‹ Assemblée nationale comiqueChapitre 29 sur 114 · I.\ CO.NSTI 1 l AM).. — l'J .11 ILI.KT · texte numérisé non relu

I.\ CO.NSTI 1 l AM).. — l'J .11 ILI.KT

moricii-re. — A coiiibion de lieues tioyez-voiis que M. Tliieis si)it ilu pouvoir exéciilif? — A viugl-sept voix de minorité I

l/alïaire d'aujmird'liui u'élait qu'une escariiiouciie ; la rue de l'oilieis eulrail en ligne sur un simple prétexte — le décret démocrali(]ue qui oii\re gratuitement à la capacité les écoles spéciales. — Demain on livrera i)at;u!le jioiir la jirésidence.

19 juillet.

M. Marrasl tst noinmé présider.l à 80 voix de majorité.

M. Marrasl l'emporte! mais il a fallu deux tours de scrutin pour battre l'armée du général Thiers, tant il est vrai (jue la discipline double la force de cette poignée de braves.

On aurait vaincu plus tôt si un corps irrégrilier, emporté par son bouillant courage, n'était allé se perdre dans l'urne. Ces tirailleurs, au nombre de 37, servaient sous le drapeau de M. Bac ; tous se sont fait tuer résolument autour de leur candidat. C'est un beau fait d'armes, mais qui ne profile à personne, pas même aux survivants.

Je me suis informé cependant du nom des trente-sept victimes, alin de constater leur identité et de faire connaître leur malheureux sort a leurs familles; mais je n'ai pas obtenu de renseignements exacts. — On dit seulement, pour expliquer comment ces trente-sept individus ont voté pour M. Bac, que ce sont des partisans de madame Lafarge.

L'avènement de M. Marrasl au fauteuil ne laisse point que d'être à la fois j)olitique et littéraire; à ce double titre il nous satisfait. — Autrement, et si l'on n'avait pas prétendu faire de la présidence une question gouvernementale, M. I.acrosse, le candidat de la rue de Poitiers, ne nous aurait pas déplu. M. Lacrosse manie la sonnette comme une cloche de bord; il a le j)arler franc, quoique peu grammatical, du matelot mal endurant, et la nature l'a doué d'un porte-voix qui lui permet de dominer les tempêtes de l'Assemblée nationale.

M. Marrasl est à coup sûr un président très-distingué et d'un style vif et mordant; mais c'est grand dommage qu'on no puisse présider avec la plume. Nous ne savons trop comment l'ancien rédacteur du j\a- (ional s'y prendra pour diriger les séances dont il faisait des comptesrendus si charmants. I-es bonheurs du journaliste seront le désespoir du président. La présidence est un honneur qui convient à merveille à Il réserve habile de ^L Marrast. mais convient-elle autant à son organe <t a la délicatesse de son tempérament ".'

iS-2 I.ASSKMlil.lir. NATlONAI.i: COMIQIIK.

Marre de l'aris, M. Marrast s'est rendu populaire en ne disaut mol ef en obseivanl heauconp ; président, son rôle est encore de se taire pour son compte ; malheureusement il faut souvent parler bien haut afin de réduire les autres au silence. Là est l'épreuve et le danger. Si M. Marrast subit l'une et évite l'autre, il peut mener très-loin la discussion et la République.

:2(> juillel.

Moit, du représentant Dornèc.

Séance bien triste! L'Assemblée a appris qu'elle avait perdu encore un de ses membres, un des plus dignes, nu des plus dévoués, un bon citoyen et un noble espiit. M. Dornès a succombé ce matin ; la science et les soins ont été impuissants; la République doit ajouter à sou deuil le deuil d'un fils qui, lui ayant donné toute sa vie, est mort pour elle.

L'émotion qu'a produite la douloureuse nouvelle a fait oublier la politique ; pour un instant il n'y a plus eu de partis; le regret était le même sur tous les bancs; le patriote sincèie qui n'est jilus, part comme il a vécu, entouré de l'eslime commune.

il juillet.

Fropcsilion du oito^'en Astoin sur le salaire des ouvriers privilégiés en cas de faillite.

On attendait avec une assez vive curiosité la présence et Tallocution (lu nouveau président, qui ne s'est manifesté hier que par une lettre dans laquelle il s'excusait d'avoir la lièvre. M. Marrast n'a point paru, mais on nous a donné des nouvelles rassurantes de sa santé.

M. Corbon occupait le fauteuil, ou pour mieux dire, en jjarlant de cet homme timide, c'est le fauteuil qui occupait M. Corbou ; car tel est le respect du modeste citoyen Corbon pour les hautes fonctions dont il remplit les eutr' actes, qu'il ne s'assied jamais qu'avec la plus grande réserve sur le bord du velours foulé par ses supérieurs, et qu'il regarde toujours la sonnette avec trop de respect et de déférence pour être tenté de s'en servir. L'attitude ordinaire du vice-président Corbon est absolument celle du petit ])arent de campagne eu visite chez son grand cousin le notaire. — On dirait qu'il a peur d'user les sièges.

Par exemple, le jeune Asiouiu ue craint rien ; à la taçou dégagée

I A C ( t N SI' I r l A N T K. — ii .1 H I IJ. i: t. 1 55

ildiil il moule à la tiihiiiie, on recomiuîl de suite un guillanl qui se vante d'avoir porté les fardeaux les plus lourds. M. Astouin. ])orterai.\ de Marseille, ne répond point à l'idée qu'on se lait de lui d'après son état. Il est petit, fluet, imberbe, et sans la jaquette de commissionnaire (|u'il a eu le bon esprit de mettre depuis son arrivée à Paris, je croirais qu'il n'a jamais exercé sa profession que sur le dos des autres. Mais comme M. Astouin se met en colère quand on l'accuse de n'avoir pas soulevé des paquets à bras tendu, nous ne nons occuperons que de ses discours, qui, convenons-en, témoignent en faveur de ses épaules.

Ce n'est pas par l'organe que brille l'orateur ; il a précisément la voix d'un clown, et dès le premier mot qu'il prononce on s'attend à une cabriole dont son costume léger lui rendrait d' ailleurs l'exécution facile. Mais aujourd'hui, pour la piemièrc fois, M. Astouin avait mis une ledingote ; nous savions bien que tôt ou tard l'élégance de M. Xavier Durrien l'impressionnerait, et qu'il voudrait devenir aussi im])osanl que le citoyen Sarrans (jeune) qui doit tout à son habit; malheureusement la redingote est trop étroite, et l'éloquence de M. Astouin s'est trouvée fort gênée aux entournures.

Il est peu de souffrances pareilles à celles (juc M. Astouin a du endurer. Son geste ressemblait assez bien à celui J'un mime très-vif auquel on aurait mis la camisole de force. 11 y a eu un moment où, emporté par ses luibiludes de portefaix de Marseille , ce pauvre M. Astouin allait lever le bras... la redingote a cra(|ué, et il a fallu qu'il gardât |)endant tout le reste de son discours les coudes collés au corps pour dissimuler la déchirure. — Onel est l'orateur placé dans une position aussi pénible qui n inspirerait pas quel(|ue intérêt à ses concitoyens ? aussi chacun écoulait-il M Astouin avec un malaise évident et MDc, bienveillance qui voulait dire : — Mon cher monsieur, allez tionc dél'aiie votre redingole et reprenez votre ja(|uelle.

M. Astouin, vm homme ([ui ciunpreiul ce; que l'on doit à un habit de cérémonie, n'a consenti a se rendre an vestiaire qu'après que son projet a été renvové au comité de létiislalion. L'Assemblée entière l'v a suivi.

22juilloi.

Projet de décret 6ur les olube. Discours du pasteur Ccquerel.

l'areil à Calypso au milieu de ses nvniphes, l'orateur Co(|uercl s'élève onnue un cè'dre majestueux au-dessus de ceux de ses collègues <|ui mit

131 l.ASSKMHI.Ki; > A T I ON A L K COMig L i;.

1,1 force ilii chèiK', la iiiclaïuolit' du saule; ou la ^ràcc modeslu de la i'ougère. 'j'esl au pasleui- ('.oi[uerel (|uo M. de Féiieloii soiigeail en décrivant l'ainanle d'ilvsse.

I.e pasteur Coqucrel est à la l'ois Ulysse et Télémaque, le sage Nestor et la nymphe Calypso; il en a les qualités diverses, et de plus il possède les talents que Brard et Saiut-Omer, ces deux célèbres professeurs, ont seuls donnés à leurs élèves. Qu'on l'enferme avec M. Prudhomme, qu'on les fasse composer tous les deux; nous mettons Henri Monnier au défi, malgré sa partialité, de ne point décerner le premier prix à l'orateur Coquerel. Se peut-il bien que tant d'aménité, des ronds de bras pareils, un ventre aussi solennel, cette tabatière et ce mouchoir de couleur soient réunis chez un seul mortel? Nous ne connaissons point l'écriture de M. Coquerel. . . . quel beau paraphe il doit avoir !

On n'aurait jamais cru , avant d'entendre le Pelit-Caréme de M. Coquerel contre les clubs, que le prêche ressemblât autant a un sermon.

« Citoyens .

« Je n'ai point la prétention de dire que je désapprouve absolument les clubs, mais je dois à la justice d'affirmer devant Dieu et devant les hommes que je les méprise ! Telle est mon opinion personnelle.

« Vous me permettrez, par égard pour la pudeur, de ne point entrer dans de plus grands détails ; je n'oublierai jamais qu'il y a ici des dames, et quand ce ne serait point à cause d'elles que je me tairais, ce serait à cause de madame Prudhomme, qui est du rnêmesexe.

« Moi, l'ennemi d'une réunion honnête où des personnes respecta-

I . A c 0 N S T 1 r i A .N 1" I ; . — -1^1 j L I i , L in . 1 5:i

lilos viendraienl j<>i)ii- des charmes de la société ! vous ne le pensez pas, citoyens ! Les naturalistes ont reconnu que l'homuie n'était pas fait pour vivre isolé, et je crois avoir des raisons suffisantes de partaj^er ro|)inion de M. Buffoii.

« Mais il appert des rapports de la police, (oserais-je, à cepropos, remercier M. le préfet, messieurs les gardiens de Paris et la gendarmerie de leurs renseignements? ) il appert, dis-je, que nous avons deux sortes de clubs : ceux dont la pudeur m'empêche de parler, et les seconds auxquels je me plais à donner ici publiquement un témoignage de mou estime.

« Quant aux cUil)s politiques, j'ai l'honneur de les confier à M. Ir procureur général et à !\1M. ses substituts; les autres, j'ose le dire, méritent d'être spécialement encouragés ; le club des Echecs surtout, dont les membres, je me plais encore à le reconnaître, sont restés totalement étrangers à l'insurrection de juin.

« Pourquoi, s'écriera-t on, voulez-vous supprimer les clubs de dames? êtes-vous donc l'ennemi du sexe? il faudrait peu me connaître pour uk; traiter avec une semblable injustice ! Loin de moi la pensée injurieuse d'adresser la moindre personnalité à madame Niboyet ; mais peut-on supporter plus longtemps que des mères de famille, entraînées par les communistes, négligent le soin de mettre au monde les enfants que la patrie attend d'elles? J'ajouterai que le lieu des séances est fort mal éclairé ; on y mène des demoiselles, on est pressé dans la foule, et puis... va te promener !

« dépendant, afin de concilier les exigences de la morale avec le droit sacré de réunion, que moi, Joseph Coquerel, je suis déterminé à défendre au péril de mes jours contre toutes les puissances étrangères, je proposerai à r.Vsseniblée un moyen ancpiel des personnes respeclaliles. plusieurs diplomates et le rédacteur du Coiixlilntionnel ont bien voulu donner leur approbation.

<i Citoyens, soyons toujours à la hauteur des ciiTonstances, et in('' branlables dans les principes républicains! d'autres vous diraient: Fermez les clubs!., l.cs personnes de la réaction peuvent seules s'exprimer ainsi ; vous me permettrez de com|)rendre leurs o|)inions que je respecte sans les partager; — moi, je ne veux pas descendre de celle tribune sans ni'écricr à la face de l'univers : Laissons les clubs OM\erls, a la condition qu'on ne s'y réunira ([ue pour jouer au loto ! «

Sur celle péroraison, le pasteur Coquerel s'est arrêté, afin de recevoir avec gravité les félicitalions donl on l'accablail. Mais le discours avait pro<luit tant d'effet qu'on n'a plus rien ecouti- de toute la séance.

150 LASSKMRLKi; N A f I ON A I. K COMKM 1-:

Le |)i(ijrt (le loi sur les cliilis {>sl ri'iivoyo aux liiiiT.irix ; un pi'iisi' <|iir If iiatli a»ano(' ol)licii(lia, jiar un aitioiicloiiKMil. di^ faire ajoiilcr an loin K' jcn lie Toio cl cflni dn [)olil coclKninet.

'-21 juillei.

l'remiére Eéincc du président. Marra.-"-.

.M. Marrasl vient de jeter su béquille ; les cardinaux de l'Assemblée en sont tout snfl'oqnés délonneinenl.

On sait quelle mine avait M. Marrast sous le camail ; pâle, défait, épuisé, mourant, n'eùl-on pas dit qu"il allait tomber avec la feuille jaunie au premier souffle de ventôse? C'est l'excès du bonlicnrqui le tuait. Cet amoureux de la République succombait à l'extrême joie de la posséder;— seiublable à l'amant platoniiiiie et passionné dans les bras d(! qui sa maîtresse se jette un beau matin, après quinze ans de résistance ot de mariage de raison.

M. Marrast se mourait de consomption ; sa bonne fortune l'avait rendu mélancolique; si bien que le voyant à sou banc, les joues creusées, les yeux demi-clos, la boncbe fermée, découlant chanter eu lui comme une musique de Tantre monde, ses nncieus articles, les premiers bouquets à Chloris qu'il fit pour sa chère République, ses collègues se dirent : — Ce patriote n'a plus que bien peu de temps à vivre, préparons-lui de nobles funérailles ; nommons-le président pour l'enterrer ; il ne fera pas le mois !

A peine fut-il nommé qu'on le crut mort. — C'est l'émotion et la modestie qui l'ont achevé, s'écria-t-on , répandons quelques décrets sur sa tombe! Encore un républicain de la veille qui est trépassé ! Hélas! il n'en restera bientôt plus que du lendemain !

Sur quoi M. Tbiers cachait ses larmes dans le sein de M. Barrot le stoïque. Ils avaient tant de chagrin tous les deux, que le Conslituiioimcl vagissait comme un nouveau-né.

Au moment où l'on n'y comptait plus, voilà-t-il pas que ce matin M. Marrast est arrivé. Nous avons entendu les tambours et l'huissier : « Le président ! » — Aussilôtchacun de se précipiter : Quelle imprudence ! Il est sorti du lit ! veut-il expirer au milieu de nous? Voyons-le donc... .\h ! Dieu du ciel ! ce n'est pins le même! est-il bien possible qu'on nous l'ait ainsi changé?

Dites transfiguré! — de pâle, penché, ravagé, négligé et mui't (|u'il •■lait, le moribond est devenu vif, droit, rose, Irisi-, allègre, — un Sixte-

LA (;0?sSTITUAME. — -2à JUILLET. 157

Quint moins la tiare. Il monte au fauteuil d'un pas assuré; d'un regard il domine son assemblée; la sonnette tremble, sentant qu'il lui vient un tyran ; le président parle, et les vieux éclios de la maison croient entendre M. Sauzet.

Nous avons vu trois présidents présider déjà : — M. Bucbez en maître d'école, — M. Sénard en... police correctionuelle, — et M. Marie en maîtres des cérémonies; le citoyen Marrast est le premier gentleman qui se soit assis au fauteuil. M. Marrast, qui a toujours été un républicain de distinction, s'est présenté aujourd'liui couime un président des Etats- Unis. On l'aurait pris pour le véritable M. Polk. Les Américains de Paris pourront s'y tromper.

Quant à l'éloquence de M. Marrast, ce n'est point d'après son discours de bienvenue que nous voulons la juger, car ce discours est un article, — non pas du National, — mais un article de maire de Paris , une proclamation. Le conseil municipal en sera fort satisfait. M. Marrast y parle eu bons termes de la République de tout le monde, qui n'est encore malbeureusement que la propriété de quelques-uns... bien malgré lui probablement. En ce qui toucbe les droits de la capacité dont il est également fait mention dans le discours, il va sans dire que nous sommes de l'avis de M. le président, pourvu qu'il ait voulu parler des honnêtes gens sans intrigue, et non j)as faire une avance à M. Thiers, lequel a trop visiblement pris la chose pour lui tout seul.

2S juillet.

Projet de loi sur les clubs.

Entraîné par son patriotisme américain, le gentleman président Marrast ouvre la séance en ces termes ;

Mylords , Yes, si vô voloir, nô povommos cxaminaire le petite discuchionne de les cleubx ?

Le citoyen (îermain Sarrut, d'une voix forte. — iMort aux Anglais ! vive la garde nationale ! Dites clubs, monsieur le président.

M. Marrast. — Wery weJI, yes, milord,je dirai comme vous voudrez... les cleuhs?

Xavier Dnrriru, bas à .M. Sariul. — Il prononce à l'anglaise... M. Sarrut. — .le ne le souffrirai pas dans linlérèl de noire marine Haut, j Les clubs !...

I3S I.ASSKiMnLÉE NATIONALE C(»MIQrr..

L'Asseinhlôc ciilraîni'O. — Les clul)s ! dilos clubs...

M. Manast. — Godclaiii ! ce n'èlrc [loiiH le proiioiuiciéclienne vé- I ilèhle.

I\I. Sarrans (junc) avec éclat. — A lias la iierfitle Albion !.. les clubs.

M. Marrasi. — Les clubs, si vous \oulcz, mais taisez vous ou je vous rappelle à l'ordre !... La parole est au citoyen Flocon.

Le citoyen Flocon, (il porte à la uiain un bouquet de violettes et s'accoude sur la tribune avec une adorable noncbalauce, comme s'il venait dire une douceur à la demoiselle de comptoir. ) — AFcssiours, c'est au nom des dames que j'élève ici la voix. (Jiioi ! vous voulez bannir les dames des clubs; mais elles en sont le plus bel ornement... Un club sans dames c'est un parterre sans Heurs !

Sur ce mot tout à l'ait littéraire, Al. Flocon descend de la tribune en se dandinant comme un François I"^""; Xavier Durrieu, qui semble Irèsému parce qu'il a envie de se moucber, le reçoit dans ses bras avec

Page 1