V CONSTITl AM K. — iC, JUILLET. lô'.l
l'Iliisioii : Merci, louIVùio, inorci pour ces cUitiics ! — Après <|uoi, par iiii violent elïorl du nez, il saisit lui-même la parole. — Je me pcruiettrai lie (ieiuauder au iioiivernemeut, s\'crie-t-il d'un ton sévère, s'il a liutenlioii avouée do rétablir le corps des sergents iK; ville?
Le gouverncnienl, habitue aux interpellations du citoyen Durrieu (|ui l'épouvantent, ne répond pas.
l*eu satisfait de cette explication, le citoyen Durrieu continue. — Je vois que le gouvernement a compris mon allusion transparente. Quoi ! c'est après la révolution qu'on prétend rendre un uniforme à la police! S'il vous faut absolument des agents dans les clubs, ab ! je vous en conjure, que ce soient des agents secrets, des agents en baltit noir, de simples mouchards 1 Voilà tout ce que je vous demande.
(a' prologue île la discussion du projet de loi sur les clubs ])araissait j)lus gai que dramati(|ue. Oiu'hjues autres orateurs ont cependant rendu le débat sérieux. M. Bac, qui a le tort de s'emporter, a provoqué une répli(|ue de M. Senard. Enliu M. Dui'anre, en jiersonne, est venu défendre le droit de réunicui coulie Al. Dupin, et même contre le gouvernement d(! la |{épuldi(|ne ! (iclte belle rc'sislance a déterminé le renvoi du vole à demain.
20 juin. I.
Rapport de M. Thi=rE sur la prcpocilion du ^iL „. uri I-rondhon relative à la gratuité du crédit.
lu petit homme assez semblable à ceux (|uc dessinait (îrnudville. de spirituelle mémoire , — ligure de chouette dont l'œil rond brilb^ sous le verre des lunettes fièrement plantées sur un nez crochu, — a|)parait à la li-ibune. — C'est M. Tliiers !
I.a Iric livc. Il s cheveux en houppe, les bras croisi's et les bas(|iu^s de l'habit tombant comme deux lourdes ailes sur de courtes jambes de nankin jaune, ou dirait de queb|ue oiseau extraordinaire ([iii serait venu S(î perclu^r en face de rAssembh'e,
1,'ornteur parle et l'illusion dure; c'est d'aboid un pelil cii net, strident, (|ui perce l'oreille comme le bec l'écorce d'un arbre. l'uis le ci'i d.^vient un air distinct, modulé sur la gamme exIiM'Mie d'une serinetli! perfectionnée; les sons maigres et Irniis smil cl.ilrs, incisifs, si bien <|iio le (il du (Jiscoui-s losemble assez iiieu à celui d'un rasoii- IVaîche- Mient émoulu. Avant de parler, M. Thiers prend tous ses avanlagi-s. il'uii coup d'o'il il embrasse l'Assembli'i' . rec'iuiMJI l'eumMui et fait signe à sa lioupe. qui se tient en bataille; puis il >e n lourno et sourit
|.iO l.ASSEMBI.ÉI': .\ A 11 UN AL L COMIQlii:.
ail présicU^iil afin de se ménagei' l'alliance tic ce puissant |)eisunnage.
Nous oyons le lerril)le Malleville, ce gnerricr à la taille herculéenne quelles plaines fertiles ont nourri, pi-ciulrc place à la tète du corps de réserve de la rue de Poitiers, tout entier composé de vieilles tètes chinchilla qui ont hianclii dans les rangs de l'ancienne gauche. M. Thiers sent sa droite forlenienl appuyée par Favarger de Ilaurannc, ce claqueur politique contre lequel les cabales parlementaires n'ont jamais prévalu; alors il prend sa pose Favorite, celle de l'empereur à Marengo, et commencé son discours.
Vn discours de M. Thiers! soudain tous les bancs se couvrent. Les ministres sont au complet. Les gardes nationaux de service envahissent leur tribune; ceux qui ne peuvent entrer écoutent à travers les portes.
M. Thiers est à coup sûr un homme très-rusé, très-habile, Irès-expérimenlé, un orateur éminent, un ambitieux du plus rare esprit, et cependant on croirait qu'il n'a rompu aujourd'hui pour la première fois le silence qu'afin de ménager au général Cavaignac l'occasion de détruire avec dix paroles l'effet de sou éloquence. M. Thiers, qui a entrel)ri? dans le comité des finances la destruction totale du citoyen socialiste Proudhon, venait achever en séance publique de mettre le comble à la confusion d'un ennemi d'autant mieux confondu qu'il ne lui reste plus de journal où pouvoir se défendre. Le discours de M. Thiers est un simple rapport sur le projet de réforme financière du citoyen Proudhon.
LA CONSTITUANTE. — 27 JUII, 1.1, T. Ul
.\yanl à parler crnii utopiste , on eoin|)ienci ioiil ce que M. Tliiers a |tu trouver darguinenls remplis de bon sens et de railleries cruelles, delà va si loin que , pour mieux défendre la propriété, il s'est attaqué à la personne de son collègue. Jusque là, et comme il s'agissait d'un pauvre diable, tout était permis et allait au mieux. Mais voilà qu'entraîné parle sujet M. Thicrs, après avoir critiqué Proudboti, qui ('tait en cause, s'est avisé de bouspiller l'impôl progressif qm ne lui disait rien, afin sans doute de se faire un peu de popularité aux dépens de celle de M. Cavaignac.
La rue de Poitiers était donc ravie de son orateur , que nous aurions aussi trouvé charmant, sauf le dernier mot qui sortait de sou discours comme un bout d'oreille. Mais il a fallu voir comment, trouvant ce bout d'oreille sous sa main, le général l'a tiré. Ça n'a pas été tout : il a fallu encore que M. Tliiers, qui venait de lancer si vertement l'roudhon, reçût lui-même le fouet publiquement comme un petit polisson. Il a eu beau défendre ses chausses, le général les lui a mis bas et ne l'a tenu pour quitte qu'en le laissant dans un étal présentable... à Grandvaux.
M. Thiers se promet bien de rendre les coups avec usure à ce pauvre Frondhon, sur la tête duquel son rapport est tombé comme une douche, et qui, après s'être secoué un instant comme un caniche mouillé, a fini par demander à l'Assemblée qu'on lui laissât le temps de se sécher jusqu'à samedi ])rochain.
27 juillet.
Amendements au décret sur les clubs.
(lomme la tribune était assiégée par un nombre considérable (b^ personnes (|ui avaient Pair bien affairé, j'ai deniandii à un homme instruit ce que c'était (jue cette foule, et si par hasard on prétendait di'cerner une ovation au président Marrast ou niènic lui offrir un boiu|uet à l'occasion de sa fête, l/homme instruit m'a répondu que cette foule incroyable était un rassemblement parlementaire d'auteurs d'amendements, réunis au pied du bureau pour prendre la queue, suivant les exigences du règlement. Ku effet, ces orateurs, au nombre de (|uatrevingt-lrois, se sont rangés sur une l(inj.Mii' lilr eu allcndaul (|iie .M. Mairast leur ouvrît les portes.
Le premier qui soit entré, c'est le citoyen orateur Vergues, arrivé depuis la pointe du jour ; on nous a assuré que, pour obtenir ce tour de faveur, il avait été obligé de voyager toute la nuit. Aussi l'orateur Ver-
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i;iics i),u;iiss:iit-il hioii fatigué. C'est un lionimo d'un certain à;^e. |ilciii tle iiiotié 'alioii ctduue naïveté qui laisse bien voir qu'il habite ordinairement la campagne. M. Vergues n'aurait pas fait le voyage de Paris au monienl où les travaux des champs sonten pleine activité, si ce n'eût été pournue raison du plus liant intérêt politique. M. Vergnes a pensé qu'il devait à son pays de venir proclamer devant l'Assemblée nationale cette éclatante vérité : « Que les sociétés secrètes sont celles qui se cachent ! »
M. Gillon n'a pas été ensuite moins heureux que le citoyen Vergnes. Au nom des sociétés savantes, académies de province el autres Instituts historiques de Carpentras dont il fait partie, M. Gillon, avec toutes les grâces d'un jardinier d'opéra-comiqne, supplie ses collègues de ne pas confondre les sociétés d'horticulture, réunions d'amateurs de tulipes et cercles de tireurs d'arc, avec les clubs incendiaires qui offensent la pudeur. A ce point de son discours, le sensible citoyen Gillon paraît disposé cà fondre en larmes. — Là! là! calmez-vous, lui crie l'Assemblée. Uassuré par ces marques d'approbation, M. Gillon descend de la tribune pour se jeter dans les bras de M. Coquerel.
Mais Joseph Coquerel est incapable de transiger avec ses devoirs. — l.e discours du préopinant, s"écrie-t-il, est incomplet...
Aces mots le citoyen Gillon veut reprendre la parole, on le retient fort heureusement; cinquante personnes l'entourent et lui font un rempart de leurs corps.
Joseph Coquerel, maître de la tribune, se livre à un massacre damendemenls, — digne pendant de celui des Philistins, — dont il a dû s''inspirer pour être si éloquent. N'ayant pas de mâchoire d'âne sous la main, il prend les sabots de M. Dupin pour mieux écraser le venimeux
Fabre, comme un insecte; puis il jette M. Senard à la tète de Giais-Bi-
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zoin, nn des orateurs les plus laids qu'on connaisse ; enlin il extermine treille aineiidements en moins de deux heures, et. après avoir remporté une victoire complète, il vient déposer son laurier, — le décret sur les clubs, — au pied du gouvernement, de l'.iir ([u'nn peut supposera Sarjjinc, élève de l'amour; — ou bien encore avec les belles manières de M. l'rudhomme, élève de Brard et Sainl-tliner, lorsqu'il offrit sa main et son cœur à llosamondc Torchounel.
28 juillet.
Adopti-^r. du décret ?iir lee oîubf
La discussion du projet de lorsur les clubs se prolonge iudéliuiment. et commence à aigrir les caractères les plus doux. Cela n'est point sans danger eu ce temps de chaleur caniculaire, qui rend les morsures dangereuses.
Les orateurs les plus calmes d'ordinaire montrent déjà les dents. .M. Dupont (présentement de Bussac), avantageusement connu par sa modéralian excessive devant les tribunaux, vient de descendre do la tribune avec un oeil qui nous aurait sérieusement alarmés, si nous ne l'avions vu vider le verre d'eau d'un trait.
Enlin I\I. Base, qui ne reçoit que 25 francs par jour, comme tous ses collègues, a parlé cinq fois dans cette seule séance. Il est impossible que des citoyens fassent longtemps encore d'aussi grands sacrifices à la |)atrie sans ([u'on accuse les contribuables de spi'-culersur lenrdésiniéressement oratoire.
("."est pourquoi le journal le Charivari, voulant mellro nn terme a des débats f|ui affligent visiblement M. Tliiers et retardent la constitution, qu'on attend toujours avec quelque impatience, n'a point hésité à proposer un décret qui a rallié les opinions les plus avancées, et M. Senard lui-même. — (!c déticl, adophi h une grande majorité, a «lès à |)résent force de loi.
i>Ki:ui:r m cihhivaiu si ii i.k-; (i.iits. ClIAl'ITflK i".
Allendu (|ue le droit de réunion est imprescriptible, et ({u un grand nombre de personnes recommandables ont fait des bassesses pour l'obtenir.
Le Cliariiari décrète :
Art. 1". Le républicain français a le droit de former des clubs, sans que le |)réfet de police puisse s'y opposer sous aucun prétexte.
i. .\ssf:mbi.i;k nation \lf. *,omioi k.
Ai-t. 2. Nul III' pourra fairt' partie d'im cluli s'il n'est Viiccini';, s'il ne jouit (le 10,000 livres do rentes et s"il n"a cessé d'appartenir à la fiarde nationale depuis trois ans pour raison d'à^e.
Art. 3. Tout nieinhre d'un elub sera revètn d'un costume spécial, — jaune-serin doublé de vert, — confornuMnent au plumage des perroquets.
Art. i. Ou sera conduit an elub entre deux gendarmes et fouillé à la porte par des douaniers.
.Art. 5. Dans l'intérêt de l'art oratoire, de l'éducation politique des citoyens et afin que les séances ne dégénèrent pas en conversations banales, le gonvernement se réserve le droit de faire parler, pendant deux beures, des orateurs assermentés tels que les citoyens Sarrans (jnne), Xavier Dnrrieu, Sarriil et Base.
CHAPlTIiE II.
Le droit imprescriptible de réunion pnbliipie et politique étant ainsi établi dans le |irésent décret, le Charivari vvo'ii devoir interdire avec une ligueur inexorable tontes les sociétés secrètes.
Sont considérés comme sociétés secrètes: les cercles, cabinets de lecture, cours de danse, salles d'escrime, gymnases de boxe française, réunions littéraires, maçonniques et autres, dîners de plus de vingt peisonnes auxquels les citoyens se permettraient d'assister sans avoir préalablement obtenu de la police une médaille et des passeports spéciaux.
Toute coiitravcnlion en cette matière sera ré[)utée crimi^ d'Ktat, divisée en trois catégories et assimilée, jiour la première fois, au parricide, à l'infanticide et au fratricide.
Cependant, alin de ne point soustraire les citoyens français ,a leurs juges naturels , et alin aussi de tenir compte de l'amendement libéral accepté anjourd'lini par M. Senard, ministre de l'intérieur, les contraventions seront déférées au juri.
Le parricide sera pendu immédiatement, — après le réquisitoire de M. le procureur national on de l'un de ses subslilnts.
F/infanlicide sera condamné à entendre un discours de M. lîase et un antre de Jl. Gillon.
Le fratricide sera publiquement interpellé par Xavier Dnrrieu sur la Moldacliic et la l'alavie.
Dans l'espoir qu'un décret anssi véritablement Spartiate mettrait d'accord M. Senard et la rue de Poitiers, le Charivari avait déclare qu'il n'accepterait aucun amendement, lut-il proposé par le citoyen .loigneatix (|ui, dans la séance d'aujourd'liiii, a demandé effrontément au
LA (.ONSriïL'ANTL. — ^2'J Jl II.LET. Mo
j^éiiéial (iavaiguuc la levée île rinteriiit ilii juuriial lu l'ri'Ssc el la mise en libellé li'Abd-el-Kailer.
29 juillet..
Cnangenier.l de ^pecucle. — lécrtl itlitif eux depcrteG ce h ^'■■'àe irictile i chtva'..
L'aflielie élail splendiile. Jaiiiai.s depuis celle du IJéné/iriuiic de Tliéau- Ion, jamais depuis celle tie (iaspard, pèic de la DébalanU, ré|iou.\ di; madame (Jaspaid — ([ui lu^ \oulait jias l'aire celle enlaiit-hi, — jamais Ion n eu avait renconlié une aussi belle... exce[)(é à rC)déou. — Mon hu'u, la belle al'liclie jaune !
liE PETIT THIKKS
enfant leiiible, mais d Hue dialecli(|ue serrée, massacrera
Sans douleur LE REDOUTABLE PROUDHON,
lapporté du lond des l'oièls d(! Illircanie, li' même qui ne se nouii il (jue de propriétaires vivauls, cjui mange les |)orliers el autres objets les |)liis (luis, et qui sera démuselé pour celle seule représenlation !
A la /!»• fft« vntttbat,
dans le(|uel b' itKLioiTAiti E iMiou;iio> aiiia montré tonte sa lérocilé el ses talents, on ouvrira immédialemenl une SOISCUIPTION destinée à acbetei
li\E P1U)PUIÉTE l)'nON.\El]R
qu'on oiïrira à ce jeune sauvage du .Nord, aiiu d'adoucir ses ma'urs el de le naturaliser en l'iance, où l'on espère obtiiiir de lui, [)ar le croisement, des |iid(luits verilablemenl pliilosoplii(|ues.
Le spcclaclc! sera leriiiiue par
livré suivant la manière aulique de M. l'ixciécdurt el en cadence par 1rs rilo)m llUKIlIKtl, C/KKMPEI. Ol-: KiATOUCIIK cl <lni\ aulns
nvanlageuseinenl c(innu> dans le.-; cours eliaiigères, lesquels pniulroul
itc. i;as.si:mi!LI':;i: nationai.I': comiquk.
le golivciiu'nienl corps à corj)s et luindidiil (IVwpircr diine nianleic fi,raciensc, en lui jtièlanl lo liane comme les j;laclialcurs romains, — qui ne se moneliai(Mit pas avec le coude.