I.A CONSTITl .VMi;. — IS jriM.KT. l-2it
18 jiiillil.
La rue de Poitiers. — Déoret sur l'admission gratuite dans les écoles Polyteohnique
et militaire.
Depuis la Révoliilion, nous avidiis pcnlii la grande Iradilioii de la stratégie parlementaire, — c'est-à-dire Tari de voter contre sa conscience, et de sacrifier les intérêts de son pays an.x exigences d'nn [larli. — c'est-à-dire à l'ambition d'nn individu.
Enfin M. Tliiers vint et s'aperçnt de ce danger que courait la Républiqne. On votait beaucoup, mais sans ensemble, au hasard, chacun pour soi , si bien (juc le plus souvent le vœu de la véritable majorité sortait de rurnc. — C.élail l'enfance du scrutin. — M. Thiers, patriote très exercé, comprit qu'on avait besoin de ses leçons, et il ouvrit gratuitement un cours rue de Poitiers , offrant d"y professer, le soir, suivant la belle méthode F.\v.\Rf,EK de Jlauranne, qui transforme en moins de vingt jours un vote rebelle, solitaire et sans déliés, en un vote cursif à l'anglaise, capable de faire honneur à un expéditionnaire politique. — Le cours de M. Thiers est très-suivi et fort bien tenu ; il y vient des gens de la meilleure société, en équipage; on y enseigne tous les genres de vole : le vote simple et le vote en partie double, le vote secret et le vote public, et même le vote en bâtarde à l'usage des élèves entachés de légitimisme qui tiennent à leurs vieilles habitudes.
Il y a dans l'établissement une grande salle consacrée aux exercices en commun, comme qui dirait aux répétitions générales. C'est là que les élèves se rompent aux dernières difficultés de l'art et achèvent de perdre la timidité qui nuit tellement devant le public. On leur fait exécuter le vote par assis et levé, à bras tendu, enfin le vote dans toutes les positions difficiles, le vote solo, le vote au quatuor et le vole d'ensemble.
En moins d'un mois, les habitués du cours sont devenus de première force; et M. Thiers en est si content qu'il a permis à son |)n'vù(, M. l'avarger de Ilauranne, de les faire travailler aujourd'hui devant l'Assemblée nationale.
La ligure de M. Thiers était vérit.iblemcut à |)eindn; pendant ((ue ses ('■lèves dévclopiiaient hnirs talents. Immobile sur son banc, la tète h'gc'rement penchée en arrière, lesprunelles tournées jus([irau blanc, comme celles d'nn homme entièrement (h'-laché des choses (h; ce bas monde, M. Thiers semblait s'occuprr de pidiliqiie a |)eii près aiilaiil (|iie l'un des inarhorcies de la Th(''baidi'. ipii passent la vie a Innrner leurs |)iiii('es .Mi-de?su> ilr li'ur \( iilic.
130 I ÂSSLMBI.KK N AT 10 N A 11: COMIULK.
De temps à autre il y avait bien un regard luisant qui perçait le verre des Inu'Mtes, un tressaillement ironique qui crispait le coin delà lèvre, et même il nous a semblé voir les ailes du nez frémir, ce qui est, chez M. Thiers surtout, le signe involontaire d'une émotion intérieure que l'indifférence du dehors ne dissimule point tout à fait; mais il faut posséder l'intime secret du personnage pour le deviner à ces indices.
Que nous serions curieux pourtant de savoir ce que M. Thiers pense lorsqu'il feint de dormir, si quelque républicain d'importance parle , ou lorsqu'il feint d'écouler avec une attention de la plus désespérante ironie le citoyen Germain Sarrut! Et que pense-t-il surtout quand il se donne avec une incroyable bonhomie la peine de voter, lui qui a pris à tâche de se taire? — Ce qu'il pense?... c'est que la France se meurt d'envie de l'écouler et qu'il la traînera à ses genoux par l'appât d'une parole; c'est que la République n'est qu'un mol et qu'on atlend qu'il en fasse une idée; c'est que, M. Guizol parti, il n'y a que lui pour gouverner convenablement son heureuse patrie! — Ce qu'il pense des orateurs, ce qu'il pense des généraux et ce qu'il pense au fond de la République, M. Thiers vous le dira plus tard, quand ses élèves de la rue de Poitiers auront terminé leur cours et seront en état de tuer d'un vole les ministres et le gouvernement, que le professeur use par son silence, — à ce qu'il croit du moins.
Le vote d'ensemble nous mènera loin.
Les jeunes gens de M. Thiers sont déjà bien forts; c'est au minisire do
la guerre lui-même qu'ils se sont attaqués aujourd hui ; — sabre à sabre, deux Africains en face l'un de l'autre, HaragnaY-d'Ililliers contre La