'éclat à son triomphe.
Franchement, le citoyen llaynal prenait aujourd'hui assez mal son lieure pour venir se plaindre. Il n'avait pas songé que la hausse continue. De (juoi d'ailleurs le citoyen Raynal se plaignait-il? nous ne le soupçonnions pas capable de tant d'émotion et d'énergie. Sa petite voix aigre a pour un instant dominé l'Assemblée. Le citoyen Raynal s'étonne cjiie cette nuit même, sous prétexte de visite politique, un commissaire de police et des soldats aient osé violer son domicile et pousser leurs investigations jusqu'au fond d'un petit meuble que la pudeur nous défend de nommer.
Et c'est là le sujet d'une si vive indignation ! Mais il n'y a pas un député de l'ex-gauche qui ne soit prêt à renu-rcier la police de ses erreurs
LA COMSTITIIAM i:. — :, jriLLET. 4)0
les pins désagréables. Ce petit M. Raynal se fourvoie. M. Tliiers, d'ordinaire si réservé, le montre au doigt.
Bref, M, Senard lui-même a été obligé de prendre le riloycn Raviial sons sa protection. Certainement, M. Senard est trop répni)licain . qnoiqnc ministre de l'intérieni-, p(jiir sonffrir qn'on dérange ainsi rendant la nuit des représentants. 11 fera tout fou possible, autant que possible, pour que les commissaires soient un peu plus réservés à l'avenir, si cela est possible. Nous n'attendions pas moins de M. Senard ; il a, ma foi , rappelé l'Assemblée an respect de sa souveraineté.
En sa qualité de collègue de M. Senard et de .M. Gondcliaux, le citoyen ministre Carnot pensait peut-être qu'il lui suffisait de demander des crédits pour les obtenir ; c'est pourquoi ce M. Carnot, si réservé et même si pédant d'babilude, s'est cru tout permis. iNe s'est-il pas avisé de dire anjourd'luii qu'il était un ministre sorti des barricades de Février! On
l'avait oublié, mais drs riuslint que .M. Carnot a pris la peine de le rappeler à l'Assemblée, il a fallu voir comme ou lui a su gré de son aveu. Puisqu'il vient des barricades, et bien qu'il y retourne! Seulemenl. pour qu'il n'emportât pas son portefeuille, la Cbambre l'a repris, eu contestant d'une façon significative à Nf. Carnot un crédit qu'il demandait. Regrelterons-nons beaucoup M. Caniol? V. Carnot es! un lu
iiMume
m i;.\.ssi..Miu.Éi; nationale comique.
leltrt', (jiii nous a semblé avoir les lellros et les lilléraleiirs en aversion ; c'élait i.a ministre de l'inslrnction pnblique qui , par patriotisme et amour de l'égalité, n'aurait peut-être rien trouvé de mieux que de mettre toute la France à l'ABC; — mais enfin c'était un ministre de février, dans le ministère de juin.
Continuation de l'état de siège. — Rétablissement du cautionnement des journaux. — Interpellations Babaud à ce Eujet.
Paris est sauvé , mais Paris est triste. L'étal de siège pèse sur cette grande ville, et la liberté dont elle jouit par tolérance commence à devenir un malaise assez semblable à celui qu'éprouve l'esclave au service d'un bon maître. Ni l'air, ni le soleil, ni la nuil, ni le jour, ne nous appartiennent : à tout prendre, et quelque gré que nous sacbions au pouvoir qui nous les prèle, de l'extrême délicatesse qu'il met a cacber la main d'oîi vient l'aumône, il faut bien le dire, vivre ainsi du bienfait l'autrui c'est exister, ce n'est point vivre.
On pensait qu'aujourd'hui l'état de siège serait levé; la nouvelle en avait même été donnée par des gens qui prétendent avoir le secret de tous les gouvernements. Mais à coup sur le général Cavaignac connaît mieux sa propre pensée qu'aucun de ses confidents , si bien instruits qu'ils soient, et il faut l'en croire sur parole. L'état de siège n'est point levé ni près de l'être, le président du conseil l'a formellement dit à l'Assemblée , quoique d'un ton qui prouverait que le régime exceptionnel est cette fois plus k charge encore h celui qui l'exerce qu'à ceux qui le subissent.
Dure loi cependant que celle delà nécessité ! Oui aurait cru qu'à quatre mois de la révolution de Février il aurait fallu suspendre la liberté de cette pensée dont le monde s'inspire? Ainsi, quatre mois de République nous ont reculés de dix-huit ans, et nous en sommes aux lois de 1830. Le par(|uel s'est expliqué ce matin par la voie officielle du Moniteur: le droit d'écrire n'appartient plus qu'à celui qui le peut acheter. Il faut payer le cens pour penser, quand le cens électoral est aboli. Le suffrage universel est proclamé, et la presse redevient un monopole ; le cautionnement est rétalili !
Il est rude, le métier de dictateur! Risquer sa vie dans la bataille, c'est un jeu ])Our le brave soldat ; mais s'attaquer à la liberté, même en la voulant sauver, ce doit èlre pour nu lèpublicnin sincère une Irisie
LA CONSTITLlAMi:. — 10 JUILLET. dio
corvée. Aussi nous a-l-il soinhlé que la parole de Cavaignac était moins assurée que d'habitude en répondant à rinlerpellalion du citoyen Ba-
l)and. Le président du ministère de juin, eu avouant (|ue la loi de IS.'ÎO ressuscitait sons sa dictature, se rappelait peut-être que le premier acte de Cavai|j;uac, fjouvcrnenr de l'Algérie, le lendemain de la rév(dutiou de Février, fut de proclamer la liberté de la presse.
10 luillcl.
lîouveaux embellissements de la calle. — Lee discours de M, Ser.ard. — To'nVisnt accord, et d-î^rets insignifîsnt?.
r.es deux jours derniers ont été employés à l'aire une salle nonvelle ; les orateurs réliennaieiil; dans la crainte sans doute de la lati}iii:;r. ils ont été d'une mudcralion dont M. .I(dv, I arcliitecte, doit leur s;'.voir
116 L AssLMiîLÉi: wrio.N.vi.i: cu.miuli..
bon gré. On se plaij;nail de n'èlie point enlemlu, même en parlant bien baut; il faut craindre maintenant de faire crouler les murs, pour pey qu'on ne |)arie pas tout bas. La salle, qui offrait bier à la voix luimaine à ]>eii près autant de ressources qu'une |)lacc publique, est sonore au— jonrd'liui comme un ventre do guitare ; l'on peut ajouter que, gnicc aux dispositions nouvelles introduites par l'Iiabile arcbitecte, elle ressemble assez à une vaste mandoline peinte à la détrempe. En tant que salle provisoire, c'est une fort aimable salle. Redoutons seulement qu'on ne ]a conserve longtemps, jirécisément ])arce qu'elle est faite j)Our ne point durer. M. l'architecte Joly , artiste ingénieux, s'est inspiré du procédé dont ou use dans les salons de cent couverts, (|uand on veut les transformer en cabinets particuliers. A l'aide d'un refend il a créé l'inliniilé.
L important c'était l'acoustique ; et l'acoustique ne laisse plus rien à désirer, — à ce point que M" Marie, dont la voix éloquente mais sans timbre arrive difikilement à son plus i)roche voisin , ce qui faisait dire de lui au palais qu'il n'avait point l'oreille du tribunal, — à ce point, disons-nous, (]ue le président Marie s est fait aujourdbui écouler de M. Fayet Ini-mème, qui n'avait encore pu entendre que le clairon de l'orateur Babaud. — Par exemple, l'arcbitecte Joly a conservé précieusemenl le pavillon cbinois, ornementé dans le style empire, qui abrite, en guise de ])aldaquiii moyen-âge, le bureau et la tribune. C'était bien le moins qu il respectât son propre ouvrage.
Non, rien ne saurait rendre l'effet extraordinaire que produit, dans celte nouvelle salle, l'organe remarquable du minisire de l'intérieur. Ce n'est plus le simple M. Senard, c'esl le tonnerre en personne! Les éclats s'en prolongent avec d'autant plus de majesté que M. Senard, a conservé celte belle tradition normande de cbanger en dipbtongues toutes les syllabes aiguës, qui fait de l'art oratoire un mugissement agréable. C'esl surtout, maintenant qu'il est ministre, que M. Senard va redevenir avocat ; certes il n'est pas liommc à souffrir jamais (ju'un autre que lui ait le dernier dans la discussion, l n ministre , a le droit de parler tant qu'il veut, M. Senarl le sait et il en use de façon à ce que le reste du gouvernement puisse éternellement garder le silence. Etait-ce le portefeuille de l'intérieur qu'il fallait donner à M. Senart? nous aurions préféré qu'on créât pour lui un ministère des discouru.
Dans cette seule séance, M. Senart a parlé à cinq reprises, sans qu'on lait contredit une seule fois. Ceux qui s'aviseraient dorénavant de lui répliquer savent le sort qui les attend.
M, Senart est très-franc ; il ne cache pas ses intenliouï ; il a uban-^
LA CO.NSTHUAME. — Il JUILLLT. 117
donné l'ancien banc des ministres, qui était à dix pas de la tribune du côté «gauche, et il est venu s'établir à droite, au pied même de l'escalier par lequel on y monte. Il ne lui faut qu'une enjambée pour prendre la parole ; de sa place il tient ses discours braqués sur toute l'Assemblée ; nous espérons bien que cette forte position ôtera aux j)lus lundis le désir d'attaquer le ministère; — à moins que le danger n'excite les autres avocats, gens toujours si téméraires...! il faudrait alors nous attendre à voir bien des paroles couler.
La jouruée a pourtant été rassurante, (ju'il est beau de contempler une assemblée volant sans restriction, sans discussion, comme un seul iiomnie,el d'écouler un ministre qui parle presque tout seul! Comme M. Senard aura raison, pour peu que cela dure ! et combien il serait coupable, ayant si facilement raison, de donner à la République d'autres lois que les lois libérales qu'il lui suflit de demander s'il les veut obtenir pour elle !
11 y avait six projets de décrets à l'ordre du jour ; les rapporteurs et le gouvernement sont dans un tel accord qu'en moins de deux heures l'Assemblée avait eu la |)olitcsse d'en adopter quatre ; le cinquième aurait pu devenir gênant : son auteur s'est glissé sous le bureau et l'a retiré sans qu'on s'en aper(,ùl. Quant au sixième, qui concernait la comptabilité de l'Assemblée, les représentants l'ont voulu discuter en comité secret, alin de terminer cette belle journée sans rien se dire de désagréable en public.
Il Jlllllol.
DéorelE sur la sténographie du Moniteur. — MM. Dujoi, Avond, Flooon.
Si l'on n'apporte point, dans le plus bref délai, d'aliment à la discussion, l'Assemblée nationale sera obligée de suspendre ses travaux, faute d'avoir la moindre besogne à faire ! M. Marie est incapable de suj)j)orter un pareil étal de choses, on l'a nommé président pour un mois, et il Si: doit ;i lui-même de |)résider un mois entier. Ensuite, la Ucpublit|ue s'arrangeia comme elle pourra.
(!roirait-on bien que, pour avoir (|U('l(|ue chose à dire, les orateurs en onl été réduits à traiter une question pres(|uc littéraire'.' la |>olitique est maintenant lellemetit familière à toute l'Assemblét! (|u'rlle ne s'y arrèlc plus. On vole les décrets avant (piiis ne soient mis aux voix. cl même beaucoup de représcnlanls ne prennent |ilus la peine de se
i;as.si:miîli:i: nationali: ct>Mi(>ui:.
lever, ils font un signe d'approbation ; le présidenl comprend à demimol, et l;i loi est rendue.
lieureusenienl la slénograpiiie du Moniteur était à l'ordre du jour. Cette question, toute nouvelle pour la grande majorité des représentants, a été accueillie avec un intérêt bien vif. On s'est disputé la tribune; les citoyens Ducos, Avond et Flocon n'avaient peut-être encore jamais été aussi brillants.
M. Ducos, si l'on s'en souvient, était l'un des bommes de l'ancienne chambre qui s'était le plus occupé de se créer une spécialité, — sans pouvoir y réussir. Faute d'en pouvoir trouver cette année une seule qui n'appartînt pas à l'un des quinze comités, M. Ducos s'est rejeté sur la sténographie, que ])ersonne ne s'était attribuée; et, à force d'études secrètes, il est devenu d'une telle force d'amateur dans cet art que c'est lui qu'on a naturellement chargé du rapportsur le projet de décret y relatif.
Les citoyens Avond et Flocon, voyant le succès tout à fait spécial qu'obtenait M. Ducos, n'ont pas voulu laisser écliapper l'occasion d'éblouir l'Assemblée. M. Avond s'est d'abord emparé, en sous-œuvre, des sténographes, et il a dit sur les routeurs et les réviseurs des choses si belles et si techniques que M. Ducos a été écrasé , et que les généraux et les anciens notaires du comité de la guerre, auquel M. Avond ap-
partient, en sont restés stupéfaits, au point de croire que leur collègue était un homme universel. M. Avond s'était exprimé en artiste ; les personnes qui ignorent que, la veille du jour où on le nomma représentant, il consacrait encore à la sténographie judiciaire les loisirs continuels