I.A (ONSTITIANTI'.. — 12 lUI Ll.i: T
(|iio lui laissait sa cliciilèlc d'avocat, ont dû le trouver colossal. En descpiidant de la tribune M. Avond a reçu les félicitations des slénographes du }Io7Uleur, — mais d'un air à la fois modeste et pjlorieux.
L'Assemblée, sous le cbarnie du morceau qu'elle venait d'entendre, croyait bien que personne ne pourrait dépasser M. Avond, quand le citoyen Flocon a parn comme s'il était encore ministre du commerce. M. Avond n'était qu'un professeur ; le citoyen Flocon s'est posé en homme d'État d(! la sténographie. A la façon dont il a abordé la question, il a été facile de comprendre que si M. Avond était un habile roulcur. le citoyen Flocon avait dû être pendant dix ans au moins un réviseur de première classe. Le citoyen Flocon ne s'est point tenu dans des détails subalternes: il a pris dès l'abord les choses de plus haut, et porté la sténographie jusqu'à la politique et au socialisme; enfin, il s'est donné lui-même comme un exemple vivant du degré d'honneur et de fortune auquel pouvait aspirer un véritable sténographe, et, pour prouver en républicain son anionr de l'égalité , il n'a point hésité à proposer à l'Assemblée de faire de l'art de la sténographie la base de rinsirnction primaire, afin qu'il fût j)crmis à tout citoyen français de devenir un citoven Flocon.
La proposition a paru un peu exagérée, — ce dont l'ancien ministre du commerce s'est fâché tout rouge pendant quon lui riait au nez.
Après l'adoption du décret de M. Ducos , il ne lestait plus (|ue deux ou trois petites misères piditiques — la formation d'un camp de cinquante milli! hommes à Paris — et un crédit d'un demi-million, — dont lAssemblée a fait à peine une bouchée.
Puis, M. Senard a présenté deux projets qu on discutera d'urgence. I.e £roiiverocment demande un secours de 500 mille fr. pour les Ihéàlres de Paris, mais en revanche il offre de lrap|)er les journaux d'un cautionnement de 24 mille fr. — (Compensation.
là juillet.
Ur.". reancp. dVi. — Décret sur le rembourEemcnt Pétitions cauêrenutc.
Arrêtons-nous ici, et reposons-nous uii pi'ii a l'onilirc; des pelilious. Leprésident Marie marquera (h; blanc cette! journée heureuse: les aréopages, les sénats romains et h^s antres asseml)lees nationales <\o l'antiquité en offriraient diflicilcMuent une qui puisse lui être comparée
(icunme lombre sfdaire allait bit nlùl marqueisur le <'adran la deuxième
120 I.'ASSIIMIÎLKK NATIONAI.r. COMIQUE,
heure du jour, les rcprésenlanls tlu peuple ont pris doucement le cheuiin sans ombrage qui conduit à leur palais. Us n'avaient point revêtu la laliclave à cause de la chaleur, mais ou pouvait les voir, qui sur les routes, qui sur les places, s'avancer frais, dispos et rases, presque tons en costume d'été de l'aspect le plus rafraîchissant.
M. Lastevric, entre antres, avec le petit auvent vert qui garantit contre l'ardent soleil sa vue fatiguée dans les veillées parlementaires, avec son pantalon familier, couleur de l'auvent, et tout l'élégant débraillé de son habillement de bain, semblait plutôt aller vers la plage de Trouville que vers l'endroit consacré aux discussions politiques.
Cependant, lorsqu'une cinquantaine de représentants — il était trois heures environ — furent nonchaicmment étendus sur les banquettes, le président Marie, que le sentiment de l'inllexible discipline relient en sentinelle auprès de la sonnette, crut qu'il était de bon goût d'ouvrir la séance.
M. Marie, cet esclave des dignités, n'a point, comme ses collègues les simples mortels, le privilège des doux loisirs, des vestes de chasse et des pantalons à la cosaque. M. Marie n'oublie pas que la garde porte les armes sur son passage et que rien ne le saurait dispenser de la cravate blanche qui vous étrangle noblement, non plus que de l'habit noir indispensable aux cérémonies françaises. Tel on nous dépeint le célèbre Carême, alors qu'il commandait la table chez M. de Talleyrand , tel on voit chaque matin le président Marie. Four la solennité. pour le sérieux, pour la sévérité du costume, il n'est point dans l'histoire de maître d'hôtel qui l'égale.
A l'insouciance adorable des représentants, à leur laisser-aller de campagne, on aurait pu les prendre bien plutôt pour des convives que pour des hommes politiques. Les femmes charmantes qui devaient à des faveurs |)arliculières leur accès dans les tribunes, ont dû croire un instant qu'elles allaient assister à un immense déjeuner de garçons. — Ne craignez rien, belles dames, les représentants du peuple sont sobres, et cest à peine si l'on nourrirait la diète helvétique avec leur menu.
I.e premier service se composait d'un si ni jilat; au premier plat Ton parle peu ; aussi l'Assemblée a-t-elle avalé, sans mot dire, un certain décret relatif au remboursement des bons du Trésor. Ce décret, d'une incontestable fraîcheur, avait été péché dans les étangs poissonneux du ministre Gomlchaux. Tout le monde a opiné de la fourchette.
.\près le décret sont venus ù la fois : hors-dœuvre, entremets et dessert, le tout composé de salaisons de lonle sorte sons forme de pétitions
L A C O N S 1' 1 1 l A .N Ti:. — 1 ô J H 1 1. 1. F. T. 1 2 1
diverses. Jamais encore Ton n'en avait vu un aussi grand noinbrecl d'aussi saugrenues. La sollise des 86 départenienls était là réunie sur la table. Quel dommage ! les feuilles de vigne manciuaient ! Comprend-on un dessert de pétitions sans feuilles de vigne?
C'est alors que quelques orateurs, échauffés par la bonne chère, ont pris la parole pour se rafraîchir. Entre autres un certain citoyen Kapo, à l'occasion de la pétition du sieur Boissier, a prononcé un in-folio manuscrit sur la liberté des cultes, auquel, nous a-t on dit, il travaille depuis sa première jeunesse. C'est à coup sûr le plus étonnant morceau de pâte ferme qui soit encore sorti de la tribune française;.
Qu'on juge donc combien M. Avond a dû paraître vif, léger et guilleret, venant après nn manuscrit aussi monumental que celui du citoyen Kapo ! M. Avond pétillait à [)leines phrases, et le bourgogne trèsordinaire de son improvisation coulait comme des (lots d'aï mousseux par dessus les bords de la tribune, il a, ma foi, fait sauter le bouchon et lancé trente pétitions au plafond. — Puis, une fois hors de luimême, il est allé familièrement s'asseoir au banc des ministres, à la place même du général Cavaignac, — ce que voyant, un étranger nous a demandé si ce gros jeune homme était bien réellement le pouvoir exécutif.
Cette méprise, et la pétition du club de Vaize qui exige qu'on cache la statue de Louis XIV dans les profondeurs de In terre, avaient porté au plus haut point l'intérêt de la séance Dans la crainte qu'il ne se refroidît, M. Marie s'est empressé de la lever.
t5 luillei
Rien. — Bruiis de bureaux. — L'éloquence esi dans la rue de Poitiers.
Kncore un petit effort , et nous arriverons insensiblement à ces grandes journées parlementaires que liin des présidents de lAssemblée, — c'était M. Marie, je crois, — a prédites dans son discours d'installation.
l'ar grandes journées parlementaires ou entend les séances extraordinaires qui commenceront à quatre heures et se termineront à cinq, a|)iès la lecturt! et l'adoption du |)rocès-verbal de la veille.
L'Assemblée tient-elle absolument à celte formalité quotidienne de la séance publique? Il faut le croire, puisqu'elle ne l'a point encore snp-
priniéo. Kntre nous ccpcnilanl, à quoi sert la séance publique, sinon à l'aire pcilro, par pur respect humain, beaucoup de temps qu'on pourrai consacrera des travaux utiles!
On comprendrait, ù la rij^ueur, une séance publique qui serait consacrée à d'importantes discussions, dans laquelle on ferait des lois dont les gens mal intentionnés persistent à soutenir que la République a un besoin urgent. — Besoin de lois! que voilà bien mes pessimistes! comme si nous n'avions pas les anciennes qui sont encore presque toutes neuves! Cela nous fait songer à un certain code inédit de Louis XIV qu'on vient de retrouver , dit-on , au fond des archives , et dans lequel l'organisalion du travail est réglée de façon à trancher toutes les difficultés de la matière. Chose surprenante, Lonis XIV et Louis Blanc se sont rencontrés ! Despotes et communistes sont tout un.
Il va sans dire que si les représentants n'out rien à faire dans la journée, c'est qu'ils travaillent comme des malheureux le matin et la nuit. On sait que le travail du malin et du soir est le meilleur, les médecins l'ont reconnu. Le travail mystérieux surtout est le véritable travail d'Etat, celui par lequel on constitue les bons gouvernements.
Il y a des gens de province qui abordent leur représentant et lui disent : Que faites-vous donc? vous me donnez des cartes pour entrer, j'entre et je ne vois que M. Avond. ou M. Tbillancourl , ou M. Kymery qui ]iarlent... moins bien que mon curé!
LA CO^STHLIAN 1 i:.
)ô JUILLET.
(le ([uils font, iiigral ciloyen des déparfcinenls! mais vous ne voudriez pas exercer leur étal pour dix écus par jour. A onze heures tlu matin, élé comme hiver, ils se rendent dans leurs hureaiix. — Kl (juc font-ils dans leurs hureanx?... Voilà ce que de liantes raisons poli-
tiijues empêchent de vous dire. Ce mystère n'est encore connn que de trois individus assis autour d'une table noire dans la salle des Pas-Perdus, (les individus sont les hommes de confiance qui rédigent dans les journaux de Paris, sous le titre de bruits de bureaux, ces petits articles consacrés à laire connaître les talents de couloir de beaucoup de représentants que la timidité empêche de se produire en public.
Le travail pénible ([uoi(jue préparatoire des bureaux laisserait peulêlre (juelque chose d'iuléressaul aux séances publiciues. Mais n'avonsuous pas la réunion de la rue de Poitiers'?
Il faut être étranger à toutes les habitudes parlementaires pour croire que des hommes aussi éminenls que M.M. Thicrs, Barrot et autres, puissent consentira parler dans une assemblée de neuf cents personnes et devant le public; cela est hou pour les petits orateurs qui s'essaient; .M. Thicrs et ses amis fout (î du vulgaire; «piand on veut les entendre, c'est rue de l'oitiers cpiil faut aller. 1/enlrée est interdite. D'après ce que l'on nous dit de celte rue de Poitiers, il paraît que toute l'éloquence française s'y est donné rendez-vous. Paris, complètement privé
lu l.'ASSF.MBLÉE ^ATIO^Al,I: LOMIQLK.
(Je ses spectacles, Paris, qui ne trouve plus qu'une distraction bien insulTiSunte dans les réunions officielles que préside M. Marie, meurt du désir d'assister aux soirées de la rue de Poitiers. 11 est impossible de refuser plus long-temps à des électeurs cette légitime satisfaction. Qu'on ait donc le courage de supprimer les séances de l'Assemblée nationale, et qu'on les remplace par celles de M. Tliiers.
Néanmoins, afin de satisfaire les convenances , on pourra toujours laisser les urnes ù la cliambre et y venir voter.
La salle des Pas-Perdus. — Les solliciteurs. — Liêcrel sur les associations d'ouvrière,
Voulez-vous connaître le fond delà politique? il n'est pas besoin d'aller plus loin que la salle des Pas-Perdus.
C'est là que bat le tœur du monde parlementaire, c'est là qu'on trabit les secrets, c'est là que parlent les orateurs qu'on- croit muets, c'est là que les vanités s'afficbent, que les ambitions impossibles se révèlent; c'est là surtout que la moitié de la France vient chaque matin solliciter les places que l'antre moitié occnpc.
Depuis qu'on y fnme, la salle des Pas-Perdus est à la fois un palais, une antichambre, un corps-de-garde et un estaminet. La familiarité républicaine en fait les honneurs. .\ la juger sur celle salle des Pas- Perdus , la France est véritablement démocratique. Rien de plus curieux pour un étranger que l'aspect bariolé et omnicolore de ce caravansérail politique.
Mais un personnage important traverse les groupes avec autorité : c'est le questeur Dcgousée, le véritable maire du palais. 11 est impossible de contempler cet excellent homme sans se rappeler le grand air de Jean de Paris :
C'est la prinresse de Navtirre, C'est la merveille la plus rare, etc.
L'Assemblée ne trouvera jamais un pareil majordome. M. Degousée est questeur de vocation plus encore que par devoir. Affable et solennel à la fois, il ne donne pas au moindre huissier l'ordre d'ouvrir les fenêtres que ce ne soit du ton dont Ligier prie Cinna de s'asseoir. Les plus petits mots du questeur Degousée sont des alexandrins.
Ce bon M. Degousée possède l'un de ces visages que l'on n'oublie pas. Il est peu de laideurs aussi aimables que la sienne; son nez extraor-